Chapitre 43 : L'espoir.

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En plein milieu de la semaine, aux alentours de dix-heures, deux hommes se tenaient sur un trottoir, en face d’une maison. L’un très grand, d’une chevelure rousse, soufflait la buée du froid de canard hors de sa bouche. Il réchauffait ses mains en les enfonçant dans les poches de son épaisse veste d’aviateur en cuir. Même sans ses grosses bottines, il gagnait de loin en taille contre l’autre homme à côté, moins tape à l’œil, qui lui portait un long manteau beige et tenait son écharpe en cachemire de ses doigts gelés. Les premières neiges tombaient sur ses mèches brunes, rendant à ses traits durs de l’angélisme.

  • C’est aussi un peu de notre faute. Nous n’avons jamais pris la peine de nous déplacer jusqu’ici, dit ce dernier en fixant la devanture en brique bleue.
  • Certes, mais il n’a pas toujours habité ici, que je sache, répondit l’autre, de nature moins conciliante.
  • Nous venons pour avoir des explications, pas pour se disputer…
  • Ça dépendra de ce qu’il nous raconte. Allons-y, fit-il en tapant gentiment le dos de sa main sur l’épaule de son compagnon qui craignait soudainement que son vieil ami “lui” rentre dedans.

Par lui, évidemment, il faisait référence à Dossan.

Ce dernier, reclus dans son bureau, alors qu’il avait toute la maison pour lui, écrivait une nouvelle sur son ordinateur à toute vitesse. Il devait la transmettre assez rapidement pour un contrat avec un journal quotidien. L’auteur qu’il était avait du succès sous son nom de plume : “Corbac Kame’s”, mais il prenait plaisir dans les petits boulots.

Cette information aussi, il l’avait gardé pour lui. Seule Kimi et Leroy connaissaient l’identité qu’il s’était donné pour écrire ses romans. Ceux-ci trônaient, dans la bibliothèque faite de planches noires et moderne dans son dos. Des livres sur les meubles de rangement à côté débordaient de partout, dans un bordel organisé.

Le temps de reprendre un coup de son café au lait, il fut étonné d’entendre sonner chez lui à cette heure de la matinée. Peut-être le facteur.

En y pensant, il grimaça.

Chaque fois, de mauvais souvenirs le rattrapait du temps où il avait réussi à se dégoter une place dans une poste qui reprenait le village où Alicia et Louis avaient vécu.

Chassant les images qui s’incrustaient dans son esprit, il jeta sur son bureau les fines lunettes qu’il utilisait pour se protéger des écrans. Son bureau avait un côté très industriel. Il se dépêcha de descendre les escaliers, trottinant.

Lorsqu’il jeta un œil dehors, écartant délicatement le fin rideau transparent, ses yeux s’arrondirent. Il passa nerveusement ses mains sur son torse avant d’ouvrir la porte.

  • Qu’est-ce que vous faites ici ? demanda-t-il, à la fois ravi et surpris de voir Michael et Elliot, tout deux l’air plutôt grave au seuil de sa porte.
  • Bonjour, Do… commença le plus gentil des deux.
  • C’est à nous de te poser des questions, tu nous invites ? demanda le roux, en essayant de forcer le passage.

“Bam”

D’un geste brusque, Dossan lui bloqua l’accès, sa main bien cramponnée au chambrant de porte. Il releva une paire d’yeux ténébreuses dans ceux d’Elliot. Les deux hommes se lancèrent des éclairs pendant un long moment.

  • Nous aimerions discuter avec toi, de certaines choses et ce serait mieux de pouvoir le faire… à l’intérieur. Vu le temps, fit Michael d’un ton plus gentil, mais ferme.

Sa voix avait changé. Elle était plus grave qu’auparavant, tandis qu’Elliot avait gardé toute sa masculinité d’antan. Il était simplement encore un peu plus grand et musclé.

  • Merci de le préciser, lui répondit Dossan. Tu n’es pas obligé d’être aussi guindé. Par contre, lorsqu’on demande à être invité, on n’entre pas chez les gens sans leur autorisation. C’est ma maison, ici. Mon intimité et je suis le seul qui décide de si vous pouvez entrer. Sur ce…

D’un geste gracieux, Dossan s’écarta pour leur laisser le passage au hall. Il ne lâcha pas son regard d’Elliot qui se sentait déjà un peu désolé d’avoir cédé à la colère, mais ce dernier n’y pouvait rien. Lorsqu’il le revoyait le serrer dans ses bras à l’enterrement d’Alice, gardant pour lui qu’il avait adopté la fille de Louis et d’Alicia, il avait de la rancœur.

