Le voyage de Monsieur K / Chapitre 21 : Le retour de la madeleine.

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Voix off

- Trinity, Trinity !

- Oui Morphéus ?

- Nous avons gagné, dit la voix masculine.

- Et cela n’a pas été facile, relativise la voix féminine.

Dans l’étroit vaisseau spatial, qui glisse à une vitesse proche du dixième de celle de la lumière, un silence se fait. Il ne dure que quelques secondes à l’échelle du vaisseau, bien plus longtemps sur Mars, leur point de départ : subtile mystère de la physique relativiste.

Trinity reprend :

- On va avoir le temps de discuter.

- Combien de temps, demande la voix masculine ?

- En temps relatif trente ans !

- Mais, ils sont vraiment obligés de nous mettre dans ce caisson ?

- Je t’ai déjà expliqué, soupire la voix féminine. Quand nous approcherons du trou noir, tout va aller très vite , et si nous passions notre temps à dormir, cela serait la catastrophe. On serait incapable d’être efficace : le pilotage automatique a ses limites !

- Oui, et de l’autre côté du trou noir, il y a encore des années de voyage, donc la vie au ralenti est nécessaire, je sais, soupire la voix masculine. Mais trente ans, mon dieu trente ans, cela va être long !

Un nouveau silence.

Morphéus reprend :

- Tu n’as pas tort, cela n’a pas été facile.

- Dès le départ Zion nous a mis en garde : l’ennemi avait pris de l’avance, rappelle la voix féminine.

- Mais cette gamine, Sakura, elle était insignifiante, rétorque Morphéus.

- Pas tant que cela, sinon l’ennemi ne l’aurait pas choisie ! Elle fut la première contaminée, insiste Trinity.

- Ils étaient déjà repartis ?

- Bien sûr ! Tu sais comment l’ennemi procède : on diffuse un virus qui crée ou accentue les délires psychotiques, puis on laisse agir.

- Les terriens auraient pu le détecter, objecte la voix masculine ?

- Aucune chance : la notion de virus psychique n’existe pas encore sur terre !

- Heureusement qu’on était là , sans nous…

- Mais non, tu n’y es pas, pouffe la voix féminine ! On était la seule patrouille dans le coin, et Zion avait été pris au dépourvu . Cesse de te prendre pour un héros !

- On a fait tout le boulot, et tout seul, insiste la voix masculine, sans nous…

- Mais n’importe quelle autre patrouille aurait fait l’affaire : tu as fait ton job, et c’est tout !!

Un long , très long silence se fait.

Trinity relance la conversation :

- Tu boudes toujours ?

- Non , je réfléchis ! Dans cette histoire, il y a des trucs qui m’échappent ! Sakura, je ne comprends pas, comment elle a pu contaminer le monde entier.

- C’est simple explique la voix féminine, l’ennemi la repère et elle joue le rôle du patient 0 !

- Et après ?

- Après, le réseau internet diffuse le virus psychique : c’est une attaque classique.

- La première, demande la voix masculine ?

- Non, la dernière avait un siècle, lors des régimes totalitaires, mais avec Internet, tout a été bien plus rapide !

- Et Townsurvival, c’est l’ennemi ?

- Non c’est Sakura, enfin je pense, répond Trinity. Mais je pense aussi qu’elle n’y a vu qu’un moyen de pirater le réseau, elle n’a pas vu ce qui se cachait derrière l’application : un canal de diffusion du virus.

- L’ennemi ne s’est pas fatigué, remarque Morphéus.

- Pour eux, comme pour nous, la Terre est une planète insignifiante : dans une guerre, il faut économiser ses forces !

- Dans l’absolu, nous aussi on a fait service minimum.

Dans un caisson frigorifié, un fou rire télépathique n’est guère audible ! Désolé, chère lectrice, et cher lecteur. Mais revenons à cette conversation qui doit éclairer votre lanterne.

Morphéus relativise :

- On a pris deux, trois personnes, au hasard, c’est tout !

- Tu racontes n’importe quoi, il fallait des fécondateurs compétents, pour les filles de zion ! Des hommes comme toi !

