Chapitre 16.5

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Ciaran sentit plus qu’il ne l’entendit son portable émettre un bourdonnement. Il avait pris l’habitude de le mettre en mode vibreur avant d’entrer dans la chambre de Rheya. Il le sortit de son étui à sa ceinture, et jeta un coup d’œil à l’écran. Le numéro du bureau du Général Doherty s’y affichait. Il aurait dû retourner à la base la veille, mais il en avait décidé autrement. Allait-t-il avoir droit à un rappel à l’ordre ? Il s’étonnait déjà que cela ne soit pas arrivé plus tôt. Quelle serait la réaction du Général Doherty lorsqu’il lui annoncerait qu’il démissionnait ?

Peut-être sabrerait-il le champagne. Ciaran savait que Doherty ne l’aimait pas, tout comme la plupart des autres membres de l’AMSEVE. Mais le Général avait une raison supplémentaire de ne pas l’apprécier. Sa fille Rubie Pepper s’était amourachée de lui. Il n’avait rien fait pour l’encourager, au contraire. La jeune femme avait un caractère entier et des difficultés à gérer ses émotions. Elle acceptait mal les refus quels qu’ils soient et trouvaient toujours le moyen d’arriver à ses fins. Toutefois, il ne s’était jamais senti menacée par elle. Il s’était toujours dit qu’il saurait la gérer le jour où cela s’avérerait nécessaire.

Le docteur Adams interrompit sa réflexion.

— Est-ce que le nom de TransHumMana te dit quelque chose ?

— Absolument rien.

Au moins, ce n’était pas une filiale de l’ATIDC, sinon il l’aurait su immédiatement.

— C’est une société spécialisée dans la fabrication d’organes artificiels ou cyberbiologiques à partir de véritables tissus biologiques.

— Je sens que je ne vais pas vraiment apprécier la suite, n’est-ce pas ?

— C’est peu de le dire. On a passé ton amie au ScanDeep, et on a radiographié ses organes. On a vérifié avec les infos que nous avions dans son dossier médical. Il n’y est absolument pas fait mention de TransHumMana.

Le médecin se tut un court instant, comme s’il ne voulait pas que les mots sortent de sa bouche, mais ceux-ci se bousculaient déjà sur sa langue et ne demandaient qu’à sortir de sa bouche.

— Son dossier a été falsifié. Ce n’est pas trois balles que ton amie a reçues dans le corps, mais probablement plus… Au point que certains de ses organes ont dû être remplacés comme ses poumons, son foie, sa rate… Si je te demande si connais TransHumMana, c’est parce qu’on a retrouvé leur signature sur les organes de remplacement, et sur son squelette. Ils ont quasiment tout remplacé… Je peux confirmer que c’est bien les dirigeants de TransHumMana qui sont propriétaires des brevets. Mais j’ignorais qu’ils avaient dépassé le stade de l’expérimentation. Je n’avais jamais vu cela avant… Ses organes sont aussi impeccables que ceux d’une jeune fille de quinze ou vingt ans, et son ossature est plus solide que celle de n’importe quel autre être humain. Elle a été entièrement reconstruite. Cette femme est une miraculée, tout comme toi. Toutefois, et c’est aussi étrange que le reste, ces organes qu’ils ont greffés sur ton amie sont, certes, génétiquement modifiés, mais pas du tout cyberbiologiques, ou même transgéniques. Ils ont été prélevés sur des individus vivants.

Ciaran avait du mal à tout saisir. Que lui avait-on fait de plus qu’elle n’aurait pas dû subir ? Il y avait sans doute une explication logique. Si elle avait été blessée bien plus qu’il ne l’avait supposé, alors ceux qui l’avaient soigné avaient fait leur possible pour la sauver…

— Des organes prélevés sur des êtres vivants ?

— Un seul probablement.

— Sûrement un don.

— Quel genre de don ? Il y a des listes de donneurs d’organes, et des listes de patients en attente de greffes qui sont vingt fois plus longues, et qui attendent depuis très longtemps. Elle est passée sur une table d’opération le jour qui a suivi son agression. Pour une greffe, je dirai que cela relève quasiment de l’impossible, elle n’avait donc aucune chance de passer en tête de liste pour plusieurs greffes.

— J’aurais aimé te dire que j’y étais pour quelque chose, mais ce n’est pas le cas.

— Je sais que tu n’y es pour rien. Même avec tes relations, tu n’aurais rien pu faire. Mais ceux qui l’ont fait, tenaient soit à ce qu’elle vive, soit à expérimenter leurs découvertes in situ. Et pour cela, ils s’en sont donné les moyens.

