Chapitre 54 : Maudits.

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En rentrant dans sa demeure, Blear fut prise de cours par le calme qui y régnait. Il n’y avait aucun bruit. Ni le boucan de Billy qui apprenait à jouer à la guitare, ni les exclamations de Lysen qui essayait ses vêtements, ou encore, les lourds pas de Sky qui courrait partout un avion de papier au-dessus de sa tête.

À l’époque, le silence qu’elle aurait réclamé n’aurait pas été respecté, couvert par des rires fripons.


Les épaules basses, Blear abandonna son sac à main sur le meuble à l’entrée, et ne prit même pas la peine de se regarder dans le long miroir devant lequel elle traça son chemin. Elle se savait en piteux état, passant le dos de son index sous ses cils perlés. La grosse larme dévala malgré tout sa joue froide.

Elle traîna les pieds jusqu’à la pièce principale. En temps normal, Charles l’aurait accueillie, mais le vieux majordome passait des examens médicaux pour ses genoux. Il avait déjà un certain âge et la famille Makes tenait à sa santé.

Ça ne lui aurait pas déplu de discuter avec le gentil homme, histoire de récupérer un peu de chaleur humaine.


Blear se laissa ensuite tomber dans l’un des grands fauteuils au milieu de la pièce. Depuis quand ne s’y était-elle pas installée ? Elle ne mettait que rarement son travail en pause, prenant conscience en même temps de la hauteur du plafond.

Le silence la traquait.

Il lui rappelait de désagréables souvenirs de son ancienne vie chez ses parents. Vie, qui finalement, n’était pas moins différente. Elle avait reproduit le même schéma. Quand elle eut un hoquet, elle essaya de le retenir, les yeux rivés sur son reflet dans la télé éteinte.

Blear avait grandi. Elle était devenue une femme d’affaires, respectable, et belle. Elle voyait sa chevelure ondulée tombée sur ses épaules, sa fine silhouette, toujours parfaitement recouverte, et sa grâce, les jambes croisées. Elle les colla l’une à l’autre. En fait, même dans son corps d’adulte, elle restait la jeune fille fragile.

Toute seule, au milieu de son immense baraque, elle fut prise de secousses, pleurant sur elle-même. En entendant une porte s’ouvrir, elle étouffa ses sanglots dans sa paume, les yeux grands ouverts, effrayée. Elle ne voulait pas qu’on la voie craquer. Les pas se rapprochèrent, puis s’arrêtèrent.


  • Blear ? fit John-Eric en se redressant, l’air très fatigué. Tu ne te sens pas bien ? lui demanda-t-il en contournant le fauteuil, inquiet de la voir courbée sur les gros coussins.
  • Oui, je… ça va ! Tout va bien, c’est…

Elle n’eut le temps de trouver une excuse qu’il s’assit à ses côtés et lui fit face. Le regard soucieux de son mari la transperça. Elle n’avait fait penser qu’à Dossan toute la journée. John lui prit doucement la main.


  • Tu veux en parler ? Cela fait longtemps que je ne t’ai plus vue pleurer comme ça, ajouta-t-il en enlevant sa paire de lunettes de travail pour les déposer ensuite sur la table d’appoint.

Blear resta inerte un moment. Il prenait toujours le temps de discuter quand ça n’allait pas. Le fait qu’il lui a menti lui revint en mémoire.


  • J’ai vu Dossan aujourd’hui… - Elle vit sa tête changer - … Lysen, et Leroy, ont séché les cours ensemble. Tu sais, son fils. J’ai aussi appris par la même occasion que tu savais pour Kimi, dit-elle, son visage changeant encore pour une autre expression.
  • C’est… vrai…
  • Pourquoi ? Tu sais que ça me tenait à cœur de…
  • Je le sais. Je m’excuse. Dossan et moi avons pu parler, mais que très peu… Je ne voulais pas l’entendre et il ne voulait pas non plus… que tu saches...

Encore une fois, cette nouvelle la martyrisa.


  • Je sais maintenant pourquoi, répondit-elle évasivement.