- Ah enfin un compliment !

- Tu as tout fait pour le provoquer, soupire la voix féminine.

- Remarque Zion s’était trompé, en mariant Elaine avec Eric.

- C’est le problème du programme informatique : Philippe et Gustave c’est nous qui les avons repérés !

- Valérie c’était aussi une erreur, remarque la voix masculine.

- Pas vraiment, sans elle on perdait Elaine !

- Bref les hommes sont indispensables !

- Ce sont surtout des idiots utiles, ironise la voix féminine.

Vexé Morphéus se tait.

Trinity reprend :

- Tu ne vas pas te taire pendant 30 ans ?

- Tu n’as pas tort, concède la voix masculine, Monsieur K, n’y a vu que du feu, heureusement que Gustave est plus malin !

- Oui et non : la sœur aînée de Claire part pour Paris, elle rencontre un homme et il met un temps fou à faire les liens !

- Pour Philippe,c’est pire ! On n’a pas cessé de le faire vivre dans un univers électronique artificiel, dans le café, durant les trois mois dans l’abri et il a tout gobé !

- Tu es injuste, rectifie la voix féminine, il a vu Néo, il a perçu nos voix, il a vaincu le virus et il a sauvé Elaine ! C’est pas mal !

- Mais pourquoi sauver les autres, s’étonne la voix masculine ?

- Je t’ai déjà expliqué : nos alliés ont besoin de sang neuf et cela ne nous coûte rien : ils fournissent les vaisseaux. En attendant leur arrivée et le grand exode, ils ont la base martienne, pour la mise en quarantaine des terriens.

Morphéus réfléchit un instant puis remarque :

- Oui, mais importer des millions de terriens contaminés : c’est insensé !

- Mais non, reprend patiemment la voix féminine, loin de la Terre, le virus ne peut pas survivre ! Et tout le monde est vacciné, à présent.

- Le Bien a vaincu le Mal !

- Absurde, pour l’ennemi le Mal c’est nous, rectifie la voix féminine !

- Mais les terriens ne se doutent pas qu’il faudra des siècles pour aller chez nos alliés.

- Aucune importance, il y a des enfants !

- Mais ils vont oublier notre peuple, regrette la voix masculine.

- Non, il y a Elaine et Claire, puis leurs enfants, les enfants de leurs enfants et ainsi de suite : notre peuple va se mélanger avec les terriens.

- Eh bien, conclut la voix masculine, je me mangerais bien une madeleine.

- Désolé il faut attendre trente ans pour un vrai repas. Et, te connaissant, tu seras bien capable de lui trouver un goût de … caoutchouc !

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La jeune fille pleurait en silence, après la délivrance. Elle détournait le regard tandis que son nourrisson appelait le sein. Elle n'en voulait pas. Planquée dans un coin sombre de la pièce, j'observais la réaction de Dame Haude et de Seza. Plus encore, j'attendais de voir ce qu'Hildrine en ferait, elle qui avait accompagné cette naissance et assisté tant d'autres.
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Hildrine posa sa main sur le bras de la femme. Je fus seule à comprendre qu'elle ouvrait son Orach', l'autre oeil. Hildrine déversait à Aelig une vision stupéfiante du futur, qui la fit sursauter. Enfin, la jeune mère parla au travers de ses larmes : " Je ne veux pas cela. Je ne veux pas cela pour cet enfant... Mais je ne veux pas non plus être sa mère.
- Quant à décider d'être sa mère ou non, le choix ne t'appartient malheureusement plus. Si tu ne veux pas cela pour ton fils, il te faut en prendre soin. Cela commence maintenant. "
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Chacune y alla de son conseil et bientôt le petit téta avec assurance. Sur ce tableau, nous les laissâmes seuls. Dehors, le temps était au beau. Un soleil timide éclairait les derniers jours d'hiver. Le vent bousculait à peine les haies de sorbiers dénudés qui encadraient la maison. Hildrine s'installa sur le banc de pierre qui trônait en façade et entreprit de curer sa pipe.
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Je restai interdite face au devoir dont venait de me charger la vieille hänvet. Pendant qu'elle bourrait à nouveau sa pipe, j'intégrais cette annonce, et cherchais un prénom digne pour un enfant né dans ces circonstances. Hildrine battit le briquet gagné pendant les dernières fêtes du solstice, et nous entoura d'un nuage de fumée odorant.
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Ces questions se perdirent dans les volutes de fumée. Nous restâmes là, en silence, à écouter les sons de la campagne mêlés à ceux de la maisonnée.
Après le déjeuner, je me rendis au chevêt d'Aelig. Elle contemplait son bébé, qui dormait, enveloppé de couvertures, contre ses jambes étalées. Elle m'accueillit d'un modeste sourire. " Vous le trouvez beau, vous ?
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Je sentis un soulagement profond dans la détresse d'Aelig. L'incertitude semblait momentanément s'être éloignée de son esprit. Nous pouvions reprendre notre pérégrination. Pour ma part, j'avais compris ce que la vieille Hildrine avait saisi depuis longtemps. Quand le monde autour de nous s'effondre, nous cherchons des branches auxquelles nous raccrocher. Pas forcément pour remonter tout de suite, mais surtout pour ralentir, puis arrêter la chute. Toutes les mains secourables que nous avons tendues à Aelig aujourd'hui ne suffiront peut-être pas. Le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible à rassasier.
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saryah

