Le voyage de Monsieur K / Chapitre 13 : Hôtel des voyageurs.

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Monsieur K se hâtait vers la place du tertre.

Il vit un homme hagard sortir en courant de l’Hôtel des Voyageurs.

L’homme portait un costume noir, plutôt élégant. Mais Philippe ne s’attarda guère sur l’habit : ces derniers temps il avait croisé mille facettes de la peur, mais cet homme c’était différent.

Jamais Monsieur K n’avait vu un tel visage, ravagé par une telle terreur indicible, insurmontable, inhumaine. L’homme titubait, semblait avoir perdu la Raison. Monsieur K l’arrêta :

- Vous connaissez l’Hôtel des Voyageurs ?

- Je suis le Directeur !

- Que se passe-t-il ?

- Ils, ils, ils, balbutia le directeur.

- Oui, ils, demanda calmement Monsieur K ?

- Ils ont tué tout le monde, répondit l’homme dans un sanglot.

- Elaine ?

- La provinciale, une jolie femme ?

- Elle est morte ?

- Non, elle est en sécurité dans la cave.

- Vraiment, en sécurité, demanda Monsieur K, en frissonnant ?

- Je ne sais pas, ils ne sont pas humains : laissez-moi partir !

- Pas tout de suite, répondit monsieur K, je veux le code !

- Laissez-moi partir !

- Soit tu me donnes le code, soit on retourne tous les deux dans l’hôtel !

- 1833. Laissez-moi partir !

Monsieur K n’avait jamais vu un homme courir si vite. Sans perdre son habituel sens de l’humour, il regretta de ne pas avoir de chronomètre, car on venait de pulvériser le record du 100 mètres sous ses yeux !

Monsieur K n’eut aucun mal à trouver l’hôtel, légèrement en retrait de la place.

Aussitôt, il les reconnut : les zombies !

Ces derniers ne lui prêtaient aucune attention, ils fouillaient et refouillaient l’hôtel, piétinant les cadavres du personnel et des clients.

De loin, le doute était permis, mais Monsieur K les avait vu de bien trop près dans le métro.

Le terme Zombies semblait leur convenir, mais on aurait pu les appeler extra -terrestres , ou fantômes. Monsieur K savait que de tels êtres pullulaient dans la matrice, mais ici c’était le monde réel.

Enfin ,il n’en savait rien, il ne savait plus, après tout, il avait bien vu Néo voler dans le ciel, juste au dessus de l’immeuble de son enfance ! Qui avait envoyé Sandra le sauver ? Qui l’avait conduit jusqu’à cet hôtel ?

Philippe n’avait pas de réponse. Il décida de faire le tour de l’hôtel. Par chance, il vit une étroite porte de service, Il essaya le code 1833 : la porte s’ouvrit !

Monsieur K se retrouva dans une cour minuscule. Le soupirail n’était pas fermé , il le souleva, descendit quelques marches et avança dans le sombre couloir des caves. Il repéra la porte blindée, tapa le code et pénétra dans la pièce.

- Ce n’est pas le directeur, s’exclama une fort jolie femme, vêtue à la dernière mode !

- Elaine ?

- C’est moi répondit la jeune femme ?

- Il faut partir, ils arrivent !

- Qui, ils, les terroristes, demanda un voyageur ?

- Non, les zombies.

- Il est fou : ne le suivez pas !

- Elaine, viens avec moi, ils sont après toi, supplia monsieur K.

La jeune femme resta sur le seuil de la porte, indécise...

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maryse
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Par où commencer ? Les débuts gambadant dans la vaste prairie entouré de feu la famille oubliée depuis longtemps ont bien des airs bucoliques très rafraichissants, mais en fin de compte, il n'y a pas grand chose à en dire. C'est chasser et être chassé, vous voyez ça le soir, dans les reportages animaliers, quand il n'y a pas de télé-réalité à regarder, donc vous connaissez.

Quoi qu'être chassé n'a rapidement pas été une crainte pour moi, immortel et invulnérable que je suis. Je suis peut-être la source de toutes les religions, le premier dieu immortel, peut-être, je ne me souviens plus. Fougueuse jeunesse, à être idolâtré et à avoir les plus belles femmes de la tribu, oui je m'en souviens ! Je n'étais pas quelqu'un de raisonnable à cette époque, je dois l'admettre.

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Je suis assis derrière mon bureau, à prendre soigneusement le temps de choisir chacun de mes mots. Je ne suis pas pressé, j'ai le temps. Ce n'est pas tous les jours qu'on écrit son testament, non. Moi, je crois que j'en écris un environ tous les deux siècles.

