Chapitre 40

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* * *

Surplombant la métropole, au bord du muret, j’avais l’impression de voler. Le vent fouettait mon visage. La vue était magnifique. D’un côté, les collines délimitaient la ville dans un écrin de verdure. De l’autre, la mer à perte de vue. J’imaginais ce berceau de civilisations accueillant de gros navires à travers les âges, des nefs aux galères, des pirogues aux caravelles, des galions aux chebeks. J’aurais tellement voulu, pour une fois seulement, visiter le passé et admirer ces merveilles que j’avais découvert dans les livres d’Histoire. Toutes ces personnes et ces inventions qui avaient participé à créer la vie d’aujourd’hui…

Derrière, se dressait la basilique de la ville, celle que les habitants d’ici priaient pour le retour de la personne aimée, souvent un marin, un père, un fils, un frère. Tel un diamant, perchée sur un rocher, fière, elle dominait la baie avec la grâce d’une muse et la force d’un soldat. Celle sur qui l’espoir des familles avait reposé, durant des siècles, était toujours là aujourd’hui, prête à se battre pour tous les ramener sains et saufs.

Sur le mur, quelques trous témoignaient d’un combat, celui par qui tout avait commencé, celui qui avait voulu anéantir la liberté et la vie, qui avait marqué l’histoire contemporaine. Celui, par qui le mal était arrivé et n’était, en réalité, jamais reparti. Je regardais ces trous dans le mur, ceux que j’aurais pu toucher et j’avais envie de pleurer.

Le vent se leva, des bourrasques balayaient le parvis jusqu’au pont-levis. Quelques feuilles de papier s’envolèrent. Une page où était inscrite une prière retomba quelques mètres plus bas, sur le toit d’une voiture.

Au loin, les bateaux rebroussaient chemin. Sur le bord des îles, des dentelles se découpaient en un millier d’écumes. Les mouettes affrontaient les courants aériens qui les avaient surprises.

Une larme coula le long de ma joue tandis que je m’approchai du mur. Une inscription y était gravée. Je ne pouvais pas la lire, tant ma vue se brouillait dans les larmes. Avec discrétion, j'essuyai mes yeux et perçus les écritures plus distinctement.

« À Madeleine S. décédée à l’âge de 5 ans par un impact d’obus – 26 août 1944 »

Une rafale arracha le foulard d’une vieille dame, le soufflant jusqu’en haut de la tour, se déchirant au contact de la statue ensoleillée et poursuivit son chemin dans les airs, comme autrefois les vaisseaux partaient en croisade.

J’imaginais les bombes et les mortiers, les coups de canon des chars d’assaut, les pleurs des habitants qui se terraient dans leurs caves, espérant la mort les épargner cette fois. J’imaginais cette petite fille hurler le nom de sa mère, immobilisée par le bruit des sifflements dans le ciel qui annonçait l’Enfer s’abattant sur Terre. J’imaginais ce début de vie lever les yeux vers le néant, comme dans une prière, et ce feu métallique lui traverser la chair…

Des bras m’enlacèrent et je reconnus l’étreinte rassurante de Noah qui me détourna du mur pour m’entrainer de l’autre côté du parvis.

─ La guerre prend des vies et laisse des larmes. Viens, je vais te faire visiter la ville, vue d'ici.

Nous passâmes une partie de la matinée à situer les rues, l’hôtel de cette nuit, l’immeuble où nous avions dormi pour la première fois ensemble, la maison en haut de la falaise, le Vieux-Port, le parc Borely, la Canebière et l’immeuble du Corbusier.

Noah me faisait découvrir l’intérieur de la basilique où il trouvait mille anecdotes à me conter, de la crypte austère à la boutique d’objets religieux.

