Chapitre 35

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* * *

Des chuchotements, un bruit de porte qui se ferme.

J’ouvris les yeux, reconstituant les souvenirs de la veille. Je me trouvais dans un appartement. Un squat. Avec d’autres personnes. Des inconnus. La porte d’entrée en face, la fenêtre derrière. Ouverte, elle apportait un air froid et j'enfouis à moitié ma tête sous le drap de flanelle. Je me lovai davantage contre le corps qui me réchauffait, profitant de son bras sur mon ventre pour me nidifier.

D’un regard, je vérifiai que les autres colocataires d'infortune étaient toujours présents, ce qui était le cas. Notre hôte nous avait prévenus que l’un des couples devait quitter le logement vers sept heures du matin. Ils avaient rendez-vous pour obtenir un studio de couple, dans un foyer. Il faisait déjà jour et j’entendais le piaillement des oiseaux au-dehors.

Tout était calme, reposant, presque normal.

Pourtant, quelque chose me dérangeait. Mon esprit encore embué mit quelques minutes à se familiariser avec la situation.

─ Noah…

Il sommeillait profondément et il était peu probable que je puisse le réveiller en chuchotant. Je tentai de repousser son bras pour me retourner vers lui, sans succès.

─ Noah…, soufflai-je encore en lui donnant un coup de coude dans les côtes.

Il gémit et se dégagea enfin.

─ Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il encore endormi, en se frottant les côtes.

─ Est-ce que tu es un homme ce matin ?

─ Quoi ?!

─ Est-ce que ce matin tu es un homme ou encore une femme ?

─ Mais quelle heure il est ? De quoi tu parles ? Pfff

Sa tête retomba lourdement sur le sac qui lui servait d’oreiller.

─ Je voudrais savoir si tu te sens devenir un homme, là, tout de suite.

─ Ouais, je pense, parce que je me dis qu'une femme est en train de me casser les couilles. Ça doit être un signe.

─ Crétin. J’ai envie qu’on se lève et qu’on parte d’ici. Maintenant.

─ Oui d’accord…, marmonna-t-il avant de se rendormir.

Des bruits de draps, des chuchotements…

Les autres se réveillaient. Noah ne bougeait pas, moi non plus, puis il se rapprocha encore et je lui envoyai à nouveau le coude direct dans les côtes.

─ Arrête…, murmura-t-il.

─ Décolle.

─ Tu es pénible.

─ Pfff ça y est, tu me gonfles déjà.

Il passa son bras une nouvelle fois autour de moi pour m’attirer à lui. J’étais tiraillée entre la nécessité de garder les yeux fermés pour ne pas attirer l’attention sur nous et l’envie irrésistible de l’exterminer.

Je me retournai, ouvris les yeux et tombai dans les siens. Il m’accueillit avec une lueur malicieuse au fond de ses iris. À cet instant, je sus qu’il préparait un sale coup. Mais cet éclat faisait partie de lui. Les sales coups, il en avait une pleine besace, je le pressentais.

Il posa la main dans mes cheveux, ses doigts jouant dans mes boucles avec nonchalance. Je ne quittais pas son regard ennemi ni sa lèvre boudeuse qu’il mordait en souriant.

─ Quoi que tu prépares, oublie.

Nous n’étions qu’à quelques centimètres l’un de l’autre et j’en étais au stade d’envisager le meurtre par préméditation. Il ne me restait plus qu’à trouver mon arme.

Son visage disparut dans mon cou et je l’entendais ricaner, bêtement, comme le crétin qu’il était. Ses lèvres parcoururent ma peau, là où les battements de mon cœur faisaient écho et elles remontèrent jusqu’à l’arrière de mon oreille.

─ Qu’est-ce que tu fais ? grinçai-je, les dents serrées.

─ Je donne un alibi à notre couple, me susurra-t-il à l’oreille de sa voix grave.

─ Jusqu’où comptes-tu aller ?

