Chapitre 2 : Un horrible cauchemar.

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L’allégorie souriait à Julie. La douce blonde était fascinée par la pureté des lignes de la jeune femme qui l’invitait à s’approcher d’elle. Le visage fermé, le regard condescendant, voire ironique avait laissé place à ce que la jeune fille pouvait considérer, sans hésitation, comme le plus tendre sourire du monde.

Julie soupira :

Ô Marie.

Mais comment connais-tu mon nom , on me nomme juste l’Allégorie ?

Ton voile bleu, ta grenade et ta beauté virginale ne sauraient me tromper.

Pourtant je ne suis pas réelle ? demanda Marie.

Tu es bien plus réelle que tout ce qui m’entoure.

Et désirable ?

Je n’osais te le dire. Puis-je mettre ta beauté à l’épreuve ?murmura Julie.

Si tu oses …

Julie ne répondit pas mais donna et reçut le plus tendre des baisers.

Soudain Marie se mit à rire :

Tu devais avoir honte !

Pour un simple baiser? minauda Julie.

Non pour ta tenue !

Julie se rendit compte qu’elle était nue, entièrement nue.E lle se mit à rire et laissa la déesse explorer son corps. Le désir envahissait la jeune fille, elle avait le sentiment de sombrer dans le vice, de jouir du Mal.

Grisée, elle laissa ses lèvres glisser vers le foulard qui cachait le sein de Marie.

L’Allégorie la repoussa :

Tu n’as pas honte ?

Mais, toi tu…

Si tu continues ainsi, ma fille, tu seras damnée pour l’éternité ! Rétorqua Marie.

Terrorisée Julie vit l’Allégorie grandir, encore et encore. Non, c’était elle Julie, qui, telle Alice, rétrécissait.

Marie devint immense et menaçante :

Petite Julie, je vais te manger !

Mais pourquoi? supplia la petite Julie.

Car tes lèvres m’ont ouvert l’appétit !

Non , non, non noooooooooooooon! hurla Julie.

Non, non , non , non !

Désemparée, Julie ouvrit les yeux et retrouva la pénombre familière de son studio.

Mais quelque chose clochait : elle sentait une présence, un regard.

Elle ouvrit la lumière et vit Ozu, son amant japonais. Assis à l’orientale, il la fixait étrangement. Il était assis entre un poster de One Piece et la vague d’Hokusai ;

Marie le regarda droit dans les yeux :

— Tu ne dors pas ?

— C’est difficile, avec toi !

— J’ai fait un horrible cauchemar. Julie avait des sanglots dans la voix.

— Je sais.

— Tu sais ? Tu as entendu …

— J’ai tout entendu. Je peux t’aider. Le Japonais la regardait droit dans les yeux.

Un long silence se fit. La gêne de Julie laissa rapidement place à la colère.

Elle haussa le ton :

— Non, va-t’en !

— Tu souffres beaucoup ?

— Qu’importe !

Prends de l’opium.

Cette dernière phrase consterna la belle blonde. C’était exactement le dialogue de La mort d’Ivan Ilitch !

Julie prit peur : les livres, aussi, prenaient le contrôle de sa vie.

Son regard dur se posa sur le jeune japonais : il ne pouvait pas rester. Même en face de son miroir, elle ne pouvait assumer un désir homosexuel.

Et lui savait, et lui la regardait, et lui la jugeait !

La voix de Julie se fit cassante :

— Va t’en !

— Je peux t’aider. Ozu lisait la haine dans le regard de Julie.

— Non, va-t’en ! Va t’en ! Va t’en !Va t’en ! Va t’en !Va t’en ! Va t’en !

Tout en parlant elle frappait le pauvre jeune homme avec l’ombrelle, qu’il lui avait offert.

Ozu se retrouva à la porte du studio, ses chaussures à la main. Julie fit mine de le poursuivre dans l’escalier et il descendit les marches quatre à quatre, avant de se retrouver dans la rue vide.

Restée seule, Julie se mit à pleurer devant son miroir. Les larmes de douleur, de rage défiguraient son doux visage.

Pour se consoler, elle récita le poème que son frère Jules venait de mettre en ligne.

