Chapitre 10.1

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Et s'il tentait de percer ses pensées, qu’y découvrirait-il ? Quelque chose qu’elle ne souhaitait pas ?

Elle se sentait de moins en moins à son aise, et il le savait.

Le chat jouait avec la souris.

Pourquoi s’inquiétait-elle ? Peut-être s’interrogeait-il sans pour autant se douter de quoi que ce soit à son sujet.

Son regard sembla se moquer d’elle.

Ce fut bref, mais elle était certaine de l’avoir vu.

— Dites, on n’est plus sur la Terre, n’est-ce pas ? se risqua-t-elle à lui demander, histoire d’établir un contact d’apparence innocent.

Elle avait parlé dans la langue qu’il avait utilisée avec le scientifique. Elle aurait aussi pu décliner l’identité qu’elle avait utilisée à l’AMSEVE. Elle n’en voyait pas l’intérêt. En fait, elle ne savait pas encore sous quelle identité elle se présenterait. C’était déjà une chance inestimable de l’avoir trouvé.

Après l’avoir entendue, il ne pouvait plus avoir le moindre doute sur ses origines.

S’il en fut surpris, il ne le montra pas. Il sembla seulement trouver la question amusante ou bizarre, car un semblant de sourire étira ses lèvres. Rien de plus.

Sans répondre à sa question, il se détourna d’elle, et rejoignit le marchand d’esclaves. Ils discutèrent à voix basse.

Elle faillit sursauter lorsque Belle Gueule II apparut à côté d’elle et la saisit par le bras, sans brutalité. Elle sentit la froideur de sa peau. Ce type n’avait pas seulement un physique vaguement apparenté à un reptile…

Il la conduisit auprès du scientifique de l’AMSEVE.

Elle vit alors Belle Gueule I monter sur l’estrade un billot sous le bras. Un instant, elle pensa qu'une tête allait tomber. En l'occurrence, la sienne.

Il le posa à côté de MacAsgaill qui, surpris, s’était levé et écarté aussi promptement que le trésorier lorsqu’il avait vu arriver le Drægan sur lui.

Contrairement à lui, l’Écossais ne fut pas assez vif pour empêcher l’étrange créature de détendre un long et large bras musculeux à la peau bleu-vert dans sa direction.

Trois doigts filiformes s’enroulèrent autour de son cou.

BGI le força ainsi à se rasseoir.

Lorsqu’il fut certain que l’humain ne bougerait plus de sa place, il le libéra.

Esmelia avait observé la scène de manière totalement détachée. Du coin de l’œil, assise sur le billot, elle vit le scientifique se masser la gorge. Son visage, si pâle lorsqu’elle l’avait aperçu la première fois, était maintenant congestionné.

— Ça va ? lui demanda-t-elle.

Oubliant ce qu’il venait de subir durant quelques instants, il sembla soulagé d’avoir une compagnie humaine. D’autant qu’ils allaient sûrement devoir rester assis côte à côte pendant un long moment.

Surtout si le troisième intervenant était bien décidé à jouer les trouble-fêtes.

Elle s’étonnait qu’il ne se soit pas encore montré. D’après la réaction du Drægan, il ne faisait pas partie de son cercle d’amis.

Le scientifique se pencha vers elle :

— Vous semblez ne pas savoir où vous vous trouvez ?

Elle répondit de la même manière :

— Je vous le confirme.

Un pieu mensonge, songea-t-elle à peine.

— Et vous ? Vous n’avez pas l’air d’être du coin non plus.

— Pas vraiment. Mais comment… Enfin, je... Je suis sur cette planète depuis assez longtemps pour pouvoir dire que, d’ordinaire, les gens… les individus qui viennent sur ce marché le font de manière consentante.

— Vous connaissez beaucoup d’esclaves consentants ? Dites-moi si je me trompe, mais j’ai l’impression que votre situation n’est guère plus enviable que la mienne.

— Ce n’est rien de le dire, soupira-t-il. Mais pour en venir à ce qui se passe ici, c’est tout, sauf un marché aux esclaves.

— Vous plaisantez. Tout à l’heure, il y a un type qui m’a présentée comme il aurait présenté sa vache à la foire devant des individus qui sont prêts à payer pour l’avoir, pour m’avoir. Vous appelez ça comment ?

— Vu sous l’angle terrien, cela a tout d’une vente d’esclaves, je le reconnais. Mais nous ne sommes pas sur la Terre. Les choses, ici, sont… Différentes.

— Un chat est un chat pour autant que je sache.

— Vous savez que la moitié de la somme d’acquisition va à celui qui a été acquis ? Il travaillera ensuite pour son acquéreur tout en étant nourrit et logé. Il aura peut-être droit à des vêtements, notamment s’il doit porter un uniforme et, s’il le souhaite, il pourra apprendre de nouvelles compétences.

Il tourna la tête en direction d’une créature qui discutait avec son nouveau maître.

— Les plus chanceux épouseront leur maître. Les autres repartiront riches d’une belle somme d’argent. Ils auront, durant le temps de leur service, des charges et des droits.

— À vous entendre, Je vais non seulement être nourrie, logée, blanchie et être riche. C’est le paradis, le railla-t-elle.

— Je n’ai jamais dit cela, se défendit-il.

— Et je reçois des coups en guise de prime ?

— Selon leurs lois, si quelqu’un porte plainte, la victime ou un témoin, non seulement l’acquéreur risque la prison. Tous ses esclaves seront libérés de leurs obligations à son égard, et les gains de leur propriétaire seront partagés entre eux. Croyez-moi, ici, personne ne se risque à frapper quelqu’un qui travaille sous ses ordres.

— Le propriétaire peut ne pas le faire, d’accord. Et laisser une autre personne se salir les mains ?

— Cela conduirait à la peine de mort pour l’exécuteur et son commanditaire.

Elle s’accorda un court moment de réflexion avant de répondre :

— Je ne suis toujours pas convaincue.

— Cela a une importance ?

En guise de réponse, elle haussa les épaules. Tant qu’elle pouvait quitter cette planète et aller au bout de sa mission…

D’un mouvement de tête, elle désigna son acolyte.

— Et lui, c’est qui ? demanda-t-elle tout en connaissant la réponse.

— Baal, un Drægan.

— Un quoi ? fit-elle semblant de s’étonner.

— Un Extraterrestre.

— Comme tous ceux qui sont ici, même vous et moi.

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