Chapitre 45 : Un oiseau en cage.

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Lorsque Dossan se releva d’un coup sec, très en colère, Elliot fit de même et plaça une main sur son torse. Il était hors de lui.

  • Tu t’entends parler ?! cria-t-il à Michael.
  • Plus que bien, et toi ? Tu crois que tes excuses sont fondées ? Il aurait suffi que tu nous dises que tu étais celui qui l’avait adoptée, mais comme un égoïste, tu nous as laissé nous en faire pour une petite de sept ans que nous avons cru perdue…
  • Parce que c’est le cours des choses ! Il va falloir apprendre que dans la vie vous ne pouvez pas toujours tout contrôler ! Et pas une seule seconde, vous ne m’avez cru capable de gagner au tribunal ! Alors que je me suis battu pour la récupérer en usant de mes meilleures armes ! En me glissant dans la peau de personnes que je n’étais pas pour qu’elle soit à mes côtés ! Parce que c’est ce que voulait Alicia et Louis et parce que d’une manière ou d’une autre… Kimi, c’est…

Le souvenir d’Alicia, donnant le nom de sa mère défunte comme prénom à sa fille, le chamboula. S’occuper d’elle était dans la lignée des choses. C’était le destin et il s’était promis de se donner corps et âme pour Kimi dès lors qu’il s’était repris en main pour l’adopter.

  • Tu vois, souffla Michael en replaçant sa chemise, tu ne nous l’as pas dit, parce que tu voulais être le seul à la sauver…
  • Comment est-ce que tu peux dire ça ?! s’exclama-t-il, enragé, tandis qu’Elliot le retint.
  • Tu as voulu te prouver quelque chose à toi-même…
  • J’ai tout fait pour son bien !! Tout ! Penses-tu que je voulais laisser Kimi dans les mains de personnes qui payent pour obtenir ce qu’ils ne peuvent avoir ? C’est “ça”, l’éducation que vous étiez prêt à lui donner. Lâche-moi, Elliot. Ça vaut pour toi aussi !
  • C’est vrai… J’ai contribué aussi, avoua celui-ci, mais tu sais… Nous voulions simplement savoir où elle était.
  • Et pour quoi faire ?! Elle était près de moi ! Entre de bonnes-mains, d’accord ?! Je l’ai élevée de la meilleure manière pour qu’elle ne devienne pas…
  • Pas “quoi” ? le défia Michael.
  • Et si je vous l’avais dit ? détourna-t-il la conversation. Que se serait-il passé ? Vous n’aviez aucun temps à lui accorder. Si vous aviez vraiment voulu la prendre sous votre aile, pourquoi ne pas l’avoir fait dés le départ ? Non, il a fallu que vous sortiez les chéquiers pour… pour quoi ? Vous l’auriez pris dans votre maison ? Vous l’auriez élevée à côté de vos enfants aux statuts de Richess ? Est-ce que seulement vous vous rendez compte de l’injustice qu’elle aurait pu vivre ?
  • Toi, qu’est-ce que tu en sais ? Tu ne te bases que sur des “et si” ? Mais comment pourrais-tu le savoir ? Tu n’es pas un Richess.

Sans se prononcer, Dossan pensa très fort à Sky et ses frères et sœurs qui avaient très mal vécu la différence qui existaient entre eux. Michael s’avança encore un peu.

  • Parce que tu as un pied dans chaque camp, n’est-ce pas ? Je sais que ma fille est venue ici passer les fêtes. Tu n’as pas voulu lui dire que nous étions d’anciens copains ? C’est drôle tout de même.

Dossan commençait à être sérieusement dans la mouise. Elliot le regarda d’yeux ronds.

  • C’est vrai… souffla-t-il. Elle est venue, et tu sais quoi ? Je crois que j’en sais plus sur ta fille que toi-même…

Il savait qu’il venait d’utiliser les mots de trop en voyant la mine de Michael se décomposer, puis s’étirer avant de venir le pousser. C’est vers son meilleur ami que le roux se tourna cette fois.