Il aurait pu lui dire, et même avant, à tant de reprises.

De même, il les laissa entrer en premier dans la pièce principale. Ses deux copains de Saint-Clair découvrirent alors l’endroit où il vivait depuis neuf ans. Il y avait une vraie différence entre leurs grandes baraques de luxe et ce petit cocon.

Ils parcoururent l’endroit, de la cuisine noir et rouge coupé par le bar et au salon relié. Tout tenait en une pièce, la table à manger également. Elliot se planta prés des portes fenêtres qui donnait une vue sur le jardin délimité par des palissades. Pour le commun des mortels, il s’agissait d’une très belle maison, mais pour des hommes comme eux, c’était un peu petit. Dossan ne restait pas moins fière de sa propriété dans laquelle il y avait quelques photos de Kimi, dont une récente en compagnie de Leroy.

Michael s’approcha du meuble où les photos à peine développées trônaient pendant que le roux observait un cadre de la petite blonde, plus jeune.

  • Je vous sers quelque chose ? leur proposa Dossan, toujours poli, en décalant une mèche noire de ses yeux.
  • Comment tu as pu nous cacher ça ? plongea Elliot les pieds dans le plat en pointant la photo de Kimi du doigt.
  • Je veux bien de l’eau, merci, répondit Michael qui étouffait de la situation.

Il s’exécuta, attrapant un verre dans les armoires au-dessus de la cuisinière et fit de même dans le frigo raisonnablement rempli pour un homme qui vivait seul la semaine entière. Il en sortit la bouteille.

  • Tu… Pourquoi tu ne réponds pas ? s’énerva Elliot.
  • Dans ma maison, j’exige le calme, est-ce trop demander ? répondit-il d’un ton posé en servant Michael qui lui lança un regard compatissant malgré ses propres appréhensions.
  • Mais c’est que t’es insolent en plus…
  • Je ne suis pas insolent, Elliot ! s’écria-t-il en se retournant d’un coup, claquant son verre à lui contre le bar. Vous venez sans prévenir chez moi, tu essayes de t’introduire alors que je ne t’ai pas donné le feu vert, je suis quoi ? De la merde ?! Après toutes ces années, c’est de cette manière que tu décides de me parler ?!

Tout de même honteux de son comportement, Elliot claqua sa langue contre son palais.

  • Je pourrais dire la même chose : “Après toutes ces années”...
  • Arrêtez, les coupa Michael qui défaisait doucement son écharpe, puis son manteau. Nous avons clairement des comptes à nous rendre, mais faisons-le de manière civilisée. Donc, Elliot, calme-toi.

Ce dernier grogna entre ses dents, regardant ailleurs.

  • Par contre, Dossan… Si je suis si “guindé”, c’est que j’ai mes raisons aussi. Est-ce que tu permets que l’on s’installe ? J’ai plusieurs questions à te poser.

Après un petit temps de réflexion, il les laissa s’asseoir dans les fauteuils, apportant à Elliot un café pour qu’il se calme. Dans le petit salon, les trois hommes se regardèrent tour à tour. Le premier ressentait une pointe d’agacement tandis que les deux autres attendaient avidement des réponses. Dossan souffla pour reprendre de l’air, mais aussi ses esprits, et croisa ses jambes en s’enfonçant dans le dossier, tout en attrapant son front dans sa main.

  • Allez-y, demandez-moi, fit-il, un peu perdu. Je ne serai par quoi commencer.
  • Par le début, tout simplement. Pourquoi tu ne nous as pas dit que tu avais adopté Kimi ? demanda Elliot qui effectivement était devenu plus cordiale une fois la caféine dans son sang.
  • Non… Ce n’est pas ça, nia Michael. Dis-nous plutôt, comment tu t’y es pris pour nous le cacher ?

En observant le plafond, les lèvres de Dossan se retroussèrent, maintenant les bras croisés. Il secouait tout doucement la tête, comme désespéré.

  • C’est bien là le problème : “Comment je m’y suis pris ?”. Vous savez que c’est moi qui aie découvert Alicia et Kimi quand…

Il fut pris d’une nausée.

