Chapitre 44 : Que justice soit faite.

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  • Je suis désolé de t’avoir manqué de respect, déclara Elliot, droit dans les yeux de son vieil ami.
  • Toujours aussi sanguin, répondit Dossan dans un murmure en esquissant un léger sourire.

L’atmosphère dans le petit salon était redescendue. Le grand roux avait toujours été de nature à avoir un coup de chaud lorsqu’un sujet lui tenait à cœur, mais il n’avait rien perdu de son bon vivant.

Michael avait beau être plus doux et réservé, la contrariété se lisait dans ses traits.

***

Le silence qui s’installa dans le hall de l’orphelinat une fois que Kimi eut passé l’épaisse porte en bois fit froid dans le dos à la petite dame à l'administration. Derrière son vieux comptoir digne des années soixante, elle frictionnait nerveusement la copie de dossier d’adoption du bout des doigts.

La vision de ce jeune homme, planté au milieu de l’accueil, les pieds bien ancrés au sol verni, l’attrista énormément. Il avait l’air si seul, et c’était vrai.

Dossan n’avait plus ses parents et ne pouvait aucunement compter sur le peu de famille qui lui restait, avide de l’héritage qu’il avait reçu. Les meilleurs amis dont il pensait ne jamais se séparer venaient de disparaître, Alicia quelque part haut dans le ciel, tandis que Louis croupissait dans une cellule psychiatrique. Les autres, plus éloignés, vivaient leur vie de Richess, pleine de responsabilités, malgré leur soutien de loin.

En effet, après l’enterrement, chacun avait pris soin de prendre des nouvelles.

De surcroît, il n’avait pas même une amoureuse avec qui passer du bon temps. Ces petits plaisirs lui manquaient.

“Vous regrettez ?”

Il fallut le temps que la question résonne plusieurs fois en Dossan, remontant les abysses de ses sombres pensées comme un ascenseur, dont la sonnerie lui fit relever la tête. Il dévisagea alors la dame. Cette dernière constata le rouge autour de ses yeux et une affreuse grimace qui se révélait à cause de son erreur. Il venait de laisser passer sa chance d’aimer à nouveau, d’un nouvel amour, un qui ne connaissait pas encore.

  • Oui, je… regrette… lâcha-t-il, les yeux rivés au sol qu’il amena ensuite au niveau de la poignée de la porte. Je regrette, répéta-t-il en s’activant, nerveux. Madame, je…
  • Alors qu’attendez-vous ? fit-elle lorsque ce dernier chercha la réponse sur son visage.

Dossan sentit une montée d’adrénaline électriser ses jambes jusqu’ici paralysées. Il fonça hors du bâtiment, envoyant valser la porte qui les avait séparés d’un geste brusque. Une vague de froid vint glacer ses bras qui dépassaient de son t-shirt et relever ses mèches noires, dégageant sa vue par la même occasion. Une main sur la tête, pris de sueurs froides, il fit quelques pas dans la rue. À bas, l’hiver, il cherchait une voiture qui démarrerait dans les alentours. Là voilà qui prenait le large.

Un tambour fit balancer son cœur en même temps qu’il dévala la rue à toute vitesse pour atteindre le bolide. Ses pieds s’emmêlaient sur le pavé mal rangé et humide. Le souffle court, il eut l’impression de ne jamais pouvoir la rattraper. Le feu rouge avant de tourner au coin s’illumina. Dossan força sur ses mollets.

Sur la banquette arrière de la belle voiture noire, Kimi gardait le silence alors que ses nouveaux parents avaient entamé une discussion qui l’impliquait. Ils avaient beau essayer d’obtenir son attention, la petite blonde ne répondait à rien, les mains serrées sur ses genoux. Elle restait vide, le trou dans sa poitrine, impossible à combler.

Au feu rouge, elle jeta un regard par la fenêtre, sursautant en voyant l’ombre d’un corbeau filer à côté du carreau.

