Chapitre 15 : Une histoire de considération.

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Pour l’occasion, Loyd s’était mis sur son trente-et-un. Depuis qu’il forgeait un peu plus son corps en faisant des pompes, il aimait beaucoup mettre des chemises. Il ne se sentait plus comme le gringalet du groupe bien qu’il restait le plus mince et le plus élancé d’entre eux.

Sa mère l’avait beaucoup conseillé lorsqu’il avait commencé à changer de style, l’aidant à rentrer les pans du tissu dans son pantalon. Cette fois, il avait opté pour un jean noir pour paraître décontracté, parce qu’il paraissait toujours très sérieux. Il avait pour but de se montrer accessible, confiant, face à l’assemblée, tout en sachant qu’il avait un plan en béton à leur présenter.

Avant que Laure ne monte sur l’estrade, il recoiffa ses cheveux argentés qu’il avait relevés, puis la fixa longuement avant qu’elle ne débute son discours. Il remarqua bien évidemment sa nervosité, se fâchant presque de la voir aussi déstabilisée. Elle devait pertinemment savoir qu’elle avait toutes ses chances. Pourquoi en viendrait-elle à stresser ? Loyd n’osait même pas imaginer qu’il avait le pouvoir de la mettre dans cet état.

Alors dès qu’elle prononça ses premiers mots, il se sentit chaviré, devinant ce qu’elle s’apprêtait à dire : “Donc, selon moi, la personne pour qui vous devriez voter aujourd’hui n’est personne d’autre que Loyd”. Elle déclarait forfait ? Impossible.

La suite des événements se déroula très vite. Comme convenu, il adressa aux élèves le discours qu’il avait répété tant de fois devant son miroir. D’un ton très détendu, il exposa alors tous ses plans qui firent beaucoup réagir et chuchoter ses compagnons. Lui, ne s’entendait pas parler. Les mots découlaient l’un après l’autre, tandis que sa tête devenait de plus en plus vide. Il n’arrivait pas réellement à se concentrer sur le moment présent.

Ce furent les nombreux applaudissements à son égard qui lui permit d’émerger : Il avait gagné ?

Tapant dans ses mains pour se féliciter en remerciant les étudiants de son année, il croisa le regard de Laure, assise au premier rang. Cette dernière lui adressa un petit sourire chaleureux, malgré la pointe de tristesse qui se dégageait de son visage. Évidemment qu’il avait gagné.

***

Dès que les professeurs invitèrent les élèves à rejoindre le réfectoire ou la cour, les Richess se levèrent dans l’espoir de féliciter leur ami, mais il disparut rapidement.

Sortant en trombe de la pièce, Loyd marchait à toute allure dans le couloir, une main sur le torse. Incapable d’aligner plus de mots, il fuyait là où on ne pourrait pas le trouver. Il se tendit en entendant pourtant des pas derrière lui et continua sa route, respirant de plus en plus fort. Les bruits se rapprochaient rapidement pour l’attraper. En sentant une pression sur son épaule, il se retourna, livide, les yeux vitreux, pour tomber dans ceux de Sky. Même son regard avait quelque chose de plus que le sien.

Loyd chassa sa main en faisant rouler son épaule et recula de quelques pas.

  • Qu’est-ce que t’as ? lui demanda Sky, d’un air très inquiet.
  • Je ne me sens pas très bien… Je dois aller aux toilettes, tu m’excuses…
  • Tu mens, fit-il en l’attrapant à nouveau. Les toilettes sont de l’autre côté.
  • Je voulais faire le tour pour ne pas tomber sur …
  • Arrête. Tu es partie bien assez vite pour pouvoir prendre le chemin habituel. Tu sais qu’on voulait te féliciter ? Mais t’as décampé… Pourquoi ? insista-t-il en plongeant son regard dans le sien.
  • Lâche-moi, le repoussa-t-il encore. Me féliciter ? pouffa-t-il ensuite. C’est moi qui devrais demander “pourquoi ?”.

Constatant le passage d’une troupe d’étudiants, il s’avança encore pour gagner en intimité. Sky n’était pas décidé à lui lâcher les baskets.

  • T’es bizarre… Je ne comprends pas ce que tu dis...
  • Vraiment ?! s’énerva-t-il en regardant le sol et en serrant les poings. Qu’est-ce que tu ne comprends pas exactement ?!
  • Rien... je ne comprends rien. Surtout pas pourquoi tu réagis de cette manière, avoua-t-il, déconcerté. Ton discours était vraiment top, je m’attendais pas du tout à ça et…
  • Elle m’a laissé gagner ! s’écria-t-il cette fois en lui faisant face.

Malgré la colère qui se dégageait de ses traits crispés, Sky descella une énorme peine chez son meilleur ami.

  • C’est vrai, mais… c’était pour la bonne cause. Pourquoi est-ce que ça t’embête ? demanda-t-il, toujours aussi perdu.
  • Pourquoi ?! Parce qu’elle n’a même pas pris la peine d’essayer de se battre contre moi !
  • De se… “battre” ? C’est ce que tu voulais ? Mais Loyd… Attends, l’empêcha-t-il de partir quand il le vit continuer son chemin.
  • Quoi ?! Ce n’est pas le moment, Sky. Tu vois bien… que ce n’est pas le moment,... non ? lâcha-t-il, la voix tremblante et les sourcils froncés.

En quatre ans, il ne l’avait jamais vu aussi bouleversé, lui toujours aussi doux et aussi calme… Il voyait que Loyd essayait de se calmer, de reprendre le dessus sur ses émotions, mais il n’y arrivait pas.

