Chapitre 31

9 minutes de lecture

N'hésitez pas à me donner votre avis ou à me poser des questions !!!! :-)))

* * *

Je me réveillai dans des draps frais. Le soleil passait par la grande fenêtre pour m’inonder de sa douce chaleur tandis qu’à quelques mètres plus bas, des vagues s’échouaient, dans un rythme régulier, inlassablement. Je m’étais endormie la veille, bercée par cette nature et son air iodé. Mais avant de pouvoir m’endormir, j’avais pleuré. Beaucoup. Longuement. Consciente d'être seule dans ce monde auquel je n'avais pas l'impression d’appartenir. Je regrettais le peu d’individus que j'avais connus et dont je me souvenais encore. Stéphane. Marc. Melvin. Désormais, ils appartenaient au passé. Mais moi, à quelle époque pouvais-je donc appartenir?

Je ne me souvenais plus de tout ce que Tara m’avait raconté la veille, excepté que Marc était sans doute mort. Il aurait dû partir avec moi. J’aurais dû insister. Je me sentais honteuse. Entre ma culpabilité et les sentiments de rejets provoqués par Melvin et Stéphane, j’entamais mal ma vie.

Je m’assis sur le lit. Les murs immaculés, assortis aux tentures du lit à baldaquin, s’accordaient harmonieusement avec l’armoire et la commode à tiroirs, en courbes simples et en bois massif de mûrier. Des brins de lavande séchés accrochés aux poignées en fer forgé apportaient un parfum subtil et reposant à la chambre. Un mélange de senteurs de forêts et de Provence.

Je me posais mille questions sur ce géant herculéen dont j’étais devenue l’obsession, d’après Tara. Je voulais tout savoir sur lui. Avant qu’il ne me retrouve.

Quelques minutes plus tard, je rejoignis sur la terrasse l’étrange rousse qui pouvait changer d’apparence. Restée en retrait, je l’observais. Elle faisait des gestes lents avec les bras, prenant tout l’espace. Elle déplaçait ses jambes avec grâce, dans des mouvements précis et aériens puis ouvrit les yeux pour les plonger dans les miens, comme si elle avait senti ma présence. Ses lèvres affichèrent un large sourire, mettant fin à sa séance de relaxation.

─ T'as bien dormi ?

─ Oui, merci. Mais j'ai plein de questions à te poser par rapport à ce que tu m'as raconté hier.

─ Ouais c'est normal. On est tous comme ça au début, bichette.

─ Tous ? Il y en a d'autres ? Je peux les rencontrer ?

─ J'en connais pas beaucoup, tu sais. Moi, j’préfère rester seule. Ça me permet d’être discrète. Mais je dois t’conduire à l'un d'eux, c'est ma mission, tu vois ?

─ Qui t'a donné cette mission ? Et à qui dois-tu me conduire ?

Tara me sourit tout en épongeant son front et ses bras avec une serviette. La terrasse, exposée plein sud, baignait dans la lumière. La température déjà élevée, si tôt, devenait difficilement supportable.

─ Le Guide. C’est lui qui m’a donné cette mission.

─ Le guide ? C'est une sorte de gourou, c'est ça ?

Tara se mit à rire.

─ Ouais, voilà. C'est ça bichette. On va déjeuner et t'en profites pour me poser toutes les questions que tu veux. Ensuite, on commence ton entrainement, annonça-t-elle en entrant dans la maison.

─ Mon entrainement ? Tu vas m'entrainer à faire quoi ?

─ À t'défendre, ma chérie. À mon goût, tu te retrouves trop souvent en situation de victime. Certes, tu pourras pas t’défendre de façon efficiente contre tous. Mais si je peux t'éviter de te faire traquer par tous les connards de la Terre… Je vais t'apprendre ce que j’sais. Quelques mouvements, le combat de la rue.

─ Ça me va parfaitement. Si je peux casser des jambes la prochaine fois qu'on m'agressera, je t'en serais reconnaissante.

