Le Crime Parfait

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En hommage à Boris Vian

«  L’écriture peut-elle viser autre chose qu’une mise au point avec soi, une catharsis, une purification aristotélicienne ? Viscérale, sincère, authentique, la fabrication d’un livre obéit aux lois de la psychologie des profondeurs. » Michel Onfray

The killer awoke before dawn, he put his boots on
He took a face from the ancient gallery
And he walked on down the hall
He went into the room where his sister lived, and...then he
Paid a visit to his brother, and then he
He walked on down the hall, and
And he came to a door...and he looked inside
"Father ?", "yes son", "I want to kill you"
"Mother?...I want to...FUCK YOU

Philippe gara la voiture. La chanson des Doors s'interrompit, brutalement.
Il était temps de revenir à la réalité, mais une voix intérieure lui demanda : Quelle réalité ?
Le grand bâtiment blanc et sale de l’hôpital lui semblait bien réel, mais que dire de ce point rouge incongru ?
En s'approchant, Philippe reconnut un père Noël, suspendu entre le septième et le huitième, un pantin rouge vif, rouge sang.
Quoi de plus normal un 24 Décembre ? Et pourtant, et pourtant...

Soudain, le portable vibra :

«  Philippe ?
- Oui ?
- Où es-tu ?
- Je vais rentrer dans l’hôpital.
- Mon Dieu !
- Sois sans inquiétude !
- Tu te...
- J'ai tout en tête.
- Tu me....
- Oui, je te rappelle quand tout est fini ! « 

Philippe éteignit le portable, prit une profonde inspiration et pénétra dans le hall....

«  Monsieur Who ?
- Oui.
- Monsieur Philippe Who ?
- Lui même !
- J’appelle Séverine. »

Philippe sourit, intérieurement : la petite blonde le regardait avec des yeux ronds, exactement comme si le Père Noël, en personne, venait lui rendre visite !
Il évitait de croiser son regard, se concentrant sur le triste sapin rabougri, censé apporter un peu de réconfort aux patients et aux rares visiteurs.

Séverine arriva. La jeune fille était petite, ronde, grasse, elle portait un chemisier blanc et une jupe bien trop courte.
Elle ne le regardait pas comme le Père Noël, mais comme le messie, en personne !

«  Monsieur Who ?
- Oui.
- Monsieur Philippe Who ?
- Lui même !
- Je m’appelle Séverine.
- Enchanté
- Votre père est au septième.
- Je vous suis « 

Dans l'ascenseur, la brunette dévisageait le quinquagénaire, elle se mordait les lèvres pour ne pas lui poser toutes les questions qu'elle rêvait de lui poser, depuis des mois.
Cette visite changeait tant de choses, il était venu seul, sans prévenir : pourquoi ?

Le vieil homme était assis dans un fauteuil blanc. Ses yeux gris-bleu suivaient, machinalement, la ligne tracée par la guirlande défraîchie qui décorait la pièce.

«  Papa, papa, papa !!!!!! « 

Philippe se jeta au cou du vieil homme, qui le fixa, le regard vide. Philippe le couvrit de caresses et de baisers. L’homme resta impassible.
Le fils fit un pas, en arrière, défait :

«  Il ne me reconnaît pas !
- Il est atteint....
- D’Alzheimer ! Et en tant que médecin vous...
- Je ne suis pas médecin : je suis l'assistante sociale !!! »

Un éclair traversa l'esprit de Philippe : l'assistante sociale !!!!
C’était donc elle !

«  C'est vous qui...
- Oui, j’ai pris contact avec...
- Vous m'avez harcelé !
- Non, vous êtes enfant unique, je n'avais pas le choix.
- Est-ce une raison pour me harceler dans mon travail ?
- C’est le seul contact dont je disposais.
- Je ne vous ai rien demandé : j'avais coupé depuis 20 ans !
- Pourquoi revenir aujourd'hui ?
- Ma cousine, à qui vous voulez donner la tutelle, veut me voler mon héritage !
- Je n'y suis pour rien !
- Tout est de votre faute !!! « 

Séverine regardait l’homme mûr, vaguement inquiète. Il était sur le point d'exploser, elle s'attendait à tout, aux cris, à la colère, voire aux coups, à tout sauf à son «  cadeau de noël « !

