Chapitre 10 : Dans le chapeau du magicien...

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Un long gémissement sorti de la gorge de Faye qui se tendit sous les mains de son petit-ami :

  • Ici ? C’est bon ? demanda-t-il d’une voix chaude.
  • Huuuum, oui ! Ah… plus… Là, oui !

Assis sur le postérieur de la rousse, il dégagea ses mèches blondes tombantes d’après la douche à l’aide de son bras et déposa ses pouces de part et d’autres de sa colonne vertébrale. Il écoutait ses plaintes et ses respirations profondes pour guider ses mains sur son dos nu. Puisqu’il était l’auteur de ses maux, il était non seulement revenu avec de quoi nourrir sa femme, mais aussi de quoi la soulager. Le parfait combo pour calmer la colère à laquelle il avait dû faire face le matin même.

En le voyant débarquer avec l’huile de massage qu’il avait été acheté en pharmacie, Faye l’accueillit d’abord d’un air sceptique. Finalement, elle appréciait le moment, profitant pleinement du doux pétrissage. Elle savait également que ses exclamations l’excitait, sentant sur ses fesses quelque chose de gonflé et d’impatient. Même dans ces conditions, il avait encore envie ? À quel point s’élevait sa libido ? Depuis la rentrée, ils avaient passé leurs soirées à faire des cabrioles dans le lit, mais aussi dans la douche… et sur le bureau, sur le tapis, contre le mur… Exactement là où ils atterrissaient à chaque fois qu’ils rentraient dans la chambre en s’embrassant langoureusement.

Faye aussi le désirait, craquait à ses baisers et son touché, mais elle avait ses limites. Et alors qu’elle crevait de mal au dos, elle arrivait encore à jouer avec ses nerfs…

  • Huuuum…
  • Ça suffit, lâcha-t-il en se penchant jusqu’à son oreille.
  • De quoi ? fit-elle l’innocente. Aïe ! Mais ça va pas !
  • Juste un rappel de la raison pour laquelle tu as aussi mal… dit-il après avoir appuyé plus fort sur ses pouces.

Elle se demandait parfois qu’elle mouche la piquait pour avoir autant envie de le titiller. La flèche de Cupidon avait fait du trop bon travail. Sans cesse, elle voulait le taquiner, voir sa figure se crisper parce qu'il essayait de se retenir, bien que ça ne durait jamais longtemps.

  • Est-ce que c’est bon comme ça ? lui demanda-t-il en levant ses deux mains reluisantes à cause de l’huile.
  • Parfait, monsieur ! Tu viens me passer un gant chaud dans le dos ?
  • À vos ordres, Ma Dame, fit-il en sautant hors du lit, puis en venant attraper sa main pour y coller un baiser.

Face au miroir, Faye relevait ses boucles rousses en un chignon et attacha les quelques mèches rebelles avec des petites pinces. Celle qui tombait sur le côté de son visage rendait complétement fou Alex. Elle appuya ses deux mains sur le meuble du lavabo et s’admira dans le miroir. Armé de son gant, le blond qui la dépassait malgré leurs grandes tailles, s’appliquait à la tâche tout en jetant des coups d’œil à sa poitrine.

  • Aaaah, ça fait trop du bien !

Sentant la chaleur grimper jusqu'à ses joues, il l’obligea à tourner sa tête de sa grande main pour l’embrasser. En sentant à quel point sa bouche était chaude, Faye commença à regretter son petit jeu. Une douleur vint lui faire une piqûre de rappel quand il attrapa sa taille.

  • Aïe, aïe, aïe !
  • Bien fait pour toi… marmonna-t-il en s’essuyant les lèvres.
  • Eh ! C’est pas gentil ! D’accord, j’arrête… déclara-t-elle forfait en voyant sa bouille tiraillée.

Quand elle l’attrapa dans ses bras et qu’il sentit sa poitrine frottée contre son torse, il se demanda à quel point elle était fourbe, mais pour le coup, il s’agissait réellement d’un geste de tendresse de sa part. Quel animal avait-il pu incarner dans une autre vie pour avoir autant envie de s’adonner aux plaisirs charnels ? À bien y réfléchir, il n’avait jamais autant eu le besoin de succomber qu’avec Faye. Il n’avait aucun doute sur le fait qu’il s’agissait de son âme sœur.

En la regardant se coucher dans le lit, il se promit de tenir bon.

Comment respecter cette promesse quand quelques minutes plus tard, elle n’était qu’en petite culotte dans les draps, sa chevelure de feu entourant son magnifique visage coquin ? Au-dessus d’elle, il se mordait les lèvres. Faye comprenait mieux pourquoi elle n’arrivait pas à s’arrêter. Découvrir toutes ses expressions relevait de son privilège et elle ne s’en lassait pas.