Elle ne lui expliqua pas les retrouvailles, ni le passage dans la voiture, par égard envers Katerina et Elliot. La moindre information pouvait actuellement les détruire. Et puis, elle avait pour une fois envie de nourrir son propre jardin secret. John recoiffa sa tignasse brune dont Sky avait hérité.


  • Hum, je ne t’ai rien dit, parce que… j’avais peur que… que le fait que vous vous revoyez… rappelle certains souvenirs.
  • Je… tiqua-t-elle, pensant qu’en effet, cela lui en avait rappelé. Lysen m’en veut, parce que je l’ai puni de voir ce garçon et Sky me déteste toujours autant…
  • Que sait-il passé ? s’interrogea-t-il en fronçant les sourcils.

Blear haussa les épaules, malheureuse.


  • Je ne sais pas, souffla-t-elle. Je me sens simplement… dépassée, par… Que ce soit Lysen ou Sky, ils me haïssent…
  • Non, c’est faux, vint-il encadrer son visage de ses deux mains. Ils sont simplement en colère…
  • À cause de moi, je ne suis pas arrivé à…

Il avait son visage tout près du sien, compatissant. Elle accepta la main qu’il redescendit dans la sienne pour la rassurer. John la regardait avec encore beaucoup d’amour. Pourquoi ne pas s’y tenter ? La situation s’y prêtait. Ils s’embrassèrent. D’abord doucement, puis un peu plus fougueusement.


  • Ça fait… longtemps… murmura-t-il, le pouce sur ses lèvres.
  • Oui…
  • Ce n’est peut-être pas le moment, tu veux…
  • Non, répondit-il en attrapant ses avants bras. Là, je ne veux plus penser à rien. Je veux juste…

Quand elle attrapa le haut de son col pour y défaire un bouton, John appuya sa main au dossier pour l’embrasser à nouveau. Ils se laissèrent aller en baisers et en caresses réconfortantes. Comme il l’avait précisé, cela faisait longtemps.


***


Devant l’école, Kimi se tenait droite, les bras croisés face à la hyène du lycée adversaire à Gordon. Kenji se montrait plutôt calme pour quelqu’un qui venait de se faire agresser. Il déplaça son regard sur le bras abîmé de Kimi.


  • Fais gaffe, un jour, il va finir par te bouffer le bras à toi aussi. Un peu comme moi, dit-il en montrant le sien, pourvu d’une grosse cicatrice. Que de souvenirs, pouffa-t-il ensuite, voyant qu’elle n’osait y jeter un œil. Tu avais pourtant essayé de l’arrêter…
  • Pourquoi tu es venu ? le coupa-t-elle, fermant les yeux sur ses coups de provocation. Tu sais que… Ici, ça ne m’arrange pas, déclara-t-elle enfin en regardant aux alentours si un petit blondinet ne traînait pas dans le coin. Il fait froid, tu me suis sagement si je te paye à manger ? lui proposa-t-elle en l’invitant de son index.

Kenji sourit de toutes ses dents acérées. Il crevait de faim.

Tout deux se retrouvèrent très vite dans un endroit plus tranquille, assis à la table d’un fastfood. Kimi regarda le garçon qu’elle connaissait aussi son le nom de “croc” avaler d’une traite plusieurs frites. Il les mâchouillait à peine.

Elle ne s’était pris qu’une boisson sucrée et le fixait intensément de ses yeux bleus.


  • N’empêche, commença Kenji, bouffer gratos de la part de l’ennemi…
  • Je t’en devais une, répondit-elle du tac au tac, le bras appuyé sur la table. Tu n’as jamais rien dit à propos de… moi… dit-elle avec hésitation.

Tout en suçant le bout de ses doigts, la hyène regarda ailleurs.


  • Tu vas me détester quand je vais te dire la suite, annonça-t-il, amenant Kimi à se méfier.

La blonde avait un sentiment particulier envers cette personne. Elle lui avait sauvé la mise. Durant la plus grosse bagarre qui avait confronté les deux clans du Diable Blanc et des Wolfs, elle avait empêché Leroy de lui déchiqueter le bras. Ce même geste qui lui avait coûté son identité. Les masques étaient tombés ce soir-là entre les deux pré-ados, et avaient donné naissance à une forme de respect. En échange de ce service, Kenji était resté fidèle et n’avait jamais dit à personne qui elle était vraiment sous son costume de diable. Kimi ne lui avait jamais tenu rigueur des coups qu’il avait pu porter à ses amis, notamment la raison qui avait poussé son petit frère à lui sauter dessus la première fois.