  • Espèce de prétentieux… Comment tu peux…
  • Tu vois. C’est la même chose. Comment est-ce que je peux dire une telle chose ? Alors poses toi la question. De quel droit avez-vous décidé que vous étiez les mieux placés pour l’éduquer.
  • Mais tu…

Des larmes montèrent dans les yeux de Michael.

  • Tu as fait exactement la même chose, émit-il une plainte. Sans même nous faire confiance à nous non plus, dit-il en tapant sa main sur son torse. C’est comme ça que tu traites tes amis ? En éloignant la fille d’Alicia qui est… Et de Louis, qui… Nous voulions simplement savoir si elle allait bien.
  • C’était une obsession.
  • Certes, mais…
  • Les gars, murmura Elliot. C’est peine perdu ce débat. Nous ne pouvons pas revenir en arrière, tempéra le roux, impressionné de lui-même, car il n’avait pas l’habitude d’avoir ce rôle.
  • Je ne m’excuserai pas pour avoir essayé de faire le mieux pour Kimi.
  • Et je ne m’excuserai pas de m’être inquiété pour elle.

Un silence régna entre les deux hommes, plus émus par la tristesse de l’autre que vraiment en colère.

  • Tu as tout décidé tout seul… Nous voulions… pleura doucement Michael en portant ses doigts à ses lèvres, gêné de craquer. Je… je peux comprendre… avoua-t-il enfin, honteux de son propre comportement. Mais ce que tu as dit sur ma fille, je...

Il éprouvait une grande peine et Dossan également d’avoir été présomptueux. Qu’on se soit attaqué à son bébé l’avait rendu agressif. Il regrettait déjà, mais il avait également d’autres choses sur le cœur.

  • Ce n’est pas… fini… Tu dis “seul”, mais…

Il n’était aucunement prêt à avouer la suite.

***

Une fois qu’il avait décidé de ne pas dire la vérité aux Richess, Dossan se retrouva dans de beaux draps. Il avait reçu des appels de tous ses copains, sauf de Blear, qui avait également contribué à soudoyée les juges et les avocats. Elle ne souhaitait pourtant pas adoptée Kimi, incapable d’élever la fille d’Alicia avec qui elle avait toujours eu une relation compliquée. L’avoir sous son toit lui aurait fait trop de peine, la portant pourtant hautement dans son cœur.

Celui de Dossan, lui donnant les informations au compte-gouttes, le prévint qu’il ne pourrait bientôt plus rien faire pour éloigner ses collègues de cette corruption.

Dans une énième discussion au téléphone, Dossan décida de mettre fin à cette histoire une bonne fois pour toutes :

  • Je vais devoir employer les grands moyens.

Quelques heures plus tard, il se retrouva dans un terrain neutre en compagnie de Chuck Ibiss. Lorsqu’il sortit de sa belle bagnole, en pleine campagne, Dossan se sentit fébrile. Le poids de cette confrontation, contre tous les autres Richess qui poussaient pour obtenir des informations était bien plus difficile à supporter qu’il n’avait voulu se l’avouer.

Lorsqu’ils se retrouvèrent face à face, Chuck sonda les yeux émus et fatigués de son copain. Il y vit toute sa détresse. Les mains dans les poches de son manteau bien chaud en comparaison à Dossan qui n’avait qu’un simple blouson et une grosse écharpe, il lui sourit tout doucement.

  • Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? demanda-t-il immédiatement, prêt à tout pour le garçon qu’il avait eu un jour sous sa tutelle.
  • Ah… Mon Dieu… lâcha-t-il, relâchant la pression d’un coup.
  • Viens là, fit-il en entourant son épaule pour l’étreindre, déplaçant une main dans sa nuque pour jouer avec ses mèches noires qui dépassait de son bonnet.
  • Je n’en peux déjà plus… Mais je… je veux le mieux pour Kimi…
  • Commence par m’expliquer, l’invita-t-il à se délivrer.