Cependant, après un baiser plus doux que d’habitude, elle devint plus sérieuse. Alex le remarqua immédiatement et planta un coude dans son oreiller pour lancer la conversation :

  • Quelque chose te tracasse ?
  • Non, enfin… commença-t-elle en se tournant vers lui pour caresser son torse. J’aimerais que ça ne s’arrête jamais, avoua-t-elle alors, devenant toute timide.
  • Je ferais en sorte que ça ne s’arrête pas, déclara-t-il très sérieusement.
  • Tu… Promettre de telles choses, c’est…
  • Mais je le pense.
  • Je sais, moi aussi, mais…
  • Dis-moi ce qui t’embête vraiment ? insista-t-il, voyant qu’elle se retenait.
  • Mon père… Il semble plutôt au courant de notre situation, mais normalement, nous ne pouvons pas être ensemble. Alors, pourquoi est-ce qu’il ne dit rien ?

Pendant qu’Alex se plongeait dans une réflexion, elle revoyait son père embrasser Katerina Hodaïbi. Il l’avait fait avec tellement de fougue...

Décidément, elle devait vraiment trouver le courage d’en parler avec Selim.

  • Je ne sais pas… Peut-être que tu devrais lui en parler ? J’ai cru comprendre qu’il était plus cool pour discuter… Et c’est clair qu’il est au courant, vu ses sous-entendus, dit-il en se laissant tomber sur l’oreiller, glissant ses deux bras derrière sa tête.
  • Ça ne me rassure pas ! Et j’ai peur qu’en discuter fasse pire que mieux…
  • Je trouverai une solution… S’il faut, j’irai me mettre à genou devant lui, répondit-il, déterminé.

Se jetant sur son torse pour l’embrasser, Faye aurait bien voulu répondre qu’elle avait peut-être une solution, mais comment pouvait-elle envisager de mettre un couteau sous la gorge de son père ? Non, elle parlerait en privé avec Selim en premier.

  • Tu en discuterais avec ta mère, toi ? Elle sait que nous sommes en contact, on a même… Chez toi…
  • Peut-être qu’elle comprendrait, mais ce n’est pas le bon moment. Elle s’occupe de tout pour la sortie de sa collection… Ah, ne dis rien aux autres, d’accord ?
  • Alors c’est pour bientôt ? Je suis impatiente de voir ce qu’elle va sortir ! Je l’ai trouvé très gentille quand on s’est vues…
  • Parce que tu ne vis pas avec elle… Je peux t’assurer que c’est une vraie folle parfois ! s’exclama-t-il avant de lâcher un petit rire qui montrait l’affection qu’il lui portait.

Baillant, il porta sa main à sa bouche.

  • Faisons dodo, dit-il en l’attrapant par la taille et en se blottissant à son dos.

Faye éteignit difficilement la lampe à cause de son étreinte qu’il resserra de plus en plus. Instinctivement, il agrippa sa poitrine entre ses griffes, prêt à ronfler avec ses doudous préférés en mains.

  • Alex…
  • Hum ? lâcha-t-il en ne prenant pas la peine d’ouvrir les yeux.
  • Tes mains… Tu penses que je vais réussir à m’endormir comme ça ?
  • C’est pour mieux dormir, ça me détend.
  • Parce que tu es quelqu’un de stressé toi maintenant ? rit-elle de bon cœur.
  • Tout à fait.

Amusée, elle n’essaya pas de chasser la petite étincelle qui venait d’apparaître dans son esprit. Elle se mit à gigoter, poussant ses fesses contre son entre-jambe. D’un coup, Alex ouvrit les yeux. Il les plissa ensuite, comprenant tout à fait la situation. Il ne réagirait pas.

  • Tu es certain… d’être fatigué ? lâcha-t-elle en continuant d’appuyer.
  • Faye…
  • Huuum ? sourit-elle dans le noir.
  • Si tu continues, je te jure que ça va mal se passer, chuchota-t-il.
  • Bouh, j’ai peur !

D’un coup, il se releva pour lui grimper dessus et la plaquer contre le matelas. Elle émit une plainte, son dos la faisant toujours souffrir.

  • Tu vois… Ce n’est pas une bonne idée, souffla-t-il, pourtant en chaleur.
  • Même si… on le fait doucement ? demanda-t-elle d’une voix mignonne.

Alex se pencha alors pour allumer la lampe de chevet et attrapa ensuite son menton entre ses doigts pour plonger ses yeux dans les siens. Il luttait vraiment. Faye adorait ça et jouait de ses yeux attendrissants.

  • Tu vas le regretter… assura-t-il en passant sa main dans ses cheveux blonds pour les remettre en arrière.
  • Tant pis, répondit-elle d’une voix plus sexy en le provoquant d’un levé de sourcil.

