Chapitre 25.5

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Teutatès secoua la tête.

— Héra ? Elle ne faisait rien sans passer par Chronos, certes, mais on ne pouvait pas dire que c’était réciproque. Croyez-moi, elle avait bien autre chose à faire qu’à se venger de Baal. Les Primordiaux et les Seconds avaient des problèmes plus importants à régler à cette époque. Certains d’entre nous s’en souviennent encore.

— Je n’ai pas entendu la même histoire, mais admettons, dit Métis. Si elle n'y était pour rien dans la première condamnation de Baal et dans l’exécution de sa peine chez Cottos, pourquoi n’est-elle pas intervenue à son égard ? Baal l’Ancien et elle entretenaient des liens très étroits, non ?

— C'est certain, ils étaient amants, lâcha Amaterasu.

— Et toi, tu tenais la lanterne ? répliqua aussitôt Divona qui n'aurait raté, pour rien dans l'univers connu, une nouvelle occasion de la tacler.

Amaterasu eut une sorte de sifflement menaçant à son égard.

Teutatès attendit que la tension redescende de plusieurs crans pour répondre à Métis. Autant dire que cela dura quelques longues minutes. Personne n'eut le courage de les raccourcir.

— Si les morts pouvaient agir, peut-être l’aurait-elle fait, ou pas. En ce qui la concernait, sa mort en valait bien une autre. Lorsqu’on vit dangereusement, il faut s’attendre à mourir de la même manière. Tous dieux que nous sommes.

— Tu as l’air d’en savoir beaucoup au sujet de Héra, Teutatès, fit Metis, maligne.

— Héra est morte ? s’étonna Boann. Quand est-elle morte ?

Ce fut Horus qui répondit.

— Avant le retrait des Aînés, et des Drægans'Elt, leurs alliés, Boann. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles ils se sont retirés alors que la bataille aurait tout aussi bien pu tourner en leur faveur qu’en la nôtre. Nous ne savons rien de plus sur son décès. Les derniers Aînés avec lesquels nous avons eu des contacts se sont toujours montrés discrets sur le sujet. Mais il serait question d’une vengeance. Et devinez qui en serait l’auteur ?

— Est-on certain qu’elle soit morte ? insista Boann. Peut-être était-ce le cas de son hôte, mais elle ? Qui te l’a dit ?

— Quelqu’un qui l’a su de la bouche de Chronos, répondit Teutatès avant que Horus ait à répondre lui-même.

— Chronos ou Cronos ? voulut savoir Ishkur.

— Inutile de le consigner, lui répondit Rhadamanthe. C’est juste une parenthèse.

— D'autant que certain d'entre nous, ne font pas la différence, fit Freyr.

— Et comme ils sont portés disparus, présumés morts, nous n'en avons plus grand-chose à faire, ajouta Derceto.

Ishkur soupira en songeant qu’il y en avait déjà beaucoup des parenthèses dans son rapport, et qu’il s’était donné beaucoup de peine pour les retranscrire au mot près. Alors une de plus...

— Tu l’as cru ? demanda Erra.

— Quelle raison aurait-il eu de mentir ?

La réponse apparut clairement dans leurs esprits. Chronos n'avait jamais été un Drægan des plus fiables. Pas plus que Cronos.

— Cette histoire est arrivée, il y a plus de deux millénaires, maugréa Divona. Elle peut bien encore attendre quelques mois ou années de plus pour qu’on essaie de résoudre cette énigme. Il me semble que nous avons d’autres urgences à gérer dans l’immédiat.

Amaterasu s'efforçait à rester calme. En son for intérieur, elle se disait que ces histoires vieilles de plusieurs millénaires, ou même seulement de quelques siècles auraient dû être réglées depuis longtemps, et définitivement. Il ne devrait plus du tout en être question. En plus de cela, ces satanés Grands Chanceliers parlaient de survivre tant bien que mal, voire de se sacrifier en attendant patiemment l’ennemi, pourvu qu’un seul d’entre eux, un banni, un exilé, un déporté, survive à l’anéantissement total. Ils lui prévoyaient même des alliés sur lesquels il pouvait compter, d’après ce qu’elle avait compris. Pourquoi ?

Pourquoi lui, précisément ?

Et surtout, comment aurait-il plus de chance de survie que les autres… ou elle-même ?

— Pourquoi, n’aurions-nous pas les mêmes chances de survie que lui ? demanda soudain Ishkur dans le silence qui venait de s’installer.

Amaterasu se demanda s’il n’avait pas lu dans ses pensées.

Non, c’était impossible. Aucun Drægan n’avait encore possédé un tel pouvoir. Pas même Circé. Toutefois, elle ne put s’empêcher d’être suspicieuse à l’égard d’Ishkur.

D’un autre côté, n’importe qui pouvait en arriver à ce raisonnement. Mais, à part lui et elle, qui d’autre dans cette assemblée avait pu avoir le même cheminement de pensée ? Personne. Ishkur donnait l’impression d’avoir émis une réflexion très personnelle.

Au bout d'un moment, Erra émit tout de même son opinion :

— Pour ma part, je refuse de me soumettre à une décision arbitraire alors qu’il serait tellement plus simple de faire avouer à Baal tout ce que nous avons besoin de savoir par n’importe quel moyen. Nous pourrons alors nous rendre compte, par nous-mêmes, de l’utilité de ces informations et organiser notre protection. Vous n’avez aucune idée de l’ennemi contre lequel nous allons devoir lutter. Mais si, lui, il le sait, je vous jure que je le lui arracherai de la gorge de mes propres mains.

Horus éclata de rire. Un rire qui n’avait rien de joyeux. Il était même plutôt du genre à les glacer sur place…

— Même sous la torture, il ne dira rien. Il préférera mourir, j’en suis certain. Crois-tu pouvoir faire mieux que Cottos en son temps ? Je pensais, Erra, que tu étais un quelqu’un d’intelligent.

— Je me plais effectivement à le penser.

— Et tu es persuadé que la vérité naît de la torture ? s’étonna Damona.

Erra n’apprécia pas la claque. Il aurait pu riposter, il s’en garda bien. Il avait bien remarqué l’intérêt d’Apollon à l’encontre de la douce déesse. Une douce vengeance lui vint à l'esprit.

Esmelia fut saisie d’un vertige. Sa vision se troubla. Elle avait soudain beaucoup de mal à se concentrer.

— Nous pourrions porter la question au vote, suggéra Amaterasu.

Évidemment, tout le clan d’Erra fit bloc derrière elle.

Esmelia eut l’impression d’entendre les dernières paroles d’Amaterasu se répéter à l’infini dans son esprit. Elle chercha à reprendre le fil de son rêve mais celui-ci se dérobait, se délitait… Elle sentait plus qu’elle ne la voyait l’obscurité se refermer autour d’elle, sur elle, silencieuse, dangereuse et surtout attirante comme un appel.

ILS la cherchaient par-delà cette obscurité… ILS étaient à la fois si proches et si loin… Elle les voyait malgré l'obscurité qui l'enveloppait... ILS étaient ses semblables, autrefois. ILS étaient passés de la lumière à l’obscurité. ILS ne la voyaient pas, contrairement à elle, et pourtant, ILS la sentaient. ILS l’appelaient pour l'attirer dans leurs ténèbres. Bientôt, elle LES rejoindrait. Elle vit aussi 'Cian... Il était éveillé, comme elle, mais inconscient de la présence des AUTRES. Il était là où il devait être, attendant le moment venu pour agir. Le savoir lui apporta le réconfort et la force de ne pas céder à l'appel. Elle avait encore tant à faire, tant à apprendre...

Le temps pressait.

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