Une fois qu’il lui ait eu tout dit. Chuck le regarda très sérieusement.

  • Je crois comprendre pourquoi tu as fait ce choix, mais… - il réfléchit un temps - Pas à moi, Dossan. Ce n’est pas à moi que tu mentiras, dit-il si gentiment que ce dernier fit une grimace. J’accepte de t’aider, si tu me dis ce que tu souhaites vraiment.

Décontenancé pour quelques secondes, Dossan fixa le sol, puis releva ses yeux plaintifs dans ceux de Chuck. En effet, face à lui, ses plus sombres secrets faisaient surface. Il commença craignant sa réaction.

  • Je sais que… que s’ils forcent comme ça, c’est parce qu’ils s’inquiétent pour Kimi, mais… à mon sens, ce n’est pas la bonne solution. Et c’est vrai que je… Je pourrais leur dire que je suis celui qui l’a adoptée, mais…

Il avait du mal à s’exprimer, fébrile comme dans leurs anciens jours, alors qu’ils n’avaient que vingt-quatre-ans. Il aplatit ses mains gantées de mitaines l’une contre l’autre, le bout de ses doigts devenant rouge à mesure qu’ils restaient dehors, et ses sourcils se touchant presque de toute la peine qu’il ressentait.

  • Cette vie-là… J’en ai rêvé… Toute ma vie, je… j’ai voulu une famille et depuis que nous avons quitté le lycée… Je pensais que je n’y aurais jamais droit. Est-ce que c’est si mal que ça de vouloir vivre avec Kimi une vie... normale ? Sans édifices, en toute simplicité et sans me préoccuper le temps de quelques années, de grandir ensemble, et de… Je sais que c’est égoïste envers vous… Mais… Tant que je ne couperais pas le cordon, comme j’avais voulu le faire la première fois… Je n’arriverai pas à…

Chuck hocha de la tête, son regard se baladant sur les champs derrière Dossan. Il n’y avait que lui pour lui arracher une larme. Il la retint pourtant.

  • Je veux juste vivre… Avec elle, ensemble, sans me préoccuper de Richess, de l’argent, de… Vous avez tous vos enfants, vos occupations, et je… je n’ai rien… Non, je n’avais rien, se reprit-il, à quoi me raccrocher avant qu’elle… Et je culpabilise du fait de pouvoir l’avoir à mes côtés alors qu’elle a perdu Alicia, sa mère, je ne pourrais jamais la remplacer, mais je… Chuck, je veux me sentir libre, avoua-t-il enfin à cœur ouvert. Sauf qu’aujourd’hui, cette pression qu’ils exercent de l’autre côté, je sais que je pourrais m’en débarrasser en leur racontant, mais… ne devions-nous pas vivre chacun de notre côté avant de remplir notre promesse ? N’ai-je pas le droit de…

Il craquait, de grosses larmes gêlant ses joues, alors qu’il toussait, étouffé par ses sanglots. Chuck observa longuement le ciel, toujours les mains enfouies dans ses poches et en train de digérer ce qu’il lui disait. Son nez se plissa lorsque lui aussi sentit une goutte tomber jusque dans son cou.

  • Très bien, dit-il difficilement en s’approchant doucement de lui pour déposer, d’abord avec hésitation, une main sur son épaule.

Il la serra fort dans sa paume, relevant ensuite son regard bleu et ému, dans celui de Dossan qui se sentait plus que désolé.

  • Je vais… faire un peu de magie, dit-il en claquant des doigts sous son gant en cuir et en esquissant un petit sourire, malgré sa peine.
  • … Comment… te remercier…
  • Une chose, fit-il en levant un doigt et en le prévenant d’un air sérieux, remplis ta promesse, articula-t-il bien distinctement en tapotant son index plusieurs fois sur son torse avant d’attraper sa joue dans l’espoir d’effacer ses traits tristes de son visage. Kimi doit venir à Saint-Clair.