Ce texte est une nouvelle que j'ai écrit pour un concours d'écriture et la première œuvre que je publie, je commence timidement et j'espère que vous m'aiderez à m'améliorer n'hésitez pas à me donner votre avis et à me conseiller.

 Saryah.

Est-ce que je suis fou pour regarder tranquillement ce plafond, alors que ma vie par en lambeau ?

Mais les choses sont mieux ainsi ! Certains se demanderaient pourquoi je dis une chose pareil, d’autres si je ne suis sacrément atteint pour me parler à moi-même, peu importe que ce soit dans ma tête, on s’en fiche de ça.  Donc je disais que mieux vaut qu’elle soit partie (quoi ? comment ça qui ? m’enfin LA fille, oh et puis vous le saurez bien assez tôt si vous me laissez finir mon récit), avec une famille telle que la mienne.

Oh oui et quelle famille, famille de barge mais surtout faisant partie de la noblesse, alors oui j’entends déjà les pensées des gens, que je dois être gâté que je ne devrais pas avoir à me plaindre. Mais voilà on ne peut pas vraiment dire que ma famille m’apprécie, bien que je sois le fils ainé et unique enfant d’ailleurs, je ne corresponds pas vraiment à leur critère mais ils font avec, ce n’est pas comme si ils pouvaient avoir un autre enfant à leur âge de toute façon. Ma mère me qualifierait de petit voyou quant à mon père le terme de fils ingrat conviendrait mieux selon lui. Si vous voulez mon avis, je ne suis rien de tout ça, j’aimerais juste mais bon tout est subjectif me direz-vous.

Je m’éloigne du sujet ? N’en croyez rien bien au contraire, si vous devez comprendre le départ de cette demoiselle je me dois de commencer cette histoire par le début. Bien vous savez désormais dans quel univers j’évolue, mais tout n’était pas si noir, j’avais ma petite lumière dans les ténèbres comme on dit.  Ma petite fée, lors de ses 6 ans sa famille avaient mystérieusement disparu, suite à cela mes parents qui était des amis des siens décidèrent de prendre en charge son éducation, charmant n’est-ce pas ? Et bien aux premiers abords oui, mais leur intentions étaient tout autre, en effet tout comme moi elle était née parmi la noblesse, et par ce fait son héritage était fort intéressant pour ma famille, en effet une union entre nos deux familles était une véritable aubaine pour mes parents, mais cela nous l’apprirent beaucoup plus tard.

