Chapitre 34

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* * *

Tara devait avoir l’habitude de vivre dans la rue. Elle y avait des contacts et des secrets, des points de rencontre et des astuces. J’entrais dans son monde. Un monde de larcins et de chapardages la plupart du temps, de vols à l’étalage, pickpocket et effractions… et je ne m'y sentais pas toujours à l’aise.

Ce soir-là, Noah avait trouvé facilement un endroit pour dormir.

« Ce ne sera pas le grand luxe », avait-il déclaré.

En réalité, il avait payé quelques francs à un groupe de squatteurs pour l’opportunité d’y rester jusqu’à trois nuits et ensuite nous devions repartir. Une société interviendrait pour condamner la porte d’entrée. C’est ce que Noah appelait « dépannage ».

Il faisait presque nuit lorsque nous entrâmes dans l’appartement grâce à un morceau de papier où était inscrite l’adresse. J’étais surprise d’y trouver encore des meubles et un vieux réfrigérateur.

─ Ils ont coupé l'électricité, le gaz et l'eau, mais nous avons tout remis ce soir. Ils peuvent tout couper définitivement d’un jour à l’autre, alors profitez ! Il y a de l'eau chaude, du savon et de quoi manger. Nous serons huit pour cette nuit. Il reste deux places dans le salon, ajouta-t-il en souriant, nous invitant d'une révérence.

Un canapé, une télévision, un fauteuil, un tapis et des coussins au sol. C'était l'ensemble de l’équipement de la pièce principale.

Les fenêtres étaient ouvertes sur un balcon qui, lui-même, donnait sur une cour intérieure deux étages plus bas.

Nous fîmes connaissance avec deux autres couples assez jeunes, déjà installés sur des matelas jetés à même le sol.

Linda était originaire de l'île de la Réunion. Elle avait débarqué dans la métropole dans l'unique but de retrouver son père, qu'elle n'avait jamais connu, contre l'avis de sa mère et du reste de sa famille. Aujourd'hui, avec si peu d'indices, elle tentait de survivre pour regagner la capitale où son paternel avait habité autrefois. Son dernier espoir de le retrouver. Celui qui n'avait jamais voulu d'elle en tournant une page de sa vie. Mais Linda ne se considérait pas comme un accident de parcours. Et cet abandon lui avait toujours laissé un vide. Un vide qui l'empêchait d'avancer.

Son petit ami se prénommait Florent. Il rêvait de vivre de sa passion, la photographie. Mais elle avait admis, en son absence, qu'il n'avait aucun talent dans ce domaine.

Il y avait aussi Magalie, une jolie blonde aux yeux bleus, fine et peu féminine. Elle entrait à peine dans le monde des adultes en fêtant sa dix-huitième année et courait les rues depuis que ses parents l'avaient mise à la porte deux ans plus tôt. Parcourant les villes, elle avait rencontré « son homme », dans une ZAD. Leur relation me semblait plutôt étrange. Il menait une vie polygame et Céline servait de rabatteuse en lui rapportant régulièrement des femmes, comme d'autres rapportaient des proies.

Et à n’en pas douter, je correspondais au goût de cet homme de trente-quatre ans qui aimait parler peinture, musique et philosophie, caressant l’espoir d’un regard lubrique.

Epuisée, je bâillais sans cesse, n'écoutant déjà plus les histoires de nos voisins de chambrée.

─ Je vais prendre une douche et me coucher, je suis crevée, déclarai-je d’une petite voix avant de me lever.

─ Enferme-toi à clef, murmura Noah en m’attrapant la main.

De retour, je posais mon sac à dos pour m’en servir d’oreiller en retirant la bouteille d’eau. J’étais couchée sur un drap recouvrant un matelas de fortune et un autre plus épais, en flanelle qui me servait de couverture. La nuit était fraîche. La pluie et la fenêtre du balcon qui ne fermait plus, apportaient une atmosphère de maison abandonnée. Mes cheveux encore mouillés dégoulinaient sur les tissus et mon dos dénudé.

Cherchant une position confortable malgré les basses températures, je frissonnai.

─ Tu veux te mettre entre nous deux pour la nuit ? Ça te réchauffera, proposa le copain de Magalie d’une voix mielleuse en me souriant.

Je glissai mon regard tour à tour sur les yeux baveux de cet homme et le regard brillant de la fille. Qu’est-ce que je faisais là, déjà ?

─ Inutile, grogna Noah. Bonne nuit, le couple.

─ Bonne nuit, vous deux…, murmurèrent les deux énergumènes.

Noah se glissa dans les draps et se cala derrière moi. Une vague de chaleur me picota agréablement le dos et commençait à me réchauffer.

Ce mode de « dépannage » ne me convenait pas tellement en réalité.

Plusieurs raisons. Noah dormait avec moi, contre moi. Noah n’était pas mon petit ami. Noah c’était Tara. Et Tara disparaissait pour laisser place à sa moitié masculine.

Je le sentais dans mon dos, sa chaleur, sa peau contre la mienne, ardente. Tout aurait dû être naturel, comme si l’apparence ne comptait pas. Pourtant ce contact me perturbait. Je me retournai complètement, lui faisant face.

─ Je n'aime pas trop faire ça, chuchotai-je.

Il ouvrit les yeux, m'observa de ses deux billes marron et jeta un regard aux autres couples endormis.

─ Tu n'aimes pas quoi ? chuchota-t-il à son tour.

─ Tout ça. Le fait de partager un lieu avec des inconnus. En toute illégalité. Je ne me sens pas en sécurité.

─ Désolé princesse, je n'ai pas de château à vous proposer.

Je l’observais à mon tour, agacée par sa désinvolture. Il ne s’était pas encore passé vingt-quatre heures et il parlait davantage comme un homme. Et pas un homme d’agréable compagnie.

─ Entre un squat et un château, on devrait pouvoir trouver un juste milieu, non ?

─ Ok. Demain, c'est toi qui t'occupes de trouver un endroit pour la nuit.

─ Quoi ?!

─ Bonne nuit princesse, dit-il en souriant, satisfait de lui-même.

─ Noah… je n'aime pas non plus devoir dormir dans le même lit que toi.

Il ouvrit les yeux à nouveau.

─ Va dormir sur le balcon.

─ Tu peux redevenir Tara ?

─ Ça risque d'être dur de leur expliquer demain matin.

─ Alors tu peux au moins te rhabiller ?

─ Non.

─ Pourquoi ?

─ Pourquoi pas.

Je soufflai et me retournai. Je le sentais se rapprocher à nouveau, sa peau contre la mienne et j’avais presque envie de soupirer de bien-être. Mais je ne voulais pas lui accorder ce plaisir. Son bras m’enlaça sans avertissement, me plaquant totalement contre lui. J’avais l’impression d’être un oisillon dans son nid. J’étais bien. Son souffle contre mon cou.

─ Noah...

─ Quoi ? chuchota-t-il.

─ Arrête de te coller, ça me gêne, mentis-je à moitié.

─ Dors.

J’essayai de le pousser discrètement, sans faire de bruit, mais ça ne fonctionnait pas. Je lui donnai alors des petits coups de hanches pour le réveiller et le repousser.

─ Arrête de te trémousser.

─ Je ne me trémousse pas.

─ Arrête de bouger tes grosses fesses alors.

─ Non. Je vais continuer jusqu'à ce que tu recules.

─ Tu vas m'exciter si tu continues.

Je me figeai et restai silencieuse un moment.

─ T'es sérieux là ?!

Je l’entendis ricaner sourdement.

─ Non gourdasse, je plaisante. Dors maintenant.

Je le détestais. C’était officiel.

* * *

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