Philippe prit la jeune fille par le bras et la fit basculer sur ses genoux.
Lentement, il descendit les collants, la petite culotte de dentelle qu'il mit dans sa poche.
Puis, méticuleusement, il commença à donner une bonne fessée sur les formes rebondies de Séverine.

Surprise, suffoquée la jeune fille n'opposa aucune résistance. La blancheur des fesses fit rapidement place à un joli rose.
Les jambes se mirent à bouger, frénétiquement.
Puis, tout à coup, tout s'arrêta : un masque de douleur parcourut la jeune fille.
De douleur ? Non, de plaisir !
Un puissant orgasme la parcourait : sans le savoir Philippe lui avait donné le plus beau cadeau de Noël de son existence !

«  Embrasse- moi !
Sur la bouche ! « 

Décidément, tout allait de travers. Le regard vide le vieil homme n'avait pas réagi depuis le départ.
L’étrange couple échangea de nombreux baisers, les mains du quinquagénaire s’attardèrent, longtemps, sur la lourde poitrine de Séverine. L'étreinte fut furtive et la jouissance immédiate.

Elle lui sourit :

«  Ta mère t'attend
- Où est-elle ?
- Au dessus, chambre 808.
- Je peux garder ta....
- Il n'y a pas d'âge pour avoir un doudou « 

Philippe sortit de la chambre, son père avait, toujours, un regard vide.
Il songea à Séverine : avait-il gagné ou perdu ce combat ?
Ah les filles !!!

And then he paid a visit to his mother

Lancinante, la musique des Doors ne quittait pas son esprit.
There are things known and things unknown and in between are the doors .

La porte était là, devant lui, et Philippe n'osait pas la franchir. Fébrilement, il chercha l'étrange «  cadeau «  de Séverine et, soudain, le courage revint.

Perplexe, Philippe était perplexe.
Certes, il s'attendait à la débauche d'angelots, de bibelots, de décorations «  kitsch » et au sapin en plastique, saturé de guirlandes.
Mais, il ne s'attendait pas à cette « chose », qu'il devait appeler « mère » !
La vieille femme était maigre, terriblement maigre, décharnée : « tu la fais mourir de chagrin ».

Un serpent, sa peau, son regard, tout évoquait le serpent !

One morning he awoke in a green hotel
With a strange creature groaning beside him
Sweat oozed from its shining skin
Is everybody in? Is everybody in?
Is everybody in?
The ceremony is about to begin

Fuir, fuir, il voulait fuir, et le maigre bout de dentelle dans sa poche ne pouvait guère le retenir !
Non, il fallait un miracle, et le miracle se produisit, il sentit la présence, la douce présence de l’homme en habits rouges.

Alors, il mit les fleurs dans un vase et chanta :

Puis à l'hôpital il vint en courant
Pour offrir les fleurs à sa mère
Mais en le voyant, tout bas une infirmière
Lui dit: Tu n'as plus de maman
Et le gamin s'agenouillant
Dit, devant le petit lit blanc...
C'est aujourd'hui dimanche
Tiens ma jolie maman
Voici des roses blanches
Toi qui les aimais tant!
Et quand tu t'en iras
Au grand jardin, là-bas
Toutes ces roses blanches
Tu les emporteras.