Au début de son arrivée chez nous, elle était terne et triste, normal après un tel choc pour une si jeune enfant. Je m’étais fait un devoir de lui remonter le moral par tous les moyens possible, force est de constater que tous mes essais restèrent vain, je crains de ne jamais voir un sourire apparaître sur son visage. Mais un jour après que j’eu tenté de faire du rodéo dans le salon avec notre chien, ce qui bien sûr ne s’est pas très bien fini pour les meubles empire, je l’ai vu assister à ma punition avec un petit sourire aux lèvres, je la comprends comment rester insensible face à moi tout penaud devant ma mère rouge de colère avec un pied de chaise cassé à la main et le chien qui semblait attendre qu’elle lui lance pour jouer, franchement comment ne pas rire.

Enhardi par cette réaction, je me décidais à multiplier les bêtises pour la faire rire, ayant même l’espoir de la faire participer, je crois d’ailleurs que ce fut cette décision qui provoqua la honte et le découragement chez mes parents quant à mon état mental, mais bon passons.

Petit à petit, elle se remit à rire alors je continuais de plus belle car j’aimais entendre son rire, il était si mélodieux, chaleureux et innocent à la fois. Les années passèrent et plus nous grandissions, plus nous étions proches. Au grand dam de mes parents, elle se mit même à participer voir inventer de nouvelles bêtises ou plutôt des défis de notre point de vue.

Mais l’été de nos quinze ans tout changea, je voyais qu’elle devenait de plus en plus féminine, ses formes s’affinait. Je n’arrivais plus à la regarder comme avant, j’en tombais doucement amoureux mais je n’osais le lui montrer car après tout nous avions été élevés ensemble, comme des frères et sœurs. Mais je n’étais guère le seul à avoir remarqué ce changement, mes parents avait vu en elle depuis toute petite déjà une épouse potentielle, et mon attachement devait les avoir conforté dans leur choix.

Au début, ils ne nous en parlèrent que subtilement ne faisant là que des remarques sur notre complicité, après tout nous n’avions que quinze ans, ils voulaient sûrement y aller en douceur, ne pas nous brusquer pour que leur plan marche comme ils le désiraient. Mais nous n’étions pas dupes, nous savions que cette idée leur trotterait dans la tête, et je voyais bien que cette idée ne l’enchantait guère. Je dois avouer que même si la notion de l’épouser m’était alléchante, je ne souhaitais que son bonheur, et l’idée de la marier de force avec un mariage arrangé par mes parents, me paraissait dérangeant.

Au fil du temps, ils se firent plus pressants, plus imposants mais sans jamais recevoir l’effet escompté, nous savions qu’au bout du compte ils ne nous laisseraient pas le choix mais elle refusait de les laisser gagner. Mon cœur quant à moi était partagé, j’étais fou d’elle mais je ne voulais pas être avec elle de cette manière.

Je la voyais s’éloigner de moi, comme si elle pensait que agir de la sorte les feraient changés d’avis. Oh bien sur elle savait tout comme moi qu’il n’en serait rien, mais c’était selon elle je pense la seule solution qu’elle avait pu trouver après tout nous vivions sous le même toit, difficile de ne pas se croiser. La situation me blessait de plus en plus sans que je sache quoi faire, nous ne rigolions plus comme auparavant, mais nous accumulions les silences gênants.

A nos 18 ans nous ne nous parlions même plus, je restais pour ma part le plus souvent cloîtré dans ma chambre à attendre que tout cela passe. Elle, elle prenait des cours sur comment se tenir en société, comment être une bonne épouse. Je savais que cela ne lui plaisait pas, il n’était pas rare que je l’entende crier mais cela ne servait à rien, la détermination de mes parents étaient sans faille.

Mais ce jour-là fut bien différent, je savais qu’un bal était organisé par ma famille, et qu’il se déroulerait dans une semaine. Nous ne savions pas en quel honneur, mais soudain des cris me mirent sur la voie.

Pour la première fois depuis ce qui me semblait une éternité, elle franchit le pas de ma chambre. Mais malheureusement, elle était en colère peut être même folle de rage. Elle me jeta un regard noir avant de me demander si j’étais au courant de la raison de ce bal, je répondis bien sûr au négatif. Elle enchaina alors en vociférant que c’était pour notre soirée de fiançailles, je n’en étais pas vraiment surpris il fallait s’y attendre mais visiblement mon manque de réaction la mit encore plus en colère. Elle ne comprenait pas pourquoi et comment je pouvais accepter une telle situation, elle me demanda si c’était vraiment ce que je voulais.

