Chapitre 42

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* * *

Noah nous avait menés vers le bord de mer, proche d’un appartement où les propriétaires, partis la veille, seraient absents pour trois semaines. Les restaurants étaient ouverts de ce côté de la ville et les bourrasques avaient cessé en même temps que ma bonne humeur revenait.

Le soleil surveillait les touristes inconscients pour les effleurer violemment, laisser sa trace insidieuse et désirée sur chaque parcelle de peau exposée.

Nous étions installés sur des chaises recouvertes de coussins bleus, au milieu d’une vaste place face à la mer. Sa peau bronzée rayonnait au soleil.

Je le vis se mordre la lèvre en souriant, caché derrière ses deux écrans opaques.

─ Qu’est-ce qui te fait sourire ?

Il se mit brusquement à rire et rapprocha son siège de la table qui nous séparait.

─ Laisse-moi te mater en silence, emmerdeuse.

─ Mate quelqu’un d’autre, gros débile.

Je changeai de position, mise mal à l’aise par les regards appuyés et amusés que je devinais.

─ J’ai l’impression que tu connais bien cette ville, tu es dans la région depuis longtemps ? tentai-je pour changer de conversation.

─ À la louche, je dirais une quarantaine d’années.

─ Quoi ?! Mais tu as quel âge ? Je pensais que tu étais tout juste majeure !

Noah me sourit largement en retirant ses lunettes.

─ À peine majeur ? C’est toi qui dois être à peine majeure.

─ Et tu es d'où normalement ?

─ Pas de question sur le lieu et l'époque de naissance, je te rappelle, dit-il en me lançant un clin d’œil.

J’avais oublié ce détail. Je me demandais vraiment l’âge qu’il avait et d’où il venait. Enfin, d’où Tara venait.

─ Personne ne connait rien à ton ancienne vie alors ? Ça ne te manque pas cette rupture avec ta vie d'avant ?

─ Oui et non.

─ C'est-à-dire ?

─ Oui, quelqu'un connait ma vie d'avant. Et non, elle ne me manque pas du tout.

─ Je suis surprise. Je pensais que tu n’avais pas d’amis. Qui a la chance de connaitre tes secrets ?

─ Cette personne est le Guide, dit-il en se penchant vers moi. Il nous conduit tous vers le but même de notre existence. C'est lui qui m'a envoyé à toi. Il m'a choisi pour t'accompagner et t'enseigner tout ce que je sais. Tu n'imagines pas à quel point c’est un honneur d’avoir été choisi. Ce n'était pas un hasard. Il a attendu que je naisse, il m'a cherché. Il a ensuite attendu que je me révèle. Et lorsque le moment est venu, il m'a envoyé ici en me disant que je devais te trouver dans cet hôpital ce jour-là, et que j’allais devoir te protéger, t'enseigner la survie, t'armer pour la suite. Ensuite, lorsque ce serait fait, je devrais te conduire à ton protecteur. Je sais qu'on ne restera pas toute la vie ensemble, je ne suis que de passage dans ton existence, mais j'assume mon rôle participatif.

Je bus une gorgée de vin blanc sans le quitter des yeux. Comment pouvait-il croire en ces idioties de mission, de guide et de-je-ne-sais-quoi ? Sa naïveté m’attristait.

─ Qui est cet homme au juste ? C’est le gourou dont tu me parlais la dernière fois, je suppose ?

─ C’est le même. À cette époque, il se faisait appeler Merlin.

Je me mis à rire et faillis m’étouffer en avalant de travers. Reprenant mon souffle, je riais encore malgré l’air vexé qu'affichait Noah.

─ Je suis désolée. Mais vraiment, Merlin est un personnage inventé de toute pièce par un auteur qui a romancé une période de l'Histoire au temps des croisades. Il n'existe pas. De la même façon que n'existe pas le roi Arthur, Lancelot et les chevaliers de la Table Ronde. C'est une légende.

─ Tu auras l’occasion de le voir et tu changeras d’avis. Fais-moi confiance.

─ Et d'après toi, pourquoi ton Merlin s'intéresse à ma petite personne ?

─ Aucune idée. Peut-être es-tu importante ? Tu l’es certainement, sinon pourquoi m’aurait-il confié cette mission ? Je crois qu’il pourrait répondre à tes questions, celle que tu te poses sur ton identité. Moi je dois juste te conduire à quelqu’un qui prendra le relais. Je n’en sais pas plus.