  • C’est quoi ce… s’en alla le père.

Un énorme bruit sourd, puis le cri de la femme à la place passager, parvint aux oreilles de Kimi, qui enfin, se releva pour passer sa tête entre les deux sièges à l’avant. Elle frissonna en découvrant le visage de Dossan, essoufflé, des yeux de tueurs à la place des billes, et ses deux mains plaquées sur le capot de la voiture. Son regard fixe, obscur et déterminé, sous sa chevelure noire, qui ne la quittait plus, la fit déglutir. La peur la traversa, mais pas à cause de lui. Elle craignait la réaction du couple qui s’énervait. L’homme envoya péter le klaxon une dizaine de fois, parce que Dossan refusait de bouger criant férocement des mots inaudibles depuis l’intérieur.

  • Très bien, déclara le quadragénaire. Il va voir de quel bois je me chauffe, marmonna-t-il ensuite en détachant sa ceinture.

Il n’entendit pas le “clic” de celle de Kimi qui sortit difficilement de la voiture, en en sautant pour atterrir sur ses deux pieds. Elle faillit glisser sur le trottoir, pressée.

  • Kimi ! s’écria la dame, horrifiée.

Elle ne s’arrêta pas et couru vers Dossan qui s’accroupit immédiatement pour la réceptionner dans ses bras. Il y enfouit son petit corps tremblant et la serra fermement. Le nez dans son cou, il déplaça ses lèvres près de son oreille.

  • Je suis là.
  • Vous êtes complétement taré ?! Espèce de malade ! Lâchez-la tout de suite…

La foudre qui s’abattit sur l’homme en même temps que le regard de Dossan, l’arrêta net. Bien que très bien cachée, il remarqua que Kimi pleurait, son dos se saccadant en même temps que sa respiration était encombrée par les sanglots.

  • Lâchez-la, ou…
  • Ou quoi ? fit-il d’un ton menaçant en se relevant doucement, attrapant la main de Kimi dans la sienne qui porta son autre poing à ses yeux bouffis.
  • Vous n’avez pas le droit…
  • C’est ce que nous verrons. Je la reprends, déclara-t-il d’un ton catégorique en la prenant cette fois sous les bras pour la ramener sur son torse.

Effrayée de le perdre à nouveau, elle s’accrocha fermement à son cou et envoya un regard aussi vide que sinistre aux parents dont elle ne voulait pas. Ceux-ci se retrouvèrent désarmés, incapables de la forcer à rejoindre leurs rangs.

***

  • C’est que tu as du cran, siffla Elliot.
  • J'ai plutôt eu peur, avoua-t-il en réponse.
  • Et ensuite ? s’impatienta Michael.

Dossan hésita un instant à poursuivre, se penchant légèrement sur le fauteuil pour mieux regarder le sinistre Richess. Plus la conversation avançait, plus ce dernier semblait de mauvais poil. Il gardait cependant tous ses sentiments au cœur de ses tourments.

  • J’ai l’impression que toi aussi, tu m’en veux… Je me trompe ? demanda-t-il pour en être certain.
  • Continue. J’aviserai en fonction de ce que tu nous racontera.

Le grand roux fut interpellé par son ton un peu plus cassant. Il avait pourtant été le premier à dire qu’il ne souhaitait pas qu’ils se disputent.

***

Aux côtés de son avocat, le même que celui qui était arrivé à le placer sous la tutelle de Chuck Ibiss, Dossan apparaissait dans un superbe costume noir. Il s’était coiffé élégamment pour assister au jugement qui trancherait de l’avenir de Kimi. Les deux hommes se concertaient avant d’entrer dans le tribunal.

  • Vous êtes nerveux ? demanda le cinquantenaire, requin dans l’âme, en observant les gestes répétés de Dossan autour de sa modeste montre.
  • Un peu.
  • C’est normal, mais il n’y a pas de raison que vous perdiez.
  • Mes droits…
  • Le plus important, c’est ce que souhaite Kimi. Je suis certain que nous allons gagner, et sans tricher, dit-il en brandissant son dossier en l’air, le tapotant ensuite sur le torse du jeune homme qu’il appréciait particulièrement.

