Olga…

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Quand Olga pénétra dans son bureau,

Le psychologue eut un sursaut,

Tant sa nouvelle cliente lui parut belle,

D’une beauté quasi-surnaturelle, irréelle,

Se demandant d’emblée

Ce qu’une telle beauté

Pouvait avoir à lui confier.

Il la fit prendre place dans un fauteuil confortable,

Et elle commença à parler d’une voix agréable :

« D’abord, sachez que je suis une prostituée.

J’ai grand besoin de me libérer

De certaines expériences de dégénérés.

Avec quelques-uns, j’aurais le goût de pleurer,

Tellement ils me paraissent désespérés.

Il y a ce satané client, prenez :

Raoul, le mouton que je l’ai nommé.

Deux mètres, qu’il doit mesurer.

Il veut que je lui écrase le nez

Avec mes pieds, mes souliers.

Je n’ai absolument aucune idée

De qui il est, car il ne m’a jamais parlé,

Sauf pour me demander de le frapper,

Pendant qu’il s’occupe à se masturber.

Il faut que je lui donne des coups de pied,

Alors il se plaint et se met à bêler.

De plus, je dois le matraquer

En lui hurlant de ne pas se vider,

Ni de me regarder,

Et mes bottes de lécher.

Tiens, prends ça ! Ça t’apprendra, dégénéré.

Et malgré mes coups répétés

Son pénis reste arqué.

La douleur et la soumission, voilà ce qu’il vient chercher.

Devant moi, la prostituée, sans honte, il accepte de se montrer,

De se soumettre en esclave, à sa maîtresse, avec humilité.

Dites-moi, quelle est donc cette absurdité ?

Il entre chez moi, d’un veston et d’une cravate, habillé.

Comment puis-je, la vie, ne pas exécrer,

Après avoir vécu de telles scènes éhontées ?

Ces hommes, sous un complet, camouflés,

Ont-ils tous de tels secrets à dissimuler ?

De les observer tout bonnement dans la rue circuler,

Avec leur valise, ça me donne envie de brailler.

À les voir pénétrer dans des édifices, j’en ai la nausée,

Tous ces troupeaux qui jouent aux hommes affairés.

Que dirait-il, Raoul, si nous venions à nous croiser,

Sur le trottoir ou à la banque, en société ?

Je m’enfuirais pour ne pas déceler son anormalité

Par crainte de découvrir aussitôt en lui le taré,

Ou même la folle en moi qui accepte de frapper

Ses clients tout simplement parce qu’ils me l’ont demandé.

Ce genre de fantasmes ne fait-il pas de nous des dépravés ?

Je ne suis qu’une larve qui ne sait rien refuser

Et qui accepte, à de telles vilenies, de s’abaisser,

Sans compter que, normalement, c’est moi qui dois jouer

À la chienne qui se lamente parce qu’un client l’a exigé.

Dites-moi ! Dites-moi ! Puis-je être sauvée ? »

Sur le coup, le thérapeute demeura bouche bée,

Puis il lui répondit qu’il n’en avait pas la moindre idée.

Alors Olga, chez elle, s’en est retournée,

Complètement désemparée, désespérée,

Et, sans hésitation, elle décida de se suicider.

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