Chapitre 13 : Monarchie.

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Après quelques tours dans les bras d’Ulys, ce dernier déposa Kimi à nouveau au sol. Ils se regardèrent longuement dans le blanc des yeux et se souriaient à en avoir mal aux joues.

Toute excitée, elle parcourait ses avant-bras en tirant sur les manches de sa veste. Puis, elle reculait et s’avançait encore pour lui mettre des petites tapes un peu partout. Le modèle paraissait plus accessible à ses côtés. Il était passé du mannequin canon à l’ami beau gosse de Kimi. Cependant, à part ses copines et Leroy, personne au sein de Saint-Clair ne savait qu’ils avaient été en couple. Leur amitié fusionnelle était par contre très facile à deviner grâce à cette proximité qui choquait la cour entière.

  • J’y crois pas… souffla Kimi encore sous le choc et en se laissant tomber, tête la première, contre son torse.
  • Et si, je suis là ! s’exclama-t-il en la serrant à nouveau dans ses bras.

Assez imposant, il savait déposer son menton au-dessus de sa tête. De ses grandes mains décorées de bagues, il caressa sa longue chevelure et la recoiffait en y passant ses doigts. Après avoir pris une longue inspiration, en s’imprégnant de l’odeur de Kimi, il chassa l’air de ses narines :


  • Tu m’as manqué petit diable, lui murmura-t-il d’un ton entre le sérieux et la légèreté.
  • Tu ne dois pas m’appeler comme ça, ici… répondit-elle en le serrant un peu plus pour atteindre son oreille et en se mettant sur la pointe des pieds.

Avant de pouvoir lui demander une explication, Ulys plongea son regard dans le sien, les deux mains sur ses fines épaules. Ils se comprenaient, peut-être même encore plus qu’avec Mike. Ils étaient dans leur monde. Un monde qui finalement intimidait les personnes autour, et même les Richess. Personne n’osait approcher et pourtant des pas précipités firent tourner la tête des deux blonds.

Ulys se vit presque propulser quand Leroy lui bourra dedans pour s’agripper fermement à lui. L’air de Kimi devint tout de suite plus doux.


  • Dis-moi que tu restes… marmonna-t-il la tête presque enfouie sous sa veste. Je t’en prie, dis-moi que tu restes, répéta-t-il cette fois en lui montrant son visage suppliant, égal à celui d’un petit chaton attendant qu’on vienne le piocher dans le carton “à donner”.
  • Oui et non, répondit-il en attrapant le dessus de son crâne dans sa main.
  • Mais c’est vrai ! Dis-nous ce que tu fais, ici ? enchaîna Kimi en voyant l’air ennuyé de son petit frère. Est-ce que ça à un rapport avec l’affiche ?! Quand je l’ai vu, j’en revenais pas !
  • “Oui et non”, reprit-il en rigolant. Je cherchais une bonne école qui accepterai mes absences répétées à cause du boulot, et donc que j’exerce mes activités. J’aimerais obtenir un bon diplôme pour assurer mon avenir… Puis, mon agent m’a mis en contact avec Marry Stein. Il voulait absolument tenter sa chance pour qu’elle m’embauche et finalement..
  • Tu te retrouves à poser avec Alex, continua-t-elle sa phrase. Il a même pas vendu la mèche, celui-là !
  • Parce qu’il ne sait pas qu’on le connait, grogna Leroy qui s’accrochait fermement à son ami, la joue écrasée contre son avant-bras.
  • Alors, c’est un ami ? demanda-t-il un peu étonné. Sa mère m’a demandé de venir me montrer aujourd’hui, on peut dire que ça fait partie de mon contrat.
  • Oui, viens, répondit-elle en attrapant son bras. Te montrer ?

Quittant tout deux Leroy après l’avoir couvert d’amour, elle amena Ulys à ses copains tout en l’écoutant. Il lui expliqua qu’en tant qu’égérie, Marry Stein lui avait demandé de porter quelques pièces de sa première collection lors de son arrivée à Saint-Clair. Son tout premier public visant les jeunes, elle savait que les élèves de son ancienne école deviendraient des clients importants. Il s’agissait aussi de l’une des raisons pour laquelle elle s’était installée dans le quartier chic de Genève, non loin de l’établissement.