Convaincu de la même chose, Dossan reprit une bouffée d’air et gonfla le torse.

  • Je préfère cette attitude, sourit l’avocat. Votre ami, Chuck Ibiss, serait ravi de vous voir confiant. Il était prêt à agir.
  • Je sais, mais…

Il s’arrêta en voyant arriver le couple qui lui avait arraché Kimi le temps de quelques minutes. Malgré leurs différends, il les salua d’un hochement de tête. Ceux-ci ne daignèrent faire de même. Dossan ne s’en vexa aucunement.

  • Quel calme dont vous faites preuve… C’est le mieux que vous puissiez faire.
  • Si vous saviez…

À l’intérieur, il bouillonnait, impatient que la fin de ce jugement lui rende l’espoir d’une génération. En attendant, il préférait agir avec classe, comme Blear Makes l’aurait fait. Toutes ces années passées en compagnie des sept Richess ne lui auront pas servies à rien. Il se doterait de tendresse, comme Eglantine Akitorishi, de perspicacité comme Michael Challen. Il serait un homme de valeur, à la manière d’Elliot Fast, et aussi intransigeant que Katerina Hodaïbi. Sans compter, féroce et malin, comme Marry Stein et Chuck Ibiss.

Avec un sentiment enfoui de pulvérisation en lui, Dossan fit un signe de tête à son avocat, l’indiquant qu’ils entraient dans le bâtiment où tout se déroulerait. Ce dernier ricana à l’image du garçon de dix-sept-ans qu’il avait connu et qui s’était transformé en homme redoutable dés l’instant où il avait pris une décision. Ce petit gamin avait bien grandi, façonné des mains des plus grands du pays. Il savait maintenant comment s’y prendre, refusant d’abandonner une deuxième fois quelqu’un d’important et puisant dans les meilleures ressources de ses anciens amis. Kimi lui reviendrait, et il honorerait la promesse dont l’avait acquitté Louis et Alicia.

***

“Pour des raisons d’équité et tenant compte de la volonté de la défunte mère, Alicia Polswerd, de l’accord de Louis Kibé, et des propos de leur fille, Kimi, ici présente, je cite...

Depuis son siège, Dossan attendait patiemment le jugement final, les mains jointes sur la tablette en bois devant lui. Il n’osait pas encore regarder Kimi qui s’était encore une fois enfermée dans un silence. Minuscule du haut de ses sept ans, elle comprenait peu de la situation, ses jambes se balançant dans le vide, mis à part le fait qu’elle ne voulait être en compagnie que d’une seule personne.

Lorsqu’elle vit depuis son point de vue, Dossan passer ses mains sur son visage, soulagé, avant d’esquisser un sourire et de serrer la main à son avocat, une larme dégoulina le long de sa joue. Ce dernier se dépêcha de la rejoindre, sur quoi elle se leva, planant lorsqu’il la suréleva du sol pour la câliner dans ses bras. À l’attendrissement général, elle éclata en sanglot, sa bouille déposée contre son épaule, mais déjà à cet âge, elle fusillait toutes les autres personnes présentes de ses yeux bleus animal. Ses petites mains s’accrochant aux morceaux de tissus qu’elle trouvait, décrochèrent des larmes à Dossan également.

  • On va se trouver une maison, maintenant. D’accord ? fit-il en lui souriant tendrement tandis qu’elle grimaçait, incapable de montrer un semblant de joie.

Le choix de rester à ses côtés résidait dans le fait qu’il l’avait sauvé, pas une fois, mais deux. Il n’en restait pas moins qu’elle avait perdu sa mère et qu’elle devrait supporter toute sa vie les cauchemars liés à l’image de son père essayant de la tuer. Elle n’était plus qu’une enfant malheureuse qui se raccrochait désespérément à la seule personne qui lui avait montré des preuves.

