Chapitre 30

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* * *

La serrure finit par céder.

Tara tapota un code numérique sur le clavier de l’entrée et la diode vira du rouge au vert.

─ Entre.

Je me glissai à l’intérieur et refermai la porte métallique.

─ Pourquoi on entre par effraction ?

─ Parce que j'ai pas la clef.

─ Pourquoi on ne va pas chez toi ?

─ Parce que j'ai pas d’chez moi. Et tu dois toujours, TOUJOURS, être discrète, insista-t-elle. Il en va de ta vie.

─ De ma vie ?! Mais je devais juste rencontrer ma famille !

─ Fais comme si nous étions de la même famille toi et moi. Plus ou moins éloignée… ou adoptive… ce qui te chante...

J’avais peur de comprendre. La maison, le mot, mes parents… tout ceci n’était qu’un mensonge formidablement orchestré pour m’amener… ici. J’avais envie de planter cette gamine à l'instant et de partir loin. Mais cette fille… cette fille pouvait changer d’apparence. Je ne pouvais pas fermer les yeux et ignorer ce phénomène. Même si je ne connaissais pas encore très bien ce monde, je savais que cette faculté n’était pas possible. Et puis j’avais besoin de me reposer. Dormir quelques heures après être restée éveillée toute la nuit. Je la questionnerai, mais je partirai demain. Et seule.

─ Viens, la cuisine est par là, j'ai faim, lâcha Tara.

Je la suivis et découvris une vaste cuisine en marbre blanc et des meubles laqués. Tara sortit de la nourriture des placards. Elle semblait connaitre ce lieu, je ne posai pas de questions.

─ Installe-toi, Sidgil. Les gros cons qui te veulent, ce sont ceux qui t'ont agressée dans le parc l'autre nuit.

─ Tu es au courant de ce qui s'est passé là-bas ?

─ Oui, je l'ai vu de loin. Un truc de malade ! Après, y'avait un cratère béant ! Tout a été nettoyé, mais t'aurais vu le truc !

Tara riait. L’agression qui avait eu lieu cette nuit-là et qui m’avait terrifiée ne semblait pas du tout la perturber. Pourtant, elle paraissait jeune. Je l’observais tout en portant des morceaux de biscuits à la bouche. Les pépites de chocolat fondaient doucement sur ma langue. Malgré la climatisation et la fraîcheur du plan de travail en marbre sous mes bras, j’avais chaud. Le souvenir de ces hommes et de ce géant à la force herculéenne me chamboulait encore.

─ J’espère qu’un jour ils mourront tous.

─ Comment ça, tous ? Ils sont nombreux ? Tu les surveilles ?

─ Oui bien sûr. Je ne quitte pas mes ennemis des yeux !

─ Et… tu as des nouvelles de Marc ? Il a pu s’échapper ? Il va bien?

Tara pencha la tête en plissant les yeux avant de me répondre.

─ Aux dernières nouvelles, Marc s’est suicidé au cyanure.

Le biscuit me glissa des mains et attérit sur le sol. J’étais persuadée avoir mal entendu, car la fille croquait un autre biscuit comme si elle venait de m’annoncer la météo.

─ Marc ?! Il est mort ?!

─ Ça arrive, ouais.

─ Mais pourquoi aurait-il fait ça ?!

─ J’en sais trop rien. D’après le psychopathe, il se serait suicidé pour qu’on te retrouve pas. Mais j’ai un doute. Vu qu’il ne savait pas où t’allais, il n’aurait pas pu les renseigner. Donc ce doit être pour une autre raison. Je finirai par le savoir.

Je pleurais déjà. Elle m’avait annoncé cette nouvelle avec une telle désinvolture que j’en étais à la fois furieuse et anéantie. Cette fille devait être exempte de toute émotion pour réagir ainsi. Marc n’aurait jamais abdiqué de cette façon. Il aurait pu s’enfuir, se cacher, venir avec moi. S’il avait choisi de rester, c’était qu’il devait savoir qu’il ne risquait rien. Mais il avait choisi une autre option. La plus illogique. La plus inutile. Pourquoi le suicide ? Un étau se resserrait dans mon crâne, m’ôtant toute possibilité de réflexion. J’en avais la nausée.

Tara s’était rapprochée sans que je m’en rende compte et passa son bras sur mon épaule.

─ Je crois que tu souffres du syndrome de Stockholm. T’es tombée amoureuse de ton geôlier. Ça passera. Tu sais, t’es pas la première à qui ça arrive. Et j’crois que Marc est un personnage qui plait à beaucoup de femmes.

─ Il m’aimait… je n’étais pas sa prisonnière !

─ Les meilleures prisons n’ont pas de barreaux. Et puis Marc est un criminel, t’as pas à pleurer quelqu’un comme lui. Tu dois poursuivre ton chemin maintenant.