  • Dis-moi, l’obligea-t-elle à parler en ne le lâchant pas du regard.
  • Elle sait.

Kimi trembla. Elle cligna plusieurs fois des yeux.


  • Maintenant, elle connaît ton identité. Je lui ai dit.

Plus que de la colère, elle ressentit un énorme trou se former dans sa poitrine qui tendait à l’emporter dans les méandres de ses propres démons. Elle vit noir.


  • Pour… quoi ? réussit-elle à demander.
  • Parce que je l’aime, répondit-il sans un sourire.

Elle déposa ses coudes sur la table pour se couvrir le visage. Qu’est-ce qu’elle allait faire ? Quelles en seraient les conséquences ? Et si ses amis l’apprenaient ? Ses doigts s’enfoncèrent dans sa peau comme pour retrouver un appui. Comment pouvait-il aimer un tel monstre ?


  • Alors que… c’est elle… qui t’a fait ça ? fit-elle en faisant référence à son visage
  • J’ai fait une erreur. Je le sais, maintenant, qu’elle me méprise, répondit-il, d’un air dégoûté, à se demander s’il pensait lui ou à la fameuse cheffe de ce gang. Je suis désolé, j’ai cru que…
  • Mais pourquoi maintenant ! s’énerva Kimi en tapant sa main sur la table. Alors que je…

Kimi refusa d’en dire plus. Elle ne savait plus où donner de la tête, mais la solution à son problème lui sauta aux yeux.


  • Déguerpis. Je veux plus te voir…
  • Pas tant que…
  • Va-t-en où je te jure que… ça va faire mal, lui lança-t-elle en même temps qu’un regard profondément noir.

Sous sa réclamation, il se leva, de manière bancale, mais marqua un temps. Il la regardait avec peine. Kimi avait envie de lui arracher ses yeux bicolores pour lui faire bouffer.


  • Quoi ?! Qu’est-ce que tu as encore à dire ? lui demanda-t-elle d’un ton énervé, mais en chuchotant.
  • Ils préparent quelque chose… Je ne sais pas quoi, mais…

“Ça va faire mal.”

Durant plus d’une demi-heure, elle resta assise sur sa chaise, ne goûtant pas aux frites restantes, bloquée sur ses mots. Elle devait être maudite.

Parce qu’en plus du fait que son passé la poursuivait, elle ne pouvait pas deviner ce qui lui pendait au nez.


***

Il n’y avait en effet pas grand chose que Kimi pouvait entreprendre pour échapper à une menace invisible.

Au fil des deux jours qui suivirent, elle s’était presque convaincue que Kenji avait simplement voulu lui faire peur. Pourquoi est-ce les Wolfs voudraient encore intervenir aujourd’hui ? Elle trouvait ridicule la simple idée de vengeance. Mais il s’était aussi déplacé pour la prévenir. Non, elle chassa ses pensées hors de sa tête, de toute manière, impuissante et elle ne voulait pas créer un engouement avec son ancien gang. Il valait mieux rester silencieux et sur ses gardes. Kimi avait décidé de continuer à vivre sa vie comme auparavant, c’est-à-dire dans l’ambiance morose qui était tombée sur son groupe d’amis à cause des dernières nouvelles. Avec Sky, rien ne s’était arrangée. Sans compter que Leroy et Lysen se voyaient freiner par plusieurs professeurs au courant de leurs ébats.


Il y avait cependant une chose qu’elle pouvait anticiper : la manière dont elle aborderait Dossan en rentrant à la maison pour le Week-end. La jolie blonde, qui devenait de plus en plus populaire à Saint-Clair, sans même sans rendre compte, révisait son plan sur le trottoir, pendant que des garçons la zieutait.

D’abord, elle passerait le premier trajet en voiture avec Dossan et Leroy sans discuter du sujet fâcheux. Ce fut plus facile à dire qu’à faire. La question lui avait brûlé les lèvres durant le long du chemin.

