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J'entends ma fille crier. Mais je ne parviens pas à réagir tellement je suis tétanisée. J'ai tellement peur. Un coups de feu retentit. Çà y est, il a abattu sa propre fille d'une balle de plomb, plantée je ne sais où. Puis, plus un bruit, c'est le calme plat pendant quelques minutes. Silence complet !
Je suis cachée dans cette grange remplie de livres ! Cachée sous un épais drap à carreaux marrons, bordeaux et noirs. Un drap assez sombre pour me divulguer ce taré de psychopathe. Mais, en vain ! J'entends ses pas se rapprocher de plus en plus. Des bottes en cuir types motardes, pointure 45. Des pas de bruit de chaussures trempées. Un bruit de tonnerre monstrueux retentit à l'extérieur. Météo France avait prévu qu'on soit en alerte orange pour orage et tempête. Mais vu l'intensité, je dirais même qu'on soit passé en alerte rouge. Ce qui ne m'étonnerait pas !
Mon mari, grand, bond, aux yeux verts, souffle d'énervement et de désespoir. Il est en train de perdre patience :
- Allez Isallys, sors de ta cachette !

Je ne répond pas à sa première phrase. L'ambiance est pesante. Je suis en sueur. J'ai très chaud. Mon cœur bat très vite. Je ne parviens pas à me calmer.
Il continue :
- Tu sais notre fille est partie vers de merveilleux cieux. Elle ne mérite pas de vivre, vu l'handicap qu'elle a. On va dire que c'est ma petite punition de ma part, où plutôt que j'ai donné à la place de Dieu.

Comment peut-il infliger cela à notre fille, ou plutôt devrais-je dire à ma fille. Parce que cet être-humain, si on peut le qualifier ainsi, ne mérite pas d'être père et d'être aimé. C'est une pourriture innée sur Terre. Une de plus vous allez me dire !
Je l'entends faire le tour de la grange.
- Tu sais ! Je ne lui ai rendu un merveilleux service en lui mettant cette balle dans la tête.

Je met ma main devant ma bouche pour étouffer ma surprise et mon horreur. De telles atrocités ! Comment ai-je pu épouser cet homme ? Comment ai-je pu finir à ce point ? Je sens que mon sort sera identique au mien. Il va me tuer si je ne sors pas de ma cachette. Je suis angoissée à un point inimaginable. Dehors, l'orage continue de déferler avec une belle averse de grêle. Les grêlons tapent contre la toiture de la grange. A travers le drap qui est sur moi, je peux entrevoir la luminosité des éclairs. Si je n'avais pas ce drap sur moi, le spectacle de la foudre tombant sur la mer doit être magnifique et spectaculaire. Une magnifique vue depuis la falaise normande sur laquelle se trouve ma maison et la grange.
Il continue à faire les cents pas.
- Si tu ne sors pas de ta cachette, je te bute !

Que je sorte ou que je ne sorte pas, il va me buter. Voilà ce qui m'attend véritablement ! La mort lente mais peut-être pas douloureuse.
Je sens un courant d'air passé sur moi. Le vent vient de se lever. Les éléments se déchaînent. Je suis apeurée comme une petite fille. Actuellement, je ne contrôle plus ma vie. Je suis limite à sa merci. Je sens des pas se rapprocher de plus en plus de ma cachette. Il n'est plus très loin. Il s'arrête quelques minutes et réfléchit à ce qu'il va faire. Je garde ma main devant ma bouche pour bloquer ma respiration. Il ne faut pas qu'il m'entende. Ses pieds sont devant ma cachette. Il soulève le drap et le balance quelques mètres plus loin. Je ne cache pas ma surprise et mon effroi. Beaucoup de personnes disent qu'on lit en moi comme dans un livre ouvert. Cela doit être le cas vu sa fierté et son regard narquois. Il tend le pistolet vers moi. Le doigt sur la détente. Il ne faut pas grand chose pour qu'il appuie. Seulement une étincelle.
- C'est fini pour toi ! Game over ! La partie est finie !