La vieille femme souriait :

«  Ma chanson préférée !
- Tu me reconnais ?
- Une mère reconnaît toujours son enfant...
- Oui, mais papa...
- Ton père est gâteux !
- Oui mais toi...
- Moi je suis un cadavre, qui t'attend depuis trop longtemps !
- 20 ans !
- Non 22 !
- Je ne voulais pas venir !
- Je sais.
- Mais elle....
- Séverine ?
- Elle a tout fait pour me harceler !
- Donne-lui la fessée !
- Elle serait capable d'y prendre plaisir !
- Mais c'est ta cousine qui...
- La tutelle ? Cela ne me dérange pas, mais...
- Mais ?
- C’est quoi cette histoire de société immobilière ?
- Un truc pour te faire venir !
- Me voler mon héritage !
- Tu ne le mérites pas !
- C’est un droit !
- Qu'importe tu es revenu, je te donnerai tout : tu es pardonné !
- Je n'ai pas eu le choix !
- Tu me hais ?
- Je ne sais plus !
- Embrasse-moi !
- Sur la bouche ?
- Philippe !!!
- Je plaisantais, maman ! « 

L’enfant déposa un doux baiser sur le front du serpent. Il la prit dans ses bras.
L’infirmière entra :

«  Elle est fatiguée !
- Je pars !
- Tu reviendras ?
- Oui maman !
- Je t'attendrai..... « 

Vidé, il se dirigea vers sa voiture. Le portable sonna, longtemps :

«  Alors ?
- Tout s'est bien passé !
- Le Vater ?
- Complètement gaga ! Tu as été long à répondre.
- Je lisais l'herbe rouge.
- Oui, bien sûr...
- Et elle ?
- Mon Dieu !
- Tu t'en doutais ?
- Pas à ce point !
- Tu ne me juges pas ?
- J’aurais fait comme toi !
- Merci.
- Au plaisir ! « 

Philippe raccrocha,
Il avait dépensé 50 000 Euros, pour sauver un héritage de 50 000 000 Euros.
Quelle bonne idée de louer ce comédien pour prendre sa place !
Mentalement, il se souhaita un joyeux Noël et remit la musique...

Daddy's flown across the ocean
Leaving just a memory
Snapshot in the family album
Daddy what else did you leave for me?
Daddy, what'd'ja leave behind for me?!?
All in all it was just a brick in the wall.
All in all it was all just bricks in the wall.

Dans son bureau le "vrai" Philippe, ou plutôt le docteur Who sourit. Tout se déroulait comme prévu.

Il avait passé sa journée à l’Élysée. Sans cesse, il avait prévenu le président que le Covid 22 était mille fois plus dangereux que le Covid 19.
Il avait raconté l'histoire de sa patiente, mademoiselle Wang, la call girl chinoise atteinte du sida, qui venait de décéder.

Il n'avait pas dit qu'il l'avait payée pour sortir avec le comédien, le « faux «  Who. L’acteur ne dépasserait pas les fêtes, il économiserait 50 000 Euros, et ferait taire une bouche bavarde. Il lui avait, par précaution, demandé de détruire toutes les preuves de leur contrat.

Ses parents avaient dix jours d'espérance de vie.
L'assistante sociale, par contre, n'était pas prévue. Mais, en cas d'enquête, cette fumeuse aux mœurs légères serait le vecteur idéal de contamination.

Le crime parfait, oui c'était un crime parfait !

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Je la fais courte : si ce testament ne devrait jamais être lu, c'est tout simplement parce que je suis immortel. Voilà, ce sont des choses qui arrivent, comme ça, sans trop savoir pourquoi. Vous ne me croyez pas ? Tant pis, cela m'indiffère, vous pouvez arrêter de lire.

Vous êtes toujours là ? Bien. Je disais donc que je suis immortel. Je ne vous dirai pas mon âge, vous ne sauriez pas l'imaginer. Peut-être que je ne me l'imagine pas moi-même. En fait c'est difficile de calculer, quand on est plus vieux que le plus vieux de tous les calendriers. Bref, je suis toujours là, et pas une ride à l'horizon. Fougueuse jeunesse, ton étreinte ne connait nulle limite !

Par où commencer ? Les débuts gambadant dans la vaste prairie entouré de feu la famille oubliée depuis longtemps ont bien des airs bucoliques très rafraichissants, mais en fin de compte, il n'y a pas grand chose à en dire. C'est chasser et être chassé, vous voyez ça le soir, dans les reportages animaliers, quand il n'y a pas de télé-réalité à regarder, donc vous connaissez.

