So cold ~ OS.

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Elle tremblait. Un frisson la traversa et tendit ses membres comme un arc. Ses doigts glacés agrippèrent une couverture et l'étendent sur ses jambes. Harmony se recroquevilla et fit disparaître une partie de son visage sous la couverture. La jeune fille, âgée de quatorze ans, était assise dans un grand fauteuil, dans l'un des nombreux salons d'Everglen, dans l'aile gauche. Le dossier était si grand que l'on aurait dit un trône. Oui, il était dit chez beaucoup de monde que les Shacklebolt ont du sang royal dans les veines. Une rumeur issue d'une simple déformation d'un surnom de Kingsley pendant la guerre, Royal. En vérité, les Shacklebolt eux-mêmes ignoraient si c'est vrai ou non. Ca aurait pu l'être. Avant, ça l'était. Avant, sa famille était son royaume. Le manoir d'Everglen faisait office de palais. Kingsley était le roi. Rose était la reine. Melody et Harmony étaient les deux princesses. Mais leur royaume s'était effondré, leurs couronnes de papier étaient redevenues ce qu'elles étaient lorsque des yeux d'enfant ne les transformaient pas. Et ce fauteuil aux allures de trône, sur lequel était sagement assise la cadette des deux soeurs, lui rappelait tout ce qu'elle avait perdu.

Sa famille s'était brisée, son royaume imaginaire s'était réduit à des cendres fumantes, aujourd'hui glacées.

Son palais n'était plus animé d'aucune sorte. Le manoir que les deux jeunes soeurs aimaient explorer, les escaliers qu'elles avaient dévalés en riant, les couloirs et pièces qui avaient abrités leurs jeux intarissables n'était plus qu'un tas de pierre, de béton et de magie, autrefois gardien d'un foyer. Désormais, gardien des souvenirs.

Sa reine avait disparu. Sa présence s'était retirée brusquement, comme un courant d'air éteint une flamme. La lumière et la chaleur avaient quitté Everglen. Même si la température était correcte, car les Shacklebolt avaient les moyens de chauffer tout le manoir, il arrivait parfois à Harmony de soudain trembler de froid. Comme si le fantôme de sa mère se trouvait à proximité. Comme si son image se reflétait encore dans les miroirs... comme si son rire résonnait encore, montant jusqu'aux lustres de cristal... comme si son esprit embaumait encore chaque endroit d'Everglen. C'était pour ça que Melody détestait le manoir, et qu'Harmony l'adorait. Oui, elle adorait chaque parcelle de sa maison, car dans chaque partie se cachaient des souvenirs. La jeune fille chérissait les souvenirs, au contraire de sa soeur qui les fuyait. Les souvenirs la réchauffaient de l'intérieur. Les souvenirs étaient tout ce qui lui restait, avec Kingsley et Melody.

Son roi était brisé, lui aussi. Kingsley essayait de faire au mieux pour oublier, avancer, aider ses deux filles à être heureuses. Harmony réussissait, souvent. Ou du moins, elle réussissait à paraître. C'était simple de sourire et de rire, de jouer aux échecs avec lui, de profiter du temps passé avec son père. Harmony s'oubliait, son attention entièrement dirigée vers son père. Elle se voulait le reflet de ce qu'il souhaitait le plus voir. Kingsley la voulait heureuse, donc elle le serait.

Melody, par contre... Il était impossible de savoir ce qu'elle ressentait. En règle générale, c'était un bloc de pierre glacé, sans émotions, dure, froide et méprisante envers tout le monde. Par moments, la colère fissurait son masque de fer. Harmony le sentait : sa grande soeur était en colère contre tout le monde, et contre elle-même également. Harmony l'était aussi parfois. Mais bien vite, la compassion venait apaiser l'hémorragie de son coeur. Melody, elle, n'avait aucune compassion pour personne. Elle était glaciale, mesquine, sarcastique, cynique et parfois gratuitement méchante. Comme si elle aimait infliger de la douleur à ce monde qui lui avait tout pris.

Harmony avait tenté d'aider sa soeur, Merlin sait combien de fois. Aider les autres l'aidait à aller mieux. Elle voulait être cette fille qui changeait la vie des gens, qui apaisait la douleur. Elle voulait être cette fille, celle qu'elle aurait voulu voir débarquer dans sa vie à la mort de sa mère. Celle qui ramène le soleil. La chaleur.

