Le Noël de Marie

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Marie se regardait dans le miroir.

Et elle aimait ce qu’elle voyait : une belle femme blonde, aux yeux si bleus qu’hommes et femmes la contemplaient, fascinés.
Elle avait la quarantaine élégante, et elle savait que les deux sexes plongeaient, avec dépit ou délectation, dans son profond décolleté.

Ordinairement, elle n’aimait pas ses cheveux, mais la coiffeuse avait fait des miracles. La longue chevelure raide avait laissé place à d’adorables bouclettes blondes.
Son uniforme d’écolière japonaise, dévoilait sa fascination pour l’Orient.
Comme toujours, et ce depuis sa plus tendre enfance, Marie se rassura, en dialoguant avec son miroir.

« Miroir
- Oui, Marie ?
- Miroir suis-je..
- J’adore ta nouvelle coiffure !
- Et mon Cosplay ?
- Tu as quarante ans et tu es
- Une enfant !
- Pour le premier chagrin d’amour, tu prends tous tes médicaments.
- J’ai payé cette erreur chère !
- Deux mois d’hôpital psy.
- Normal, je suis bipolaire !
- Oui c’est la mode.
- J’ai réussi à sauver mon job.
- En couchant avec le boss !
- Je t’ai juste dit que j’avais son numéro de portable.
- J’ai deviné le reste !
- C’est vrai : tu réfléchis !
- Ironie facile.
- Mais maintenant, il est là.
- Le japonais ?
- Mon mari !
- Oui ton jeune mari.
- Joyeux Noël, doux reflet.
- Joyeux Noël, Marie « 




Marie descendit dans le salon. Son cœur battait la chamade, elle avait chaud et, dans le même temps, ses mains étaient glacées.
Car elle savait, ou, plus précisément, son corps sentait qu'il était là !


Jozefu l’attendait, tranquillement assis derrière la table. En ce jour de Noël, elle avait choisi de garder une table « européenne », mais Jozefu, son séduisant époux japonais, avait su la convaincre de lui faire goûter son plat de fêtes !


Il avait préparé un poulet rôti et un Christmas Cake.
Marie adorait l'humour de Jozefu!

Après tout, demander à un beau et jeune japonais de partager son repas de Noël, c’était, traditionnellement, lui demander de s'engager avec elle!
Et le «  Christmas Cake » avait une signification précise : oui, Marie avait, depuis longtemps , dépassé les 25 ans!!

Le poulet était délicieux, Jozefu , dans son kimono, était follement séduisant.
Il lui parlait du Japon, de ce nouveau phénomène : les » évaporés », ces hommes qui du jour au lendemain disparaissaient, sans laisser de trace.

Marie était intriguée, elle connaissait (et appréciait!) la pudeur, la réserve des Japonais « bien nés ».
Étrangement, Jozefu , parlait avec chaleur, voire même émotion , de ces disparitions volontaires, il y avait là une énigme à résoudre!

Mais, pour le moment, elle voulait surtout répondre au gentil « affront » de son mari.
Le champagne, qui accompagnait fort bien le gâteau, lui tournait la tête et lui donna la solution de son problème.

Marie enleva sa chaussure et, malicieusement, entrouvrit le kimono de Jozefu !
Ce dernier choisit d'ignorer la manœuvre, mais ne put longtemps dissimuler l'érection provoquée par le doux passage du pied coquin de Marie.

Il eut un mouvement de recul, quand la belle quadra se leva et s'approcha de lui. Mais il cessa toute résistance, quand elle enleva son collier de jade et lui mit autour du cou....


Chaud, Marie avait chaud.
Le feu crépitait dans la cheminée, elle était blottie contre le doux corps de Jozefu, entièrement nue !
Son beau costume n'était plus qu'un souvenir : son époux l'avait mis en pièces, avant de bouleverser la belle ordonnance de la chaste table du réveillon.

Marie ne pouvait pas vraiment s’asseoir, ses fesses rougies lui faisaient, délicieusement, mal.
Elle se sentait épuisée, Jozefu avait su lui rappeler qu'elle était encore belle et désirable.
Heureuse, elle se tourna vers le grand sapin, saturé de guirlandes et de pliages en origami,
fleurs, étoiles, grues, angelots...


Malicieusement, Jozefu continuait à stimuler l'intimité de Marie qui , honorée comme le temple des ancêtres, avait permis à la belle blonde d'atteindre l 'Iku.
Marie sentit une présence et se leva :

«  Il est là !
- Qui ?
- Le père Noël !
- C’est impossible !
- Il faut réveiller les enfants ! »

Interloqué, Jozefu vit Marie enfiler rapidement une chemise de nuit, puis se précipiter dans la chambre des jumelles.
Elle réveilla, tendrement, les deux asiatiques et voulut les embrasser, mais les deux petites coururent vers le sapin.
Elles ouvrirent les cadeaux soigneusement emballés.
Marie vit briller leurs yeux, quand elles découvrirent les deux smartphones connectables à une manette de PlayStation , la dernier folie high tech au Japon!
Elle embrassa les enfants, et alla se coucher.