Je me lève. Je tente de m'enfuir. Mais il a déjà tirer ! Je sens la balle me transpercer la boîte crânienne. La balle a touché mon cerveau. Je sens le sang gicler et se vider de ma tête. Entre temps, je me suis écroulée sur le sol à plat ventre. Tout le monde a peur de la mort. Mais moi, rien qu'à la vue des livres dans mon champs de vision, je suis étrangement calme et zen. Comme si je pouvais partir en paix. Mon mari est sorti de la grange. En moins de quelques, je suis paralysée et ne ressens plus rien.
***
Je me réveille en sursaut et en sueur. Des sueurs froides. J'ai chaud. Pourtant, je sens un air glacial me parcourir. D'où vient cet air ? Aucune idée ! Je regarde autour de moi. Ma fille n'est plus à côté de moi. Elle est censée dormir à côté de moi quand il y a de l'orage dehors. Il est trois heure du matin. Le ciel sombre, rempli de nuages noirs, est zébré par des éclairs puissants. Je sens, au plus profond de moi, que quelque chose ne va pas et que je ne vais sans doute pas passer la nuit normalement. A côté de moi, j'observe des gouttes de sang. D'où vient-il ? Je lève la tête. Ma fille est en train de flotter dans les airs. Allongée et la tête à la renverse. Je me lève d'un bond et crie. Ses yeux sont rouges. Elle a couteau planté près du cœur. Elle perd du sang. Elle me regarde. Je pousse un cri strident. Elle n'est plus elle-même. Elle a des yeux globuleux et rouge sang. C'est comme si elle est hantée par quelqu'un d'autre. Ce n'est pas ma fille. Je l'ai perdu. Je suis dans un cauchemar vivant. Où sont les caméras ?
Je sors de la chambre en courant. J'appelle mon mari de toutes mes forces. Il ne répond pas. Où est-il ? Je cours dans le couloir de l'appartement. Mon chien Stitch, un grand labrador blanc, vient à ma rencontre. Quelque chose cloche. Il me regarde d'une manière étrange et a aussi les yeux rouges. Il se met à grogner. Je reste sur mes garde. Je tente de le calmer en m’avançant pour le caresser et le calmer. Peine perdue ! Aie ! Il me mort et s'accroche à mon mollet. Je sens ses crocs s'enfoncer dans ma peau. Ils s'enfoncent profondément. Une dent reste dans ma chair. Qu'est-ce qu'il lui prend ? Il n'agresse personne d'habitude. Sur le coups de la panique et de la stupeur, je me mets à courir en boitant. Mon mollet droit, en sang, me lance. La douleur devient insoutenable. Le plus étrange est que Stitch ne me suit pas.
L'orage, dehors, est de plus en plus fort. Les fenêtres s'ouvrent brutalement à cause du vent. La pluie chasse à l’embrassade des fenêtre. Une pluie froide mais qui ne présage rien de bon. J'avance dans le couloir en boitant, en direction de la cuisine. Sur mon chemin, les portes se mettent à claquer. Quelque chose cloche vraiment. Là, ce n'est pas l'orage. Je ne crois pas aux choses surnaturelles dont les gens parlent ou exercent à la télévision. C'est des faits inventés. Mais à la vue des faits qui se passe dans mon appartement, je commence vraiment à me poser des questions. C'est insensé et ça ne peut pas se produire dans cet appartement sain. Depuis quelque temps, un meurtrier sévit dans notre région. Je commence à flipper à l'intérieur de moi-même me disant que ce ne pouvait pas être lui. Qu'est-ce que ma famille et moi auraient à voir avec lui ? Qu'est-ce que nous lui avons fait pour qu'il s'acharne sur nous ?