Le mistral, levé brusquement sur la ville, redoublait sa force et son souffle glacial, fouettant ma peau sans ménagement. En robe, je commençai à ressentir le froid s’accrocher à mes os comme un parasite. Nous étions appuyés de dos contre un muret, l’un près de l’autre, admirant les collines qui formaient un bassin tout autour de nous et qui changeaient d’aspect avec la luminosité du ciel.

Je me blottis dans ses bras, posant mon visage sur son torse. Il m’enveloppa aussitôt, me protégeant du froid et du vent.

─ Noah, ça fait deux jours que tu es comme ça.

─ Je sais.

─ Tu ne devrais pas redevenir toi-même ?

« Être ou ne pas être, telle est la question », répondit-il en citant Shakespeare.

─ Sérieusement. Tu as dit que la dernière fois ça avait été un cauchemar.

─ C'est vrai. Mais là, c’est pas le cas.

Il avait une odeur de peau différente depuis qu’il était Noah. Blottie contre lui, je le respirais.

─ Tu veux que je redevienne Tara ? demanda-t-il.

─ Je ne sais pas… tu as envie toi?

Il soupira bruyamment avant de déposer un baiser sur ma tempe.

─ Je crois que Noah est vraiment ce que j'ai envie d'être pour l'instant.

─ Pourquoi ?

─ Parce que Tara n'aurait jamais pu te prendre dans ses bras de cette façon.

Je le serrai plus fort. Noah était devenu un rocher au milieu de mon océan de solitude, mon seul repère dans cette vie décousue, la seule personne que je connaissais et à qui ma vie importait. Il n’était pas parfait. Mais il était lui, tout entier, sans tricher, sans masque.

─ Il faut que tu redeviennes Tara, dis-je malgré moi.

─ T'es sérieuse ?!

─ Noah n'existe pas. Tu es Tara, avec une autre apparence. Alors tu dois retrouver l'image que tu as depuis toujours.

Il détacha ses bras et se dégagea, brûlant de mon contact. Il souriait, mais c’était de l’incompréhension que je lisais dans son regard et il tituba un instant, comme si mes mots l’avaient assommé.

─ Putain, Sidgil t'as rien compris !

Je le regardais, interdite, ressentant sa souffrance. Les larmes qui montaient éteignaient son regard de braise, comme si la mort venait de frapper. 

─ Explique-moi…

─ Je suis moi ! Je suis Noah ! Ce n'est pas simplement une transformation physique. Je suis changé de l'intérieur aussi. Je ne suis plus Tara. J'ai choisi qui je voulais être, et non comment j'ai été créé. Tara ce n'est pas mon choix, c'est mon état.

Il plaqua la main contre sa bouche, comme s'il ne pouvait terminer ses explications.

─ Continue, Noah…

─ Je croyais que tu avais compris ! Tant que je suis là, Tara est en veille. Et quand Tara reviendra, je disparaîtrai pour toujours. Lorsque tu me demandes de partir, c'est la mort dont tu m'adjures.

Je lui pris les mains pour le réconforter et me faire pardonner, mais il les retira brusquement.

─ Laisse-moi !

Je n’eus que le temps de voir la naissance d’une larme avant qu’il ne se retourne pour disparaître dans la foule au milieu du parvis de la basilique.

─ Noah ! Attends Noah ! Ne pars pas !

Je me précipitai au milieu des touristes et des pèlerins, les poussais, les dévisageais. Je crus voir un t-shirt bleu azur, mais ce n’était pas lui. Une chevelure brune, mais c’était une femme. Je me ruai au-dessus du muret pour regarder l’un des chemins goudronnés qui permettaient aux voitures de gravir la colline, mais il n’y apparaissait pas. Je m’élançai sur l’autre versant, espérant l’apercevoir sur les marches qui descendaient jusqu’au centre-ville, mais il n’y avait pas plus de t-shirt bleu et pantalon en jeans que de chevelure brune et indisciplinée.

Je l’avais perdu.

* * *

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Ressent-on suffisamment la détresse de Noah à travers ses réactions?

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