Mais aucune de ses tentatives n'avait abouti. Harmony avait tenté de passer du temps avec Melody, de lui demander de jouer avec elle... Mais elle se faisait à chaque fois repousser avec tant de brutalité et de froideur qu'un beau jour, la jeune fille ne tenta plus rien. Ce n'était pas la peine. Les mots de Melody étaient durs, acédés, aussi froids et tranchants que la lame d'un couteau. Et ils la blessaient - tellement. Harmony ne savait pas si elle avait le tempérament de battant de son père. La plupart du temps, elle était juste fatiguée. Fatiguée de tenter de ranimer la flamme alors que sa soeur faisait figure de dioxyde de carbone, qui l'en empêchait. Fatiguée d'essayer de ramener la vie alors que le coeur du manoir s'était arrêté avec celui de sa mère. Fatiguée d'essayer de tout arranger, de courir partout pour faire rire, réparer les coeurs, apaiser les âmes et rallumer les étoiles. Epuisée de parler à des murs, d'être seule, toujours seule, et de tenter de ramener à sa vie, en aidant ses proches, un sentiment de complétitude qu'elle n'avait plus ressenti depuis des années.

Soudain, une voix jaillit de nulle part, et croassa :

- Miss Shacklebolt, descendez s'il-vous-plaît. Le dîner est servi dans la deuxième salle à manger du premier étage.

Rebecca Peters, la gouvernante que son père engageait lorsqu'il était en voyage d'affaires (c'est-à-dire presque tout le temps), utilisait la magie pour les appeler, car le manoir était bien trop grand. A Everglen, la magie régnait partout. Harmony n'avait pas sursauté à son appel si brusque, comme en transe. La jeune fille secoua la tête, s'extirpa à grand peine de sa couverture et fut saisie par le froid environnant. Ou peut-être était-ce simplement le froid qui s'insinuait à travers les fentes de son coeur brisé.

Finalement, Harmony prit la couverture, l'enroula autour de ses épaules et la laissa tomber jusqu'à ses genoux. Elle souleva un tapis et lui donna un petit coup, comme si elle frappait à une porte. Le tapis se souleva immédiatement, et la jeune fille grimpa dessus. Traverser un aussi grand manoir n'était pas aisé. Kingsley avait installé un réseau de cheminées indépendant, mais Harmony préférait quand même le tapis volant. Il était très populaire en Asie, là où les sorciers le préféraient au balai. C'était pour cela que les sorciers asiatiques n'étaient pas très fans de Quidditch. En tout cas, ce moyen de transport était génial aux yeux de la jeune sorcière. Elle traversa les longs couloirs, semés de portraits, tapisseries, lustres et tapis non magiques, et fit piler le tapis volant peu avant d'arriver dans la salle à manger citée. Harmony était déjà venue directement s'asseoir avec Peters et Melody avec le tapis, et s'était attiré les foudres de la gouvernante. Elle se fichait de cette vieille coincée, mais elle ne voulait pas qu'elle en parle à son père et qu'il se fasse du souci.

La salle à manger numéro deux du deuxième étage d'Everglen était une pièce relativement petite pour le manoir, avec des murs gris pâle, un magnifique lustre suspendu au plafond rouge foncé et un sol en bois. Un souffle d'air froid accueillit Harmony, qui frissonna malgré sa couverture. Melody était déjà assise à la droite de Mrs Peters. La gouvernante était une femme très maigre, aux yeux noir d'encre et aux cheveux d'un blond très pâle. Cette combinaison lui allait mal. Elle n'était pas très jolie. Harmony ne s'arrêtait jamais aux apparences, contrairement à sa soeur, mais Mrs Peters n'était pas non plus gentille, alors elle avait laissé tomber l'idée de l'apprécier. Harmony se montrait néanmoins polie à son égard. La gouvernante, elle, préférait largement Melody et ses allures royales, à sa soeur cadette et ses vêtements et goûts moldus. Peters l'accueillit froidement, et c'était le cas de le dire :

- Vous avez encore froid ? aboya-t-elle. Il fait vingt degrés dans cette pièce !