Une fois rentrée, elle aviserait en fonction de la réaction de son petit frère qu’elle avait dû rassurer plusieurs fois au sujet de Kenji. Il pouvait se montrer têtu. Quand elle le vit s’enfermer dans sa chambre, elle pensa que tout se déroulait parfaitement.

Et finalement, Dossan lui proposa ce qu’elle avait prévu :


  • Tu m’accompagnes aux courses ? lui demanda-t-il, avec lui aussi, des idées derrière la tête.

Une fois la tâche accomplie, Kimi se prépara à profiter du chemin retour pour entamer une discussion, mais il la devança. Concentré sur la route, elle le vit tapota des doigts nerveusement sur le volant.


  • Kimi…

Ce ton de voix, elle le connaissait.

  • Nous n’avons pas encore parlé de… ce que tu as appris, dit-il, un peu sur la réserve. Il n’y a plus d’intérêt à te mentir. Il n’y en a jamais vraiment eu, d’ailleurs. Ce que Sky à dit dans le bureau, c’est la vérité, continua-t-il, lancer dans ses explications. À Saint-Clair, j’étais ami avec Chuck ainsi que les autres Richess… Nous formions une bande, nous aussi, et…

Il sourit un instant en se rappelant du passé.


  • Oui, nous sommes aussi tombés amoureux.

Kimi l’écoutait dès lors très attentivement. Il revint brièvement sur sa rencontre avec sa mère et Chuck. Sur comment Alicia avait été une vraie trouble-fête, ainsi qu’un élément déclencheur vis-à-vis de ce qui avait suivi. Son amitié avec Elliot et Michael, les arrivées successives de Katerina, sa première amie, puis d’Eglantine.

Dossan s’arrêta pour jeter un œil à sa fille. Elle ne semblait pas le détester, au contraire. La tête déposée sur le dossier du siège, elle se montrait compatissante. Il donnerait sa vie pour elle.


  • Et puis, tu es au courant, non ? Qu’il y a eu des couples… ?
  • Laure était très fâchée, releva-t-elle. Selim et Faye nous ont expliqués pour leurs parents. Oui, du coup, je savais, mais…

Elle hésita longuement tandis que Dossan tenta d’esquiver le sujet.


  • Voilà, je préfère respecter leur vie privée, et c’est quelque chose qu’ils vont devoir régler avec leurs enfants, mais sache que… Si je ne te l’ai pas dit, c’est aussi, parce que… Je ne voulais pas que tu te sentes utilisée.
  • Pourquoi je me serais sentie… comme ça ? demanda-t-elle, troublée.

Il prit une longue inspiration.


  • Parce que quand nous avons dû nous séparer… Alicia est tombée enceinte. Nous avons fait une promesse. Elle te concerne, dit-il en retirant ses yeux de la route pour la regarder. Nous nous sommes promis de t’envoyer à Saint-Clair en même temps que la prochaine génération de Richess. Tu es devenu un peu comme l’espoir de nos retrouvailles. Nous espérions que vous puissiez devenir amis, tout comme nous l’avons été.
  • Mais… Qu’est-ce que ça pouvait bien changer que j’y sois ou non ? Quand je suis arrivée, je… Ils étaient déjà amis...
  • Précisément. En t’envoyant à Saint-Clair, rien ne pouvait dire que tu te rapprocherais de leurs enfants. C’était un peu comme un rêve qui ne se réaliserait jamais, et c’est pour ça que… je n’ai pas eu de regrets de leur cacher la vérité. Quand il s’est passé… Quand Alicia est…

La simple évocation faisait de la peine à Kimi. Il gara la voiture sur un trottoir pour lui raconter la suite de l’histoire.


  • Tout est devenu tellement compliqué. Tu vois, je… J’ai voulu te garder juste pour moi… avoua-t-il, les traits serrés et déglutissant. J’étouffais de l’ombre de ses puissants amis derrière moi et… Je n’attends pas qu’ils me pardonnent, bien que nous ayons pu discuter. Ce qui m’importe le plus, c’est que tu comprennes que je… Je ne regrette pas de t’avoir élevé de cette manière et je ne t’ai pas caché parce que j’avais honte ou quoi que ce soit. Je voulais ma vie, mes enfants, ma maison, mon chemin jusqu’à… ce que je puisse remplir ma promesse. Et ensuite, je t’ai amené à Saint-Clair, sans croire une seule seconde que tout recommencerait.

