Chapitre 1

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Je n'y croyais pas ! Ce type allait me poser un lapin ?! Il aurait trouvé une autre gonzesse ? Veuillez m'excuser… Raclement de gorge... Une tout autre gente dame ? Il fallait bien que je m'échauffasse pour ne pas faire tache parmi les « grands de ce monde », n'est-ce pas ? Ça allait bientôt faire trente minutes que je poireautais dans un vent glacial, on se croirait au mois de novembre. Encore une fois, je me demandais pourquoi j'avais accepté ce job ! Pas que celui-ci sortait de mes qualifications, loin de là, mais tout de même, cette fois-ci je serai peut-être amenée à embrasser mon client et que je sache, je n'étais pas une prostituée. En plus, la façon dont je l'imaginais n'était pas encline au fantasme. Beurk ! Cameron ne m'avait donné aucune information concernant le physique de son patron ; je savais juste qu'il possédait un véritable empire à lui tout seul, que c'était quelqu'un de sérieux et que s'il avait proposé ce marché, c'était qu'il n'avait pas eu le choix.

Mouais ! Je restais sceptique. Un homme, même octogénaire, riche comme Crésus, devait pouvoir se trouver, sans difficultés, une poule de luxe prête à céder à ses moindres désirs et à lui jurer fidélité jusqu'à la fin de ses jours - ce qui ne devait plus tarder du coup - alors pourquoi moi ? Mon métier consistait à distraire les hommes dans des salons, à porter des vêtements très courts et sexy, mais en tout bien tout honneur. Je n'avais aucun talent d'actrice en plus, il risquait d'être déçu le coco.

Non mais vraiment, qu'est-ce qu'il fabriquait, c'était bien lui pourtant qui m'avait dit ne tolérer aucun retard, c'était un comble. Voilà ce qui s'était passé la veille dans mon appartement.


Alors que j'étais en train de profiter de ma séance de massage à domicile après la torture d'une épilation à la cire (ça fait partie du métier dirons-nous), une sonnerie me tira brutalement de mon demi-sommeil. Ce fut donc plutôt froidement que j'accueillis l'importun :

  • Allô ! Un soupir agacé fut exhalé de l'autre côté du combiné.
  • Mademoiselle Price , je présume.
  • Quand on est poli, on se présente surtout que je ne pense pas vous connaître.

Bon d'accord, j'aurais pu me radoucir un peu, mais cette voix profonde et suave que j'entendis me chamboula jusqu'au tréfonds de mon être et ce constat m'était insupportable. Un nouveau soupir fut émis, mais je notai un soupçon de moquerie.

  • Cameron m'avait prévenu, mais cela surprend toujours d'être reçu de cette manière .

Cameron ? Que venait-il faire ici ? Je me frappai soudain le front. Mais quelle gourde ! C'est vrai que son patron devait m'appeler, mais quelque chose clochait selon moi : sa voix ne collait pas avec l'image que je me faisais de cet homme. C'était très dérangeant.

  • Oh... Vous êtes le boss de Cameron , c'est ça ? Le type qui l'a menacé de perdre sa place si je ne l'aidais pas... » Et zut ! Moi qui voulais rendre mon implacable justice en toute discrétion pour ne porter aucun préjudice à mon ami, et ben, c'était raté !

Au même instant, accoudé à la rambarde de son balcon, le bureaucrate en question repensa à la conversation qu'il avait eu deux jours plus tôt avec Cameron et les propos qu'il avait tenus en ce qui concernait Colleen .

  • Oui c'est ça .

Cette fille était vraiment étrange ; mon comptable m'avait pourtant averti qu'elle était un rien revêche et qu'il fallait la prendre avec des pincettes. Cependant, pour une raison encore indéterminée, cette situation m'émoustillait ; je sens qu'on va s'amuser. Seulement l'affaire était très sérieuse, rien ne devait mettre en péril mon projet ; était-ce vraiment une bonne idée ? M'accommoderai-je d'un tel comportement ?

  • Je m'appelle Saul MacClain et notre ami commun Cameron travaille effectivement pour moi .

D'ailleurs de quoi parlait-elle ? Une menace ? Une proposition malhonnête pouvait-elle être considérée comme telle ? Je n'aimais pas perdre mon temps en débats inutiles, je possédais seulement des arguments... percutants, imparables ! Ne comptez pas sur moi pour la parlotte, je laissais ça à ma cousine bien-aimée. Je chercherai donc plus tard les raisons d'une telle hostilité, déjà elle reprenait :

  • Bien, je suppose que ni vous, ni moi n'avons de temps à gaspiller alors... .

Nous sommes d'accord sur ce point, pensai-je ne faisant plus du tout attention à ce que la demoiselle pouvait bien raconter, et je l'interrompis alors, faisant mine de raccrocher :

  • Laissez tomber ! Je vais trouver quelqu'un d'autre ». Je prenais un risque calculé et avançai mon premier pion, comment allait-elle réagir...

Quoi ?! Je n'y crois pas ! À contre-cœur j'avais fini par accepter d'accorder une nouvelle faveur à mon blondinet et là, le type à qui j'étais censée rendre service m'envoyais balader ?! Je crois qu'il ne réalisait pas son erreur : il jouait avec le feu. Même si depuis le départ cette histoire sentait la merde à plein nez, une fois que j'avais donné ma parole, je ne revenais pas dessus ! J'avais déjà modifié mon emploi du temps de la fin de semaine pour ce mec alors il allait assumer jusqu'au bout.

  • Qu'attendez-vous de moi exactement ? rétorquai-je sans prendre le temps de réfléchir.