─ Cool ! J’t'apprendrai aussi à te cacher. Très utile. Surtout quand l'autre camp te poursuit. Tu vas passer une bonne partie de ton temps à fuir. Ça veut pas dire que tu vas vivre comme moi, hein ? Il existe plein de variantes. Tu peux usurper une identité ou te créer une nouvelle vie. Fuir c'est aussi parfois savoir tromper ceux qui t’poursuivent, les conduire sur de fausses pistes. Savoir les reconnaitre, les identifier. Trouver des planques sûres… et si t'as d’la chance, mais vraiment d’la chance, tu pourras te faire des amis.

─ Tu mènes une vie assez spéciale, Tara.

─ Ouais, j’sais…

─ Tu es poursuivie aussi ?

─ J'suis une résistante moi ! dit-elle, redressant le menton et le torse en signe de fierté, le poing posé sur le cœur, souriant à pleines dents. Ça veut dire aussi que j'ai pas une minute de répit. J’suis poursuivie jour et nuit. Ma tête est mise à prix comme on dit. M'occuper de toi ça ressemble à des vacances, tu vois ?

─ Tu résistes contre quoi ?

─ Contre la naissance d’un Nouveau Monde. Je résiste pour sauver la liberté et l’avenir et contre ceux qui veulent changer l’ordre des choses.

─ Ce sont des métamorphes, comme toi ?

─ Ah non ! Eux ce sont des méta-cons. C'est une autre gamme.

Elle croqua dans un sandwich de pain de mie rempli de crudités.

─ Je t'explique, continua-t-elle en mettant sa main devant la bouche. Tu vas avoir affaire à plusieurs catégories d'individus.

J’écoutais attentivement en sirotant un café fumant.

─ T'as la catégorie des Dieux. Ce sont ceux qui ont les pouvoirs les plus puissants. Ils sont immortels. Enfin, ils peuvent mourir, mais ils ressuscitent, tu vois ? Mais personne ne sait de qui il s’agit vraiment parce que… et bien parce qu’ils ont tous perdu leurs pouvoirs. À cause d’une malédiction, j’crois. Ils se font discrets et sont presque… humains. Ils vivent parmi nous.

Tara croqua de nouveau dans son sandwich et changea de position sur la chaise.

─ Après t'as ce qu'on appelle les demi-dieux. En réalité, ce sont pas des Dieux comme tu pourrais imaginer. Ce sont des humains, standards. Juste qu'ils ont un talent. Tu peux trouver des métamorphes comme moi ou des magiciens, des devins, des soigneurs, des sorciers aussi… Ce sont des demi-dieux. Mais en fonction de l'époque et de ce qu'ils savent faire, ils seront nommés différemment. La plupart se prennent vraiment pour des Dieux. Mais style grande puissance céleste et tout ça, tu vois ? C'est des cons aussi. Certains demi-dieux sont presque immortels. Toutefois, s’ils sont tués à leur époque de naissance, alors ils meurent définitivement. Certains ont presque la même espérance de vie qu’un simple humain. C’est-à-dire que malgré leur immortalité n’importe quelle cause extérieure peut les tuer. En même temps, la majorité continue à vivre à leur époque alors ceci emmenant cela… ils se font tuer et meurent, c'est dans l'ordre des choses.

─ Heu…

─ Donc les Dieux, y'en a pas beaucoup. Ils sont super discrets sur leurs véritables identités. Tu devras jamais dire quand t'es née ni ton époque d'existence. Jamais tu parleras de c'que tu faisais étant enfant. Parce que certains détails peuvent trahir ton époque. Par exemple, si tu dis que t'as assisté à la construction de la tour Eiffel dans ton enfance, forcément, on saura quand te tuer.

─ Stop ! Des Dieux… des pouvoirs… des époques. On dirait un film !

─ Ouais, c'est ça. Ben écoute bien l'histoire du film, bichette, ça va t'éviter de te faire tuer en quelques jours.