Cela fonctionna, car lui aussi lui rendit une esquisse avant de l’attraper dans ses bras, car ils ne se verraient plus avant un long moment.

***

Cette fois, ce fut Elliot qui fut exaspéré pendant que Michael essayait de calmer ses émotions, marqués de traces rouges autour des yeux par les pleurs.

  • Bah, évidement, lâcha le roux. Il fallait que ce soi Chuck. Qui d’autre, après tout ? ajouta-t-il en levant les yeux au ciel.

En effet, ce dernier avait usé de tous ses moyens pour dissuader les autres Richess de continuer leurs recherches.

  • Finalement, recommença Michael d’un ton un peu plus calme, tu vois… C’est aussi parce que…
  • C’est vrai, je voulais être tranquille avec Kimi, je l’avoue. Je suis désolé, mais je ne regrette pas. Elle est devenue… quelqu’un… d’exceptionnel… Et ces années passées avec elle, je...
  • Tu fais chier, lâcha Elliot, enragé, parce qu’il le comprenait autant qu’il avait envie de le détester.
  • J’ai conscience que… vous ne réussirez peut-être pas à me pardonner, mais… J’ai tenu ma promesse et… En effet, Michael, ta fille est venue chez moi, tout comme la tienne, répondit-il en regardant Elliot.
  • Petit enfoiré, lâcha ce dernier, plus affectueusement que méchamment.
  • Je tiens à m’excuser pour ce que j’ai dit, Michael. C’est faux bien sûr, je ne peux pas mieux connaitre ta fille que toi, c’était sur la colère…
  • Est-ce qu’elle me déteste ? demanda-t-il d’une voix si triste que Dossan en fut bouleversé.
  • Bien sûr que non, lui sourit-il. Aucun d’eux ne vous déteste vraiment, lâcha-t-il ensuite sans vraiment penser à ce qu’il dévoilait.

Michael et Elliot se regardèrent un moment. Ils avaient très bien compris, tous les deux.

  • Ne me dis pas que… commença le roux, plus excité qu’inquiet.
  • Toi, pouffa l’autre, n’en revenant pas, tu n’as pas seulement reçu nos filles, je me trompe ?
  • Et merde… fit Dossan en lâchant un sourire crispé. Je peux pas vous le dire…
  • Et pourquoi ça ? s’agaça à nouveau Elliot.
  • Parce que… j’ai d’autres promesses à tenir.

En effet, cette fois pendant les fêtes, il avait promis à Laure Ibiss de ne jamais vendre la mèche.

  • Mec… T’es mort, lâcha-t-il du tac au tac. Si tu crois qu’on va te laisser garder ce secret-là pour toi. Ne pense pas qu’on ne soit au courant de rien non plus.
  • Je n’ai jamais dit le contraire, dit-il, les pommettes retroussés devant l’air faussement énervé qu’Elliot se donnait. Ce n’était pas si facile de vous mentir, vous savez ? D’ailleurs, quitte à tout vous dire… Blear est au courant que je l’ai adoptée. Je l’ai croisée à l’aéroport un de ces jours. Elle a tout de suite appelé Chuck, mais il ne lui a rien dit.
  • C’est du beau, souffla Michael.

À la tête que fit le grand roux, Dossan sut qu’une idée machiavélique venait de le traverser.

  • Alors, dans ce cas, puisque tu l’as déjà revue depuis, tu ne vois pas d’inconvénient à ce qu’on… se réunisse ? dit-il en le provoquant légèrement. Je suis à peu près certain que tout le monde se déplacera pour en apprendre plus sur tous tes petits mensonges.

Pris au piège, Dossan dut se faire à l’idée qu’il ne pouvait plus revenir en arrière, mais pendant qu’il digérait la proposition, Michael se taisait. Si Elliot avait un rendez-vous avec Katerina et que Blear et Dossan s'étaient revus, il ne s’agissait pas de son cas avec Eglantine. Il ne l’avait plus vue, et il l'avait même éviter, depuis des années.

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