  • Mec… Qu’est-ce qui t’arrives ? continua-t-il d’essayer de le comprendre en parlant plus doucement. Je ne pensais pas que tu voulais… autant que ça… être en compétition avec Laure… ?
  • Tu crois que c’est tout ce qui m’importe ? Je ne le fais pas uniquement pour ça, j’ai toujours voulu être président, répondit-il sérieusement.
  • Pourquoi tu n’as jamais rien dit ? Tu pouvais nous en parler au conseil, et même en dehors, c’est…
  • Parce que tu crois que c’est facile ?! Tu crois que c’est quelque chose de simple à dire quand tu vois les yeux de la fille que tu aimes s’illuminer rien qu’à l’idée de gagner ? Est-ce que tu t’imagines ce que ça fait quand tu es… amoureux de… voir l’autre aussi enjoué ? Quand tu aimes... tu… tu veux la réussite de l’autre ! se mit-il à bégayer prit au piège par ses propres sentiments. Et ça me plaisait de la voir se hisser au rang de présidente, il n'y a rien qui me rendait plus heureux ! J’étais fier, d’accord ?! Sauf que je ne me rendais pas compte que je lui cédais tout aveuglement… Je me suis toujours retiré et positionner en second parce que…

L’émotion le gagnait de plus en plus. Il chassa la montée de ses larmes en plissant les yeux tout en secourant la tête. Il appliqua ensuite une pression sur son front du bout de ses doigts, n’arrivant plus à réfléchir correctement.

  • Le simple fait de la voir sourire me réjouissait, en fait. Sauf qu’il est temps que je fasse aussi des choses pour moi.
  • Très bien, je comprends, répondit rapidement Sky. Mais je ne pense pas que Laure ait voulu que ça se déroule comme ça. Tu aurais dû lui dire et vous auriez pu vous lancer dans une compétition saine et…
  • C’est toi qui dis ça ? Alors que tu es incapable de réagir avec sang-froid quand Kimi te défie ?
  • Ce n’est pas la même chose… Tu es amoureux de Laure. Tu n’as pas peur de la perdre en agissant de cette manière ? demanda-t-il en passant une main dans ses cheveux en bataille, un peu mal à l’aise.
  • La perdre de quoi ?! Elle ne me considère même pas assez pour me prendre au sérieux !!
  • Tu plaisantes là ? s’énerva enfin Sky. Elle t’a laissé sa place.
  • SA place, comme tu le dis si bien ! Je voulais gagner parce que je le méritais ! Parce que j’ai fourni des efforts pour devenir président et pas parce qu’elle me prend en pitié ! Elle en a rien foutre de moi et j’en ai rien à foutre de continuer à aimer une personne aussi…

Sky ne le laissa pas finir sa phrase et l’attrapa par le col pour le plaquer contre le mur. Enragé, il colla son front au sien.

  • Aussi “quoi” ? grogna-t-il entre ses dents.
  • C’est facile de toujours abuser de sa force…

En le prenant par surprise, Loyd lui colla un coup de boule. Les images de lui et de Laure s’embrassant, lui en donnèrent le courage. Attrapant alors son visage dans sa main, Sky tituba en arrière avant de reprendre son équilibre. Il vit rouge. La seconde d’après il se jetait sur Loyd pour lui coller un poing.

À ce moment-là, Ulys, qui n’était pas encore familiarisé avec l’école, se dirigea vers les voix qui se haussaient et vint tout de suite s’interposer entre les deux garçons en découvrant la bagarre. Grâce à sa grande taille, il évita le pire, attrapant Sky qui fonçait sur son ami.

  • Calme les gars… ! fit-il en mettant son bras sous la gorge de ce dernier et tendant l’autre vers Loyd pour le tenir à l’écart. Qu’est-ce qu’il se passe ? Ça vaut vraiment la peine de se battre ? demanda-t-il maintenant qu’ils ne se regardaient plus qu’avec rage.
  • Putain ! Tu te prends pour qui, toi ?! s’écria Sky qui recula pour se défaire de son emprise.

La respiration lourde, il passa ses deux mains dans ses cheveux comme pour y voir plus clair et essaya de remettre ses idées en place. Ulys restait calme, observant les deux garçons tour à tour. Loyd tremblait, il ne ferait plus rien. Il se dirigea alors vers Sky.

  • Hey, tu m’expliques ? essaya-t-il de comprendre.
  • … Hein ! pouffa-t-il en faisant une grimace. Ça y est, tu débarques dans l’école et tu te crois tout permis ? Le seul à qui je devais des comptes, c'est lui ! Alors fourre pas ton nez là où tu ne devrais pas. Et toi… fit-il en pointant Loyd du doigt, cachant la tristesse qui le gagnait. T’as vraiment intérêt… à bien réfléchir, finit-il difficilement, avant de mordre l’intérieur de sa joue inférieur et de rebrousser chemin.

Instinctivement, le grand blond se tourna vers Loyd. Il le regarda déposer ses doigts tremblants sur sa bouche et vit dans son regard qu’il ne réalisait pas tout ce qui venait de se passer.

  • C’était la première fois que tu te battais… ? fit-il en déposant son dos contre le mur où il était appuyé.
  • Oui… souffla-t-il, en touchant cette fois son front.
  • Agréable ?
  • Non… Pas du tout…
  • Alors explique-moi pourquoi tu te bats avec ton pote ? continua-t-il l’interrogatoire.
  • Je… Je ne suis pas sûr…
  • Réfléchis-y, fit-il en déposant sa grande main sur le dessus de son crâne, et aussi, mets de la glace avant d’avoir une bosse.

Envoyant une pichenette au-dessus de la blessure qu’il s’était causé tout seul, Loyd grimaça en amenant ses deux mains sur le bleu qui se formait. Il les laissa tomber sur ses paupières qui se fermaient douloureusement. De manière incontrôlée, les larmes tombaient dans un silence étouffant et glaçant.

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