Où est ce moi

Qui est tout pour toi

Tu recherches avec avidité

Ton insaisissable et fuyante identité

Tu scrutes ce miroir

Sans retard

Tu cherches une identité

Avec avidité

Tu regardes

Ce visage

Qui te regarde

Te dévisage

Tu soupires

Vain désir

Ce moi

Si loin de toi

Dans ce ciel

Existentiel

La lumière

Délétère

D'un reflet

Circonspect

D'un moi

Qui se noie

Sans espoir

Dans ce miroir

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Je vis seul avec mon chat.
Je m'étais fait un petit plaisir. Oh, un si petit plaisir ! Rien de plus banal et simple qu'un jeu vidéo. Je me suis offert un jeu de foot dont personne ne voulait. Il était neuf.
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Ayant déchiré le cellophane, je pris le disque et l'insérai dans ma console laquelle, enfin, se mit à rugir de plaisir. J'entendais son râle de satisfaction. Depuis qu'elle attendait cette belle et douce pénétration. Le moment est venu.
Le jeu démarre...
Maintenant, je joue, seul devant mon écran. Le chat dort toujours. Je sélectionne des équipes adverses. Je suis seul et je fais ce que je veux, jouer comme je veux. Sans règle, sans loi.
L'idée de marquer contre mon propre camp m'effleura l'esprit. Aujourd'hui, pour commencer ce sera l'équipe du PSG contre l'équipe de Marseille. A tout seigneur tout honneur. J'aime foutre la merde, ça va ruer dans les brancards. Je m'en fous. Je suis tout seul.
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Un tumulte grandiose s'éleva dans les airs lorsque mon premier but contre mon camp fut marqué. C'étaient des mouvements de colère. Des grondements lourds et sonores s'élevèrent au dessus du stade bondé de monde et se perdirent dans le ciel bleu. Dès mon deuxième but marqué contre mon camp,à nouveau un tumulte géant secoua la foule, comme le cri d'un volcan pour laisser éclater sa joie ou sa douleur. Mon plaisir était sans limite. Un plaisir jouissif. A chaque but marqué, c'était une bouffée de sang chez le commentateur qui commençait à s'enerver sérieusement. L'arbitre ne savait plus où donner de la tête. Le peuple du football s'agaçait à me voir marquer contre mon camp. J'étais un traître à ses yeux. Les insultes fusaient. Ce fut tour à tour des crachats, des jets de bouteilles qui sortirent de l'écran et qui atterrissaient dans le salon. Mais mon plaisir était tel que rien ne m'arrêtait. Je continuais sans le moindre remords à jouir de mon plaisir égoïste, à envoyer dans les filets, ceux de mon camp,des boulets de canon à la vitesse de la lumière qui allaient mourrir au fond des buts. Et c'était à chaque fois des cris, des vociférations de colère, des hurlements d'indignation contre cet hérétique qui marquait contre ses propres équipiers et qui semblait en tirer un plaisir indécent.
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J'ai fui aussi vite que possible, sans demander mon reste.
Sans même me poser la question si cette chose était possible ou pas. Comment se faisait il que des gens puissent sortir de la télé armés d'une bate de baseball et s'attaquer à un honnête citoyen qui voulait jouer à un jeu qu'il avait payé de son argent, un jeu dont il disposerait comme il l'entendait? Des gens en chair et en os qui ont voulu m'oter la vie à coup de bate parce que je n'étais pas d'accord avec eux. Je voulais jouir de ma liberté de consommateur. Je voulais marquer contre mon camp. J'aime cela. Ce n'est pas un crime de marquer contre son camp. En politique vous êtes exclu de facto. Mais là, ce n'était pas de la politique. Ce n'était qu'un match de foot. L'esprit de corps était de rigueur. Mais je n'avais pas cet esprit de corps.
Le fascisme à l'état pur. Le football est un fascisme.Le sport en général est un fascisme. Un fascisme dès lors qu'il est arraché à sa finalité première, procurer du plaisir à celui qui le partique et non enrichir les poches de ceux qui en tirent des intêrêts d'argent.
J'eu le temps de m'extirper du salon, sortir de ma maison et crier "au secours des ânes bâtés, des hooligans veulent me tuer !" .
Seul un chat qui traversait la rue entendit mes plaintes, me fixa de ses yeux mystérieux et fit pivoter ses oreilles téléscopiques en se demandant si je n'avais pas fumé la moquette.
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La télé était éteinte. Rien n'avait bougé dans le salon. Le chat dormait toujours sur le sofa. Un jeu vidéo était posé sur la table basse encore enveloppé dans son cellophane avec le prix dessus, 49.90 euros.
Une bouteille de wisky trônait sur la table basse. Vide. Le lit de la chambre était défait.
Le lendemain,je retournai au micromania du coin et je remis le jeu dans les mains du vendeur qui me l'avait conseillé.
Je n'ai pas eu le courage de l'ouvrir.
Oui, le football est un fascisme.
Adrien de saint-Alban
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