Que répondre ? Harmony haussa les épaules et s'assit à la gauche de Mrs Peters, en face de Melody. Comme à chaque fois qu'elle voyait sa soeur, un poids glissait sur son coeur et elle avait l'impression de couler dans l'océan. Sa grande soeur était magnifique, avec ses longs cheveux bruns parfaitement coiffés, son teint de porcelaine, ses formes développées et mises en valeur par ses vêtements. Mais ce qui frappait le plus, au-delà de la beauté et de l'arrogance que dégageait Melody, c'était la froideur et la dureté de son regard. Le gris tendre de Rose, dont elle avait hérité, prenait la couleur de l'acier dans ses yeux. Et ils se posèrent sur Harmony avec indifférence. L'adolescente n'eut aucune réaction, soutenant son regard un temps puis baissant la tête pour observer son assiette. Le repas se constituait de viande d'agneau, accompagnée de patates douces à la couleur orangée, et de riz semé de filets de légumes.

- Remercions Merlin pour ce repas, dit Mrs Peters.

Le visage de Melody aborda une expression de mépris. Harmony, elle, respectait les croyances des autres, même si Merlin n'était qu'une légende pour elle. On le prétendait si bon ; s'il existait vraiment, il n'aurait pas laissé mourir leur mère sous les roues de ce camion.

Les mains glacées et ridées de Mrs Peters se refermèrent sur celles, encore jeunes, de Melody et Harmony. Elles se raidirent toutes les deux, et Melody sembla à deux doigts de lâcher un rire sarcastique, mais elle se retint. Harmony ne s'expliquait pas le tact de sa soeur à l'égard de Mrs Peters, qu'elle détestait pourtant. Peut-être que Melody avait juste envie de rester sa Shacklebolt préférée pour faire du tort à Harmony. De toute façon, la jeune sorcière ne comprenait plus son aînée... du tout.

La gouvernante psalmodia une prière que Melody grogna, et qu'Harmony répéta clairement. Puis, Peters les lâcha, et Melody s'essuya à la nappe. Harmony ne sut pourquoi, mais cela le fit sourire, un bref sourire sur ses lèvres gercées. Puis, elles commencèrent à manger après s'être souhaité un bon appétit hypocrite, les deux soeurs ne s'étant même pas regardées. Après le repas, Peters débarrassa d'un claquement de doigts et des domestiques apportèrent la tarte à la mélasse. Harmony les remercia avec chaleur.

- Ne soyez pas ridicule, ils ne font que leur travail, cingla Mrs Peters avec un air moqueur.

- Désolée, répondit Harmony aussi aimablement que possible. Je ne savais pas qu'il étai condamnable d'être polie.

- Quand on ne sait pas, on se tait.

La jeune fille bouillonnait de colère, mais la géra du mieux qu'elle le pouvait. Elle empoigna sa fourchette en l'imaginant plantée dans l'oeil de Peters, et imita Melody qui avait déjà commencé à manger avec la grâce et l'air flegmatique célèbre chez les Britanniques. Les domestiques revinrent pour débarrasser, et Harmony les remercia une fois de plus, s'attirant le regard glacial de la gouvernante. Elle ne cesserait pas d'être gentille pour les beaux yeux (qui ne l'étaient même pas) de Mrs Peters. Elle ferait ce qui est juste. Les domestiques lui sourirent, et retournèrent en cuisine avec les plats vides, qu'ils faisaient léviter par magie. Mrs Peters régissait la vie des domestiques à Everglen, et ils ne faisaient pas long feu. Rien n'était assez beau pour les filles du Ministre, du point de vue de la vieille femme, sauf elle-même bien entendu. Harmony n'avait donc pas l'occasion de tisser des liens autres que cordiaux avec les membres du personnel, car ils changeaient presque tous les deux mois.

- Puis-je me lever de table ?

C'était Melody qui avait parlé. Mrs Peters, charmée par son ton si courtois, lui accorda cette liberté, et lança un regard à Harmony qui signifiait "dégage, toi aussi". Les deux brunes se levèrent de table en même temps, et sortirent de la salle côte à côte, mais le plus éloignées possible l'une de l'autre. Mrs Peters sortit son tricot magique et alla le finir au coin du feu du salon le plus proche. Harmony reprit son tapis volant, et monta dessus, sans cependant lui donner d'ordre. Ses yeux noisette étaient fixés sur Melody, et emplis d'une immense tristesse. Fut un temps où elles remontaient ensemble après le repas, dans une même pièce, pour jouer et rire. Fut un temps où elles dévalaient les escaliers et couraient dans les couloirs, où le manoir d'Everglen était pour les deux fillettes qu'elles étaient un immense terrain de jeux. Fut un temps où elles n'étaient pas des inconnues qui partageaient une maison et deux parents, mais deux soeurs.