Il allait sans dire qu’Ulys portait merveilleusement bien les vêtements. Sur sa veste noire courte et droite, type gothic, était brodé des fils blancs rappelant les uniformes de dresseurs de tigres dans les cirques. Elle se modernisait, les manches retroussés, avec l’élégante chemise en dessous et le jean à la mode, plein de plis. Le dessus lui donnait une bonne carrure, mais affinait sa taille, le grandissant davantage, et tous ses bijoux en acier que ce soit aux oreilles ou aux doigts, le rendait à la fois cool et farouche. Il représentait l’adolescent riche, mais surtout l’adolescent avec du style.

Les filles ne se gênèrent absolument pas pour reluquer le mannequin lorsqu’il arriva aux abords du groupe. Selim le regardait la bouche grande ouverte quand son meilleur copain lui serra la main. L’un à côté de l’autre, Alex et Ulys ressemblaient à des frères, le premier apathique, le deuxième extravagant.

Kimi était toute excitée de le présenter à ses amis :


  • Vous le connaissez déjà, mais voici Ulys Dartan ! s’exclama-t-elle, tandis qu’ils faisaient le tour des Richess pour les saluer. C’est… Ah, je peux le dire ?
  • Mais oui, fit-il en tapotant sa tête. Nous étions dans le même lycée auparavant. Bon, c’est quelque chose que mon agence ne souhaitait pas mettre en avant, car le Lycée Gordon a une mauvaise réputation, mais maintenant que je suis ici, ça ne devrait plus poser de problème. Nous sommes des amis d’enfance, en quelque sorte, expliqua-t-il avant de coller la dernière bise à Laure, puis en attrapant la main de Sky qui le dévisageait.

Ulys ne se laissa pas démonter par sa poigne et le statut de ce dernier. Il était extrêmement avenant, rempli de confiance, tant dans sa stature que dans son discours. Ils comprenaient en les voyant réunis qu’il n’avait rien à craindre de personnes qui le percevaient comme un potentiel danger :


  • Donc les fameux Richess sont amis ? Et de surcroit avec Kimi ? C’est intéressant, plaisanta-t-il en remettant en place sa montre.
  • C’est censé être un secret, ça doit rester au sein de l’école, fit cette dernière en approchant son visage du sien.
  • Je m’en doutais un petit peu, répondit-il en faisant de même, murmurant ses mots.
  • Quoi qu’il en soit, voilà un bon parti, le dragua Laure, ouvertement.

Avec Faye et Nice, elles échangèrent des regards très complices, mettant de côté les garçons. Ulys ne répondit que par un sourire. Il était plus timide qu’il en avait l’air, ou du moins, il savait se montrer humble. Kimi sauta sur sa meilleure amie et joua avec ses cheveux comme elle le détestait.


  • Laure, j’y crois pas ! Tu ne peux pas draguer mon pote ! rigola fort Kimi.

Outrée, la riposte fut rapide :


  • Oooh, ce n’est pas plutôt que tu as peur que je jette mon dévolu sur ton ex ? la taquina-t-elle avant de lui lancer un clin d’œil quand celle-ci devint embarrassée.
  • Quoi ?!!! s’écria Selim, sautillant dans tous les sens. Tu le savais ?! attrapa-t-il alors Nice dans ses bras, incapable de la disputer.
  • Je ne… Non… bégaya celle-ci qui avait dû garder le secret.
  • C’est donc une cachottière, souffla Alex.

Gênée par toutes ses remarques, Kimi mit une tape sur la main de Laure qui se fendait la bille.