─ Non, mais les Dieux ! Tu réalises ? Tu me racontes un péplum là !

Je me mis à rire tout en mâchant un grain de raisin. Toute cette histoire reflétait une mythomanie importante. Je me demandais si cette fille déséquilibrée pouvait être dangereuse et si je devais partir discrètement.

─ Bah oui. Métamorphe c'est vrai que c'est assez commun..., lâcha la rousse.

Effectivement, elle marquait un point.

─ Après, t’as les Créatures, reprit-elle. Elles se sont perdues ici. Elles datent de l'époque de la création et normalement, elles devraient pas être là, mais on peut en voir encore. On sait pas pourquoi. Quand on peut, on les renvoie dans leurs mondes, mais elles sont pas toujours d'accord, tu vois ? dit-elle en riant. Par contre, si c'est l'autre camp qui tombe dessus, ils s'en servent ou les tuent.

─ Pourquoi les tuer?

─ Parce que certains peuvent avoir des capacités qui seraient néfastes pour eux ou très utiles pour nous. D'autres soulèveraient trop de questions pour les habitants de ce monde, enfin de cette époque.

─ Purée, c'est pas clair !

La rousse avala la dernière bouchée du sandwich.

─ Mais si ! Ceux qui sont coincés ici peuvent faire office de monstres, tu vois ? Comme les êtres des Enfers, les Cerbères, les fées, les vampires, les yokai et plein d’autres. Ceux-là, y'en a plein. T'as aussi les lutins, les ogres, les dragons, les géants, quoique je suis pas sûre qu'il en reste… Ils sont pas immortels, mais certains ont une longue espérance de vie tandis que d'autres, au contraire, ont une existence super courte, par rapport aux humains.

Elle chipa ma grappe de raisin et tira sur un grain avec les dents.

─ Après t’as les Gros Connards. C'est une catégorie d'humains que tu trouveras dans toutes les époques et qui profitent de cette connaissance pour se bourrer d’fric et de pouvoir. Ils sont cupides et prêts à sacrifier toute l’humanité pour engranger plus d’argent qu’ils pourront jamais en dépenser en mille vies. Mais une chose est certaine, eux veulent devenir les maîtres de ce monde, éliminer la race humaine en gardant une poignée d'esclaves. Ils parlent d'un monde idéal à ceux qui peuvent aider à la réalisation de leur projet. Mais faut pas être dupe. S'ils voulaient réellement un monde idéal, on y serait déjà.

─ Et tout ça reste inaperçu pour la plupart des gens ? Excuse-moi d'être sceptique, mais ça n'est pas du tout logique.

─ Oublie la logique. La logique est une façon de penser pour laquelle on t'a éduquée. La logique ne reflète en rien le monde dans lequel tu vis.

─ Donc d'après toi, des gens organisent des complots dans le seul but de se faire encore plus d’argent ?

─ L’idée de complot s’arrête le jour où la chose est dévoilée et habilitée par les médias. Ce jour-là, on appelle ça information, répondit Tara en souriant d’un air amusé.

─ D'accord… et Marc, tu le classes dans quelle catégorie ? Les Gros Connards ?

Tara sourit de nouveau, se leva et chercha dans le réfrigérateur. Elle prit une bouteille de bière et la décapsula sur le rebord de la table, laissant tomber le bouchon sur le sol.

─ Ça vaut pas les bières de chez moi, dit-elle en montrant la bouteille. Marc… ouais, c'est un connard, mais bon, il fait pas partie du groupe des Gros Connards. C'est subtil, hein ? plaisanta-t-elle en m’adressant un clin d’œil. Marc, j’sais pas trop ce qu'il est parce que j'ai jamais vu ses pouvoirs. J’sais même pas s'il en a. Mais tu vois, je sens qu'il est important. C'est l’genre de mec, quand il entre dans une pièce, tout le monde s’la ferme, tu vois ? Mais il est allumé. C'est l'un des plus dangereux. Enfin, sauf d'après toi…

Je souris à mon tour, amusée de la grimace qu’elle dévoilait en tirant la langue.