Tout était calme, si calme ce matin de Noël, Marie retrouva son miroir :

«  Alors ?
- Je suis heureuse.
- Vraiment ?
- Oui, doux miroir !
- Je ne te comprends pas.
- Je me sens bien.
- Mais comment, peux-tu, autant, te mentir à toi -même ?
- Il fait bien l’amour.
- Marie, reviens sur terre !
- Laisse-moi rêver !
- Tu as caché les médicaments ?
- Tu es désagréable !
- Non, je te connais.
- Cela suffit !
- Mais, tout cela n'est que.. 
- Tais -toi !
- Non, je ne me tairai pas !
- Tu te tairas ! Tu te tairas ! Tu te tairas !!! »



Ivre de colère, Marie martela son reflet. Sous la violence des coups, la belle psyché se brisa.
Le sang de la belle blonde se mit à couler, auréolant d'un rouge vif la facture de la société japonaise de locations d'acteurs. Et, pour la première fois, Marie comprit toute l'ironie de son slogan :
«  Ce n'est pas du tout ce que vous croyez ».

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Je la fais courte : si ce testament ne devrait jamais être lu, c'est tout simplement parce que je suis immortel. Voilà, ce sont des choses qui arrivent, comme ça, sans trop savoir pourquoi. Vous ne me croyez pas ? Tant pis, cela m'indiffère, vous pouvez arrêter de lire.

Vous êtes toujours là ? Bien. Je disais donc que je suis immortel. Je ne vous dirai pas mon âge, vous ne sauriez pas l'imaginer. Peut-être que je ne me l'imagine pas moi-même. En fait c'est difficile de calculer, quand on est plus vieux que le plus vieux de tous les calendriers. Bref, je suis toujours là, et pas une ride à l'horizon. Fougueuse jeunesse, ton étreinte ne connait nulle limite !

Par où commencer ? Les débuts gambadant dans la vaste prairie entouré de feu la famille oubliée depuis longtemps ont bien des airs bucoliques très rafraichissants, mais en fin de compte, il n'y a pas grand chose à en dire. C'est chasser et être chassé, vous voyez ça le soir, dans les reportages animaliers, quand il n'y a pas de télé-réalité à regarder, donc vous connaissez.

Quoi qu'être chassé n'a rapidement pas été une crainte pour moi, immortel et invulnérable que je suis. Je suis peut-être la source de toutes les religions, le premier dieu immortel, peut-être, je ne me souviens plus. Fougueuse jeunesse, à être idolâtré et à avoir les plus belles femmes de la tribu, oui je m'en souviens ! Je n'étais pas quelqu'un de raisonnable à cette époque, je dois l'admettre.

Commençons plutôt par la fin, ce sera plus rapide. Enfin, quand je dis « fin », vous me comprenez.

Je suis assis derrière mon bureau, à prendre soigneusement le temps de choisir chacun de mes mots. Je ne suis pas pressé, j'ai le temps. Ce n'est pas tous les jours qu'on écrit son testament, non. Moi, je crois que j'en écris un environ tous les deux siècles.

Je suis riche. Très riche. Forcément. Tout ce temps passé auprès de mes éphémères compagnons, je commence à les connaître. J'ai commencé dieu, j'ai fini milliardaire. C'est une bonne retraite. Surtout quand on est encore jeune.

Je sais, vous imaginez déjà le jacuzzi avec les nanas à poil et le champagne qui coule à flot. Détrompez-vous. Il y a un temps pour tout. J'ai déjà eu ça dans le passé. On s'en lasse. Bon, le jacuzzi et le champagne n'existaient pas à cette époque, mais c'est la même chose.

J'ai une femme. Une. Je pourrais dire une à la fois, mais cela serait méchant pour elles. Je l'ai choisie parce qu'elle a su se faire une place dans les sujets les plus pointus de la connaissance humaine.

Je sais, vous imaginiez aussi l'immortel accablé par son fardeau, à vivre éternellement dans un monde qui n'a plus rien à lui offrir. Je vais vous dire une chose : le monde change.

Je l'ai vécue, cette longue, très longue période d'ennui, où j'ai voulu mourir un millier de fois plutôt qu'une. J'avais tout essayé à l'époque, avec mes quelques compagnons qui connaissaient mon infortune. J'ai brûlé, je me suis noyé, j'ai été écrasé sous une montagne entière. Tenez, par curiosité, quelques millénaires plus tard, j'ai fait un détour au Nouveau-Mexique. Le Projet Manhattan, vous connaissez ? J'avais la bombe, juste là, devant moi. J'avais ma main posée sur elle, quand elle a explosé. Rien. Pas un bobo. Il a juste fallu me décontaminer et me classer secret defense, puis m'oublier quand j'ai disparu dans la nature. Je crois qu'ils n'ont toujours pas compris comment je me suis évadé, pour l'anecdote.