Je suis riche. Très riche. Forcément. Tout ce temps passé auprès de mes éphémères compagnons, je commence à les connaître. J'ai commencé dieu, j'ai fini milliardaire. C'est une bonne retraite. Surtout quand on est encore jeune.

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Tout cela pour dire que le monde change. Je ne m'en suis pas aperçu au début, parce que j'étais un peu idiot et parce que le changement se faisait lentement, mais le monde change. Et quand je m'en suis aperçu, ce fut une nouvelle naissance !

Comment vous narrer le périple ? Comment, d'une Terre immobile faite de quatre éléments, nous en sommes parvenu à un Univers infini où les atomes se scindent ? Comment des premiers symboles gravés avec difficulté dans la pierre, nous en sommes parvenu aux plus grandes oeuvres de la littérature distribuées dans toutes les bibliothèques ? Comment des nourrissons qui meurent en masse nous en sommes parvenu à des enfants qui grandissent tous, ou presque ? Comment des esclaves par nuées nous en sommes parvenu aux droits de l'homme ?

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Tout le monde a une époque fétiche durant laquelle il aurait aimé vivre. L'Antiquité grecque. La Renaissance. Le Siècle des Lumières. Quelles grandes époques ! Quels grands artistes ! Quels grands penseurs ! Comme j'aurais aimé y vivre ! Mais tout le monde aimerait y vivre comme un citoyen, comme un riche, comme un noble, et oublie les masses illettrées qui souffraient en silence. Vous auriez aimé vivre en esclave, durant l'Antiquité grecque ? Vous auriez pourtant eu plus de chance d'être esclave que riche citoyen et vertueux philosophe. Je vous le dis, vous êtes bien mieux ici, avec vos droits fondamentaux, votre sécurité sociale, et votre retraite financée par l'Etat. Profitez de votre électricité et de votre eau courante, la plupart des hommes n'ont pas eu la chance d'en bénéficier.

Quant à moi, j'attends. Avec le temps, j'ai appris à être patient, à aimer prendre mon temps, à écouter la douce mélodie des secondes qui passent. J'attends pour pouvoir contempler le futur. Quand je pense à lui, je ressens un mélange d'enthousiasme et d'appréhension. Cela me donne des frissons !

Bien sûr, je n'attends pas passivement. Je bouge, je gigote, j'agis autant que je le peux. Ma fortune, en ce moment, je la fais dans les énergies renouvelables, dans l'agriculture bio, dans les technologies de pointe. Une petite partie de mes profits me permettent de me faire ma petite vie douillette, et le reste, je le dédie au soutien des pays défavorisés, ou à la lutte contre la déforestation et contre la disparition des espèces, entre autre.

Parce que s'il y a bien une chose qu'on ne peut pas faire rentrer dans la petite tête de la plupart d'entre vous, c'est que tout est interconnecté, que tout est interdépendant. Vous pensez à trop court terme ! Et en pensant à trop court terme, vous finissez par ne penser qu'à vous-même, par ne voir plus que le bout de votre petit nez. On constate le résultat. C'est normal, quelque part : vous ne vivez pas longtemps, donc vous ne prévoyez pas l'avenir que vous ne verrez pas. Vous répétez « laissons un monde meilleurs à nos enfants », mais vous n'arrivez pas à vous imprégner de tout ce que cela signifie. Il aurait peut-être mieux valu que tout le monde soit immortel.

D'ailleurs, vous en rêvez, d'être immortel. Vous vous répétez que l'immortalité serait un lourd fardeau pour vous rassurer, pour apaiser la peur qui vous tiraille en songeant à votre mort prochaine, mais en vérité, pour la plupart d'entre vous, au fond, vous rêvez d'être immortel. Ce n'est pas pour rien que la plupart des religions promettent aux vertueux un paradis pour l'éternité, ou quelque chose qui y ressemble.

Tenez, regardez, regardez-moi bien, regardez-moi écrire, regardez-moi prendre mon temps sur chacun de mes mots, sur chacune de mes lettres, regardez comme cette phrase est longue, et longue, et dure, et dure, et s'éternise, et gaspille le précieux temps qu'il vous reste avant de mourir.

Tic.

Tac.

Tic.

Tac.

Vous voyez ? Il aurait peut-être mieux valu que vous soyez immortel.

Bon, je ne vous retiens pas plus. Nous avons déjà passé suffisamment de temps ensemble. Je ne lègue rien à personne, puisque je ne suis pas mort, et je vais continuer mon petit bonhomme de chemin, éternel philanthrope qui goûte à la vie à pleine dent. J'abandonne ce petit discours à l'oubli et à la poussière du rayon des oeuvres inconnues. Je doute que cela ait servi à quelque chose, à part à me permettre de tuer le temps, étant donné que ce testament, normalement, ne sera.

Jamais.

Lu.
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