Chapitre 15.1

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Du 10 au 15 mai 2125 du calendrier grégorien. Date et lieu stellaire inconnus.

Amaterasu sortit de l'obscurité. Elle s’était débattue avec les voiles gratte-langues, remparts entre l’obscurité et la lumière. Elle en était visiblement agacée. Sans se laisser perturber par l’étrangeté des lieux, Elle entra dans la lumière. Elle remit un peu d’ordre dans sa tenue, une robe rouge et or qui laissait ses épaules et ses bras dénudés, fortement serrée à la taille et au niveau des seins dont la naissance n’en était que plus visible. Elle donnait l’impression que chaque souffle de sa propriétaire devait être extrêmement douloureux. Ses longs cheveux noirs, relevés, étaient retenus par une barrette de jade. Le visage de la déesse, aux traits asiatiques finement dessinés, habituellement très pâle, avait pris les couleurs de la colère. Dans son regard noir dansaient des éclairs qui ne demandaient qu’à être libérés de leur trop petite prison. À travers les jurons qu’elle ânonnait dans une langue qu’aucun d’eux ne connaissait, pas même Tsukuyomi, les autres drægans devinèrent qu’elle acceptait mal d'avoir été séparée de sa suite et, surtout, de n'avoir pas pu garder une seule arme sur elle. Pas même ses habituels et luxueux apparats, des boucles d'oreilles, des bagues et bracelets qui cliquetaient à chacun de ses mouvements et étaient autant d’armes tranchantes ou contondantes possibles dont elle savait très bien se servir.

Plus qu’une profonde colère, Mead’ avait ressenti une rage viscérale en elle.

Avec un sourire moqueur, Apollon se pencha à l'oreille d’Horus qui fronçait les sourcils en observant la flamboyante déesse.

— Au cas où tu l'aurais oublié, Horus, je te rappelle que c'est toi qui as validé son retour au Conseil des Chanceliers divins, lui murmura-t-il tout bas. Ereshkigal, Perséphone et moi-même étions contre. Va savoir pourquoi Hafgan, Bodb et Nephtys, eux, étaient pour. Il a fallu que tu fasses pencher la balance en leur faveur.

— Cela ne leur a pas porté chance puisqu'ils sont morts. Personnellement, je me suis toujours demandé ce que cela allait me coûter. Je pense que je ne vais pas tarder à le savoir.

— Boann a raison à propos de la cruche, soupira Apollon en se redressant sur son siège de pierre. Ce jour-là, on aurait dû éviter de la faire tourner plus de trois fois.

— J'admets que cela m'aurait évité de perdre de la tête. D'un autre côté, c'était elle ou...

Il se tut un court instant, comme pour chasser un mauvais souvenir, avant d’ajouter à voix basse, avec un sourire carnassier.

— Cette femelle s'y connaît pour faire tourner la tête aux mâles. Enfin, si seulement c'était une femelle.

— Si seulement nous étions des mâles, répondit Apollon songeur, sans parvenir à détacher son regard de la gorge découverte de l’ancienne déesse asiatique. Il ne pouvait voir que le renflement de ses seins comprimés par sa robe, mais cela lui remémorait quelques antiques souvenirs.

Au lieu de rejoindre son siège, entre Priape et Erra, Amaterasu s'approcha du centre et commença à tourner autour de la dalle centrale sans y poser un pied comme si elle souhaitait que chacun des drægans présent puisse admirer sa beauté intergalactique.

Ce fut au tour d’Horus de se pencher vers Apollon. Il lui glissa en grec :

— Amaterasu est du genre à vous aspirer toute votre énergie jusqu'à la moelle... Si elle ne vous dévore pas avant.

Apollon le savait, mais il s'abstint de lui demander comment, lui, le savait.

Comme si elle l'avait entendu, Amaterasu s'arrêta en face d’Horus et le foudroya du regard.

— Pourquoi n'ai-je été prévenue de la tenue de cette réunion qu'au dernier moment ? Pensiez-vous que je serai trop occupée pour me joindre à vous ?

Le "jeune" Bacchus fit une remarque en latin qu'elle ne prit pas la peine d'essayer de comprendre, ponctuée d'un petit rire sardonique.

Il ne l'aimait pas.

Elle non plus.

Rhadamanthe, lui, se fit encore moins discret, et marqua sa désapprobation en pouffant de dédain, tandis que d'autres se contentaient de froncer les sourcils.

Horus prit sur lui et fit un effort pour paraître aussi détaché que la situation le lui permettait.

