Chapitre 16.7

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Il n’était revenu à Londres que lors d’une permission, à Noël. Le seul moment où la quasi-totalité du personnel administratif de l’AMSEVE pouvait quitter la base afin de retrouver leur famille. Ses retrouvailles avec Rose avaient été particulièrement fraîches. Il avait d’abord que cela venait de lui, qu’il aurait dû au moins rentrer un jour ou deux à Londres avant de retourner à l’AMSEVE. Il s’en était excusé et avait tenté de la convaincre qu’il avait dû retourner à la base en urgence. Pour se faire pardonner, il lui avait préparé une surprise en l’emmenant en Suisse afin de passer Noël avec sa famille qu’elle n’avait pas revue depuis trois années au moins. Elle avait toujours dit que son travail l’en avait trop longtemps tenue éloignée. Pourtant, elle n’avait pas apprécié l’attention.

Le séjour avait été désastreux. Même sa propre famille ne l’avait pas reconnue. Ses parents n’en avaient tenu aucun grief à Ciaran car il était évident qu’il faisait de son mieux. Le père de Rose s’était même ouvert à lui en expliquant qu’à une époque sa fille avait subi les mauvaises influences de certaines relations dans le milieu de la mode. Il craignait que cela soit de nouveau le cas. Il en avait parlé à Rose le soir même. Elle avait contre-attaqué en l’accusant d’avoir une maîtresse. Il avait nié. Techniquement, ce n’était pas un mensonge. Ils avaient passé une partie de la nuit à se disputer. Le lendemain, ils rentraient à Londres.

Dans l’avion qui les ramenait chez eux, il avait pensé que sa vie avait pris un curieux cours, un cours qu’elle n’aurait jamais dû quitter. Il était loin d’imaginer à quel point. Il avait à peine franchi le seuil de leur maison et refermé la porte derrière lui qu’il s’était retrouvé face à une Rose braquant un pistolet sur lui. Il n’avait dû qu’à ses réflexes, et à une bonne configuration de l’intérieur de la maison, d’avoir la vie sauve. Il s’en était suivi une longue bagarre durant laquelle il avait failli passer de vie à trépas plusieurs fois. Il apprit alors qui elle était vraiment devenue. Cette nouvelle personnalité n’avait pas échappée à ses parents alors qu’ils ne l’avaient pas revue depuis des années.

Tout naturellement, elle avait pensé que Ciaran l’avait lui aussi compris. Il avait été abasourdi d’apprendre qu’elle était un tisseur, et qu’elle se nommait Sid’. Elle était chargée de l’espionner et de le neutraliser, lui. Tandis que son compagnon ‘Jiva pourchassait Rheya. Grâce à Ciaran, elle avait pu aider ‘Jiva à la retrouver. Ciaran avait alors compris qu’il était en partie responsable de l’attaque de la librairie. ‘Jiva était mort sans avoir pu accomplir sa mission. C’était à son tour de reprendre le flambeau et, toujours grâce à Ciaran, elle savait maintenant où se trouvait exactement Rheya.

Ces révélations avaient décuplé la colère de Ciaran. Il puisa dans ses ressources et parvint tant bien que mal à avoir le dessus sur Sid’. Après une heure de lutte acharnée, il était parvenu à la mettre chaos. Il l’avait solidement attachée à un radiateur en fonte en attendant de trouver le moyen de se débarrasser d’elle d’une manière définitive et suffisamment discrète pour ne jamais être soupçonné de sa mort. Mais puisque ses parents supposaient qu’elle subissait à nouveau de mauvaises influences, il allait leur donner raison. Entre temps, il avait des questions à lui poser, et il entendait bien obtenir des réponses. Pour cela, il était prêt à employer les moyens les plus extrêmes.

Officiellement, Rose et lui s’étaient séparés à leur retour en Angleterre. Elle avait pris toutes ses affaires et avait quitté leur maison. Pour faire plus vrai, il avait vidé leur compte commun. Il avait même été jusqu’à se déguiser en femme, vêtu à la manière de Rose, aux yeux de leurs voisins qui manquaient jamais de surveiller ce qui se passait chez les autres. L’illusion était parfaite tant qu’ils se tenaient à distance. Ils pourraient témoigner avoir vu Rose quitter le domicile avec sa voiture et toutes ses affaires.

Ils ignoraient que dans le coffre de la dite voiture reposait le corps de Rose. Il avait été l’enterrer au plus profond d’une forêt. Il y avait peu de chance qu’elle soit retrouvée avant très longtemps. Puis, il avait brûlé tout ce qui lui avait appartenu bien loin de la forêt. Enfin, il avait été jusqu’en Écosse pour déposer sa voiture dans une casse, parmi d’autres véhicules sur le point d’être détruits. Il était rentré à Londres sous le déguisement de Rose.