Ces mots la touchèrent. Elle aurait dû lui en vouloir, mais elle n’y arrivait pas. En effet, Kimi avait eu une enfance tourmentée, mais sans Dossan, elle aurait été pire. Elle n’aurait su dire s’il aurait été meilleure en la présence des Richess. Les souvenirs qu’elle gardait étaient précieux, tous plus les uns que les autres. De ses premiers pas dans leur maison jusqu’au jour où il l’avait forcé à embarquer dans cette voiture pour l’emmener dans cette école de “richards”. Comment lui en vouloir d’avoir respecté la promesse qu’ils auraient pu faire entre eux d’ici quelques années, avec ses nouveaux copains ? Parce que oui, elle tenait à ses amis, les Richess. Elle y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Que ferait-elle aujourd’hui sans Laure ? Sa meilleure copine, hyper maniaque et la première qui lui avait tendue la main ? Elle était toujours là pour la soutenir. Sans le gentil Loyd qui l’avait dépanné plus d’une fois ? Lui aussi avait toujours été bon. Comment se serait-elle amusée sans ses cours de danse avec Selim et la folie de Faye ? Ils rigolaient tous le temps ensemble. Et sans Alex ? Sur qui elle pouvait toujours compter ? Comme Nice, cette adorable petite chipie ? Elle avait pris tellement de temps pour l’aider à revenir à niveau pour l’école.

Des souvenirs défilaient dans sa mémoire de sa rentrée, de la gifle qu’elle avait… Et sans Sky ? Que ferait-elle sans Sky ? fut-elle prise d'une illumination. Sans toutes ces disputes, ces bagarres, ces combats de cornes qui l’avaient amené jusqu’en Californie ? Il avait beau lui mener la vie dure, lui non plus, elle ne pouvait pas le détester.

Elle se rappelait des fêtes, des rires, des batailles de polochons, des cris et des courses dans les couloirs, des déguisements, des câlins, de tout ce qu’elle avait vécu avec ses “nouveaux” amis. Elle ne s’était jamais autant sentie en vie et heureuse depuis qu’elle avait franchi le portail de Saint-Clair.

  • Merci, le coupa-t-elle alors qu’il continuait son histoire, pour lui murmurer, les larmes aux yeux. Je ne regrette pas non plus.

Dossan s’arrêta sur son visage, doux et sincère, qui lui provoqua joie et culpabilité. Il remerciait le ciel qu’elle ne lui en veuille pas, mais s’en voulait de lui avoir autant caché. Très ému, il pourlécha ses lèvres, avant de reprendre :


  • Quand bien même, je… je sais que je n'ai pas été correct…
  • Dossan. J’y ai réfléchi, tu sais.

Son ton le rendit nerveux. Il ne savait pas à quoi s’attendre.


  • Il n’y a qu’un seul truc que je veux vraiment savoir, poursuivit-elle de manière assez détachée.

L’angoisse ne fit qu’augmenter. Il se redressa doucement sur son siège, accordant une attention particulière à la jeune fille qu’elle était devenue. Kimi lui sourit et lui demanda ce à quoi elle voulait tant une réponse.

“Est-ce que tu l’aimes encore ?”

La question plongea Dossan seize ans en arrière, derrière un bureau, sur lequel il était avachi, le cœur détruit en mille morceaux, meurtri. Il se revit face à la psychologue qui lui avait demandé la même chose. Même au dernier moment, il ne lui avait jamais répondu que par une esquisse.


  • Je veux dire, la mère de Sky… Blear, précisa-t-elle comme pour enfoncer le clou plus profondément.

D’une quelconque manière, Dossan pensa qu’il devait être maudit, parce que cette question l'avait poursuivi. Et cette même question, il se maudissait d’être toujours encore incapable d’y répondre, trop amoureux pour s’y osé.

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