Réponse à "Défi - "Les elles de la nuit""

de Image de profil de Lou de PeyracLou de Peyrac

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Je m'appelle Ange et je suis une libellule. Du moins c'est ce qu'ils disent, ce qu'ils pensent en me fixant à travers leur rétroviseur. Mon nom? Ils ne le connaissent pas. Eux, tout ce qu'ils voient : Mes talons, mes cuissardes, mon rouge à lèvres. C'est une marque de fabrique. Comme si ces trois facteurs assemblés criaient à l'unisson "Baise moi Chéri !" Ils sont mon marketing.

Dans la rue, sur mon trottoir, sous mon réverbère, on me remarque. Il est vrai que je ne passe pas inaperçue, sauf aux yeux de la société qui m'a bien vite abandonnée. Une société sur laquelle je ne compte plus.

Au milieu de la nuit, à peine vêtue, je danse en espèrant attirer quelques papillons d'un soir près de ma flamme. Certains mordent, certains piquent, d'autres me survolent sans oser me toucher de peur de se brûler. Pour la plupart, tout commence par un coup de klaxon. Quelques rares, plûtot romantiques m'accordent un sourire au lieu d'un sifflement. Ceux là sont les plus dangereux. Ceux là sont en mal d'amour. Et moi, je ne fais pas l'amour, je baise.

C'est ainsi que je fonctionne. Le papillon arrive, demande, et j'exécute. Pas plus. Pas moins. C'est mon boulot d'étincelle de pénombre : Satisfaire.

Satisfaire un désir, un besoin. Je suis payée pour ça. Je ne peux pas compatir. Je ne peux pas aimer. Si j'étais née Menthe Religieuse, je leur couperais volontiers la tête. Mais voilà, je ne suis qu'une libellule. Je vole sur mon trottoir, sous mon réverbère et butine, ou me fait butiner, tout dépend de ce qu'ils veulent. Tous ces papillons.

Ces maîtres du monde qu'il faudrait abbatre. Le plus terrible est que c'est moi, toujours moi, qu'on blâme. Voyez-vous, les libellules de mon espèce ne sont pas très bien vues. Nous sommes des clandestines du désir. Marquées au fer rouge par les ailes d'un papillon éphémère qui pourtant sera toujours là, quelque part.

Le premier d'une longue liste. Et parce que le papillon est insatiable et qu'il domine tout dans ce monde de petites bêtes que nous sommes. Nous abdiquons sans vraiment avoir le choix. Après tout, le papillon est terrifiant. Le papillon n'est qu'un cafard. Le papillon n'est qu'un homme. Et je ne suis qu'Ange. Je ne suis qu'une pute.

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Commentaires & Discussions

Libellule et Papillons.Chapitre6 messages | 2 ans

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