Oh ! Ça mord, on dirait! Je sentis dans sa voix devenue plus sourde, une détermination hors du commun. Si je prenais un plaisir sans nom à titiller une jeune femme que je ne connaissais que de réputation, il en allait du bon déroulement de la mission. Je devais m'assurer qu'elle mettrait toute son énergie pour la mener à bien. En tout cas, il semblerait que mes retrouvailles fortuites avec cet ancien camarade de primaire soient sources de futures réjouissances, ainsi que de dommages collatéraux que je m'appliquerai à gérer. L'animal semblait farouche, mais il était comme les autres, une fois qu'on cernait sa personnalité, il était plus aisé de l'apprivoiser.

Il fallait que je pensasse à remercier Cameron pour ses précieuses recommandations. Je manquais cruellement de temps pour parvenir à mes fins et quand il m'avait annoncé connaître la personne idéale pour m'aider, j'avais répondu favorablement à sa requête. Je n'avais pas cherché à connaître les méthodes qu'il emploierait pour ce faire, ne m'inquiétant que du résultat. Et ce joyeux luron y était arrivé en un temps record, pourtant cela en aurait rebuté plus d'une, ce qui m'amenait à croire que ma colérique compagne ne connaissait pas tous les tenants et les aboutissants de l'histoire. Je devrais donc moi-même l'éclairer ; mais pas maintenant. L'urgence était d'obtenir de sa part une totale coopération et pour cela je me fiai au portrait qu'avait dressé Cameron de son amie. Mon plan était simple : provoquer intentionnellement ladite personne, en la poussant dans ses retranchements, pour la faire revenir au galop. Ça fonctionnait du feu de Dieu !


  • Écoutez, j'ai besoin de quelqu'un qui soit prêt à obéir à mes instructions sans poser de questions et à défendre mes objectifs avec une motivation sans faille, car l'investissement dans ce poste doit être total. Je me rends bien compte que vous êtes réticente donc j'en conclus que vous ne correspondez pas à ces critères, expliquai-je avec un soupir contrit, malheureusement il vaut mieux que vous oubliez toute cette histoire et...
  • Je marche ! » intervint ma proie du moment. Etait-ce de la colère que j'entendis dans sa voix ? Non... du défi ! Plus que quelques mouvements et je gagnais la partie.

Maudite langue ! Celle-ci m'avait trahie une nouvelle fois. Il n'y avait rien à faire, c'était plus fort que moi, je ne pouvais rester les bras croisés face à une telle provocation. Pourquoi avais-je le sentiment désagréable de m'être faite piéger en beauté...

J'aurais sans aucun doute dû prêter une oreille plus attentive à ses explications car je ne serais pas en robe de cocktail légère, dehors, à patienter difficilement dans le froid.

À cet instant, je détestai mon tempérament impétueux et ma fierté mal placée, je serais alors sous un plaid à siroter un chocolat chaud tout en bûchant sur le dossier de nouveaux patients.

Tiens, j'entendis enfin le bruit assourdissant d'un bolide qui s'arrêta juste devant moi, et d'où je vis sortir, quelques secondes plus tard, le plus beau spécimen mâle qu'il m'avait été donné de voir et j'en avais vu, vous pouvez me croire. Il était plutôt grand, les cheveux brun foncé avec des longueurs encadrant son visage à la carnation d'albâtre, un physique de mannequin et les iris de ses yeux étaient aussi noirs que la nuit. Il était d'autant plus remarquable que son smoking sur mesure mettait parfaitement en valeur sa large stature et la finesse de ses hanches. Tout à coup, ça me dérangeait moins de m'imaginer l'embrasser...

  • Qu'est-ce que vous attendez, montez ! On n'a pas toute la soirée .

Euh, j'avais bien entendu, il se foutait de ma gueule ou quoi ? J'étais là moi ! Oh ! Il allait m'entendre, mais pour l'instant je montai sans discuter, mon hôte me tenant la portière passager ouverte. Gentleman ! Cependant il m'avait déjà eue une fois, c'était à mon tour de mener la danse. Il démarra en trombe le véhicule.

  • Bien, on va mettre les choses au point tout de suite entre nous, commençai-je, j'ai accepté ce boulot pour rendre service à notre ami commun, mais à la moindre marque d'irrespect de votre part, je vous plante en plein milieu de votre soirée sans aucun état d'âme.
  • J'entends bien vous accorder le respect que vous êtes en droit d'attendre. De mon côté, je vous demande de me faire confiance, d'abonder dans mon sens en présence de mes collègues, des membres du conseil d'administration et de mes amis.

  • J'ai le rôle d'une potiche quoi, dis-je avec un sarcasme qu'il semblât percevoir car j'eus droit à un regard glacial.

  • Vous êtes bien plus que cela, ces mots me firent frémir de plaisir, mais je n'ai pas le temps de vous établir une liste exhaustive de tout ce que vous serez amenée à faire ou d'épiloguer sur l'importance de votre participation, il fit une pause et soupira ; je sentis une certaine tension habiter son corps. Nous sommes arrivés.

Il stoppa la voiture devant l'entrée d'un magnifique palace et un voiturier était en train d'approcher rapidement.

  • Nous sortons ensemble en secret depuis six mois, très amoureux, on officialise notre relation ce soir. Tutoyez-moi.

En descendant de la Bugatti , un brin agacée, je me mis tant bien que mal dans la peau du personnage:

  • J'ai vraiment hâte, mon sucre d'orge. Mufle !

  • Après toi, ma colombe . Mégère !

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