Chapitre 29

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* * *

J’entendais les pas sur les dernières marches. J’aurais pu les compter.

Tout autour de moi, je ne trouvais aucune issue. Les fenêtres étaient toutes barricadées.

Une ombre sur le mur de l’entrée. Un profil obscur se découpait du papier peint élimé.

Brusquement, dans l’ouverture de la porte, une femme apparut. Mon cœur s’emballa plus que je l'en aurais cru capable et j’étais essoufflée. Après presque une minute, je sentais les battements ralentir sans pour autant reprendre un rythme normal et mes yeux purent bouger à leur tour.

Ses longs cheveux châtains formaient des boucles souples qui ondulaient légèrement sous l'effet de la brise. Habillée d’un petit tricot léger imprimé et d’un jeans, elle me sourit. Son visage était doux, de grands yeux marron, une bouche bien dessinée. Je la connaissais. Je l’avais déjà vue. Si mon cerveau pouvait se calmer lui aussi, je pourrais me souvenir… mais il criait toujours des alertes que je ne comprenais pas.

Je l’avais déjà vu récemment, je l'aurais juré. Mais où ?

Soudain, mes yeux s’écarquillèrent, ma bouche s’ouvrit, mais les mots ne franchirent pas la barrière de mes lèvres.

« Non !!! »

Cette fille me ressemblait !

Non… elle ne me ressemblait pas. Elle était parfaitement identique !

C’était irréel. Complètement fou ! Un clone ! Tout ceci relevait de la fiction !!!

─ Qui - êtes - vous ?

Je réussis à prononcer lentement ces trois mots, d’une voix déraillante et inhumaine. C’était le maximum de ce que je pouvais faire à l’instant pour tenter de communiquer.

─ Je suis ta sœur, Sidgil. Ta jumelle...

J’essayais de digérer ces paroles. Je me concentrais sur leur signification.

En fait, il n’y avait rien d’irréel. Ce n’était pas un clone. Juste une sœur. La normalité. Je ne sentais plus mon cœur. Une douleur à la poitrine l’avait remplacé. Je me demandais si je n’allais pas finir par mourir d’une crise cardiaque avec ces histoires. Je ne ressentais plus les pulsations. Je me retenais de l’envie de prendre mon pouls. Juste comme ça. Pour vérifier.

Tandis que je la fixais, je crus voir quelque chose sur son visage. Ou son regard. À cette distance, je ne savais pas trop. Une sœur jumelle. Ma famille. Marc ne m’avait pas parlé d’elle.

Je vis à nouveau quelque chose. Je n’aurais pas su dire quoi cette fois encore. Mais j’étais presque certaine que cela provenait de son visage. Je fronçais les sourcils en la dévisageant alors que mon identique, elle, avançait d’un pas en continuant à sourire, sans ciller.

─ Qui t'a donné cette adresse, Sidgil ?

Sa voix calme et monocorde m'angoissait. J’avais une jumelle psychopathe face à moi, j’en étais presque certaine. Sa voix, son attitude étrange, ce manque d’émotion… Avait-elle été responsable de mon amnésie ? De la disparition du reste de ma famille ?

─ Tu es seule dans la maison ? demandai-je pour reprendre un peu de contenance.

Je me retenais de hurler et cherchai un moyen pour rejoindre la porte de sortie sans m’approcher d’elle. Il n’y en avait aucun. Le sourire agrafé à son visage inhumain s’effaça. Elle était pire sans sourire, avec des yeux brillants qui me fixaient comme si j’étais responsable de tout le chaos du monde.

─ Qui t'a donné cette adresse ?

─ Une femme, répondis-je évasivement en reculant.

─ Son nom ?

─ Je n'en sais rien, répondis-je en réalisant que ma mémoire me jouait encore des tours.

─ Mauvaise réponse.

─ Je m’en doutais un peu…

Mon cerveau avait définitivement renoncé à fonctionner, grillé par les signaux d’alerte qu’il n’avait cessé d’émettre. Je voulais partir. C’était un pur cauchemar. Un film d’horreur pour moi toute seule.

Mon double craqua son cou dans un bruit sourd avant de décrocher un large sourire. Elle jeta brusquement sa tête en arrière, comme si elle entamait une danse cabale, ses bras pendant le long de son corps et je fis un pas de plus en arrière.

Elle était flippante. J’aurais pu chercher tous les mots plus posés et courtois pour définir ce que je ressentais là, à ce moment, face à ça. Mais aucun n’aurait été plus à propos que celui-ci. Flippante.

Des pulsations anormalement visibles apparaissaient dans son cou renversé, comme si quelque chose essayait d’en sortir. La tête revint à sa place. Des formes de pustules semblaient gonfler sur son visage… ou des boutons… de gros boutons… qui se transformèrent en boules… un gémissement de douleur s’échappa de ce corps déformé.

« Oh mon Dieu !!! »

Je tremblais. J’avais envie de pleurer. Mais même mes glandes lacrymales étaient paralysées par le choc.