Et ce qui devait arriver, arriva…

***

Le tout petit Selim Hodaïbi n’était pas forcément le plus intelligent de la bande, mais il était celui qui avait le plus d'instinct. Il s’agissait peut-être de la raison pour laquelle il formait un si joli couple avec Nice, ou alors c’était simplement pour le fait qu’ils ressemblaient à deux petits lapinous tout chou l’un à côté de l’autre. A contrario des rongeurs, il ne copulait pas autant que le cliché le voulait, même pas du tout.

Il ne s’en était jamais vraiment inquiété jusqu’à ce qu’Alex lui demande où ils en étaient dans leur relation, comme s’il s’agissait d’une des étapes cruciales pour monter un meuble. Pour le coup, ils devaient avoir perdu la vis qui risquait de le rendre bancal.

Selim n’avait jamais eu l’intention de presser les choses. En fait, il attendait plutôt d’avoir un signe de la part de Nice. Tant qu’elle ne montrerait pas d’intérêt pour la chose, il jugeait alors qu’elle n’était pas prête. Loin de lui l’envie de la brusquer. Quand bien même, depuis la rentrée, il n’avait que ça en tête. Plusieurs fois, dans la salle de bain, il s’était frappé les joues pour se remettre les idées en place. Une fois même, elle lui demanda d’où venait ces rougeurs, ce à quoi il répondit qu’il supportait mal l’eau trop chaude. Ce qu'il pouvait être bête ! Et qu'est-ce que son “gamin” pouvait être insupportable ! Depuis, dès lors qu’ils se couchaient dans le lit avec Nice, il réagissait immédiatement. Plusieurs fois, il lui vint à l’esprit l’idée de se l’arracher pour le jeter par la fenêtre, mais il en avait trop besoin. Il ne pouvait tout de même pas se débarrasser de son plus grand ami de cette manière.

L’arrivée du week-end tombait à pic. Il n'aurait pas cru penser ça un jour, mais s’éloigner de sa tendre et si adorable petite copine lui ferait le plus grand bien. Très frustré, il n’osait même pas se soulager parce qu’ils restaient constamment collés l’un à l’autre. En rentrant à la maison, l’objectif était très clair dans sa tête. Une fois le pas de la porte passé, il s’enfermerait à double tour dans sa chambre pour enfin saluer son copain de l’étage du bas. Honteusement, durant tout le chemin jusqu’à demeure, il n’arrivait pas à tenir en place sur le siège, si bien que le chauffeur lui demanda s’il voulait s’arrêter pour aller aux toilettes.

Victoire ! En arrivant dans l’allée, il déclara que l’heure de l’astiquation avait enfin sonné, mais en rentrant à la maison rien ne se passa selon son plan. Après l’avoir accueilli et embrassé sur la joue, sa mère lui annonça une nouvelle :

  • Ton père part en voyage pour deux semaines. Il est à l’étage, va lui faire un bisou, il part bientôt, lui expliqua-t-elle en l’obligeant d’une petite tape.

L’excitation redescendit aussitôt. Tandis qu’il montait les marches des trois escaliers, deux à deux, il commença à ruminer. Son père venait tout juste de rentrer et il repartait déjà ? Il pensait qu’il aurait l’occasion de passer du temps avec lui. Un peu fâché au fond de lui, il toqua à la porte de la chambre de ses parents pour signaler sa présence.

Relevant sa tête de la valise, le grand homme qui possédait la même chevelure que son fils, lui offrit un grand sourire :

  • Tu es rentré ? Viens là toi ! s’exclama-t-il en l’attrapant dans ses bras.

Blottis contre son torse, la caresse dans ses cheveux lui fit du bien. Il ne pouvait pas lui en vouloir d’être trop occupé par le travail, alors à son tour, il lui sourit.

  • Alors, déjà parti ? lui demanda-t-il en mettant ses mains sur ses hanches.
  • Aaaah, j’aurais aimé rester avec vous, tu sais ? Mais le devoir m’appelle.

Il avait l’impression que cette réplique sortait tout droit d’un film. Pendant que son père choisissait quelques chemises du dressing commun avec sa femme, Selim enfoui sa peine en jetant un œil dans sa valise.

  • Sympa, les pompes… fit-il en attrapant la chaussure d’une paire neuve.
  • N’est-ce pas… C’est…

Mais son père ne finit pas sa phrase et se retourna rapidement vers son fils, en panique. À la tête qu’il faisait, il comprit que c’était trop tard. Et en le voyant attraper entre ses doigts un des préservatifs qui venait de tomber de l’intérieur de la chaussure, il ouvrit légèrement la bouche sans savoir quoi dire. Il cherchait une explication à lui donner, mais quand il croisa son regard, il sut que la pièce était déjà tombée.

Selim ne ressentait plus aucune envie et foudroya son père du regard, à la fois choqué et énervé :

  • C’est quoi “ça” ? demanda-t-il d’un ton très sec et d’un visage qui ne ressemblait plus en rien à un “lapinou”.

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