— Ils lui ont sauvé la vie.

— Nous pouvons le supposer. Reste à savoir quel en sera le prix. Je ne suis pas certain non plus qu’ils lui aient demandé son autorisation. En fait, ils n’avaient pas le droit d’agir comme ils l’ont fait.

— Moi, ça me convient. Elle est en vie et c’est tout ce qui compte.

— Oui, mais elle, personne ne lui a demandé ce qu’elle voulait vraiment. Il y a des gens qui ne peuvent pas vivre avec les organes des autres.

— J’ignorais surtout qu’il y avait des médecins pour le penser.

— Ce n’est pas ce que je veux dire. Notre rôle est de sauver des vies, mais l’opinion de nos patients est aussi importante que nos choix. N’importe quel médecin dénoncerait ceux qui l’ont utilisée comme cobaye.

— Tu vas le faire ?

Martin Adams haussa les épaules et soupira.

— Je n’ai pas encore pris ma décision. Je veux en savoir plus. Mais je ne peux m’empêcher de me demander ce qui est arrivé à la personne qui a donné ses organes, et surtout si elle l’a fait volontairement, car je n’ai trouvé aucune trace de ce donneur dans les dossiers de l’hôpital qui l’a soignée, elle et les autres victimes de l’attaque terroriste.

Peut-être était-ce une filiale cachée de l’ATIDC, ou des Industries Larson que l’ATIDC venait de reprendre. Il y avait trop de zones d’ombre dans cette pyramide d’entreprises tantôt enchevêtrées les unes dans les autres, tantôt si distantes qu’elles ne semblaient pas appartenir à la même entité. D’après ses calculs, certaines sommes détournées étaient tout simplement astronomiques, et il n’avait pu trouver où tout cet argent était allé. Jusqu’ici, il n’avait fait que supposer que l’ATIDC menait un programme parallèle à celui de l’AMSEVE, avec ses propres équipes d’exploration. Mais rien n’était venu conforter cette hypothèse en dehors du fait que certains fonds alloués par l’ATIDC à l’AMSEVE semblaient dédoublés. Dans l’autre sens, les découvertes de l’AMSEVE profitaient d’une manière ou d’une autre à l’ATIDC. Bref, il se passait quelque chose, mais Ciaran n’arrivait pas à en obtenir la confirmation. Les laboratoires TransHumMana et leurs activités avaient le mérite d’offrir une autre possibilité. À condition qu’ils aient un lien avec l’une des filiales de l’ATIDC. Une chose était certaine, le consortium possédait de faces, l’une officielle et respectable, et l’autre officieuse et mystérieuse. Deux entités siamoises, mais une seule avait une existence réelle. L’autre semblait ne relever du fantasme de la théorie du complot.

Il sentit le regard insistant de Martin.

Il n’avait aucune envie de lui faire part de ses pensées.

— Tu me tiens au courant pour l’objet, lui dit-il simplement. Et je veux savoir comment cela a pu entrer dans sa tête… le plus vite possible.

Il prit la main droite de Rheya dans la sienne brièvement. Elle était chaude. Le dos de sa main était très doux alors que la paume lui sembla légèrement rêche.

Après un moment de réflexion, Ciaran ajouta :

— Si c’est nécessaire à sa survie, tu le remets en place. Si cela sert à la contrôler, tu le désamorces, et si c’est les deux… alors je te fais confiance pour prendre la meilleure décision.

Ciaran sortit de la chambre.

— Je ne suis pas ingénieur en robotique, protesta Martin Adams. Cette technologie réclame des compétences que je ne possède pas.

— Alors trouve celui qui les a et supervise-le.

Le médecin l’attrapa par le bras et l’obligea à se retourner et à le regarder droit dans les yeux.

— Ciaran, si je dois aider cette femme... il faut que je sache... elle et toi... Il y a quelque chose entre vous ?

Sinon comment expliquer son intérêt à l'égard de Rheya Alluedol ?

Ce qu'il ressentait pour elle paraissait-il si évident au médecin ?

D'abord, Ciaran ne laissa rien paraître. Puis, il secoua la tête en signe de négation.

— C'est l'objet qui m'intéresse, mentit-il. Uniquement l'objet.

— Tu n’es pas très convaincant, lui répondit le médecin. En réalité, tu éprouves plus que de l'intérêt pour elle. Je n’arrive pas à savoir si c’est de l'amour, tu caches trop bien tes sentiments, mais cela y ressemble beaucoup. Enfin, si c'est le cas, il va falloir que tu éclaircisses ta situation, sinon certaines personnes vont en souffrir. Toi le premier.

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