Chapitre 19 : Une fille bizarre.

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“Leroy, je ne serais pas à l’école jeudi et vendredi à cause d’un contrat, donc je veux que tu me promettes un truc. Méfie-toi de cette fille… Elle sait des choses qu’elle ne devrait pas à propos de nous, de Kimi, enfin du “Diable blanc”, et surtout, elle m’a fait croire que vous étiez proches. Je pense qu’elle m’a enregistré quand elle me posait des questions. Il vaut mieux que tu t’éloignes d’elle, vraiment. Je ne la sens pas.”


Voilà les mots qu’Ulys lui avait confiés en le prenant à part de leur séance de danse collective avec Kimi et Selim. La nouvelle le laissa penaud. Il n’arrivait pas à comprendre pourquoi elle avait agi de cette manière. Que savait-elle exactement à propos de leur groupe ? Bien qu’il eût promis à son ami de prendre ses distances, l’envie de savoir, la peur que sa sœur soit découverte, mais surtout l’incompréhension et la trahison, le poussèrent à la rejoindre de bon matin. Leroy était tellement tracassé qu’il n’arrivait de toute façon plus à dormir. Cette situation méritait des explications claires.

Quand bien même, il fut très gêné de demander à l’accueil dans quelle chambre dormait Lysen Makes. Toujours avec sa capuche sur la tête, la dame l’avait regardé d’un mauvais œil. Il avait les nerfs en pelote. D’un, elle l’avait roulé autant qu’Ulys et de deux, elle l’humiliait en le poussant à venir la confronter.


Les mains enfouies dans la poche de son sweat, son air devenait de plus en plus sévère. Il hésita longuement devant sa porte. Le besoin d’en découdre fut plus fort que le reste.

Lysen lui ouvrit en robe de nuit et sans maquillage. Alors qu'elle s'était donné du mal pour afficher un sourire, elle le perdit immédiatement en tombant sur Leroy. Ce dernier fit des yeux ronds face à son accoutrement. Il se sentit déstabilisé, elle était encore plus belle au naturel.

Se recoiffant, elle croisa les bras pour couvrir sa petite poitrine. Finalement, elle eut un rictus.


  • Je ne suis pas du matin, sache-le.
  • Je sais ce que tu as fait, laisse-moi entrer.
  • Maman dit toujours de ne jamais faire entrer les inconnus, rétorqua-t-elle en prenant une voix de petite fille.
  • Apparemment on se connaît bien, alors bouge.

Prenant soin de ne pas la toucher, il força le passage pour s'introduire dans sa chambre hyper girly. Il y avait du rose et des ours en peluche partout dans la pièce. Lysen obligea ses joues à ne pas devenir de même.

  • C'est malpoli de s'introduire de cette manière dans la chambre d'une fille, s'indigna-t-elle.
  • Et c'est malpoli de mettre un couteau dans le dos des gens. Pourquoi est-ce que tu as dit à Ulys qu'on s'entendait bien ? Je ne t'ai jamais parlé de ma vie, de mon passé, de mon ancien lycée et encore moins du… diable blanc… Pourquoi est-ce que tu as essayé d'obtenir des informations en ce qui le concerne ?

Leroy fit exprès de la genrer au masculin pour brouiller les pistes. Lysen leva les yeux au ciel et soupira avant de s'asseoir sur le bord de son lit et de croiser les jambes.

  • C'est Kyle qui m'a demandé d'obtenir des infos…
  • Tu ne peux pas faire confiance à ce mec !
  • Ce n'est pas la peine de crier, fit-elle en passant ses doigts dans ses cheveux bruns. Nous avons négocié, j'interrogeais Ulys et en échange, j'ai droit à un de ses services gratuitement.
  • … Tu avais besoin d'un service ? Tu as des problèmes ? demanda-t-il, nageant dans l'incompréhension.
  • Pas du tout, mais on ne sait jamais ce qu'il peut arriver à Saint-Clair. Le jour où j'aurais besoin d'aide, je sais que je pourrais compter sur lui.
  • Mais qu'est-ce que tu racontes ? Tu es stupide ?
  • Je ne te permets pas…
  • Moi non plus, je ne te permets pas, la coupa-t-il en venant s'asseoir à ses côtés en gardant une distance. Si tu avais des soucis, j'aurais pu comprendre, mais ce n'est même pas le cas ! Tu n'aurais pas dû accepter, tu ne sais pas dans quoi tu t'embarques… Dis-moi vraiment pourquoi tu fais ça ?

Qu'est-ce qui lui prenait à ce débile ? Un coup, il l'accusait de l'avoir trahi et l'instant d'après, il lui montrait un visage sincèrement inquiet et intéressé. Lysen se sentit vexée sans vraiment savoir pourquoi et regarda ailleurs.

  • J'aime juste avoir une longueur d'avance…
  • Ce n'est pourtant pas comme si tu étais en danger, alors que si tu t'impliques avec Kyle… Qu'est-ce que tu y gagnes vraiment ? insista-t-il en appuyant ses mains à plat sur le matelas pour s'approcher en restant bien à sa place.

"De l'attention", quand ces mots traversèrent l'esprit de Lysen, elle tira une moue qui interpella Leroy. Le masque tomba un fragment de seconde, il en profita.