J'arrive enfin dans la cuisine. Tout semble calme. Je ferme la porte pour pas que mon chien rentre. Où est passé mon mari ? Il a peut-être du être appelé pour son travail. Il avait dit qu'il était d’astreinte. Ou peut-être qu'il me trompe. Qui sait ? Peut-être qu'il ne me trouve plus aussi belle qu'avant et qu'il a trouvé mieux. Je regarde par la fenêtre. L'orage n'a pas l'air de se calmer. Au loin, la mer est déchaînée. Des vagues de plus de cinq mètres s'écrasent contre le phare majestueux. Un spectacle imposant, magnifique, étrange et à la fois flippant. J'ouvre le robinet, humidifie le torchon propre avec l'eau fraîche. Je nettoie ma blessure. Elle n'est pas belle à voir. Je tente de retirer la dent plantée dans le mollet. En vain. Une fois, le sang retirer. La blessure est profondément ouverte. Le désinfectant est dans la salle de bain. Avec Stitch dans le couloir, cela peut attendre. Je pose le torchon sur ma plaie et en fait un garrot.
Je me tourne vers la fenêtre et regarde le spectacle extérieure. Étrangement, je suis calme et apaisée. Je sens à peine le courant d'air qui me parcourt. Pourtant, il ne devrait pas y avoir d'air puisque les fenêtres de la cuisine sont fermées.
Tout à coups, je ressent une vive douleur dans mon dos. Quelque chose de tranchant m'a transpercé la peau et les muscles dorsaux. Je m'accroche sur le rebord de l'évier. Dans la fenêtre, je vois le reflet de mon mari. Je sens l'objet tranchant sortir de moi. Je me retourne sous l'effet de la surprise. Je touche l'endroit transpercée. Du sang s'écoule. Ma main est en sang. Je panique. J'ai le souffle coupée. En plus de la douleur de mon mollet, j'ai très mal dans le dos.
Mon mari est face à moi avec un grand couteau de cuisine. Le genre de couteau qui sert à couper la viande. Ce couteau est ensanglanté. Mon sang est sur ce couteau. Mon mari est comme ailleurs. Je ne le reconnais pas. Il me regarde de manière étrange. Pire, il ne dit rien et me regarde de manière indifférent. Un regard noir indescriptible. Même les meurtriers les plus pourris n'ont pas ce regard là. Un regard absent de soi-même. Un regard d'une personne qui ne reconnaît pas la personne qu'il a en face de lui. Une personne avec il vit depuis plus de dix ans. Je cherche à m'échapper. Je n'y parviens pas. Il m'attrape par la gorge et me soulève. Je peine à respirer. Il m'enfonce un autre coup de couteau dans le ventre avec une telle noirceur et indifférence. Il n'est plus lui-même et ne s'en même pas compte. C'est comme s'il est hanté par quelqu'un ou quelque chose. Pendant ce temps, je souffre le martyre. Je comprend quel sort m'est destiné. LA MORT.
Il continue de me planter les coups de couteau dans tout le corps. Jusqu'à ce qu'il me pose par terre. Pour l'instant, j'ai reçu vingt-quatre coups. Vingt-quatre, c'est énorme pour une femme. Ma mort est très lente. Je veux que ça se termine ! Et vite ! Les douleurs sont horribles. Se voir se vider de son sang est inimaginable pour une humaine. Je baigne dans mon propre sang. Impression de flotter comme ma fille tout à l'heure dans la chambre.
Je sens ma boîte crânienne se transpercer. Il vient d'enfoncer le vingt-cinquième coups de couteau dans mon crâne. En plein milieu ! Bien visé ! Ce coup est fatal pour moi. Un dernier coup qui me retire la vie après me voir mourir lentement. Une mort qui me fait peur. M'effraie. Dans mon rêve, la mort me paraissait plus douce et apaisante. Que va t-il se passer maintenant ? Telle est la question.
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POLIX Polix