Des preuves qu’il ne l’abandonnerait pas, et ce, même s’il n’avait pas eu les tripes de l’adopter la première fois. Tout ce qu’elle constatait, c’est qu’encore une fois, il s’était battu pour la récupérer. Dans sa jeune tête, c’est tout ce qui comptait : de survivre auprès de son seul point de repère.

***

Michael décroisa ses bras pour reprendre une gorgée d’eau, avant de se remettre en position d’écoute. Il fronça les sourcils dès les mots suivants.

  • C’est là que… J’ai pris une décision pour Kimi. Vous savez, s’adressa-t-il autant à ses deux vieux copains qu’à ceux qui n’étaient pas présents, je ne vous en ai pas voulu de ne pas pouvoir être très présents. En quittant l’école, je savais pertinemment que nos liens… dit-il avec un peu d’émotion. C’était très logique que l’on s’éloigne, entre tous vos voyages, le début de vos entreprises, oui, je… Je comprenais. Simplement, quand moi, j’étais à ses côtés à l’hôpital, et même quand je n’ai pas eu les couilles de l’adopter tout de suite, je suis restée près d’elle. Vous ne pouviez pas, c’est normal. Mais de là à décréter vouloir l’adopter une fois que vous avez su qu’elle avait fini entre de bonnes-mains…
  • Peut-être que si nous avions su que c’était toi… le coupa Michael, légèrement agacé.
  • Peut-être que je vous l’aurais dit, si vous n’aviez pas usé de tels moyens, fit-il de même.
  • Tu aurais dû le dire…
  • J’allais le faire, répondit-il du tac au tac, agressif. Mais quand j’ai vu la somme d’argent que tu étais prêt à mettre pour simplement avoir une réponse, je… C’est honteux ! On ne paye pas pour un enfant ! s’exclama-t-il, outré en se remémorant le geste.

Vexé, Michael détourna ses yeux clairs ailleurs.

En effet, du temps de l’adoption, alors que Dossan croulait sous les démarches administratives, qu’il courait partout entre toutes les institutions, et se dépêchait de trouver un foyer pour le nouveau membre de sa famille, ce dernier se voyait débordé. Un des premiers à ne pas avoir su le joindre fut Michael qui, dès qu’il resta sans réponse, contacta l’avocat de Dossan.

***

Accoudé à la table de sa minuscule cuisine, Dossan avait la tête plongée dans les papiers, tandis que Kimi dormait emmitouflée dans plusieurs plaids sur le petit fauteuil qui heureusement pour son âge lui permettait d’y être couchée entièrement. Ce dernier tombait de fatigue, épuisé par toutes les responsabilités que lui incombait de devenir “papa”. La sonnerie stridente de l’appartement fit ronchonner Kimi dans son sommeil.

Dossan s’empressa d’ouvrir la porte au gêneur.

  • Vous ne semblez pas très content de me voir ? fit l’avocat, toujours vêtu d’un chic costume et de sa mallette en cuir.
  • Chuut, elle dort, l’invita-t-il à entrer en silence, l’index sur les lèvres avant de s’isoler avec lui dans sa propre chambre.
  • Vivement que vous trouviez un endroit plus grand pour vous deux, déclara-t-il en constatant le peu d’espace.
  • Je me dépêche, mais c’est éreintant…
  • Peut-être devriez-vous déléguer ce rôle à quelqu’un d’autre ?
  • Je vous demande pardon ? s’interdit-il en le dévisageant.
  • Je plaisante bien sûr, répondit-il en s’asseyant sur le lit une place pour ouvrir sa mallette. Vous savez, je ne suis pas devenu avocat pour rien, dit-il en fouillant dans ses papiers. L’argent, c’est ce qui compte. Il ne fait pas le bonheur, mais… Un tel chèque aurait tendance à me faire changer les idées, ajouta-t-il en lui tendant un morceau de papier.

