Chapitre 36

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* * *

La nuit était tombée depuis peu. La chaleur caniculaire perdurait malgré la disparition du soleil. Nous marchions sur une place piétonne pavée, entre deux pâtés de maisons. Des immeubles haussmanniens de part et d’autre. Les façades grisées par les pots d’échappement encadraient le paysage jusqu’aux cieux. L’air était lourd et chargé d’humidité polluée.

La circulation devenait de plus en plus fluide dans les rues. Les parkings souterrains se vidaient tandis que la journée se terminait dans les rares bruits des moteurs, arrêtés aux intersections. Les lumières des réverbères qui s’allumaient accompagnaient celles des habitations.

La dernière boutique tirait son rideau métallique. Il n’y avait plus âme qui vive dans les rues du quartier.

J’observais des silhouettes assises de l’autre côté de la rue, séparée en son milieu une étendue de pelouse. Il s’agissait peut-être d’un groupe de sans-abri. Et si c’était le cas, ils sauraient sans doute à qui s’adresser pour trouver un pied à terre. Je trouvais la tournure de mes réflexions peu logique. Pourtant, cet après-midi, cette théorie m’avait semblé plus pertinente.

─ Attends-moi là, je reviens, lâchai-je en me dirigeant vers eux, sûre de moi.

─ Non, n'y va pas seule.

─ Arrête ce ton faussement protecteur. Tu serais le premier à te marrer !

─ C'est clair, dit-il en souriant. Mais tu n’es pas prête.

Je contournai le terre-plein en ignorant ses avertissements, traversai la rue et approchai d’un pas tranquille le groupe d’hommes. Au fur et à mesure de mon avancée, je me rendais compte qu’il ne s’agissait pas de sans-abri, mais plutôt d’un groupe d’amis bien éméchés. J’hésitai un instant et au moment de rebrousser chemin, l’un d’eux me remarqua et m’interpella.

─ Hé ! Salut beauté… on fête l'anniversaire de notre copain, là, dit-il en désignant l'un d'eux. Tu veux lui faire un cadeau ?

─ Non merci, répondis-je en faisant demi-tour.

Il me contourna et se posta devant moi, me barrant le chemin. Coincée entre une barrière métallique qui entourait une zone de travaux et le mur du bâtiment, j'inhalai son haleine qui empestait l’alcool et ma respiration se bloqua instinctivement. Si j’avais gratté une allumette, j’en étais certaine, cet homme aurait pu se consumer en une combustion instantanée. Je couvris mon nez du dos de la main. L’air était était devenu irrespirable.

─ Un petit cadeau… c'est son anniversaire. Viens, sois gentille.

─ Non merci, laissez-moi passer.

L’homme était trop saoul pour comprendre le sens de la phrase et l’idée de refus. Il s’avança vers moi et je dus le repousser pour éviter de me retrouver contre lui. Il tituba puis revint à la charge, simplement concentré pour tenir debout.

Je le poussai de nouveau, prise en étau entre son odeur pestilentielle formée d’alcool et de transpiration, et l’odeur d’urine qui se dégageait des trottoirs. Mais qu’est-ce que je fichais ici ? Quelque chose qui ressemblait à un cauchemar prenait forme doucement.

Soudain, des bras m’enserrèrent les épaules et un souffle chaud et acide, caressa ma joue avant de chatouiller mes narines, me provoquant des haut-le-cœur.

─ Hé chérie, viens dans mes bras pour une danse…

J’essayai désespérément de me dégager, mais malgré le niveau élevé d’alcoolémie, l’homme était bien plus fort. Je devais me remémorer les cours de défense ; toutes ces journées à me prendre des coups ne devaient pas rester vaines. C’était le moment de les mettre en pratique. Je jetai un regard de l’autre côté de la route. Noah me regardait, appuyé contre un muret, les jambes et les bras croisés.

« Il doit bien se marrer »

J’assénai, rapide, un coup de coude dans l’estomac de l’homme qui me maintenait par les épaules, lui arrachant un cri sourd et tentai de me libérer de l’étreinte forcée pour chercher un espace de fuite. L’un d’eux, spectateur en retrait, le regard sombre, s’énerva en proférant des insultes dans un langage mi-humain, mi-alcoolique. Il sortit de la pénombre pour se révéler dans la lueur blafarde d’un réverbère grésillant, la démarche chaloupée d’un cargo en pleine tempête. Lorsqu’il arriva devant moi, sa main s’abattit sur ma joue et mon visage obliqua violemment.

Peut-être par la brutalité ou la surprise, j’étais sonnée.

Perdue au milieu de ces hommes transformés en bêtes aux instincts primitifs, leurs mains qui me serraient et me tiraient de toutes parts, je ressentais la douleur qu’elles m’infligeaient comme une torture. La joue brûlante irradiait le feu de la géhenne jusqu’aux racines des cheveux.

Profitant de mon état, l'homme qui m’avait bloqué saisit mon bras pour me jeter sur l’agresseur énervé.

─ Pourquoi tu tapes mon copain toi ? Pétasse !

Soudain, les six hommes me tirèrent dans tous les sens, chacun indépendamment. L’un devenait hystérique en empoignant mon bras tandis qu’un autre tentait de m’arracher le second. Mes cheveux furent tirés vers l’arrière alors qu’on attrapait mon t-shirt pour m’attirer en avant. Je me sentais écartelée vivante ! Je voulus crier, mais, comme lisant mes pensées, l’un des hommes plaqua sa main puante et moite sur ma bouche en écrasant mon épaule jusqu’à me mettre à genoux.

─ On t'a juste demandé de faire un cadeau alors fais pas ta précieuse !

Mes genoux touchèrent le sol granuleux et la main de cet homme désespérément ivre écrasait ma clavicule d’une rage non dissimulée. Je ne voyais plus rien au milieu de cette forêt de jambes, arc-boutée de force par les cheveux.

J’étais toujours aussi nulle en défense.

Tournant à peine la tête, j’aperçus, au milieu de mes agresseurs, Noah arriver calmement en traversant la route. Lorsqu’il disparut de ma vue, l’un des hommes fut propulsé en arrière et les autres me lâchèrent. Il en retourna un second par l’épaule et lui envoya un crochet qui l’assomma instantanément. Je ne vis pas les suivants s’envoler un à un avant d’atterrir plus loin. Le dernier à résister se retrouva le nez en sang, allongé sur les pavés.

Les six hommes gisaient au sol. Certains gémissaient tandis que deux d’entre eux s’étaient endormis, couchés sur le trottoir et ronflaient.

J’observais la main qu’il me tendait et finis par accepter son aide, me sentant idiote, incapable, mauvaise élève et toute une liste d’adjectifs aussi accablants les uns que les autres.

─ Allez ma belle, demain je vais t'apprendre à taper six mecs super courageux, en même temps.

Il passa son bras autour de mes épaules et m’entraina vers la fin de la rue.

─ Tu t'es marré ?

─ Pas du tout, gourdasse, répondit-il en m'embrassant la tempe.

* * *

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