  • Tu es vraiment bizarre comme meuf…
  • Je m’en fiche que tu m’en veuilles, j’ai eu ce que je voulais, point final, lâcha-t-elle en croisant à nouveau ses bras.
  • Ouais, c’est trop tard, mais… Je te conseille de ne plus t’en mêler, ça ne t’apportera que des problèmes.
  • C’est bon, je n’en ai rien à faire de vos histoires de Diable ! C’est ridicule, moi, je suis satisfaite !
  • Promets-le.

Lui accordant à nouveau de l’intérêt, elle se retourna et faiblit face à ses yeux transperçants. Le sérieux qui s’en dégageait entravait sa capacité à jouer la comédie. Mal à l’aise, elle déglutit.

  • Très bien, répondit-elle en abaissant son regard.
  • Promets-le, répéta-t-il à nouveau, s’approchant un peu plus.
  • Tu n’es pas censé ne pas supporter la proximité ? recula-t-elle son visage.
  • Pourquoi tu ne promets pas ? fronça-t-il les sourcils.
  • Je ne peux pas, sortit-elle enfin.
  • Pourquoi ? ne lâcha-t-il pas le morceau.
  • Parce que ce n’est pas dans ma nature ! Je ne peux faire une promesse si je ne suis pas certaine de pouvoir la tenir. Il n’y a rien de plus cruel que ça…
  • Tu crois ? demanda-t-il d’un ton ironique et en tournant un peu sa tête, aussi intrigué.

Elle se rappela alors de toutes ses cicatrices et déposa ses yeux sur ses bras couverts. Il en avait même des petites sur ses mains. Il le remarqua et serra les poings, gêné. Lysen entrouvrit la bouche, voulant sérieusement poser la question. Son regard l’en dissuada. Un air coupable se dessina sur son visage. Pour une fois, Leroy se sentait calme. Il prit le temps d’analyser chacune de ses micros expressions, admirant sans même vraiment s’en rendre compte ses longs cils et son adorable nez avant de penser qu’elle avait de belles lèvres. De plus en plus troublée, Lysen brisa le silence :

  • Arrête de me fixer, je vais penser que…
  • Que quoi ? revint-il sur terre.
  • Je ne sais pas, que… tu veux m’embrasser ? Tu regardais ma bouche ! s’exclama-t-elle, gênée en voyant son air surpris.
  • Non, pourquoi je voudrais faire ça ?
  • Pour rien ! C’est bon, je ne compte plus m’impliquer avec Kyle, alors tu peux repartir, je dois me changer.
  • D’accord… ?

En se relevant tous les deux en même temps, ils se retrouvèrent fort proches, l’un en face de l’autre. L’embrasser ? Il osait à peine faire la bise à certaines personnes. Leroy l’imagina un instant, louchant à nouveau sur ses lèvres. Des bouffées de chaleur envahirent Lysen, au point qu’elle devienne toute rouge. Ils se regardaient sans rien dire, bloqués par la soudaine envie d’essayer. Il n’agissait pourtant pas, alors très doucement, elle approcha sa main un peu tremblante vers la sienne tandis qu’il suivait la menace du regard. Elle avait peur de le toucher contrairement aux autres fois où elle ne s’était pas gêné de le faire, car cette fois, elle ressentait son appréhension jusque dans ses tripes. Lorsque leurs petits doigts se touchèrent, il sursauta et fronça les sourcils. Sa respiration devint plus forte aussi.

  • Tu as peur ? le questionna-t-elle en murmurant.
  • Oui… mais…

Entourant son doigt, il déposa lentement son front contre le sien. Tout son corps le tiraillait, réveillant les anciennes blessures, comme à chaque fois que quelqu’un le touchait. La chaleur qu’il ressentait par contre, était nouvelle. Elle se logeait au milieu de son visage, amenant un peu de couleurs à sa pâleur. Il frissonna quand Lysen remonta ses fines mains le long de ses bras. Elle s’y prenait bien, assez pour qu’il ait envie qu’elle continue. Cédant à son tour, il amena d’un coup ses lèvres prés des siennes. Nez contre nez, leurs souffles se mélangeaient déjà.

Leroy ne sachant pas comment être tendre, déposa avec précaution un léger baiser sur sa bouche. Lysen ferma les yeux. Elle non plus, n’avait jamais embrassé personne. Les petits mouvements hésitants devinrent plus à grand à mesure qu’ils joignaient leurs mains ensemble. Décidément, il trouvait cette fille bizarre.

Bizarre, parce qu’il n'avait jamais rencontré quelqu’un avec un caractère aussi horrible que le sien. Elle était puérile, immature, affreusement égoïste et capricieuse, et pourtant, à son touché, tout devenait rose. C’était une peste, manipulatrice et hypocrite, capable de mentir pour s’élever, et pourtant, ils partageaient un long baiser, doux et tendre. Il repensait aux mots d’Ulys qui le prévenait de ne pas s’approcher davantage, mais chassa son image qui le réprimandait. Leroy la savait dangereuse, mais il ne pouvait s’en détachée.

Il acceptait de tomber dans ses filets, parce qu’à chaque fois que leurs chemins s’étaient croisés, quelque chose l’avait poussé dans sa direction, comme aimanté. Parce qu'il acceptait ses doigts sur sa peau qui le réchauffait et éprouvait un besoin irrépréssible de faire de même, mais surtout parce que de toute sa vie, il n’avait jamais goûter à quelque chose d’aussi bon et d’agréable.

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