  • Oui, si tu n’avais pas été là, elle n’aurait peut-être pas survécu, hocha Michael.
  • Et alors ? fit l’autre. Viens-en aux faits plutôt que d’essayer de nous attendrir.

Elliot regretta ses mots dés l’instant où Dossan lui jeta un regard plus que noir, blessé et rougie par une montée de larmes immédiate.

  • Tu ne sais pas ce que c’est… dit-il d’une voix plus rauque, cassée par la peine. Je l’ai vu, égorgée…

Tout deux firent une grimace.

  • Je m’excuse envers Alicia, baissa-t-il la tête et les yeux sur la carpette du salon.
  • J’espère bien. Décidément, erreur sur erreur, souffla-t-il entre ses dents.
  • Dossan… ôte-moi d’un doute, mais… débuta Michael, soucieux. J’ai la sensation que tu nous en veux pour quelque chose, mais je ne saurais dire quoi ? demanda-t-il ensuite d’un calme olympien.
  • Je ne peux pas vraiment vous en vouloir pour… - Il hésita - … quand vous ne pensiez pas mal, fit-il en joignant ses mains, les coudes sur les genoux.
  • Il serait quand même peut être temps que tu nous racontes, tu penses pas ? lâcha Elliot en le poussant à parler d’un mouvement de tête.

Au moins, ils tombaient enfin d’accord sur quelque chose.

***

Dossan avait été effectivement celui qui avait surpris Louis en train d’éventrer sa fille. Jeune facteur après des années à voyager ici et là, il avait pris ce poste pour se retrouver dans le coin de ses amis. Il avait pourtant remarqué que Louis s’enfermait de plus en plus dans une paranoïa, ne le laissant plus passer le pas de la porte. Sans compter le fait qu’il ne voyait plus du tout Alicia, pas même de loin. Il connaissait les raisons, la maladie de son ami, et il comprenait que la situation s’avérait compliquée à gérer pour eux. En bon copain, il avait essayé d’en savoir plus, mais tous ses gestes en vain envers la petite famille ne servirent à rien. Sauf un.

Son plus beau mouvement, après cette main tendue à Blear lors de ce bal, aura été de retenir l’attention de Louis en balançant une pierre par la fenêtre de sa maison lorsque ce dernier s’apprêtait à redonner un coup à sa fille et de s’y introduire.

Dans la précipitation, il avait réussi à le choper par l’arrière et à le canaliser, s’efforçant de ne pas lâcher prise face au corps d’Alicia gisant au sol. Sa vue se troubla en découvrant le sang séché qui ne coulait même plus de son cou. La mort n’était pas fraîche. Il aurait remis ses tripes s’il n’y avait pas eu Kimi, étalée contre le parquet, le ventre ouvert.

Des larmes dans les yeux, tant par cette vision que par ce qu’il s’apprêtait à faire, Dossan attrapa si violemment Louis, qui se débattait comme un fou, pour lui écraser sa tête contre le mur qu’il en tomba raide.

Les jambes tremblantes, il se laissa tomber à genoux à côté de Kimi, attrapant son téléphone portable pour la coller à son oreille. Il ne se rappela même plus exactement de ce qu’il avait dit aux urgences, ses yeux bleus plongés dans ceux de cette petite fille, dont les lèvres sautillaient et le corps se refroidissait. Il ne quitta pas son regard qui devint vide petit à petit pour s’éteindre progressivement. La seule vie qui restait sur son visage fut les larmes qui coulèrent sur ses joues blanches. Jusqu’à l’arrivée des secours, Dossan resta à son chevet, rendant un peu d'âme à la jeune fille sur laquelle reposait une promesse, à l'époque, vieille de sept ans.

Une fois pris en charge, un policier le félicita de son acte Dossan se souvint qu'il n'en était pas fier. Il aurait préféré que ça n'arrive jamais.

À l'hôpital, une autre nouvelle lui tomba dessus. Une nouvelle qui ne le surprit pas vraiment, mais qu'il avait redouté. En cas de mort des deux parents, il avait été nommé tuteur légal.

Il avait redouté qu'on lui annonce, car il n'était aucunement prêt à devoir élever un enfant et encore moins à soutenir une petite fille qui venait de perdre ses parents. C'était trop. Il ne pouvait pas.