─ Je ne sais pas… assez pour que ce soit plausible.

─ Tu te fiches de moi, en fait ?

Je le sentis rire à nouveau contre moi.

─ Ouais… complètement. Tu démarres au quart de tour et j’adore ça !

─ Je vais te péter les dents !

─ À l’allure où tu apprends à te défendre, je suis à l’abri…

Je lui pinçai les flancs de toutes mes forces et il partit dans un grand éclat de rire.

* * *

Après un copieux petit déjeuner, nous quittâmes l’appartement. Céline et son ami ne m’avaient pas lâché jusqu’à ce que nous partions. La tension était devenue étrangement lourde entre cet homme et Noah qui décida de ne plus revenir les nuits suivantes.

Proches de la mer, nous avions parcouru les étendues de pelouse verdoyante du parc Borely et traversé la roseraie pour nous échauffer. La matinée s’achevait dans les dernières minutes d’entrainement. Il n’y avait guère de promeneurs le matin en semaine, excepté quelques joggeurs. Les allées étaient vides, le lac et son îlot semblaient réservés aux cygnes et autres anatidés. Le coin isolé que Noah avait choisi ne pouvait l’être davantage.

Je profitai de la lueur du soleil dans ses yeux pour abattre un coup de poing de toutes mes forces.

─ Sidgil… plus fort. C'est nul là.

Je recommençai, puissamment, rassemblant toute ma volonté pour le faire taire. Il bougea légèrement.

─ Tu m'as fait plus mal ce matin avec tes petits doigts crochus. Recommence.

─ Non, j'en ai marre, je veux une pause.

─ Non pas de pause…

─ … parce qu'on ne fait pas de pause durant un combat, coupai-je. Oui, je sais, tu me l'as déjà dit. Mais ce n'est pas un vrai combat et je suis crevée.

─ Ok. On va combattre. Et tu auras droit à ta pause quand tu me mettras à terre.

─ Heu… te mettre à terre ? Je voudrais une pause avant ce soir quand même.

Il n’écoutait plus mes remarques et commença à frapper. J’esquivai les premières tentatives et tentai un coup de pied. Il recommença de plus belle et réussit rapidement à m’infliger un coup dans la cuisse, m’arrachant un cri. Ma jambe fléchit sous mon poids.

Il n’attendit pas que je me relève, me saisit par le bras et bloqua mes jambes pour me basculer à terre. Je me retrouvai sur le dos, couchée dans l’herbe humide et il posa un genou sur mon ventre pour me maintenir dans cette position.

─ Bam ! fit-il en imitant le tir d'une arme avec la main. T'es morte !

─ Pfff c'est trop dur, je n’y arriverai jamais. Je ne m'améliore même pas.

─ Mais si. Tu t'améliores. Tu tiens presque dix secondes sans te prendre une raclée.

Il se mit à rire en se laissant tomber à côté de moi et observa les nuages au-dessus de nous.

─ Je suis un homme.

─ De quoi ?!

─ Tu m'as demandé si j'étais un homme ce matin. Maintenant, je le suis.

─ Tu t'en rends compte comment ?

─ Bah, je le ressens.

─ Alors, tu peux me dire comment tu me trouves ? demandai-je en roulant contre lui avant de poser le menton sur son torse.

─ Tu es jolie.

─ Et ?

─ Et t’es pas mon genre.

─ Qu’est-ce que t’en sais ? grognai-je en fronçant les sourcils.

─ Bon, on va déjeuner ! lança-t-il en m’ignorant totalement. Ensuite, on remet ça jusqu'à la fermeture du parc et nous passerons la nuit dans l'endroit que tu choisiras.

─ Ah bon ?

─ C'est toi qui dois trouver un lieu pour la nuit, tu te souviens ?

Il baissa les yeux vers moi et ricana en voyant ma tête déconfite.

─ Et je compte sur toi pour que chacun puisse avoir une aile de château, princesse.

* * *

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