Son visage se mouvait de l’intérieur. Sa mâchoire s’élargissait doucement tandis que ses bras se gonflaient et s’étiraient, ses doigts…

« Il me faut un exorciste !!! »

Je regardais rapidement autour de moi à la recherche d’une arme, mais il n’y avait même pas un tisonnier près de la cheminée. J’attrapai une pauvre tasse de porcelaine et l’envoyai sur le monstre, atteignant son cou qui grossissait et ondulait. Son corps se mit à trembler, ses yeux se révulsèrent, de grosses veines saillantes apparurent dans son cou et poursuivirent leurs courses pour disparaître sous les vêtements.

Une seconde tasse frappa son front et j’en saisis deux autres pour viser le milieu du visage. Le monstre poussa un cri aigu. Ses cheveux prenaient la couleur de la rouille tandis que le châtain s’estompait.

J’attrapai, désespérée, la théière qui atterrit sur le nez squelettique de la chose informe. La bête hurla en titubant.

– Stop ! cria-t-elle en tendant la main comme un bouclier, mettant sa face à l'abri.

Je m’arrêtai, conditionnée par les mots. J’avais peur, animée par une panique que je n’avais alors jamais connue. Je basculais dans un monde irréel et c’était la seule chose dont j’avais pleinement conscience. Reprenant mes esprits, je m’emparai de la dernière tasse de la desserte et la balançai, lui frôlant la tempe. Je n’avais aucune intention de m’arrêter. Même s’il fallait que je lui balance la desserte, les chaises et tous les meubles de la maison.

Alors que ses pommettes remontaient sous sa peau, je me mis à hurler de toutes mes forces et entamai le lancer de petites cuillères, couvercle de théières et autres sucriers.

─ AÏE !!!! hurla la chose. Arrête de me balancer la baraque sur la tronche ! Putain ! Tu m'as pété le nez !

Ça parlait encore. Je gardais un projectile improbable dans la main, suspendu au-dessus de moi, prête à lancer n’importe quoi. Je ne bougeais plus, ne criais plus, ne respirais plus, ne pensais plus. On aurait pu dire que j’étais morte. Mais mon cœur fracassant ma poitrine à nouveau indiquait le contraire.

Les yeux écarquillés, j’examinais la chose à apparence humaine. J’avais envie de vomir.

─ T'as jamais vu de métamorphe ou quoi ?!

─ Méta… quoi ?!

Le monstre aux cheveux de rouille se redressa et tourna son visage vers moi.

Il avait l’apparence d’une femme. Jeune. La peau recouverte de taches de rousseur. Longue et mince, un peu androgyne. Son nez saignait.

Je grimaçai.

─ Métamorphe, répéta la rousse. Je change d’apparence. Une métamorphe quoi !

─ Ce n’est pas un métamorphe ? demandais-je d’une voix tremblotante. Enfin, dans les légendes ils disent… un

─ Misogynie historique. Je suis une fille, j’estime avoir le droit de féminiser ce que je suis. Et ceux qui ne sont pas contents s’étoufferont de cette explication. Tu m’as explosé le nez, insista-t-elle.

─ Oui… désolée. Tu es là pour me tuer toi aussi ?

─ Tu mériterais. Mais non.

Je n’étais pas complètement rassurée, encore traumatisée par le spectacle horrible auquel je venais d’assister.

Elle essuya le filet de sang qui sortait de son nez d’un revers de la main.

─ On ne va pas trainer ici. C’est dangereux de rester trop longtemps au même endroit.

─ Mais qui es-tu ? Pourquoi es-tu là ? Tu m’as attaquée !

─ Tu poses vraiment beaucoup de questions. Je ne t’ai pas « attaquée », c’est toi qui m’as lapidée avec un service à thé de mamie ! Je voulais juste savoir si c’était bien toi ou quelqu’un qui aurait pris ton apparence.

Je restais un long moment silencieuse, digérant les paroles digne d'un locataire d’un hôpital psychiatrique.

─ Écoute, je n’irai pas avec toi. Tout ça est… bizarre. Je crois que tu fais partie d’un rêve ou d’un cauchemar. Tu n’existes pas et je vais me réveiller.

─ Un cauchemar ?! T’es sérieuse ?

─ Ou alors je suis dans le coma. Vu le nombre d’accidents que j’ai subis, je n’ai pas dû me réveiller de l’un d’entre eux et là… oui, je crois que c’est ça…

Je regardais mes pieds en parcourant le salon à petits pas, sans m’en rendre compte. J’étais probablement encore à l’hôpital et rien n’existait. Marc, Melvin, cette fille bizarre, tout ceci faisait partie de mon imagination. J’étais allongée quelque part dans un lit d’hôpital avec un traumatisme crânien et une bosse aussi grosse qu’une pastèque, sans l’ombre d’un doute.

Brusquement, je sentis une douleur nouvelle sur mon visage qui me plongea dans la surprise comme si une lumière aveuglante était braquée sur moi. Je venais de recevoir une gifle.

─ Voilà, tu rêves pas et t’es pas dans le coma. On peut y aller ? Au fait, moi, c’est Tara.

* * *

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