Chapitre VI

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La maison est calme et me voilà devant mon petit confident allongé ou plutôt affalée sur mon lit. Ma mère vient de partir au travail, je peux sentir l'odeur du café qu'elle n'a sans doute pas pu finir comme à son habitude. Aujourd'hui je dois faire la vidéo de Megan, la star des cheerleaders et je prépare un petit plan et quelques questions. J'avais choisi de commencer par Megan, puisque j'avais fait tourner la tête du bellâtre de notre équipe de football autant le laisser mariner encore un peu. Ou peut être que j'avais une légère appréhension à l'idée de me retrouver seule avec lui.

Ce petit topo terminé je fonçais vers l'école pour ne pas être de nouveau en retard, et dans la matinée je pris la caméra et mon petit carnet de notes et je retrouvais Megan dans le vestiaire pour commencer notre petit reportage. Alors que je l'observais, je fus frappée par les différences entre nous deux comme si je les voyais nettement pour la première fois.

Elle était petite, blonde comme les blés, toujours assez légèrement vêtue même en dehors de son activité de cheerleader, exhibant son joli corps musclé et halé à tous les regards. Elle était assez jolie, mais de cette beauté qui se fanera dans 15 ou 20 ans, et elle souriait tout le temps. Au moins avait elle une jolie bouche, des dents éclatantes et un rire communicatif. De plus elle était bavarde comme une pie. Je n'aurais sans doute même pas besoin de poser les questions, il suffirait de la laisser parler et de laisser tourner la caméra.

Je m'observais dans le miroir du vestiaire, oui vraiment je tranchais nettement, j'avais les cheveux noir de jais avec quelques mèches violine, plutôt grande et mince, ma peau était d'ivoire et je veillais à ne jamais l'exposer ni au soleil ni aux regards. Je portais quantité de bracelets et de colliers alors qu'elle ne portait que des boucle d'oreille de petite fille modèle. J'en étais la de mes réflexions quand j'entendis mon prénom, visiblement Megan s'impatientait. Je m'excusais et proposais d'aller commencer l'interview sur les gradins du stade.

En chemin elle n'arrêta pas de parler, de ses petits amis , nombreux , très beaux et très jaloux et je me mis à l'imaginer dans 15 ou 20 ans, mariée avec 3 ou 4 bambins dans une petite maison proprette, préparant des tartes avant d'aller à la messe le dimanche. Elle était superficielle, narcissique et pas très futée, pour elle ne comptait que l'apparence et la beauté, mais elle plaisait aux garçons c'était certain et elle le savait.

Elle tenta bien de m'interroger sur un éventuel petit ami, mais j'éludais avec maestria ces rares questions alors elle reprit son sujet de prédilection : elle-même.

La première partie de l'interview terminée, haha voilà que je parle comme une journaliste, je la filmais faisant des figures sur la pelouse sous le regard ahuri de l’employé chargé de l'entretien du stade.

J'essayais de la mettre en valeur et ce ne fut pas bien difficile, elle était souple comme un chat, élégante dans ses mouvements et ne se départait pas de son éternel sourire.

Elle finit par un magnifique grand écart en agitant ses pompons frénétiquement. Puis elle éclata de rire, et me demanda si elle avait été bien. Je la rassurais et ne mentis pas, elle avait été parfaite, elle se releva et m'embrassa sur la joue, en me remerciant. J'étais troublée, à part ma mère c'était le premier baiser affectueux que je recevais. Mais je n'en montrais rien, c'était un geste spontané de sa part, sans doute qu'elle avait imaginé un reportage plus tendu ou plus froid. La seconde partie de l'interview eut lieu dans le parc du campus, Megan était intarissable d’anecdotes et j'aurais un gros travail de montage à faire, même si voix était charmante et sa frimousse agréable, on ne pouvait faire un reportage de deux heures. D'ailleurs les batteries étaient presque vides et je l'en avertis alors qu'elle repartait pour une série d’anecdotes. C'était presque l'heure du déjeuner, je rangeais tout le matériel et allait déjeuner vite fait dans le parc à l'écart, mon walkman sur les oreilles.