Tout cela pour dire que le monde change. Je ne m'en suis pas aperçu au début, parce que j'étais un peu idiot et parce que le changement se faisait lentement, mais le monde change. Et quand je m'en suis aperçu, ce fut une nouvelle naissance !

Comment vous narrer le périple ? Comment, d'une Terre immobile faite de quatre éléments, nous en sommes parvenu à un Univers infini où les atomes se scindent ? Comment des premiers symboles gravés avec difficulté dans la pierre, nous en sommes parvenu aux plus grandes oeuvres de la littérature distribuées dans toutes les bibliothèques ? Comment des nourrissons qui meurent en masse nous en sommes parvenu à des enfants qui grandissent tous, ou presque ? Comment des esclaves par nuées nous en sommes parvenu aux droits de l'homme ?

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Ah, je suis las, quelque part. S'il y a une chose qui ne change pas, c'est bien que toutes les tentatives de progresser se heurtent à une féroce opposition. On ne veut pas que le monde change. Si le monde change, c'est pour aller de pire en pire. Toute évolution, toute découverte, n'est qu'hérésie. Non, la Terre ne tourne pas, et qu'importe vos arguments. Non, les animaux n'évoluent pas, cela est écrit. Non, il ne faut pas libérer les esclaves, sinon la société s'effondrerait. Tout va de pire en pire, les jeunes ne respectent plus rien.

Tout le monde a une époque fétiche durant laquelle il aurait aimé vivre. L'Antiquité grecque. La Renaissance. Le Siècle des Lumières. Quelles grandes époques ! Quels grands artistes ! Quels grands penseurs ! Comme j'aurais aimé y vivre ! Mais tout le monde aimerait y vivre comme un citoyen, comme un riche, comme un noble, et oublie les masses illettrées qui souffraient en silence. Vous auriez aimé vivre en esclave, durant l'Antiquité grecque ? Vous auriez pourtant eu plus de chance d'être esclave que riche citoyen et vertueux philosophe. Je vous le dis, vous êtes bien mieux ici, avec vos droits fondamentaux, votre sécurité sociale, et votre retraite financée par l'Etat. Profitez de votre électricité et de votre eau courante, la plupart des hommes n'ont pas eu la chance d'en bénéficier.

Quant à moi, j'attends. Avec le temps, j'ai appris à être patient, à aimer prendre mon temps, à écouter la douce mélodie des secondes qui passent. J'attends pour pouvoir contempler le futur. Quand je pense à lui, je ressens un mélange d'enthousiasme et d'appréhension. Cela me donne des frissons !

Bien sûr, je n'attends pas passivement. Je bouge, je gigote, j'agis autant que je le peux. Ma fortune, en ce moment, je la fais dans les énergies renouvelables, dans l'agriculture bio, dans les technologies de pointe. Une petite partie de mes profits me permettent de me faire ma petite vie douillette, et le reste, je le dédie au soutien des pays défavorisés, ou à la lutte contre la déforestation et contre la disparition des espèces, entre autre.

Parce que s'il y a bien une chose qu'on ne peut pas faire rentrer dans la petite tête de la plupart d'entre vous, c'est que tout est interconnecté, que tout est interdépendant. Vous pensez à trop court terme ! Et en pensant à trop court terme, vous finissez par ne penser qu'à vous-même, par ne voir plus que le bout de votre petit nez. On constate le résultat. C'est normal, quelque part : vous ne vivez pas longtemps, donc vous ne prévoyez pas l'avenir que vous ne verrez pas. Vous répétez « laissons un monde meilleurs à nos enfants », mais vous n'arrivez pas à vous imprégner de tout ce que cela signifie. Il aurait peut-être mieux valu que tout le monde soit immortel.

D'ailleurs, vous en rêvez, d'être immortel. Vous vous répétez que l'immortalité serait un lourd fardeau pour vous rassurer, pour apaiser la peur qui vous tiraille en songeant à votre mort prochaine, mais en vérité, pour la plupart d'entre vous, au fond, vous rêvez d'être immortel. Ce n'est pas pour rien que la plupart des religions promettent aux vertueux un paradis pour l'éternité, ou quelque chose qui y ressemble.

Tenez, regardez, regardez-moi bien, regardez-moi écrire, regardez-moi prendre mon temps sur chacun de mes mots, sur chacune de mes lettres, regardez comme cette phrase est longue, et longue, et dure, et dure, et s'éternise, et gaspille le précieux temps qu'il vous reste avant de mourir.

Tic.

Tac.

Tic.

Tac.

Vous voyez ? Il aurait peut-être mieux valu que vous soyez immortel.

Bon, je ne vous retiens pas plus. Nous avons déjà passé suffisamment de temps ensemble. Je ne lègue rien à personne, puisque je ne suis pas mort, et je vais continuer mon petit bonhomme de chemin, éternel philanthrope qui goûte à la vie à pleine dent. J'abandonne ce petit discours à l'oubli et à la poussière du rayon des oeuvres inconnues. Je doute que cela ait servi à quelque chose, à part à me permettre de tuer le temps, étant donné que ce testament, normalement, ne sera.

Jamais.

Lu.
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