Quelque chose déborda du coeur d'Harmony, quelque chose de brûlant, qui lui piqua les yeux pendant une seconde. Elle se tourna vers sa soeur, qui commençait déjà à monter les escaliers. Melody était si belle et gracieuse, avec sa démarche confiante, comme si elle conquérissait un empire à chaque pas.

- Melody...?

Quelle était cette folie ? Pourquoi avait-elle dit cela ? Pourquoi avait-elle établi un contact ? Pourquoi le flocon de neige s'était-il dirigé vers la flamme ?

- Melody ?

Peut-être parce que le lendemain, ce serait Noël. Parce qu'aujourd'hui, cela faisait sept ans que la famille Shacklebolt, unie et joyeuse, avait fait une bataille de boules de neige dans le jardin. Le dernier souvenir qu'Harmony gardait de sa famille telle qu'elle était avec leur mère était celui-ci. Sans qu'elle le sache, c'était aussi celui de Melody. Sa soeur s'était immobilisée sur les escaliers, et se retourna. Ses yeux gris se posèrent sur Melody, froids, dénués d'émotions, à par peut-être l'étonnement d'être interpellée par sa soeur.

- Quoi ?

Harmony garda le silence quelques secondes. Elle n'avait pas prévu ce qu'elle allait dire ensuite. La jeune fille écouta donc son coeur, trouva la force de sourire maladroitement à son aînée et de demander, très hésitante :

- On... On joue aux échecs ?

Elle ne se faisait pas d'illusions, sachant très bien que sa soeur refuserait. Mais ce qu'Harmony ignorait, c'était le tempête d'émotions que ses mots avaient déchaînés en Melody. Qu'elle lui demande de jouer avec elle, comme avant, quand rien n'était encore brisé, après des années sans plus rien tenter, bouleversait la jeune femme. Quelque chose apparut alors tout au fond de son regard dur. Harmony l'aperçut, et pour la première fois depuis longtemps, elle n'eut plus froid. L'espoir vint la réchauffer. Ce quelque chose, cette étincelle dans les yeux de sa soeur, lui apparaissait comme une promesse.

Mais l'éclat disparut. Melody fusilla sa petite soeur du regard, comme si elle venait de l'insulter.

- Non. J'ai mieux à faire que de jouer avec une gamine.

L'espoir disparut en Harmony. Son visage s'assombrit, son sourire quitta ses traits encore enfantins. Elle ignorait pourquoi elle s'obstinait ainsi. A chaque fois qu'elle ouvrait son coeur à quelqu'un, il était brisé. Alors pourquoi continuait-elle ? Qu'est-ce-qui faisait qu'elle n'avait pas laissé tomber, comme Melody, qu'elle ne vivait pas comme une machine ?

Harmony voulait faire honneur à leur mère. Elle voulait continuer à vivre et à aimer de façon inconditionnelle, comme Rose. Elle voulait aider les gens, régler les problèmes, réparer les âmes et réchauffer les coeurs, comme Rose. C'était ce que sa mère aurait voulu, même si les derniers mots qu'elle avait eus envers sa plus jeune fille lui expliquaient ce qu'était le pole dance.

- On a un an de différence, Melody, riposta Harmony qui tentait d'être sèche. Et qu'est-ce-que tu as à faire de si important ? Compter le nombre de pièces du manoir ?

Elles avaient déjà fait ça ensemble, quand elles avaient six et cinq ans et qu'elles venaient tout juste d'apprendre à compter. Cela leur avait pris une semaine.

- Par pitié, Harmony, laisse le sarcasme aux pros. Tu ne réussiras qu'à te rendre ridicule, cracha Melody, la voix soulevée d'un rire chargé de mépris.

- Je ne vois aucun intérêt à se prétendre exceptionnel juste parce qu'on maîtrise une forme d'humour idiote qui consiste à faire du mal aux autres !