Du grain de sel au grain de sable
                  
01 – La plage.
Il y a tellement longtemps que je n'ai pas pêché dans cette petite anse du massif de l'Estérel.
Pour être perdue, cette petite plage, elle est perdue, discrète et difficile d'accès.
Ce n'est pas la plage propre qu'on aménage pour les touristes. Elle est encombrée de bois flottés, de vieilles tongs dépareillées, de bouteilles en plastique, de débris de filets de pêche, d'algues qui fermentent en se décomposant dans une odeur de pourri salé, en bref, un vrai désastre écologique.
Je suis là, dans ce petit vent froid et salé, sur une langue de rochers, au cœur des bruits répétitifs des petites vagues qui viennent mourir sur le sable ou s'écraser sur les rochers. Il y a aussi le son incongru de l'air poussé et compressé par la mer dans une petite grotte sous-marine qui souffle un râle surnaturel.
Je suis seul devant l'immensité de la mer et du ciel, une canne palangrotte à la main qui s'immerge dans un trou d'une dizaine de mètres sous les rochers. Mes sens sont aux aguets en attente d'une touche, prêts à réagir immédiatement pour ferrer.
Cela ne pite pas beaucoup, comme on dit ici, il n'y a pas de touche franche.
Je surveille de temps en temps l'accès à la plage, j'ai un rendez-vous avec un gros poisson de la pègre. Il veut me consulter pour avoir mon avis, et sûrement me proposer un coup.
J'ai toujours travaillé seul, discrètement, je ne sais pas comment ni pourquoi, il a besoin de moi.
Je n'ai fait que deux gros coups dans ma vie, ce qui me permet de vivre tranquillement, discrètement, sans flamber, je travaille de temps en temps, en tant qu'artisan électricien pour donner le change et être couvert socialement. Je choisis des chantiers faciles parce que je commence à devenir vieux.
Ah, une touche ! Je ferre. Je sens au bout de la ligne le poids d'un poisson qui se défend, il a l'air beau et lourd. C'est un beau sar qui sort de l'eau. Je tourne la tête, un homme descend vers la plage, avec une canne et un seau à la main. C'est peut-être mon rendez-vous qui arrive.
Il me regarde, porte son index droit sur la bouche en signe de silence. Il s'installe à l'opposé de l'endroit où je suis. Il sort un petit carnet vert et écrit quelque chose dessus. Il se déshabille, se met en slip de bain, puis met ses vêtements en boule. Il vient vers moi après avoir déchiré une feuille du carnet vert. Il refait le signe de silence et me tend le papier. Il retourne à sa place, déplie sa canne à pêche, accroche son bas de ligne et appâte l'hameçon. Je suis interloqué. Je finis par lire son mot. « Mettez-vous en slip, je suis sous écoute, faite comme si vous l'étiez aussi. Rendez-vous loin des portables contre la falaise. Merci »
Il fait froid, je vais attraper la crève avec ses conneries. Il doit se cailler aussi. Je me presse de me déshabiller et de filer au lieu-dit.
Dans quelle merde, je me mets ?
C'est un violent ce type, il faut s'en méfier, obéir et respecter ce monsieur, j’y suis obligé.
Je vais essayer de refuser poliment ses propositions.
Il me rejoint sans sourire après avoir fouillé dans son seau. C'est un petit homme maigrelet et chauve. Il doit être très intelligent et violent pour être un chef de la pègre. Il doit avoir des appuis pour savoir qu'il est sur écoute.

— bonjour Astri,
— bonjour Monsieur.
— appelle-moi Eugène, faisons vite, je me pèle.
— oui Eugène.
— je vais monter un coup, j'ai besoin d'un bon électricien pour le préparer et agir. Plus qu'un électricien, un électronicien et un bricoleur de génie. Tu ne risques rien dans ce coup, si tu ne laisses pas de trace. Tu n'es jamais tombé, tu n'es pas répertorié pour sur ADN, ni sur tes empreintes. C'est ta force, et notre force.
Tu auras les plans et instructions dans une boîte aux lettres. Tiens voilà la clef, l'adresse est sur l'étiquette.
— je touche combien ?
Si ça réussit, tu auras un demi-million d'euros, sinon rien.
— pourquoi m'avoir choisi ? Comment savez-vous que j'ai fait un coup ?
— c'est mon secret, et tu as fait deux coups. Tu vois, tu ne me balades pas, je suis bien renseigné.
— je veux bien étudier la faisabilité. Je donnerais ma réponse après. Ne me dites pas où ça se passe. Je ne veux rien savoir.
— c'était prévu. On communiquera que par courrier, à l'ancienne, une enveloppe, un timbre, l'adresse du nom écrit sur la boîte aux lettres. Ce sera toujours la même boîte aux lettres.
— ok, Eugène.
—le courrier doit se relever le lundi à 5 heures du matin. Les flics dorment ou sont repérables à cette heure. J'ai confiance, tu n'es jamais tombé parce que tu es prudent, discret, très méfiant. Et ça me plaît.
—combien de gens seront au courant de mon existence.
—personne, si on se débrouille bien, il n'y aura que moi. Ce sera mon dernier coup.
—ok, Eugène. Le demi-million sera payé comment ?

Eugène me regarde, se met à ricaner, me tape sur l'épaule.
—l'argent est déjà dans un paradis fiscal. Tu auras un compte informatique et tu auras des bitcoins. Tu les vendras pour les transférer sur un compte à toi.
C'est là que tu peux te faire coincer. À toi de bien jouer.
Bon, je te laisse, j'attrape la crève à poil. Ciao Astri. Ne perds pas la clef, passe lundi à la boîte aux lettres à 5 heures. Soit rigoureux, et pas de téléphone pour aller à la boîte.
—ciao Eugène, merci. Je te tiens au courant. Je jouerai serré.