***

Dossan avait pu réfléchir pour prendre sa décision. Alors qu'il allait lui rendre visite tous les jours à l'hôpital, plongée dans un coma, il y eut un jour où il apprit sans nouvelles de personnes qu’elle venait de se réveiller. Un matin, il la vit débouler de loin dans le couloir principal, sa blouse tachée de sang. La blessure s'était réouverte. Elle courait vers la sortie. Il eut d'assez bons réflexes pour la poursuivre et la tirer vers lui lorsqu'une voiture déboula, manquant de la renverser. Le cri des pneus de cette dernière lui avait glacé le sang.

Les jambes en cotons, pendant que les infirmiers vinrent s'occuper de Kimi dans l'urgence, l'un d'eux essaya de faire reprendre ses esprits à Dossan.

Assis à terre, le regard dans le vide, il entendait des voix, mais n'arrivait pas à revenir. Tout était flou et tremblait autour de lui. Il perdit l'équilibre en voulant se relever, chancelant, et regarda l'un des hommes comme s'il s'agissait d'un fantôme. Ce dernier claqua des doigts plusieurs fois pour le réveiller.

Dans un battement de cil, Dossan se retrouva dans un bureau à l'odeur mentholée. De grosses larmes coulèrent sur ses joues.

  • Je ne peux pas…
  • Quoi donc, Monsieur ?
  • Je n'y arriverai pas, releva-t-il la tête, montrant son visage meurtri et tourmenté au docteur qui s'occupait de Kimi. C'est trop lourd, je ne peux pas m'occuper d'elle.

Cette décision, il l’avait regretté dés l’instant où il avait décidé de lui dire “au revoir”. Il comptait s’en occuper en attendant que les soins et les démarches à l’hôpital prennent leur cours, mais après avoir fait son choix, il avait eu besoin de la voir.

Sur le moment même, lorsqu’il la vit allongée sur le lit, le respirateur déposé sur son tout petit visage, il la trouva frêle. Incapable de dire un mot, le médecin prit la relève.

Il n’arriva même pas à la regarder dans les yeux alors qu’elle le fixait - difficilement à cause de son état - sans accorder d’attention à l’homme en blouse blanche. Dossan n’eut pas le courage de lui expliquer de lui-même, rongé par la culpabilité et la honte d’être un homme aussi lâche. Égoïstement, il ne voulait pas avoir à s’en occuper. Il s’en sentait incapable.

Mais alors qui ? Qui prendrait soin de Kimi ?

Le temps de se remettre de ses blessures, la jeune orpheline, d’une maman sauvagement tuée et d’un père déchu de ses droits, passa un bon moment à l’hôpital. En arrière-plan, les assistants sociaux s’occupaient de lui trouver une famille et un foyer, préférant éviter la case internat. Une psychologue venait la voir dans sa chambre, mais Kimi n’était pas du tout réceptive, sauf quand Dossan se montrait présent.

Lorsque l’homme aux cheveux noirs venait lui rendre visite, elle devenait soudainement plus coopérative et s’apaisait, bien qu’elle ne parlait pas pour autant plus.

L’infirmière qui craquait pour son beau minois lui fit remarquer un jour :

  • Elle est très attachée à vous, avait-elle dit, attendrie. Ça se comprend. Des hommes doux, de nos jours, c’est bien rare, fit-elle ensuite d’un air un peu plus enjôleur.

Dossan eut l’impression qu’elle venait de jeter son cœur dans un hachoir. D’un, parce qu’elle lui rappelait qu’il n’était pas celui qui s’en occuperait, faillant à sa promesse, et de deux, qu’il était un homme doux, oui, mais bien seul.

À vingt-quatre-ans, après avoir voyagé partout dans le monde pour son plaisir personnel ou avec les membres de son groupe pour les tournées, il ne pensait plus trouver l’amour. Il ne se voyait pas recueillir une enfant dans son petit appartement, mais il se demandait parfois s’il était encore capable d’aimer, ayant flambé toute sa réserve pour la même personne. Comment pouvait-il prétendre l’élever alors qu’il se sentait vide de sentiments affectueux ?

De manière totalement contradictoire, il trouva toujours quelque chose à redire sur les couples ou familles qui se présentaient pour l’adoption de sa petite protégée. La principale raison : Kimi ne semblait jamais enjouée. Elle ne montrait aucune émotion.

