Rien

2 minutes de lecture

 Je pense avoir enfin trouvé le sujet de mon livre. Je vais écrire sur rien. J'ignore si ce thème a déjà été utilisé (volontairement ou non), mais il me semble que c'est un bon sujet. Après tout, aucun sujet ne peut être négligé et je suis persuadé qu'il y a beaucoup à dire sur rien. On pourra tenter dans un premier temps de définir la notion de rien, mais rien ne presse, puisque de toute façon cela ne devrait rien donner. J'ai commencé ce livre hier dans ma tête, laquelle étant bien vide, est familière de la notion de néant. Une première phrase est venue, puis une autre et une autre encore. C'est venu comme un jeu consistant à créer des phrases, aligner des mots, assembler des idées autour de la notion du vide, de l'infiniment creux. Un livre est constitué de mots placés les uns à la suite des autres, plusieurs mots forment une phrase, plusieurs phrases forment une page et plusieurs pages donnent un livre : voilà mon sujet ! Cocteau n'a-t-il pas dit "Le plus grand chef-d'œuvre, de la littérature n'est jamais qu'un dictionnaire en désordre".

Pourrais-je continuer longtemps à écrire pour ne rien dire ? Je pense que oui, car le sujet est finalement très facile à traiter contrairement à ce que l'on pourrait penser. Il y a longtemps que j'essaie d'écrire un livre, j'ai rédigé des textes, des nouvelles, parfois des livres entiers, mais tous ces écrits ne m'ont jamais satisfait. La difficulté d'écrire sur rien réside dans un certain effort de concentration pour éviter d'exprimer des idées utiles, à moins que ces idées ne soient elles-mêmes vides, dépourvues de sens. Je vais donc continuer sur ce cahier et je ne m'arrêterai qu'à la dernière page, il me faudra alors décider si je dois commencer un deuxième cahier pour compléter mon discours dans le cas où celui-ci me paraîtrait insuffisant. Quel est l'intérêt d'écrire sur rien ? A priori, je n'en sais rien, mais j'ai le sentiment que l'idée est bonne. En fait, ce livre sera consacré à une seule idée, l'idée de rien, de l'invisible, de l'immatériel. Déjà une page et je n'ai encore rien dit. Je n'ai pas de plan, je ne sais pas où je vais et c'est normal puisque tel est mon sujet : le néant. Que de temps gagné, nul besoin de réfléchir. Toutefois, je me demande si un livre sur rien, pour être parfait, ne devrait logiquement rien contenir, pas un mot, pas un falot, un livre où rien ne bouge comme dans Venise la rouge. Cette entreprise ne serait-elle pas plus difficile qu'il n'y paraît ?

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 3 versions.

Recommandations

Défi
Chrisaltide thithival

- Et voilà ! Nous voici de nouveau confinés!
- Qu'est ce que cela peut bien te faire à toi, tu es à la retraite et tu ne sors jamais le bout de ton nez!
Myriam en avait assez d'entendre son mari geindre sur toutes les informations qui passaient sur BFMTV. Il restait toute la journée dans son fauteuil confort, qui lui avait coûté les yeux de la tête, à se ronger les ongles et à prendre sa température trois fois par jour. Il l'évitait même elle, se tenant bien à un mètre cinquante de distance à table, règle d'ébéniste en main, lingettes désinfectantes et gel hydroalcoolique à portée de main, s'assurant de sa propre sécurité. Cela faisait déjà des années qu'ils faisaient chambre à part, depuis que les enfants étaient partis. Depuis cette histoire de Covid, ils devenaient des étrangers dans une même maison.
Gérald, quand à lui, ne semblait pas affecté par cette distance. Il gardait en tête que cette maladie était mortelle, que les personnes âgées étaient plus fragiles, ça lui suffisait pour croire qu'il avait raison. Il n'avait pourtant que soixante deux ans. De toute façon , se disait-il, ils n'avaient jamais été trés proches. Elle était juste là quand le temps du mariage était venu. Son père l'avait un peu poussé mais il y était allé à contrecoeur. Il ne pouvait pas lui dire que ce qui le gênait le plus dans le confinement était justement qu'elle serait confinée avec lui. Il n'eût pas besoin de poser la question, Myriam, continuant de râler assez fort depuis la cuisine pour qu'il l'entende, prononça les mots qui le soulagèrent instantanément:
"- ...heureusement que cette fois je continue à travailler, parce que t'avoir dans les pattes toutes la journée...
Il n'en écouta pas plus. Il lui proposa gentiment de choisir le programme de la soirée et se remit à zapper entre les différentes chaînes d'infos.