- Je te conseille de rédiger tes revendications sur un parchemin, puis de l'envoyer au Ministère du Sarcasme. Ou bien de le rouler et de te le fourrer où je pense. Comme ce sont sûrement des idées de merde, je vois bien la deuxième proposition...

Harmony resta interloquée. Elle se sentait épuisée, comme si elle venait de courir. Sa gorge la brûlait. Melody, elle, laissa un sourire perfide se dessiner sur ses lèvres. Elle avait réussi à étonner sa soeur, et à présent, elle allait lui porter le coup de grâce.

- Fais-moi plaisir, retourne dans ta chambre et joue avec tes amis imaginaires. Là, au moins, tu aurais une chance de gagner.

- Je me suis beaucoup améliorée depuis le temps, rétorqua Harmony.

- Ca ne m'intéresse plus, Harmony. Tu ne m'intéresses plus, martela Melody avec une satisfaction cruelle. A ses yeux, elle punissait sa soeur cadette de tous ses actes de trahison envers Rose, comme le fait de continuer à aimer les Moldus qui l'avaient tuée.

Harmony garda le silence. Et tout doucement, elle se sentit trembler. Elle sentit son coeur se glacer. Elle ne vit pas Melody tourner les talons et gravir les escaliers à une allure contrôlée, royale, avant de tourner dans un couloir un peu plus haut. Elle ne sentit pas ses larmes couler, ni son corps trembler de plus belle. La jeune fille passa une main sur son visage, et en sentant les larmes couler de plus belle, se prit la tête entre les mains. Sa soeur avait raison. Tout le monde la croyait forte et solide, bien dans ses baskets, mais la vérité, c'est qu'elle était vulnérable, faible, désarmée, à la merci d'une simple petite phrase : "Tu ne m'intéresses plus."

Elle n'avait plus envie de pleurer. Elle ne voulait plus de cette faiblesse, de cette peur du lendemain chevillée au coeur. Elle ne voulait plus de ce poison et de ces tourments. Elle ne voulait plus de ces souvenirs, de ces sentiments. Sa mère disait que la douleur rendait humain, eh bien, Harmony ne voulait plus être humaine. Elle voulait être comme Melody, glaciale, insensible, dure et méchante, un menhir incassable et tranchant que rien ni personne ne peut toucher sans se faire mal. A partir de maintenant, Harmony Shacklebolt ne serait plus cette fille au coeur trop grand, trop tendre. Elle serait méchante, elle serait toxique, elle serait...

Le regard noisette de la jeune fille, toujours embué de larmes, se posa sur un cadre photo posé sur un luxueux meuble en bois sombre, juste en face des escaliers. Dans un petit cadre, la photo de sa mère la regardait, avec un air si doux, si pur, qu'Harmony ne put résister à l'envie de s'approcher d'elle. Rose la regarda approcher avec un sourire grandissant. Cette image aurait dû la rendre triste, mais ça la réchauffait imperceptiblement. Ses mains glacées entourèrent le cadre photo, le soulevant à hauteur d'yeux.

- Je ne sais plus quoi faire, hoqueta Harmony, secouée de sanglots. Dis-moi quoi faire, maman, je ne sais plus, je ne sais plus ce que je dois faire.

La voix de Rose, peinte à l'état de souvenir, lui répondit alors :

- Mon coeur, avoir bon coeur dans un monde si cruel n'est pas une faiblesse. Au contraire, il s'agit de courage. Sois courageuse, Harmony. Je t'aime.

Harmony regarda silencieusement sa mère lui sourire, des larmes coulant toujours silencieusement sur ses joues. Elle ne pouvait les arrêter et quelque part, elle n'en avait pas envie. Pleurer était peut-être une faiblesse, ou bien cela ne l'était pas, ou bien était-ce une force ? La jeune fille ne savait plus, et à la limite, elle s'en fichait.

Cela ferait sept ans en avril que Rose les avait quittés. Bientôt, Melody et Harmony auraient passé plus de temps sans elle qu'avec elle. Voilà pourquoi la plus jeune des Shacklebolt ne pouvait pas devenir un monstre sans coeur : tout simplement parce que dans son coeur, dormait le souvenir de sa mère, doux et réconfortant comme du chocolat chaud. Et de cette façon, Harmony la gardait en vie.

Oh, you can't hear me cry

See my dreams all die

From where you standing on your own

It's so quite here

And I feel so cold

This house no longer feels like home

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