Les quelques parents ou ceux qui rêvaient de le devenir pensaient fondre devant une bouille triste, mais ils n’eurent droit qu’à un mur. Depuis son lit d’hôpital, de ses yeux nuageux et éteints, Kimi ne laissait aucun signe surgir. Elle les repoussait et le stratège de l’enfant fonctionnait, à se demander si elle n’avait pas déjà conscience de son pouvoir de décision.

Malgré tout, vint le moment où les douleurs ne furent plus que mentale. Un choix devait se faire. Dossan, refusant qu’elle soit mise à l’orphelinat, reçu un couple en compagnie de l’agence d’adoption afin de marquer son avis.

Le directeur lui remit les pendules à l’heure lorsqu’il trouva des défauts aux futurs parents quadragénaire :

  • Peu importe qu’ils aient déjà un certain âge, le but est que cette petite fille se retrouve entre de bonnes mains. Si vous vouliez vous en occuper vous-même, vous n’auriez pas dû renoncer à votre droit ! Maintenant, si vous n’êtes pas satisfait, libre à vous de vous dresser contre la justice, mais en attendant, Kimi n’a plus de famille. Elle a besoin d’être entourée, et excusez-moi d’être dur, mais ce n’est pas l’homme qui l’a abandonné après de telles circonstances qui va pouvoir l’aider. Vous devez l’accepter. Ils seront parfaits, donc elle s’en va avec ce couple. Point final, lui avait-il coupé le bec lorsqu’il voulut émettre une plainte.

***

L’écoutant raconté son histoire, Michael et Elliot, furent tous deux interpellés par la douceur qui se dégagea du visage de Dossan. Il se souvenait de ses moments durs avec nostalgie, fixant le côté de la table basse où résidait tout un tas de magazines. L’instant d’après, un air plus sombre le gagna, son torse se gonflant en même temps qu’il émit un souffle.

***

Elle devait partir. Après deux semaines passées à l’orphelinat, le temps que la procédure soit acceptée, et alors que Dossan s’y était fermement opposé, Kimi se tenait debout dans le grand hall, sa petite valise sur roulette presque sous le bras.

Il était venu pour assister à son départ. Jusqu’à ce que les nouveaux parents arrivent, il resta aux côtés de Kimi, sans dire un mot. La tête légèrement baissée, elle ne parlait pas non plus, comptant le nombre de petits carrés au sol. Elle se vidait l’esprit.

Lorsqu’ils passèrent la porte du bâtiment, Dossan les analysa encore une fois. Ils avaient tout d’un couple de bonne famille. Est-ce qu’elle arriverait à associer cette dame un peu ronde et à la chevelure brune à sa mère ? Est-ce qu’elle arriverait à jouer avec cet homme à la barbe déjà un peu grisonnante ? Quand ils vinrent tout deux la réceptionner, de gentils sourires un peu forcés pour ne pas lui faire peur aux bouts des lèvres, Kimi sursauta.

Dossan se retint de les mettre en garde. Elle n’aimait pas qu’on la touche.

Le vent qui passait sous la vieille porte en bois de l’orphelinat, la faisant trembler à son passage, rappela à la galerie, qu’il était temps de partir. Le directeur, en présence, ravi d’avoir casé un autre enfant perdu, jeta un regard désapprobateur à son ancien tuteur, puis salua les heureux d’un geste commerciale.

Il faisait froid dehors, mais ils ne l’aidaient pas à remettre son écharpe autour de son cou. Dossan se força à regarder ailleurs, mais instinctivement, lorsqu’ils passèrent le pas de la porte, il ne put s’empêcher de vouloir croiser ses jolis yeux bleus une dernière fois. Il les vit, hésitant à partir, cherchant à s’accrocher encore à la personne qui avait trahi sa confiance. Kimi opposa une petite résistance lorsque son nouveau père l’attrapa doucement par le bras pour la forcer à partir. Elle venait de perdre espoir, baissant la tête sur ses lacets malfaits, avant de quitter cet horrible endroit.

***

  • En plus de perdre espoir, c’était aussi le nôtre, ronchonna Elliot qui avait mal au cœur pour la fille d’Alicia et Louis.
  • Enfin, c’est au-delà ça, souffla Michael, attristé également.
  • Oui, ce n’est pas ça, tu m'as compris… Mais ça me fait chier qu’elle ait dû passer par toutes ses étapes et...
  • C’est bien pour ça que je ne l’ai pas laissé partir, le coupa Dossan qui porta son verre d’eau à sa bouche, échauffé.

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