Quoi qu'être chassé n'a rapidement pas été une crainte pour moi, immortel et invulnérable que je suis. Je suis peut-être la source de toutes les religions, le premier dieu immortel, peut-être, je ne me souviens plus. Fougueuse jeunesse, à être idolâtré et à avoir les plus belles femmes de la tribu, oui je m'en souviens ! Je n'étais pas quelqu'un de raisonnable à cette époque, je dois l'admettre.

Commençons plutôt par la fin, ce sera plus rapide. Enfin, quand je dis « fin », vous me comprenez.

Je suis assis derrière mon bureau, à prendre soigneusement le temps de choisir chacun de mes mots. Je ne suis pas pressé, j'ai le temps. Ce n'est pas tous les jours qu'on écrit son testament, non. Moi, je crois que j'en écris un environ tous les deux siècles.

Je suis riche. Très riche. Forcément. Tout ce temps passé auprès de mes éphémères compagnons, je commence à les connaître. J'ai commencé dieu, j'ai fini milliardaire. C'est une bonne retraite. Surtout quand on est encore jeune.

Je sais, vous imaginez déjà le jacuzzi avec les nanas à poil et le champagne qui coule à flot. Détrompez-vous. Il y a un temps pour tout. J'ai déjà eu ça dans le passé. On s'en lasse. Bon, le jacuzzi et le champagne n'existaient pas à cette époque, mais c'est la même chose.

J'ai une femme. Une. Je pourrais dire une à la fois, mais cela serait méchant pour elles. Je l'ai choisie parce qu'elle a su se faire une place dans les sujets les plus pointus de la connaissance humaine.

Je sais, vous imaginiez aussi l'immortel accablé par son fardeau, à vivre éternellement dans un monde qui n'a plus rien à lui offrir. Je vais vous dire une chose : le monde change.

Je l'ai vécue, cette longue, très longue période d'ennui, où j'ai voulu mourir un millier de fois plutôt qu'une. J'avais tout essayé à l'époque, avec mes quelques compagnons qui connaissaient mon infortune. J'ai brûlé, je me suis noyé, j'ai été écrasé sous une montagne entière. Tenez, par curiosité, quelques millénaires plus tard, j'ai fait un détour au Nouveau-Mexique. Le Projet Manhattan, vous connaissez ? J'avais la bombe, juste là, devant moi. J'avais ma main posée sur elle, quand elle a explosé. Rien. Pas un bobo. Il a juste fallu me décontaminer et me classer secret defense, puis m'oublier quand j'ai disparu dans la nature. Je crois qu'ils n'ont toujours pas compris comment je me suis évadé, pour l'anecdote.

Tout cela pour dire que le monde change. Je ne m'en suis pas aperçu au début, parce que j'étais un peu idiot et parce que le changement se faisait lentement, mais le monde change. Et quand je m'en suis aperçu, ce fut une nouvelle naissance !

Comment vous narrer le périple ? Comment, d'une Terre immobile faite de quatre éléments, nous en sommes parvenu à un Univers infini où les atomes se scindent ? Comment des premiers symboles gravés avec difficulté dans la pierre, nous en sommes parvenu aux plus grandes oeuvres de la littérature distribuées dans toutes les bibliothèques ? Comment des nourrissons qui meurent en masse nous en sommes parvenu à des enfants qui grandissent tous, ou presque ? Comment des esclaves par nuées nous en sommes parvenu aux droits de l'homme ?

Comment ?

J'ai pu le voir, moi, ce périple. Long. Fastidieux. Assailli de toutes part. Il continue encore, et encore il est assailli. Je l'ai aidé quand j'ai pu.

Ah, je suis las, quelque part. S'il y a une chose qui ne change pas, c'est bien que toutes les tentatives de progresser se heurtent à une féroce opposition. On ne veut pas que le monde change. Si le monde change, c'est pour aller de pire en pire. Toute évolution, toute découverte, n'est qu'hérésie. Non, la Terre ne tourne pas, et qu'importe vos arguments. Non, les animaux n'évoluent pas, cela est écrit. Non, il ne faut pas libérer les esclaves, sinon la société s'effondrerait. Tout va de pire en pire, les jeunes ne respectent plus rien.