Chacun d'eux était satisfait de ne pas être ensemble vingt quatre heures sur vingt quatre, satisfait de ne pas avoir à supporter l'autre, satisfait de se complaire dans leur solitude.
Le lendemain, Myriam partit à son travail, masquée, attestation dérogatoire professionnelle en poche au volant de sa berline. Comme à son habitude, Gérald guettait son départ à la fenêtre, veillant à ce qu'elle n'accroche pas les rétroviseurs aux colonnes soutenant le portail en fer forgé. Dés qu'il vit la voiture s'éloigner, il mit sa veste en daim un poil trop grande et se dirigea comme tous les matins au bar tabac du coin de la rue. Myriam ignorait tout de sa petite balade matinale, et il ne voulait absolument pas qu'elle l'apprenne. Si elle savait qu'il jouait au tiercé et aux jeux à gratter, elle le houspillerait pendant des heures. Plutôt mourir!
"- salut les gars, dit-il avec un geste de la main
-salut Gégé! répondirent en coeur deux gendarmes qu'il avait coutume de croiser tous les matins.
Personne dans l'établissement ne portait de masque mis à part le patron, prostré devant sa caisse et son panneau en plexiglas déjà jauni. Gérald bu un café, et commanda quatre tickets à gratter. Connaissant ses habitudes, le gérant le laissa choisir ses tickets tout en racontant une drôle d'histoire sur son fournisseur. Il avait été mis en quatorzaine parce que sa femme était positive au test Covid. Gérald était devenu blême. Il tint son visage à deux mains, commença nerveusement à se ronger l'ongle du petit doigt, dernier survivant de sa vilaine manie et décida de rentrer.
"- Je vous laisse, demain je passe pas , j'ai un truc de prévu" dit-il , laissant la porte du bar se refermer sur lui.
Il arpenta la route au petit trot, plus vite que s'il était poursuivi. Il se lava les mains durant dix bonnes minutes, désinfecta ses tickets et mis tout son linge au lavage, veste comprise. Il l'avait échappée belle ,pensa-t-il.
Il glissa ses tickets dans son portefeuille, prit sa température, 36,7°C; Tout va bien.  Gérald reprit sa place dans son fauteuil, grignotant le reste de ses ongles désinfectés et alluma la télé.
Myriam rentra plus tard que prévu et fût reçue par les jérémiades de son mari. Il avait faim et habituellement, ils mangent à vingt heures, devant le journal télévisé. Elle lui répondit d'un ton sec:
- y'en a qui travaille et si vingt et une heure c'est trop tard, va te coucher, tu mangeras mieux demain! Surtout que finalement, je suis confinée, un collègue est positif, ils ferment toute la boutique.
- Tu dois faire un test!
- et d'aprés toi , pourquoi je rentre si tard? La patronne a fait venir une infirmière qui nous a tous testé et je suis clean! ça t'en bouche un coin, hein?!
- bon, je vais faire des omelettes, tu sors les chips?
D'un hochement de tête, elle acquiesca et s'exécuta.

Les deux semaines qui suivirent furent calmes, chacun vacant à ses activités, chacun dans sa pièce et ne se rejoignant que pour les repas. Chacun d'eux n'avait aucun regard pour l'autre, tous deux ne se préoccupant que de lui même. Myriam espérait pouvoir reprendre le travail et Gérald enfonçait chaque jour un peu plus l'assise de son fauteuil hors de prix.
Un matin le téléphone sonna. C'est Myriam qui se leva la première pour répondre. La porte de Gérald était encore close. Au bout du fil, sa patronne lui annonçait qu'elle pouvait reprendre dés le lendemain. Ravie, elle grimpa deux par deux les marches de l'escalier menant aux chambres. Elle toqua, mais n'optînt pas de réponse.
- Gérald? Dit-elle en entrebaillant la porte
Mais Gérald n'était plus. Il avait succombé. Le Covid l'avait emporté et elle n'avait rien vu.
- Tu étais confiné! lâcha-t-elle dans un sanglot avant de refermer la porte.
3
4
2
4
Défi
Nina Elensar
Le fait, sans ordre des autorités constituées et hors les cas prévus par la loi, d'arrêter, d'enlever, de détenir ou de séquestrer une personne, est puni de vingt ans de réclusion criminelle.
14
3
0
0
Défi
Léa M.
Fleuriste dans une petit ville, Jérôme Graham s'apprête à célébrer la Saint-Valentin. Malgré tous ses efforts, l'affaire familiale est en déclin, et il sait que cette fête est la seule chance d’honorer la mémoire de son père. Il redoute de mettre la clé sous la porte quand, Henri Bertault, fournisseur et ami de longue date, lui propose une idée originale : vendre des Orchidées-Bambou. Témoin des aléas de la boutique, cette plante à la nature ingénue, tend à s'ouvrir au monde. Entre tendresse et souffrance, l'Orchidée découvre la joie de se sentir aimée, mais aussi le danger que représente l'avidité humaine.
28
16
40
40

Vous aimez lire Gérard Legat (Kemp) ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0