— Je te trouve bien arrogante, Amaterasu, de prétendre que nous aurions préféré la tristesse de ton absence à la joie de ta présence. Sans doute quelqu'un, dans ton entourage, a-t-il voulu respecter le deuil qui t'a frappée.

— Par "quelqu'un", veux-tu parler de mon cher frère, Tsukuyomi, ici présent, le seul de mes frères encore en vie ?

C'était moins une question qu'une affirmation dans laquelle perçait une contrariété non dissimulée. Nul n’ignorait que ses relations avec son jumeau drægan comme humanoïde, avaient toujours été chaotiques. Contrairement à celles qu’elle entretenait avec Susanoo. Celles-ci avaient toujours été au beau fixe et ponctuées de nombreuses causes communes. Clairement, elle aurait préféré le premier mort plutôt que le second.

Tsukuyomi ne semblait guère atteint par cet état d’esprit. S'il l'était, il le cacha derrière un sourire humble.

— Pardonne-moi, ma sœur. Mon intention n’était absolument pas de te froisser.

Bien en peine aurait été celui qui aurait cherché le mensonge dans la voix douce de Tsukuyomi ou dans son attitude.

Amaterasu eut un rictus mauvais à son égard et une ombre menaçante accentua la profondeur obscure de ses pupilles.

— Si je le pouvais, je t'arracherai ce stupide sourire de ton visage ? N'as-tu donc aucun honneur ? C'est notre frère, Susanoo, qui a lâchement été assassiné. Il aurait pu devenir un grand dieu s’il avait eu un empire à diriger. Sa mort demande vengeance.

Un frère comme celui-ci, Tsukuyomi s'en passait très bien. Ses relations avec Susanoo avaient cessé lorsque celui-ci avait fait exécuter son chambellan parce qu’il n’aimait pas ses manières trop raffinées. Ses exactions ne s’étaient pas arrêtées là, hélas. Alors il n’allait pas pleurer la mort de ce frère qui n’avait jamais cessé de faire preuve de jalousie envers lui depuis leur plus tendre enfance. Il n'avait eu que ce qu'il méritait. Elle aussi.

— Pitié, Amaterasu. Nous savons tous que si Susanoo avait eu un empire, tu aurais tout fait pour le lui prendre, comme tu l'as fait avec d'autres... et avec moi. Il fut un temps où tu souhaitais ma mort. Si Horus ne t'avais pas intégrée au Conseil en échange de ma... de ma vie, tu m'aurais dépecé sans la moindre hésitation... Aujourd'hui, tu espères mon soutien ?

Elle ne répondit rien et se contenta de hausser les épaules. Son soutien ? Il était loin du compte. Ce serait la dernière chose qu'elle aurait envie de lui demander. Non. La dernière chose qu’elle aurait envie avant de mourir… Ce serait de le tuer de ses propres mains et de lui arracher le précieux cœur de son hôte avec les dents.

Elle se tourna à nouveau vers Horus et Apollon.

— Si vous n'étiez pas des Chanceliers divins, je vous ferais ravaler vos paroles et cracher toutes vos dents avant de vous arracher la langue.

— Continue, tu m'excites, la provoqua un peu plus Apollon.

Amaterasu maîtrisa l'aversion qu'elle avait toujours eue à son égard. Elle ne surprit aucun des autres drægans lorsqu'elle gagna le centre du cercle et monta sans hésitation sur le socle central. La plupart d’entre eux avaient suivi avec curiosité ses courtes joutes verbales avec son frère, puis avec les deux chanceliers divins. D’autres n’en avaient pas grand-chose à faire. Et tous se disaient que plus vite, elle grimperait sur l’estrade, plus vite elle en redescendrait. Après tout, d'une certaine façon, Apollon l’y avait invitée en lui disant de "continuer".

— Pour le meurtre de mon frère, commença-t-elle, je demande réparation. Je veux la tête de Baal, et je veux le tuer de mes propres mains et dévorer l’achi qui est en lui comme je suis en droit de le faire.

Quelques drægans clignèrent des yeux, autant en entendant ce mot, qu'ils ne prononçaient que très rarement et avec le plus grand respect, que le nom de Baal, et en prenant conscience du sort qu’Amaterasu réservait à Baal. Elle ne manquait pas de culot. Malgré tout, Mead’ eut le sentiment que du côté de Lara, Scáthach et Erra, tout le monde ne serait pas opposé à cette demande.

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