─ Quel genre de criminel ? demandais-je en reniflant. Trafiquant de drogue ou quelque chose comme ça ?

─ Quelque chose comme ça. Marc est un tueur et t’avais pas ta place à ses côtés. C’est bien que tu sois partie. Il faut vraiment que tu penses à ton avenir maintenant. Tourne la page.

─ Je ne crois pas à ce que tu dis. Marc est un homme… était un homme plein de secrets, je le sais. Il me mentait et me cachait beaucoup de choses, l’un de ses amis a voulu me tuer, alors oui, c’est vrai, je ne peux pas dire qu’il était totalement innocent. Mais je suis certaine qu’il n’est pas un assassin comme tu l’affirmes.

Tara croisa les bras en levant un sourcil. Elle ne croyait pas du tout aux qualités potentielles de mon faux mari.

─ J’connais Marc depuis très longtemps. Je le suis, l'observe, l'épie. Lui et son pote psychopathe sont des assassins de la pire espèce. Ton ex-mari fait du trafic d’armes avec son pote. Mais l’autre est davantage tourné vers le trafic de chair humaine si tu vois c’que j’veux dire. Que ce soit des femmes, des hommes ou des enfants, tout y passe du moment qu’on allonge le fric.

Tara me fixa quelques secondes avant de poursuivre.

─ J'étais avec toi depuis le début. C'était moi l'infirmière à l'hôpital. C'était moi aussi l'employée de maison de ton geôlier. Je veille sur toi. Sauf quand t’es sortie ce soir-là et que Kyros t'a agressée. T’as disparu pendant des semaines et j’espérais juste que tu viendrais à l’adresse que j’t’avais donnée.

Je ne répondais pas. L’infirmière rousse qui m’avait parlé, la vieille employée de maison qui m’avait donné l’adresse, c’était elle. Je l’avais vue changer d’apparence, je savais que ça lui était possible. Mais ma tête commençait à saturer de ces informations illogiques.

Marc. Mes pensées revenaient en force vers lui. Cyanure. Suicide. Mort. Je ne le reverrai jamais.

─ Tu es sûre pour Marc ? demandai-je d’une petite voix.

─ J’étais là quand son cœur a cessé de battre. Lorsque j’ai questionné sur les causes de sa mort, on m’a répondu : empoisonnement au cyanure. Mais bon… il n’est peut-être pas mort en fait, j’en suis pas certaine.

─ Tu m’as dit que son cœur avait cessé de battre. On peut survivre à cet empoisonnement ?

─ Bien sûr que non ! Quand t’es mort par le cyanure c’est trop tard pour les effets d’un antipoison.

─ Mais pourquoi me dis-tu qu'il n'est peut-être pas mort alors ? Tu racontes n'importe quoi !

─ Non, mais ça dépend de son époque de naissance. C'est ça que j’veux te dire ! Donc il y a plus de chance qu’il soit vivant que mort.

─ Oh merde, Tara ! Je pige rien !

J’allais quitter la pièce, mais la rousse me retint par le bras.

─ C’est important que je t’explique ce qui s’passe. Kyros te veut. Depuis l’autre soir, tu es devenue son obsession. Il fera tout pour te retrouver. Mon rôle consiste à t’apprendre tout c’que j’sais.

─ Kyros ? C’est le nom du grand baraqué ?

─ Ouais. Kyros et Marc forment le duo le plus dangereux que j’connaisse. Ce sont des pros, tu comprends ? Disons que Marc est un psychopathe et Kyros un sociopathe ou l’inverse. J’pourrais pas dire lequel est le plus dangereux. Ils sont comme un couple. Bonnie and Clyde. Antoine et Cléopâtre. Chico et Groucho…

─ Tu sais, Kyros avait voulu tuer Marc l’autre soir. Leur relation amicale doit être compliquée. Kyros est dangereux et fort. Il me fait peur. Il me déteste, je l'ai ressenti. Mais il n’y a aucune raison parce qu’on ne se connait pas. Il m’a vue pour la première fois dans le parc, le fameux soir. Et puis, il s’est passé quelque chose avec Marc. Parce qu’il était attaché par des chaînes… et il était blessé. Je te jure, Tara ! Il était blessé ! Et la seconde suivante… plus rien. Même pas une égratignure. Marc m’a sauvée ce soir-là. Sans lui, Kyros m’aurait tuée. S’il a été comme tu dis, il ne l’est plus. Alors, je veux savoir s’il est mort ou vivant, la suppliais-je.

─ J’sais pas, Sidgil. J’sais pas du tout, dit-elle en étirant ses bras au-dessus d’elle. Sinon… c’est quoi ton talent ?

Je l’observais tandis qu’elle croquait une pomme.

─ Mon quoi ?!

─ Talent. Ton talent. Tu sais faire quoi de spécial?

─ Est-ce qu’attirer les emmerdes c'est un talent ? Parce que je suis plutôt douée pour ça.

* * *

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