L'après midi se passa de manière habituelle sauf à l'intercours où je fus convoquée chez le proviseur.

J'y allais en traînant les pieds ne sachant que trop bien ce qui m'attendait. L'entrevue fut très brève, il m'annonça qu'il avait convié ma mère ce soir même pour un entretien. Il ne précisa pas l'objet dudit entretien, mais j'imaginais très bien de quoi il était question et nul doute que je passerais un très mauvais moment en rentrant à la maison. Il m’annonça que je devais rester après les cours et attendre. J'accueillis cette information comme une sorte de condamnation à mort, puis il me congédia d'un geste ayant sans doute d'autres sujets de préoccupation plus importants et ne releva même pas la tête de ses documents alors que je quittais son bureau d'un air penaud.

Ma mère arriva en avance, elle marchait vite et visiblement assez en colère, je l'observais du coin de l’œil assisse sur un banc alors que l'école s'était vidée de ses élèves. J'aurais bien aimé être autre part, mais j'étais coincée et allait devoir faire face. Ma mère ne m'embrassa pas, ne me salua pas et je regardais sur les côtés comme un pour chercher un éventuel allié mais bien sûr il n'y avait personne.

-" Bravo Abigail, comme si j'avais besoin de ça. Bon allez lèves toi, on y va. "

Je ne répondis pas, d'ailleurs je ne savais que dire, le mieux était de rester muette pour ne pas aggraver mon cas. Le proviseur nous attendait, assez souriant bizarrement et il entra assez vite dans le vif du sujet sans trop y mettre les formes.

- "Madame Spencer si je vous ai convoqué ici c'est pour vous parler des résultats d'Abigail qui sont nettement en dessous de ses possibilités depuis quelques mois mais aussi parler de son comportement général qui n'est pas toujours en adéquation avec une lycéenne de son âge."

C'était encore pire que ce que j'avais imaginé, et ma mère me jeta un regard noir que j'esquivais en regardant par la fenêtre.

- "Mais avant tout je voudrais commencer par le positif car je pense qu'elle peut se rattraper d'ici la fin de l'année scolaire si elle s'en donne la peine. Abigail a des possibilités, elle n'a pas de notes catastrophiques mais à part en littérature où elle excelle, ses notes sont beaucoup trop moyennes et tendent à baisser de plus en plus. Bien sûr elle pourra intégrer l'université l'année prochaine mais certainement pas celle de son choix, sans doute loin du Nevada et sans bourse ou bien trop faible pour couvrir les frais de scolarité. Je connais votre situation personnelle et je sais que ça sera très difficile pour vous, mais comme je vous le disais Abigail peut être une élève brillante quand elle travaille un peu et je pense que c'est le moment de redresser la barre.

J'en viens au second point, bien moins préoccupant mais qui participe aussi sans doute de ses résultats. Abigail n'est pas une élève difficile, mais elle reste très distante avec ses camarades, elle parle peu et se trouve souvent isolée. Elle est déjà très mature pour son âge et très autonome mais parfois aller vers les autres a du bon, surtout qu'elle est appréciée par beaucoup de ses camarades.

Voilà madame Spencer, je n'ai pas d'autres choses à ajouter et sans doute que je vais vous laisser en parler tranquillement entre vous deux à la maison. Je ne vous retiens pas plus longtemps.Le proviseur nous raccompagna à la porte, nous le saluâmes et ma mère partit à toute allure vers sa voiture. Je la suivis tant bien que mal, n'osant ouvrir la bouche. La tempête allait éclater, sans doute pas ici mais à la maison."

Le trajet de retour se fit dans un silence glacial, elle roulait vite, trop vite. A un feu rouge, la voiture du shérif se mit à notre hauteur, pour un autre automobiliste l'amende aurait été automatique mais le shérif plaisanta avec ma mère sur le code de la route. Devant la mine sévère de ma mère, il n'insista pas en nous conseillant de conduire plus doucement.

Ce que ma mère fit jusqu'à la maison, j'entrais derrière elle tel un chien battu.


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