─ Tu peux sans doute me dire à qui tu dois m’emmener ? Un autre métamorphe comme toi ?

─ Je dois te conduire à un homme qu’on appelle Lancelot. Il sera une sorte de garde du corps pour toi, ton chevalier.

Involontairement, je secouai la tête. Cet homme était dingue et j’étais déçue.

─ Tu sais, je ne crois pas en tout ça. Les dieux et les lutins ça ne fait pas partie de mes croyances. Je n'ai vu personne lancer des éclairs, du feu ni même des bulles de savon. Je n'ai vu ni croisé aucun dieu. Kyros est juste un gros taré qui veut ma peau pour je ne sais quelle raison. S'il y avait un dieu dans ce monde, il interviendrait pour sauver les humains, non? Les gens souffrent partout, certains meurent de faim, de froid, de solitude. Le vice est omniprésent. Lorsqu’on voit une personne nue, on ne voit pas le corps dans sa splendeur, on y voit le mal, le sexe et la saleté. C'est parce que nous avons ce vice et il vit dans nos yeux. S'il y avait un dieu, tu ne penses pas qu'il ferait changer les choses ?

─ Tu as raison, il ferait changer les choses. Mais comment s’y prendrait-il ?

─ Il enverrait un ange ou un messager. Ou bien il écrirait un message quelque part. Il nous donnerait des signes, il nous montrerait, nous illuminerait pour nous dévoiler le chemin. Ou il nous filerait une baguette magique, plaisantai-je.

Le serveur revint en déposant deux tasses de café et l’addition.

─ À un moment de l’Histoire, les Dieux ont perdu leurs pouvoirs. Ici et maintenant, ils n’en ont aucun. Tu pourrais tout aussi bien croiser l’un d’eux sans le distinguer d’un simple humain. C’est pourquoi, toi comme les autres, avez l’impression que les dieux n’existent pas. En ce qui concerne le message ou la baguette magique, qui te dit que ce n’est pas toi ?

─ Moi ? Un message ? Mais je n’ai rien à dire moi ! riai-je. Je ne sais même pas qui je suis alors savoir qui sont les autres, tu penses bien !

─ Pourtant, tu viens de nulle part, tu ne te souviens pas de ta vie d’avant, aucun proche ne te recherche mis à part celui qui veut te faire la peau et ton prénom signifie « signe magique », en druidique. Donc je pourrais émettre l’hypothèse que si les Dieux existaient, s’ils voulaient envoyer un message pour guérir le monde des fléaux, ils auraient pu décider d’envoyer leur propre vaccin : toi.

Je le dévisageai, interdite. Je ne savais pas si je devais exploser de rire ou le faire enfermer. Mais je restai là, bouche bée devant ses délires.

─ C’est ce que tu crois ? demandai-je enfin.

Il haussa les épaules sans répondre et but une gorgée du liquide brûlant et amer.

─ Quel message aurais-je à transmettre ? Je ne sais même pas à quoi sert ce que tu appelles « talent ». Le mien ne me plait pas. Je ne pourrai jamais avoir une relation normale avec quelqu’un.

Noah reposa la tasse et tapota sur la surface vitrée du bout des doigts, sur un rythme saccadé. Il me stressait.

─ J’aimerais parler de ton talent, justement. Tu ne sais pas vraiment à quoi il sert et d’après ce que j’ai pu observer et endurer, tu ne le contrôles pas du tout. Il semble être dans un stade embryonnaire et j’aimerais t’apprendre à t’en servir. Pour commencer, je pense que ce qui s’est passé dans la chambre d’hôtel a dû forcément arriver avec Marc. J’ai raison ?

J’acquiesçai, sans un mot.

─ Raconte-moi, lâcha-t-il froidement en croisant les bras sur sa poitrine.

─ Tu veux que je te raconte quoi ?

─ Tout ce qui s’est passé au moment où tu as ressenti cette attraction avec Marc. Il faut que je sache pour t’aider.

Je m’installai un peu plus confortablement dans le fauteuil en tissu.

─ Et bien, au début, Marc me fuyait. Quelque chose l’effrayait en moi et je ne savais pas de quoi il s’agissait. Nous étions très attirés l’un par l’autre, mais au moment de passer à l’acte, il pétait un plomb. Jusqu’à la fois où nous avons pu aller jusqu’au bout.

─ Sais-tu si tu aspirais quelque chose en lui ?