─ Tu ne le trouves pas hyper séduisant ? lui demandai-je.

─ Physiquement ? Ouais, c'est une bombe. Par contre, le côté « J'te torture, je t'arrache les membres à mains nues et ça m'fait bander », c'est pas mon truc.

─ Je n'ai pas l'impression qu'on parle du même.

─ Ouais, c'est clair. Tu t’mets dans la merde, ma poulette. Chez la plupart des gens… non, en fait, chez tout le monde dès le plus jeune âge, on trouve l’instinct de danger. C’est l’inconscient collectif, tu vois ? Ça te permet de pas te mettre dans une situation de merde. Ben, toi, tu l’as pas.

─ Comment ça ?

─ Par exemple, personne de normalement constitué serait resté avec Marc aussi longtemps ! C’est un truc de dingue ! lâcha-t-elle en riant. Tu fais confiance au premier débile que tu croises ! Faut te méfier de tout le monde, Heïdi !

─ Hein ? Qui est Heïdi ?

Tara avala une longue rasade de bière et reposa la bouteille à moitié vide devant elle sans ménagement.

─ Je t’accorde quinze minutes pour digérer et après je vais te faire transpirer, me lança-t-elle d’une voix perfide en me jetant un clin d’œil, laissant une fois encore mes questions en suspens.

* * *

Si vous avez aimé ce chapitre, pensez à liker avant de quitter la page :-)))

Que pensez-vous des révélations de Tara?

Annotations

Recommandations

SaltyKimchi
Projet autobiographique. Camp NaNo de Juillet

Résumé : pérégrinations d'un Lyonnais dans le DongBei.

N'hésitez pas à tartiner si vous passez par là
43
73
40
58
Mélodie Or
"Le Cataclysme Vert a décimé l'humanité. Seule une poignée de survivants résiste désormais aux Sylvanos, la nouvelle race de la Terre. Soumis aux ordres de leur Roi, ils n'ont qu'un seul objectif : annihiler ce qui reste des Hommes.

Mais depuis son accident, Syl rompt peu peu l'harmonie au sein de son peuple. Entre deux tueries, elle est assaillie par des visions ou des rêves. Son chant dissonant grandit jusqu'au jour où elle fait preuve de pitié envers une humaine: Mellys. Bannie, dépouillée du lien l'unissant au reste de sa tribu, Syl sauvera de nouveau la jeune fille contre son gré en abattant un des siens.

Pourquoi son corps agit-il de lui-même dans le but de la protéger ? Une chose est sûre, le Roi ne lui pardonnera jamais cette erreur.

L'alliance inattendue entre une Sylvanos et une humaine pourrait bouleverser leur deux mondes. Pour le meilleur ou pour le pire ? "

Opus d'une terre devenue émeraude...

Réécriture du prélude (la fin) et suite pour un roman... ATTENTION: je tiens à préciser que ce premier jet est écrit vite dans le but de terminer la trame. Il y a donc beaucoup de choses à revoir et améliorer.
50
72
209
143
NM Lysias
CV !
Danser jusqu'à s'en étourdir ! Danser jusqu'à s'en briser le coeur et les os ! Danser pour atteindre les étoiles...
Sergueï est un ancien danseur aux pensées assassines. Devenu cordonnier, il exerce une magie étrange et maléfique sur les chaussons de danse qu'il confectionne. Un jour, une jeune fille lui tend trois sous pour en acheter une paire. Ensorcelée, elle devient une rabatteuse et jette en pâture deux de ces camarades, aussi vaniteux qu'orgueilleux.

Chaussons aux pieds, le contrôle s'abîme, les cauchemars s'activent, la notion du temps et de la douleur se perd...
Et la paranoïa s'invite !
10
1
45
29

Vous aimez lire Nat S. Evans ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0