Comment lui dire que oui je voulais être avec elle, mais que non je n’étais pas d’accord avec nos fiançailles forcées, je n’avais pas le courage de lui avouer mes sentiments alors je ne fis rien d’autre qu’un haussement d’épaules. Elle souffla de déception, et s’en alla sans plus m’adresser un seul regard.

Elle s’enferma dans sa chambre pendant des heures, sans répondre aux appels de mes parents, ni à leur demande d’ouvrir la porte. Puis mon père ne supportant pas qu’on lui résiste dans sa propre demeure, avait enfoncé la porte, ce fut suivi d’un hurlement de colère.

Toujours confiné dans ma chambre, je compris à ce moment-là ce qui venait de se passer. Elle s’était enfuie, déçue par ma réaction, ou plutôt mon absence de réaction, elle avait donc dû décider de régler le problème par elle-même. J’ai souri nerveusement, je savais que cela arriverait un jour, elle était trop sauvage pour se laisser enfermer, mais je n’ai jamais rien fait pour l’en empêcher, pour la retenir auprès de moi. La méritais-je seulement ?

Maintenant après avoir appris tout ça vous vous dites : pourquoi je vous raconte cette histoire maintenant au lieu de lui courir après ? Réaction qui paraitrait tout à fait logique, eh bien parce que cette histoire c’est passé il y a cinq ans.

Cinq foutu longues années, où je me suis traité d’idiot jusqu’à ce jour il y a deux mois, ou pris entre le choix des faire-part et de la couleur du nappage du gâteau de mariage avec une jeune femme snobinarde et hautaine que mes parents avaient eu la merveilleuse idée de me faire rencontrer,  j’ai décidé de me bouger et de la retrouver. Oui j’ai été plutôt lent à réagir je vous l’accorde, mais que voulez-vous il paraît que l’amour rend bête, quoi qu’il en soit j’ai pris la décision de quitter ma famille et donc mon rang de noble pour épouser la femme de mon choix et non celle imposée par ma famille après son départ. Enfin si elle veut bien de moi après tout ce temps, ou qu’elle n’est pas déjà mariée, avec des enfants …ouh là pas bon,  ne pas commencer sur ce terrain, je deviens ridicule.

Alors j’imagine que vous voulez surement que je saute directement à l’épisode des retrouvailles, très bien petits impatients et bien elles se sont déroulées, un peu comme ça :

Après deux mois à la rechercher un peu partout dans le pays j’ai fini par trouver l’endroit où elle habitait. Ce soir-là, il faisait nuit depuis une bonne heure, j’arpentais les rues pour me rendre à celle indiqué sur un petit morceau de papier, et c’est là, découragé, que je la vis enfin apparaître devant moi au loin. Je criais son nom, toute nervosité m’ayant quitté pour être remplacé par le soulagement de l’avoir trouvée, elle s’est retournée vers moi très surprise. Je ne savais pas quoi dire alors je ne pus prononcer que c’est quatre mots qui pour moi résumait tout :

"- Je t’ai retrouvée, Amy.

Puis me reconnaissant sûrement une fois le choc passé, elle me sourit, et son sourire était parfait à mes yeux, oui vraiment c’était parfait.