Plus que surpris, mais surtout effaré, Dossan s’empara du petit billet où résidait déjà trois zéros pour y voir le nom de Michael Challen inscrit.

  • Qu’est-ce que ça veut dire ? s’interloqua-t-il.
  • Que ce Monsieur, que vous connaissez bien, je présume, est prêt à mettre une telle somme rien que pour savoir contre qui il doit se battre pour offrir une vie de qualité à Kimi. Et ce n’est pas le seul à s’être réveillé, visiblement. Contre Marry Stein, il n’a aucune chance, si je décidai d’encaisser, dit-il avec ironie en lui tendant un autre chèque bien plus élevé.
  • C’est une plaisanterie, je… Mais enfin… C’est moi qui…
  • C'est très sérieux. Il voulait que je lui dise le fin mot du jugement, mais évidement je m'en suis tenu au secret. Delà, il m'a gentiment proposé cette somme d'argent que vous pouvez voir ici, expliqua-t-il en pointant le chèque. Peut-être devriez-vous vous dépêcher de leur dire avant que je ne craque ? C’est très tentant, vous savez ? Mais je vous respecte bien trop pour ne pas vous prévenir de la situation, expliqua-t-il d’un ton très sérieux.
  • Vous ne feriez pas ça…
  • Qui sait ? La visite de Monsieur Challen m’a beaucoup secoué, il semblait très sûr de lui quant au fait de s’occuper de Kimi. Peut-être qu’elle serait mieux…
  • Vous insinuez que je ne peux pas m’en occuper ? répondit-il, virulent.

L’avocat l'analysa un instant après s’être relevé.

  • En tout cas, vous semblez convaincant. Professionnellement, je n’ai pas à m’attacher à mes clients, mais aller savoir, je ne peux m’empêcher de vous apprécier, d’où ma visite. Et cette petite, j’aimerais qu’elle reste entre de bonnes-mains.
  • Elle l’est, répondit-il catégoriquement.
  • Alors qu’allez-vous faire…
  • Je vais leur parler, c’est le mieux à faire…
  • Vous pensez ? Vous avez connu les Richess dans leur adolescence, bienveillant envers vous, mais ils sont redoutables lorsqu’ils veulent obtenir quelque chose. Si vous leur dites, pensez-vous qu’il soit bon pour son éducation d’avoir sept tontons et tatas pleins aux as tandis qu’elle n’aura que ce que tous les enfants normaux peuvent avoir ? Sans compter qu’elle s’est déjà bien écartée d’une vie normale pour son âge.
  • Je vais les appeler…

En prenant son téléphone, Dossan vit qu’il avait justement des appels en absence de nombreux numéros privés. Le chiffre de ceux-ci lui laissèrent un goût amer.

  • Je… Je vais m’occuper de ça, mais s’il vous plaît, tenez-moi au courant des suites.
  • Très bien, je le ferai. Bon courage, Monsieur Dan’s.

Une fois parti, Dossan eut à peine le temps d’essayer de rappeler Michael qu’il reçut un autre coup de téléphone. Il décrocha instantanément.

  • Allô, Dossan ? Tu vas bien ? C’est Eglantine.

Sa douce voix n’avait pas changé, bien qu’elle semblât un peu pressée. Il la laissa poursuivre.

  • Je n’ai pas beaucoup de temps devant moi, l’avion va bientôt décoller, mais j’ai appris que… que la fille d’Alicia et Louis…

“Elle a un prénom”, pensa-t-il très fort sans pour autant couper la parole à la tendre Akitorishi.

  • Elle a donc été adoptée ? Je pensais que tu étais monter contre la justice pour…

N’était-ce pas un reproche ? Derrière le téléphone, il fronça les sourcils.

  • Mais lorsque j’ai sonné à ton avocat, il n’a pas voulu me donner d’informations. Peux-tu me dire où elle a atterri ? Après réflexion, je ne peux pas l’imaginer autre part que chez l’un de chez nous.

