Chapitre 39

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* * *

Nous prenions le café sur la terrasse d’un bar. Sans chercher plus loin, il y en avait un sur la placette devant l’entrée de l’hôtel. Derrière une paire de lunettes sombres, Noah prenait le soleil, affalé sur la chaise en plastique aux larges accoudoirs où reposaient ses bras déjà bronzés. Les images de la veille me revenaient en boucle et à chaque fois, je virai au cramoisi. Impossible de le regarder dans les yeux. Impossible de le regarder tout court. Depuis cette nuit, je ne le percevais plus de la même façon. Je lui découvrais une facette jusqu’alors insoupçonnée : il m’attirait. Ce crétin me plaisait. Celui à qui je rêvais souvent d’infliger les pires sévices devenait l’objet de mes fantasmes. Lorsqu’il était sorti de la salle de bain, j’avais simulé dormir en remontant le drap jusqu’en haut du menton comme une vieille bigote. J’avais senti le matelas s’enfoncer doucement et de nouveau, il s’était pressé contre moi, m’entourant de ses bras protecteurs, dans la position qu’il affectionnait particulièrement. Un baiser sur mon épaule, un autre dans mes cheveux, un soupir.

Et nous nous étions endormis, l’un contre l’autre, comme deux amis que nous n’étions pas. Ses mots prononcés avaient résonné en moi une grande partie de la nuit « qu’est-ce que tu es ». J’étais un monstre. Dans ses yeux et dans les miens. Une aberration de la nature. Une masse hormonale mal réglée. Une chose qui n’avait pas sa place dans ce monde. Je n’étais rien. Ni personne. Et lui le savait maintenant. Je ne voulais pas qu’il sache, je ne voulais pas qu’il me voie comme j’étais. Parce que ce reflet me faisait peur. Et j’en souffrais.

« Bonne nuit princesse... » avait-il murmuré.

Pourquoi n’avais-je pas le pouvoir de faire apparaitre la pluie ? Ou une pomme ? Un gâteau ? Ou encore, devenir invisible pour me cacher des autres, de lui ?

Non, moi je trainais le pouvoir de parodier le sentiment amoureux, l’attirance sexuelle. J’étais une sorte de déguisement paranormal, fabriquée de toute pièce par une nature moqueuse dans un but douteux et prédestinée à n’être réellement aimée de personne. J’écoutais une chanson d’un groupe d’adolescents une table plus loin dont le refrain s’insinuait lentement en moi, répétant inlassablement « Killing me… », en parfaite osmose avec mon état quasi dépressif.

Le serveur, qui avait déjà déposé les tasses de café, revint avec une corbeille de viennoiseries et deux verres de jus d’orange qui n’avait d’orange que la couleur.

─ Tu es bien silencieuse depuis hier.

Sa voix venue de nulle part me fit presque sursauter. Je l’entendis ricaner.

─ Tu es gênée, c’est ça ?

J’envisageais un étouffement au croissant.

─ On pourrait parler d’autre chose ?

Il ricana à nouveau. Je soupirai. Je ne voyais pas comment j’allais pouvoir me sortir de cette situation.

─ Allez, parle-moi. Dis-moi ce que tu as en tête en ce moment.

J’aurais dû prendre une paire de lunettes de soleil moi aussi. J’aurais pu me cacher derrière ces façades opaques. Il posa les siennes sur la table, entre le verre et la tasse.

─ Et regarde-moi, dit-il doucement en me tournant la tête par le menton.

Je trébuchai sur ses yeux de braise, en grognant.

─ Je suis un monstre et je n’ai pas envie que tu me regardes, Noah.

─ Quoi ?!

─ Tu as dit hier « qu’est-ce que tu es ». Et tu as raison, je ne suis pas normale. Plutôt une abomination.

─ Tu es en train de parler à quelqu’un qui change continuellement d’apparence. C’est qui le monstre à cette table selon toi ?

─ Tu n’es pas un monstre, Noah. T’es juste très con.

Je l’entendis se marrer.

Il se pencha sur moi et déposa un baiser sur ma tempe.

─ J’ai adoré ce qui s’est passé cette nuit. Et je suis prêt à recommencer dès ce soir en allant jusqu’au bout.

Je me tournai vers lui, complètement effarée de ce que je venais d’entendre.

─ Tu te fous de moi ?!

─ Oui, gourdasse, chuchota-t-il à mon oreille avant de se redresser.

─ T’es vraiment un crétin !

Il se pencha de nouveau et m’embrassa, sans raison, maintenant mon visage entre ses mains comme s’il voulait me faire disparaître. Il avait le goût amer du café et sucré du chocolat et je mis plusieurs secondes avant de réagir et le repousser.

─ Non, mais ça va bien là !

─ Chut… Kyros !

Noah m’embrassa encore, une main dans mes cheveux, cachant en partie mon visage. Par mes paupières entrouvertes, je voyais un géant aux cheveux longs mêlés d’or, de rouille et de charbon, balayer du regard la placette, debout devant une portière de Mercedes ouverte. Deux autres hommes le rejoignirent et échangèrent quelques mots avant de s’insinuer dans la masse. Ses cheveux rattachés en queue de cheval laissaient voir sa mâchoire musculeuse et son regard perçant dévisageait chaque client installé en terrasse.

J’avais peur et je serrai Noah sans m’en rendre compte. Il réagit en encadrant davantage mon visage et j’oubliais Kyros, ses hommes, les passants, les tables autour de nous. J’oubliais son regard, ses pensées, mes envies de meurtres. Et je glissais de nouveau dans son monde aux effluves iodés et musqués. Je sentais sa main effleurer ma poitrine, remonter le long de mon cou pour se saisir d’une poignée de cheveux et m’embrasser avec plus de passion.

J’ouvris à peine les paupières, peureuse de croiser le regard du géant, mais il n’était plus dans mon champ de vision. Je changeai de position et scrutai l’autre partie où aucun titan norvégien ne semblait s’être égaré.

─ Où sont-ils ? chuchotai-je sur ses lèvres.

─ Partis depuis longtemps, répondit-il en riant.

─ Je te déteste…

─ Je plaisante, ils viennent de partir dans la rue de la Palud. Et nous, on part tout de suite dans l'autre sens !

* * *

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