D’une lueur moqueuse, elle me répondit : - Tu en as mis du temps, je t’attendais. "

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Défi
BlackWinou

Maman je peux aller a un concert ce soir ?
- Bien sur mon fils, amuse toi bien.
Bien sur je vais m'amuser.
Tu n'as même pas idée. 
Pendant que mes amis sont dans un restaurant, d'autre dans un bar et d'autres à regarder le match France - Allemagne, moi je suis avec des amis à ce concert.
/ tatatata /
Quel est ce bruit ?! On dirait des pétards. 
Il est festif ce conce...
/ tatatata /
Je vois tout le monde se mettre à terre. 
Je fais la même chose. 
Je suis dans la fosse.
C'est pas du spectacle la. 
Je vois même le groupe à terre.
C'est sérieux la. 
Je suis à côté de la porte principale.
A cote de mes amis Sarah, Marion, Pierre et Mathieu.
Je vois trois hommes rentrer.
Ils ne sont pas cagoulés. 
Je vois leur visage. 
Je voulais pas regarder bordel.
/ tatatata /
Nan me dites pas que...nan s'il vous plait.
Je sens quelque chose, de liquide sur mon corps. 
Mais je vais bien..
C'est du sang ?! Je suis dans l'obscurité.
Nous étions dans un concert, il va pas faire jour.
L'un des hommes monte au balcon les autres le regarde.
/ tatatata /
J'entends personne crier. 
Mais bordel c'est plus flippant encore.
/ clac clac /
Je les entends recharger.
Et.. oh non.
/ tatatata /
ils retirent.
C'est pas vrai.. 
J'entends 3 fois, les hommes recharger.
Des gens s'enfuient. 
Je peux pas, j'ai reçu une balle dans la jambe je n'arrive pas à bouger.
La police est dehors. 
Les hommes se sont enfermés dans le Bataclan.
Ils menacent la police de faire sauter l'endroit si ils rentrent..
Bordel de rentrer pas.
Les flics continuent à essayer de dialoguer avec ces êtres sans pitié.
Ils menacent de faire sauter l'immeuble.
/ tatatata /
Ouch. Je suis.. je suis touché. 
À la poitrine.
Ils tiraient sur tout ce qu'ils bougeaient.. mais également ce qui bougeait pas.
Le groupe s'est enfuit. Comme d'autres.
Avant de sombrer je regarde autour de moi j'essaye de ramper..
Mes amis sont morts.. 
Marion, Sarah, Pierre...
Putain non.
J'essaie de me relever mais je suis trop faible.
J'entends plus rien. 
Un homme me soulève. 
Il me dit:
- tenez bon. Accrochez vous à moi on va vous sauver.
Mais c'est trop tard.
Je suis trop faible.
J'ai perdu trop de mes proches.
Trop de sang.
- Ne regarde pas la pu t'es. Ferme les yeux !
Mais je regarde les quatre murs de la pièce. 
Recouverts de rouge.
Rouge sang.
Et par terre, les gens morts.
De balles.
Je sens le froid du soir contre ma peau.
Les pompiers s'occupent de moi.
Mais dans une heure je serais mort.
Ils ne le savent pas. 
Même moi je le sais pas encore.
Mes amis au stade ne sont pas morts.
Mes amis dans le restaurant sont morts.
Mes amis dans les bars sont morts.
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Faut le faire.
On était heureux et insoucient.
On était bourré et drôle.
On était musicien et barman. 
On était victime et proche.
Maman, ce soir je ne rentrerai pas.
Et je ne rentrerai plus jamais .
Pourquoi ? Des gens voulant propager la peur, m'ont tué. 
Sans raison.
Paris est à feu et à sang.
Tu m'as offert ça pour mes 18 ans.
A cause d'eux tu vas t'en vouloir toute ta vie.
Alors que tu n'y es pour rien.
Je pense à ces gens qui réfléchissent mais pour le mal.
A ces gens qui tuent des " infidèles" alors que ces gens ne sont que des gens comme toi et moi, a boire, s'amuser, faire la fête, profiter de la vie.
Je pense à demain, où ma mère va s'inquiéter, pleurer. Sans jamais s'arrêter.
Je pense aux proches des victimes qui vont être dévastés. 
Qui n'arriveront même plus à sortir.
Je pense à la France quand je suis né. 
Bordel pourquoi des gens comme ça veulent propager la haine, la peur.
Et pour se laisser mourir après. 
Parus est a feu et a sang.
Mais nous resterons debout. 
A combattre les balles d'une kalachnikov avec de l'amour, du bonheur et des mots.
Vendredi 13 novembre 2015, des gens sont morts... en s'amusant.


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