Tout le monde a une époque fétiche durant laquelle il aurait aimé vivre. L'Antiquité grecque. La Renaissance. Le Siècle des Lumières. Quelles grandes époques ! Quels grands artistes ! Quels grands penseurs ! Comme j'aurais aimé y vivre ! Mais tout le monde aimerait y vivre comme un citoyen, comme un riche, comme un noble, et oublie les masses illettrées qui souffraient en silence. Vous auriez aimé vivre en esclave, durant l'Antiquité grecque ? Vous auriez pourtant eu plus de chance d'être esclave que riche citoyen et vertueux philosophe. Je vous le dis, vous êtes bien mieux ici, avec vos droits fondamentaux, votre sécurité sociale, et votre retraite financée par l'Etat. Profitez de votre électricité et de votre eau courante, la plupart des hommes n'ont pas eu la chance d'en bénéficier.

Quant à moi, j'attends. Avec le temps, j'ai appris à être patient, à aimer prendre mon temps, à écouter la douce mélodie des secondes qui passent. J'attends pour pouvoir contempler le futur. Quand je pense à lui, je ressens un mélange d'enthousiasme et d'appréhension. Cela me donne des frissons !

Bien sûr, je n'attends pas passivement. Je bouge, je gigote, j'agis autant que je le peux. Ma fortune, en ce moment, je la fais dans les énergies renouvelables, dans l'agriculture bio, dans les technologies de pointe. Une petite partie de mes profits me permettent de me faire ma petite vie douillette, et le reste, je le dédie au soutien des pays défavorisés, ou à la lutte contre la déforestation et contre la disparition des espèces, entre autre.

Parce que s'il y a bien une chose qu'on ne peut pas faire rentrer dans la petite tête de la plupart d'entre vous, c'est que tout est interconnecté, que tout est interdépendant. Vous pensez à trop court terme ! Et en pensant à trop court terme, vous finissez par ne penser qu'à vous-même, par ne voir plus que le bout de votre petit nez. On constate le résultat. C'est normal, quelque part : vous ne vivez pas longtemps, donc vous ne prévoyez pas l'avenir que vous ne verrez pas. Vous répétez « laissons un monde meilleurs à nos enfants », mais vous n'arrivez pas à vous imprégner de tout ce que cela signifie. Il aurait peut-être mieux valu que tout le monde soit immortel.

D'ailleurs, vous en rêvez, d'être immortel. Vous vous répétez que l'immortalité serait un lourd fardeau pour vous rassurer, pour apaiser la peur qui vous tiraille en songeant à votre mort prochaine, mais en vérité, pour la plupart d'entre vous, au fond, vous rêvez d'être immortel. Ce n'est pas pour rien que la plupart des religions promettent aux vertueux un paradis pour l'éternité, ou quelque chose qui y ressemble.

Tenez, regardez, regardez-moi bien, regardez-moi écrire, regardez-moi prendre mon temps sur chacun de mes mots, sur chacune de mes lettres, regardez comme cette phrase est longue, et longue, et dure, et dure, et s'éternise, et gaspille le précieux temps qu'il vous reste avant de mourir.

Tic.

Tac.

Tic.

Tac.

Vous voyez ? Il aurait peut-être mieux valu que vous soyez immortel.

Bon, je ne vous retiens pas plus. Nous avons déjà passé suffisamment de temps ensemble. Je ne lègue rien à personne, puisque je ne suis pas mort, et je vais continuer mon petit bonhomme de chemin, éternel philanthrope qui goûte à la vie à pleine dent. J'abandonne ce petit discours à l'oubli et à la poussière du rayon des oeuvres inconnues. Je doute que cela ait servi à quelque chose, à part à me permettre de tuer le temps, étant donné que ce testament, normalement, ne sera.

Jamais.

Lu.
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