Eugène va se rhabiller et continue sa pêche. Je fais de même de mon côté en rangeant bien la clef de la boîte aux lettres. Je me repasse la conversation, pour ne pas oublier un détail.
Il ne s'appelle pas Eugène cet animal, je ne dois même pas penser à son vrai nom, pour ne jamais me couper plus tard, on ne sait jamais. Il faut que je me renseigne pour ces bitcoins, j'y comprends rien à ce truc, j'ai lu quelque part, que la pègre s'en servait pour blanchir de l'argent ou pour transférer des fonds sans trace.

Bien, je vais laisser venir, et savoir ce qu'il veut que je bricole en électricité. Que puis-je faire de miraculeux en électricité, en électronique ou en bricolage ? Pas aller au compteur et le couper bêtement pour un demi-million d'euros. Non, il y a un truc. C'est quoi l'embrouille ?.
Tient, ça pite, hop ! Une girelle sort de l'eau. Dommage, il fait trop froid, il n'y a pas de daurade au bord. C'est une jouissance à pêcher cette bête, quand on la ramène, il semble au pêcheur, qu'il remonte un fer à repasser.
Je ne pêche pas souvent, alors que c'est bien sympa. Dommage que cette plage soit si sale, et ce souffle de cette grotte finit par lasser et irriter. J'en ai marre, je vais rentrer, je n'ai même pas acheté à manger pour pique-niquer ici.
Mais avant je vais tester ma nouvelle trouvaille, mon invention. Je prends mon téléphone, je compose un numéro, j'attends de passer sur la messagerie, et je raccroche. Normalement dans les cinq minutes, un autre téléphone va me rappeler, me dire des phrases enregistrées, je vais répondre et dire tout haut que j'arrive de suite.
ÇA devrait bien marcher, je teste ce mécanisme depuis une semaine.
Je laisse mon téléphone sur la boîte de pêche, je relance ma ligne. Il suffit d'attendre 5 minutes et je pourrais partir avec une excuse valable.
Voilà ça sonne, c'est bien le numéro de mon téléphone robot. Je parle fort pour que monsieur Eugène entende. Je raccroche et je range ma canne et je m'en vais, sans un regard au soit-disant Eugène.
C'est beau le massif de l'Estérel, en couleur chaude, en végétation, en odeurs, en silence. C'est sauvage, grandiose, beau comme un premier matin du monde.
Je roule doucement pour rentrer chez moi, j'ai faim, mais je prends mon temps pour réfléchir. Je n'ai pas pu dire non, quand il m'a parlé du demi-million d'euro. Ma cupidité a été la plus forte.
Devenir demi-millionnaire en Euro, je n'y avais jamais pensé. J'étais multimillionnaire en francs. Mais, depuis les euros, j'ai perdu le titre de millionnaire. Bon, on va voir et peser la faisabilité de ce coup, ne nous emballons pas.
Trouver une affaire, c'est toujours un coup de chance, ou de hasard. Là, ça me tombe du ciel sans raison. Comment a-t-il su pour mes anciens coups ?
Je ne vois qu'une fuite de la banque, j'ai toujours travaillé en solitaire, la seule faiblesse, c'est de blanchir l'argent pour le remettre dans le circuit légal. C'est incompréhensible qu'il soit au courant.
Je vais rentrer, cuire et déguster mon sar. Il y a longtemps que je n'en ai pas mangé. Celui-là, je sais d'où il sort. Même s'il n'y aura pas grand-chose à manger, le plaisir de la pêche doit finir devant une assiette pour la récompense.
Dans un plat allant au four, un peu d'huile d'olive et des tranches fines de tomates au fond, on met dessus le sar vidé truffé de basilic, on décore de tranches de citron, on verse un grand verre de vin blanc au fond du plat. On arrose le poisson d'un filet d'huile d'olive et hop ! 25 à 30 minutes à four chaud.
Je n'ai pas de vin blanc, ni de belles tomates, ni de citrons non traités. Il faut que je m'arrête en route.
La girelle sera pour le chat.
Mais à quelle heure ça va me faire manger tout ça ?

Au fait, lundi, c'est dans cinq jours, cinq jours de vacances avant les emmerdes. Profite de ces cinq jours Astri… Profite !
Je n'ai aucune idée de ce qui m'attend, ma cupidité va me mettre dans de sales draps, mais un demi-million d'euros cela ne se refuse pas.
Jamais deux coups sans trois, l'adage se vérifie.
Putain, ça me rajeunit, et ça me donne un coup de jeune cette affaire.
 
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