  • Donc, tu leur as dit ? fit Ulys en attrapant son épaule, content.
  • C’est possible… Juste aux filles, répondit-elle en évitant son regard. J’espère que tu ne m’en veux pas… ?
  • Allons, lui sourit-il gentiment. Tu sais bien que non, on est de très bons copains maintenant, continua-t-il en s’adressant au groupe.
  • Alors dis-nous ! Comment tu as fait pour gérer cette tête brûlée ?! lui demanda Faye, toute excitée.
  • Oh, je n’ai pas trop eu de mal à la gérer…

Un froid gloussement et coupant s’éleva au-dessus de toutes les voix, faisant tourner les regards vers Sky qui se rendit compte du bruit qu’il venait de laisser s’échapper. Gardant pour autant son air fier, il fit comme s’il n’y avait aucun problème. Ulys l’observa minutieusement tandis que Kimi lui jetait un regard noir.


  • T’as un problème ? lui envoya-t-elle directement.
  • Du tout, répondit-il en levant un sourcil. Je pensais juste qu’il faut être fou pour sortir avec toi.
  • Ah bon ? Pourtant, on est jamais sortis ensemble, rétorqua-t-elle en s’approchant de lui.
  • Oh, ça va ! C’était de l’humour ! Détends-toi…
  • C’est plutôt que tu as déjà trop de trucs à te faire pardonner, nan ?

Se mordant les lèvres, il ne trouva rien à répondre, retroussant son nez. Sautant sur l’occasion, Loyd en rajoutant une couche :


  • En tout cas, on ne t’entend pas depuis qu’Ulys est arrivé, lança-t-il sur le ton de la rigolade.
  • Tu es le frère de Billy Makes ? lui demanda le mannequin avant qu’il puisse répondre quoi que ce soit. J’ai eu l’occasion de le rencontrer une fois, il était sympa. Mais est-ce que ça veut dire que tu le trouves fou d’avoir tourné un clip avec Kimi ? Ils étaient proches.
  • Sky Makes, en effet, et complétement, répondit-il en le regardant de haut.
  • Mais ça va ? Tu te prends pour qui là ? intervint la blonde, elle aussi en le toisant.
  • Un beau mâle s’est montré, il se sent menacé ! rit de bon cœur Selim.
  • Tu veux mourir toi ! l’attrapa Sky pour lui frotter son poing contre sa tête. Je ne suis pas ce genre de mec pourri, non mais ! fit-il en réajustant sa veste. Et même si c’était le cas, il n’y a de toute façon qu’une seule personne pour rivaliser avec moi… n’est-ce pas ?

Quand son regard croisa celui de Laure et qu’elle lui sourit, flattée, Loyd se tendit.


  • Bienvenue à Saint-Clair, fit-il en voyant l’air surpris d’Ulys. Si j’ai bien compris, tu rejoins nos rangs ? Est-ce que je peux savoir en quelle année tu seras ?
  • J’ai demandé à être dans la classe de Kimi…
  • Eh ! C’est vrai ?! s’écria cette dernière.
  • Alors, je te conseille de voter pour moi aux élections qui se dérouleront sur le temps de midi pour éviter de tomber dans la monarchie.
  • Des élections ? demanda-t-il en attrapant une nouvelle fois sa main lorsqu’il lui tendit.
  • Il s’agit de voter pour le président des délégués, le représentant des quatrièmes, expliqua-t-il, un sourire commercial aux lèvres.
  • Et comment pourrais-je savoir que tu es meilleur que les autres ?
  • Oh, laisse-le tranquille Loyd ! T’en perds pas une, toi ! s’exclama Kimi en agrippant son pote.

Alors qu’ils rigolaient aux éclats et que le groupe surfait sur la vague d’humour, des regards inquiets se perdaient dans tous les sens. Kimi en voulait à Sky de se la péter et de l’avoir rabaissé tandis que ce dernier ne supportait pas l’idée qu’Ulys rejoigne leur classe. Il n’aimait pas non plus le numéro que Loyd lui servait. Même si celui-ci plaisantait, il trouvait qu’il ne se rangeait pas du bon côté. Quant à Laure, elle ne le montrait pas, mais elle appréciait de moins en moins ses remarques. Le nouvel arrivant ressentait les tensions, tout comme Nice qui se tracassait pour chacun de ses amis alors que Faye et Selim cachaient d’autres préoccupations. Il n’y avait qu’Alex, égal à lui-même, perdue dans ses pensées à espérer que les élections ne durent pas trop longtemps pour qu’il puisse manger sur le temps de midi.

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