Chapitre 43

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* * *

Je trainais sur le chemin de promenade qui longeait la plage et serpentait au milieu des dunes. Parfois, la brise soulevait le sable pour l'emporter à son gré et former de petits monticules au bord des herbes sèches.

Aujourd’hui, j’avais décidé d’affronter ma grande ennemie : l’eau.

En réalité, c’était Noah qui m’avait poussé à cette expérience. Pas commencée, je le regrettais déjà. Je quittai le chemin tracé pour couper à travers le sable, rejoignis le rivage et la vaste étendue d’eau salée qui me menaçait de sa toute-puissance. Détournant le regard, j’étalai la serviette-éponge toute neuve et ôtai les sandales que je plaçai, bien serrées l’une contre l’autre, sur le côté de la serviette. Jaugeant minutieusement l’emplacement, je peaufinai à nouveau la distance qui séparait ladite serviette des petites sandales perlées et réajustai de quelques millimètres la disposition parfaite.

─ Ça ne sert à rien de retarder le moment d’entrer dans l’eau en rangeant tes godasses comme un architecte.

Je lui jetai un regard assassin en grognant bruyamment, déclenchant le plus fort rire moqueur que je n'avais jamais entendu.

─ Déshabille-toi.

─ Ce n’est pas comme ça qu’un gentleman s’adresse à une dame, très cher, dis-je en levant le menton, les lèvres pincées.

Noah s’agenouilla à côté de moi, tout sourire.

─ Tu n’as rien d’une dame, très chère. Et je suis loin de ce qui pourrait ressembler à un gentleman. Alors, vire tes fringues et amène tes grosses fesses dans l’eau.

Noah avait un talent certain. Celui de pouvoir me faire enrager en un minimum de temps et un maximum de fois. Si je ne me noyais pas aujourd’hui, je lui ferais la peau, c’était certain. Mais auparavant, je me penchai sur son oreille, réprimant toute ma haine.

─ Chaque fois que tu me dis de retirer mes vêtements, ça m’excite terriblement. J’ai envie de toi, Noah…

Il se recula brusquement en fronçant les sourcils, toujours agenouillé près de moi.

─ T’es sérieuse ?!

─ C’est quoi le masculin de gourdasse ?

J’éclatai de rire tandis qu’il me prenait par la taille pour me caler dans ses bras. Lorsque je compris que ma punition serait un bain forcé et toute habillée, la panique me gagnait déjà et je hurlais, le frappais, le griffais et le mordais dans l’unique et ultime but d’y échapper, mais rien n’y faisait. La plage isolée et désertée en cette fin de journée résonnait de mes cris dans toute la crique.

Je tressaillis au contact du liquide froid sur mes reins, et une seconde plus tard, je m’envolai, légère comme le vent, pour retomber lourdement deux mètres plus loin. La peur m'assaillit au moment où l'eau froide se refermait sur moi. Je me laissai couler jusqu’au fond pour me retrouver assise sur un parterre de sable avant d'ouvrir les yeux. Tout était d’un bleu clair opaque et je ne voyais guère plus loin que le bout de ma jambe. Sous moi, une dune malléable qui filait entre mes doigts. Je me retrouvais flottant entre deux eaux, le corps entrainé dans des bercements maternels, suspendue  dans un effet d’apesanteur, admirant les fines bulles s’échapper de moi comme un collier de vie rejoignant les cieux.

Sortant de ma transe hypnotique, je sentis que l’on m’arrachait violemment de ce fluide élémentaire. Mon corps semblait s’opposer à cette pression naturelle lorsque je remontai à la surface.

Je respirai à nouveau.

─ Mais qu’est-ce que tu foutais ?! Pourquoi tu ne remontais pas ?!

Je glissai dans ses bras pour m’agripper à celui qui m’avait extirpé de ce monde silencieux et l’entendis rugir des reproches, chargés d’une peur non voilée.

Nous nous rapprochions du bord et je me rendis compte alors de la distance qui nous en éloignait. Mon cœur se mit à battre rapidement, comme si l’angoisse, absente de mon esprit fantomatique quelques minutes plus tôt, prenait possession de moi à l’instant. Et je m’éveillais. Et je revivais. Pleurant sans le lâcher.

De l’eau jusqu’à la taille, je m’agrippai toujours à mon bourreau comme à une bouée de survie. Je le haïssais intérieurement de toutes mes forces, mais ne pouvais m’en éloigner, assaillie par des soubresauts émotifs.

Des murmures, des supplications de pardon, des excuses puis ses lèvres sur les miennes et mes jambes s’enroulèrent autour de ce corps hâlé détestable et magnétique. Je ressentais le besoin de lui, incompréhensible et violent, urgent et animal. Il me pressa contre lui et nous nous enfoncions dans l’eau jusqu’aux épaules tandis qu’une chaleur me parcourait pour se diffuser tout autour de moi.

J’ouvris les yeux. Au bout de la plage, assis sur le muret à quelques mètres de nos serviettes de bain, un enfant nous regardait.

Noah l’avait remarqué au même instant. Tout autour de nous, personne. Une plage déserte.

La force de l’eau nous entrainait vers le bord. Je me laissai basculer sur le sable, caressée par le mouvement des vagues, enfiévrée par ses baisers salés, chauds, doux qui envahissaient mon âme en s’immisçant en moi avec délectation.

Je l’entendis grogner alors que je me cambrais contre lui.

