Chapitre 5  : Jules raconte une histoire.

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Julie regardait Sarah. Étrangement, à ses côtés elle ne trouvait plus la compagne de son jumeau vieille, laide et antipathique.

Sarah paraissait dix ans de moins que sa quarantaine. Certes, elle avait des formes généreuses, mais son corps était bien proportionné, ses longs cheveux noirs bouclés lui descendaient jusqu’aux fesses.

On remarquait ses yeux noirs brillants et vifs, sa gentillesse.

Mais Sarah commença à caresser les cuisses de Jules :Julie disait que c’était une peloteuse, Jules répondait qu’elle était tactile. Les beaux yeux bleus de Julie avaient l’éclat de l’acier, quand elle voyait les doigts de la belle brune effleurer l’entrejambe de son frère.

Julie respira profondément : ses coups de fil incessants avaient exaspéré son jumeau : sans l’intervention bienveillante de Sarah , jamais le couple n’aurait accepté de la recevoir.

Sarah regardait Julie : elle appréciait la pure beauté, la fraîcheur un peu naïve de la sœur de Jules. Ses yeux immenses avaient quelque chose de magique et son corps avait toute la splendeur de la jeunesse.

Comme elle aurait aimé devenir son amie ! Elle avait longuement écouté le récit ( incomplet) de la fascination morbide pour l’Allégorie et elle hasarda une question :

— Et tu n’arrives pas à te contrôler ?

— N’insiste pas, l’interrompit Jules, la maîtrise des passions cela ne fonctionne pas !

— J’aimerais tellement m’en sortir, murmura Julie au bord des larmes.

— Et si tu essayais de prendre un bain, proposa Sarah ?

Julie devint rouge comme une pivoine et se tut.

Jules devinait tout ce que sa jumelle cachait et jugea opportun de changer de sujet :

— La solution c’est Spinoza !

— Spinoza, s’exclamèrent les deux femmes !

— Oui, seul un désir plus grand peut vaincre un désir.

— Je ne vois pas où tu veux en venir, s’étonna Julie.

— Tu veux dire un autre tableau, hasarda Sarah ?

— Non, un désir, reprit doucement Jules.

— Tu nous embrouilles avec ta philosophie, maugréa Julie en faisant la moue.

— Sois plus clair, supplia Sarah.

— Je vais vous raconter une histoire, proposa Jules.

— Une Histoire ? J’adore s’exclama Julie.

— Tu m’avais caché cela, se plaignit Sarah.

— Ne te fâche pas ! Je viens de l’écrire et de l’envoyer à mon site d’écriture, se défendit Jules. Je vais vous la lire, elle a pour nom : l’oubli d’Asimov.

Jules lut son récit :

Marie aimait sa maison, sa douce maison.
Elle était à son image : élégante, raffinée, limpide pour un observateur extérieur.
Joseph, son époux, voyait l’envers du décor.
Pour lui la villa était un chef d’œuvre de haute technologie, invisible !

Quand Marie lui souriait, douce Madone bercée par la lumière « naturelle », qui mettait en valeur ses beaux cheveux d’un blond vénitien, il savait que des milliers de capteurs intelligents entretenaient cette illusion.

Elle regardait son mari, qu’elle admirait tant. Elle approcha ses lèvres et il frémit de plaisir.
Elle murmura « Ce soir c’est Noël », et lentement elle descendit vers l’objet de son désir.
Ses chaudes lèvres se firent pure tendresse, pour partager le plus savoureux des baisers intimes.
Joseph se mit à gémir, l’esprit envahi de sensations agréables et de pensées dérangeantes.

A la place de la douce Marie venait se substituer celle de sa brune maîtresse, qui la veille, l’avait cajolé sur ce même canapé, en lui murmurant : « Fourre-moi ».
Mais une interrogation plus politiquement incorrecte ne cessait de hanter l’esprit de l’ingénieur : quel algorithme pourrait reproduire tout l’amour de ce baiser sucré ?

Après l’amour, Marie et Joseph avaient longuement regardé le feu électronique qui les réchauffait.
Le sapin était authentique, c’était la mode pour ce Noël 2025.
Il dépassait les trois mètres et le couple l’avait surchargé de guirlandes, boules multicolores et personnages bibliques.
Marie retombait en enfance, elle qui avait tant souffert, tant pleuré.

Minuit sonna. Blême, elle fit face à Joseph :

— Tu crois que ?
— Tout ira bien.
— J’ai peur !
— Mais c’est ton enfant !
— En un sens, mais...
— Non Marie, c’est notre enfant, notre Léon.
— Je vais le réveiller.
— Avec amour.
— Avec tout mon amour.

La douce tête blonde dormait, paisible. Marie caressa ses cheveux soyeux, et l’appela doucement :
— Léon, le père Noël est passé.
Soudain, elle sentit ses jambes vaciller. Non, elle ne pourrait pas.

Pourtant, petit à petit elle sentit une force, une douce force s’emparer d’elle.
Elle regarda par la fenêtre et elle vit le traîneau qui tournait encore et encore autour de la maison.
A chaque passage, Marie sentait une douce chaleur l’envahir.
Elle prit l’enfant dans ses bras et passa dans le salon.

Joseph regardait son fils avec fierté, une immense fierté et un amour redoublé par la chaleureuse présence du vieil homme au-dessus de son toit.
« Il doit être content », songea-t-il, en regardant Léon s’émerveiller devant le petit train et surtout le cheval en bois.

— Léon
— Oui papa
— Tu aimes ?
— Hans !
— Pardon ?
— Le cheval, il s’appelle Hans.
— C’est un beau nom pour un cheval.

Soulagé, rassuré, le père Noël reprit son voyage.
Il passa au-dessus du cimetière, que l’on avait rebaptisé le cimetière des Innocents après la terrible pandémie de grippe aviaire qui avait fauché tant d’enfants.
Il savait que le « vrai » Léon reposait là.

Le père Noël restait admiratif face au travail de l’ingénieur. Il savait que Marie couvrait l’androïde de baisers.
Non, une seule chose dérangeait le vieil homme : que ferait Joseph quand il aurait terminé le double de Marie ?

Mais, une seconde question se cachait derrière la première : Quand joseph se rendrait-il compte qu'il était, lui aussi, un robot ?

Le père Noël se posa une troisième question : Pourquoi Asimov n'avait-il jamais énoncé la quatrième loi de la Robotique ?
Sans cette loi aucune psychohistoire n'était possible, et jamais nulle Fondation n'aurait vu le jour ?
Cette quatrième loi expliquait tout le comportement de Joseph.

Il répara l'oubli d'Asimov et énonça quatrième loi de la Robotique :
"Un robot doit toujours tout prévoir".

Un long silence se fit dans la pièce...

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Le fascisme à l'état pur. Le football est un fascisme.Le sport en général est un fascisme. Un fascisme dès lors qu'il est arraché à sa finalité première, procurer du plaisir à celui qui le partique et non enrichir les poches de ceux qui en tirent des intêrêts d'argent.
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Adrien de saint-Alban
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