─ Nous n’en avons jamais parlé avec Marc. C’est pourquoi je pensais que c’était normal. J’ai ressenti la même sensation qu’avec toi : une chaleur intense qui m’envahissait, un désir quasi mystique, le manque de contrôle…

─ Et qu’as-tu observé ? Un changement ? Quelque chose de visible ?

─ Je ne saurais te dire. La première fois, c’était…c’était violent, murmurai-je en éprouvant un profond sentiment de culpabilité.

Son regard s’était durci un peu plus et je fuis ses yeux par crainte d’être jugée sur un acte que je n’avais pas commis.

─ Lorsque je me suis réveillée, au matin, il avait changé. Il n’était plus le même.

─ C’est-à-dire ?

─ Il n’avait plus… cette lueur… dans les yeux. Il était devenu plus humain, plus tendre. Il riait, voulait me protéger. Il était différent. Mais je n’ai plus jamais ressenti cette attraction les autres fois. Les envies étaient devenues largement contrôlables.

Il me dévisageait toujours froidement, sans décrocher un mot. Je ne parvenais même pas à savoir ce qu’il pensait de moi. Et j’étais surprise de me rendre à l’évidence que son avis comptait, alors qu’il n’aurait pas dû.

─ Tu as connu d’autres hommes avant lui ?

─ Le médecin de l’hôpital. Stéphane.

─ Et tu as couché avec lui aussi ?

─ Bien sûr que non, m’offusquai-je en écarquillant les yeux.

Pensait-il vraiment que je pouvais avoir une relation avec tous les hommes dont je croisais la route ? Je me sentais vexée. Mais en y réfléchissant plus attentivement, je me souvins qu’à cette époque, j’étais prête à aller vivre avec cet homme sans même connaitre quoique ce soit de lui. J’étais naïve. Mais guère plus que maintenant. Ce que Noah sous-entendait était vrai. J’étais probablement attirée par tous les mâles de la création. Talent pourri !

─ Et après lui ?

─ Entre Marc et toi, tu veux dire ? Et bien, il y a eu Melvin, dis-je en souriant pleinement. Mais avec lui, c’était moi qui étais attirée, lui ne ressentait rien. Un jour, un ami à lui est venu et il était comme envoûté. J’ai bien cru que Melvin allait l’abattre sur le champ !

Noah se rapprocha et s’accouda sur la table en verre, attentif.

─ Melvin ? Comment ça, Melvin ? C’est qui ?!

─ Oh… personne. Quelqu’un qui m’a renversé en voiture. Je suis restée chez lui pendant un mois avec des plâtres. Mais en voulant me les enlever, j’ai failli me noyer. C’est là que son ami est venu. Mais je sentais que j’étais de trop et comme je n’avais plus de plâtre, alors je suis partie.

Noah plongea son visage au creux de ses mains un moment avant de se redresser.

─ Putain, j’ai rien compris. Bon, je ne veux pas savoir qui est ce Melvin. Il faut juste trouver un lien entre Marc, le copain du mec qui a failli te tuer et moi. Et savoir pourquoi l’autre n’y a pas été sensible.

─ Je crois qu’il avait une copine.

Noah haussa les épaules comme si ma remarque n’avait pas d’importance et vida la tasse.

─ Et bien, si ton talent peut rendre Marc gentil, il faudrait envisager de séduire Kyros à son tour, lâcha-t-il avec nonchalance. Il est déjà obsédé par le fait de te retrouver.

Il me regardait sévèrement et la lueur malicieuse au fond de ses yeux semblait définitivement disparue.

Je penchai la tête, comme si ce geste allait me donner un autre point de vue sur ses pensées. J’essayais de comprendre. Mais je ne savais même plus si toute cette conversation avait un sens.

─ Kyros n’est obsédé par rien ni personne, si ça ne lui rapporte pas quelque chose, précisa Noah devant l'incompréhension que j'affichai. Normalement, il aurait dû lancer une mise à prix sur ta tête sans se préoccuper de ce qu’il adviendrait de toi. C'est de cette façon qu'il procède habituellement. Je pense qu’il a dû ressentir quelque chose émanant de toi. Il sait que tu es exceptionnelle.

─ Et tu en conclus quoi ?

─ J’en conclus que tu as quelque chose qu’il veut. Reste à savoir si ce que tu possèdes causera sa perte ou la tienne.

* * *

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