Après ce qui s’était passé en Suisse, il n’aurait plus qu’à dire qu’ils s’étaient séparés et qu’elle avait pris ses affaires alors qu’il se trouvait à Londres. Rien de plus. Il avait pris soin de laisser son téléphone dans une chambre d’hôtel qu’il avait louée durant deux jours. Si quelqu’un cherchait à retracer son parcours durant ces deux jours, il verrait qu’il n’avait quasiment pas bougé. Mais nul n’aurait de raison d’imaginer qu’il avait tué Rose. D’autant qu’il avait pris le plus grand soin à nettoyer la pièce où ils s’étaient battus avec le plus grand soin. Quant à l’endroit dans lequel il l’avait torturée et achevée, il n’en existait plus la moindre particule. Tout avait été réduit en morceau et brûlé dans la cheminée de leur maison…

Il était ensuite retourné à l’AMSEVE. Il n’y avait jamais évoqué Rose. Il n’y évoqua pas non plus sa prétendue rupture. Il essayait d’oublier qu’à cause de lui, Rheya aurait pu mourir. Il essayait surtout d’oublier ces nuits qu’il avait passé avec elle, et son désir toujours présent de tout quitter pour aller la retrouver en se plongeant dans le travail sans compter ses heures.

Quelques semaines après, Rheya quittait la France pour le Canada. Il s’était senti quelque peu soulagé. Il n’avait pas réussi à savoir si d’autres Tisseurs se trouvaient sur Terre, et si Sid’ leur avait dit où trouver Rheya. De son côté, il avait vendu la maison anglaise, et s’était trouvé un petit appartement à Montréal, pas très loin de l’endroit où Rheya avait emménagé. Plus occupé à surveiller la jeune femme lors de ses rares visites, il y vivait finalement assez peu.

Il n'avait cessé de la surveiller, car depuis Rose, il craignait plus que jamais pour sa vie. Il avait même truffé son appartement de micros et de caméras. Son dispositif était tel que même lorsqu’il se trouvait à l’AMSEVE, il pouvait savoir ce qu’elle faisait à chaque instant de sa vie. Mais comment aurait-il fait s’il avait été à l’autre bout du monde lors de cette soirée fatale... Sans lui, elle serait morte. Elle ne devait pas mourir. Pas seulement parce qu’il ne pourrait pas vivre sans elle, il en était persuadé... Il ne pouvait plus la laisser seule.

— Ciaran, tu as entendu ce que je viens de te dire ?

Retour à la réalité, au présent… La chambre d’hôpital… Martin…

Non, il n’avait pas écouté ce qu’il venait de dire.

Celui-ci l’avait bien remarqué.

— Ce n’est pas l’objet qui t’intéresse, sauf si cela a des conséquences sur sa vie, ça je l’ai bien compris. Qu’est-ce que tu ne me dis pas ? Y-a-t-il quelque chose que je devrais savoir et qui m’aiderait à la sortir de l’état dans lequel elle se trouve ?

Ciaran le regarda, perdu. Il avait beau chercher, il ne voyait pas comment il pourrait la faire revenir à la vie… à part attendre. Attendre que l’onde passe et fasse son œuvre.

Devant son silence, son ami en arriva à une toute autre conclusion

— C’est bien ce que je te disais. Il va falloir que tu réfléchisses à ce que tu dois faire de ta vie. Elle ne te laisse pas indifférent. Sans quoi, tu ne te serais pas donné la peine de lui rendre visite à chaque que ton travail t’en laisse l’occasion. Tu as le droit d’être heureux. Tu le mérites, et elle aussi, je pense. L’un et l’autre vous êtes deux adultes, et vous avez déjà perdu trop de temps.

— C’est vrai… Elle me…

Il ne savait comment le dire. Peut-être de la manière la plus simple.

— Je l’aime, avoua-t-il. Mais c’est compliqué. Elle ne sait rien de moi… Elle m’a oublié.

— En amour, rien n’est simple, Ciaran. Si cette femme se réveille un jour, je te conseille de lui dire ce que tu ressens pour elle. J’ai peut-être une âme de romantique, mais je suis certain qu’elle et toi, ça pourrait le faire. Je ne cesserai de te le répéter mais, tu as toi aussi le droit au bonheur.

Ciaran aurait voulu en être aussi certain que Martin qui ne connaissait qu’une partie de sa personnalité. Qu’aurait pensé le médecin s’il avait vu, ou même su, ce qu’il avait fait à Sid’ ou Rose ? Ce qu’il était désormais prêt à faire à tous ceux qui oseraient faire du mal à Rheya, ou le tenterait seulement… Même lui, il avait été surpris de ce qu’il était capable de faire, que ce soit par amour comme il l’espérait tellement, ou inscrit dans ses gènes, peut-être par la volonté de Mead’, afin de protéger Rheya.

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- CHAPITRE UNIQUE -
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