─ Je vais dire au gamin de se barrer. Attends-moi ici, sans bouger, sans te noyer, sans choper le typhus ou la peste noire. C’est possible ?

Je ricanai en le voyant se lever à contrecœur pour disparaître de ma vision, en direction du sable sec et chaud. Je roulais sur le ventre, le menton appuyé sur la paume de mes mains, les jambes ondulant aux caprices des vagues qui s’échouaient sur moi. Noah s’approchant du gamin qui ne bronchait pas. Fermant les yeux, je me remémorais ces derniers jours et l’évolution étrange du lien qui m’unissait à Noah. Je n’aurais su dire si cette attirance nauséabonde reflétait un désir naturel ou s’il me jetait dans un émoi artificiel. J’éprouvais pour lui des émotions fortes dont je ne savais pas que faire. Je savais que ce malaise était largement partagé.

Quelques longues minutes plus tard, Noah revint, l’air renfrogné. Je jetai un regard en direction de l'enfant, toujours assis sur le muret. J’étais trop loin pour discerner les traits de son visage.

─ Il est tard, il faut rentrer.

─ Qu’est-ce qui se passe ?

─ Rien. Mais on rentre.

─ C’était qui ce gamin ?

─ C’était personne. Allez, range tes affaires, on s’en va.

Je me tournai à nouveau vers le muret. L’enfant avait disparu.

* * *

Je sortis de la douche, enveloppée dans un peignoir de bain en éponge très épais et moelleux. Le col remonté pour me faire un nid, j’y enfonçais mon cou, tout en longeant le couloir qui traversait l’ensemble de l’appartement. Le carrelage, tiédi par la chaleur de la journée, glissait sous mes pieds mouillés. Je pénétrai dans la chambre en arpentant le tapis de laine. Balançant les vêtements déjà nettoyés sur le fauteuil en rotin, je me laissai tomber sur les draps frais, les yeux au plafond, les bras en croix. La suspension en papier froissé, accrochée par un fil au-dessus de moi, flottait doucement au gré de la brise marine qui s’engouffrait par la fenêtre ouverte du troisième étage.

─ Noah…

─ Mmm ?

Depuis notre départ de la plage, il m’ignorait royalement. Mais je savais que j’avais encore beaucoup à apprendre sur les rapports humains, la communication et le langage non verbal. Je trouvais juste cette facette très compliquée. Noah était lunatique et pas toujours pour une bonne raison.

Je tournai le visage vers lui. Plongé dans la lecture d’un livre qu’il avait déniché dans la bibliothèque du salon, le drap recouvrant ses jambes, il ne me prêtait aucune attention.

─ C’est intéressant ?

─ Mmm.

─ Je m’ennuie.

─ Dors.

Je soupirais en étirant mes bras au-dessus de la tête. Je n’avais pas l’intention de dormir.

─ Tu m’as dit l’autre fois que tu devais me conduire à quelqu’un. C’était qui déjà?

─ Mmm.

─ On peut y aller ce soir ?

─ Attends…

Je soupirai à nouveau en m’asseyant sur le rebord du lit et regardai tout autour de moi dans l’espoir de trouver une occupation. Mais je n’en voyais aucune. Je me levai et ôtai le peignoir avant de sortir un marcel et une culotte de coton de mon sac à dos et les enfilai. Consciencieusement, je rangeai les vêtements propres de la journée au fond du sac avant de le refermer puis le lançai sur le fauteuil.

Sur le lit, toujours cet inconnu impassible et dédaigneux qui oubliait jusqu’à mon existence.

Je lançai le peignoir sur Noah de toutes mes forces et il se mit à jurer en le jetant sur le carrelage, juste avant de reprendre sa lecture, les sourcils froncés. Je scrutais l’image du parfait vieux con.

─ Qu'est-ce que tu veux ? murmura Noah sans lever le nez du livre.

─ Attirer ton attention.

─ C’est fait.

─ Que tu t’occupes de moi.

─ Je suis pas ta nounou.

Je montai à genoux sur le lit et m’avançai en dandinant maladroitement dans la démarche sexy du manchot en rut. Passant une jambe par-dessus les siennes, je m’assis à califourchon sur ses cuisses en l’entendant longuement soupirer derrière la couverture du livre. Le dos calé sur les oreillers posés contre le mur, il se cachait derrière l’encre des mots.

Je posai l’index à l’intérieur du livre et le basculai vers moi, découvrant le regard amusé de monsieur-jamais-content.

─ Gamine…

Je me penchai sur lui, ignorant totalement le bouquin que j’écrasai entre nous deux.

─ Je suis née il y a quelques mois à peine. Et c’est quoi la tienne d’excuse ?

─ Mon excuse à quoi ?

─ Tu changes chaque minute. J’ai l’impression d’être en compagnie d’un schizophrène. Vous êtes combien là-dedans ? questionnai-je en pointant sa tête de mon index.

Libéré du roman, il prit mon visage entre ses mains et déposa un baiser sur mes lèvres.

─ J’aimerais vraiment que nous soyons amis, Sidgil.

Je penchai la tête pour mieux me concentrer sur ses paroles qui se répétaient en boucle dans mon esprit. Nous étions déjà amis. Officiellement. Même si par moments, nous basculions vers une relation plus intime, alors qu’à d’autres, nous devenions de vieux ennemis.

Sans un mot, je me nichai dans le creux de son épaule pour respirer l’odeur de sa peau mêlée à celle du gel douche. Je sentis ses bras ceinturer tout mon corps, ses lèvres embrasser mon cou.

* * *

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