Et pourquoi pas ? Il savait qu’il s’en occuperait parfaitement. Ses anciens amis ne plaçaient aucune confiance en le fait qu’il ait pu la récupérer, comme promis.

  • J’ai essayé de… Mon Dieu, je ne suis pas fière, mais… J’ai entendu dire que Marry et Michael avait également tenté en vain de… d’obtenir le nom de la famille, mais… ton avocat n’a rien pu nous dire. Est-ce que tu en sais un peu plus que nous ?

“Non”, fut la première réponse qui résonna dans sa tête à sa grande surprise.

  • Dossan ? insista-t-elle, d’un ton embêtée. Tout va bien ? J’imagine que pour toi aussi cela à dû être bouleversant, nous sommes tous un peu pressés. Katerina ne semblait pas avoir le courage de… Je la comprends, ce n’est pas facile d’élever rien qu’un enfant, mais peut-être que Chuck ou Blear pourront…
  • Je n’ai pas gagné, répondit-il enfin, d’une voix si triste qu’Eglantine eut le souffle coupé. Ils ont décidé de la replacer en orphelinat, là où je ne pourrais plus avoir de contact avec elle. C’est parce que je n’ai pas eu un comportement adéquat en arrêtant la voiture… Donc, je… je ne sais pas, mentit-il. Moi aussi, j’ai fait mes recherches, mais la vérité, c’est que mon avocat n’en sait pas plus que vous. Elle est partie, Eglantine. Je ne sais pas où elle est. Peut-être que ça vaut mieux comme ça ? tenta-t-il pour voir sa réaction.
  • Mais enfin Do… On ne peut pas laisser leur fille dans les mains de n’importe qui… Je ne sais pas pour l’adoption, mais… rien que pour notre bonne conscience, nous voudrions savoir où elle se trouve et si… Et s’ils ne s’occupaient pas bien d’elle ? fit-elle d’un ton très inquiet. Non, je pense que nous allons creuser un peu plus. N’abandonne pas, Dossan.

Avec une grande peine de sa réponse, Dossan ferma les yeux à l’autre bout du fil et se mangea les lèvres. La vision de Kimi, la petite fille que tout le monde cherchait, dans son canapé le fit souffrir. Comme plongé dans le passé, le sourire mesquin de son père en mémoire, une nouvelle fois, il se rendit compte des méfaits de l’argent et des ressources du pouvoir. S’ils n’avaient pas eu ce statut, ils auraient été incapables de savoir où elle se trouvait. Ils n’auraient même jamais eu l’occasion de la pister. Peut-être valait-il mieux rendre justice au cours normal de la vie ? Bloqué les avantages de la hiérarchie pour garantir une vie simple à celle qu’il considérait comme sa fille ?

Les yeux rivés sur la petite bouille endormie, jamais paisible de Kimi, Dossan serra les poings. Il avait tout appris des Richess, mais c’est de son propre chef qu’il la protégerait.

***

L'improbable arriva lorsque Michael pouffa, excédé.

Dossan attendait qu’il s’exprime d’un pied ferme pendant qu’Elliot se remettait en question.

  • Vas-y, dis-moi donc ce que tu as sur le cœur…
  • La provoque… Tu n’étais pas comme ça avant, Dossan, déclara ce dernier.
  • Nous avons tous changé, visiblement.
  • Franchement, que tu aies voulu la protéger je comprends, mais nous utiliser nous pour couvrir tes mensonges, je ne savais pas que tu pouvais être un tel connard, rétorqua-t-il, très amer et d’une mine dégoûté.
  • Parce que payer pour un enfant, c'est mieux ?
  • C’est une excuse, dis plutôt que tu voulais la garder pour toi tout seul, lui balança-t-il à la figure.

Détournant la tête pour éviter de trop s’énerver, Dossan s’apprêtait à perdre patience.

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