Chapitre 24

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* * *

Je l’avais raccompagnée dans la chambre tout en réfléchissant au moyen de lui ôter les plâtres déjà bien mouillés, sans matériel adapté.

Elle ôta la chemise trempée et trop grande pour elle, la jeta dans le lavabo et je la regardais sans la voir, toujours dans mes pensées.

─ J’ai l’impression d’avoir pris des rondeurs depuis mon arrivée chez vous, lâcha-t-elle.

─ Ça vous va bien, répondis-je, l'esprit ailleurs.

Je la regardais plus attentivement et ce que je voyais confirmait mes dires. Mais brusquement, je détournai mon regard, réalisant à peine sa nudité et le fait que je l’étudiais sans aucune retenue, avec des pensées que je n’aurais pas dû avoir. Mon visage passa du pâle au cramoisi en trois millionièmes de seconde.

Elle haussa les sourcils, décontenancée par ma réaction que moi-même j’avais du mal à comprendre.

─ Vous êtes sérieux ? lâcha-t-elle en riant. Vous me voyez tous les jours !

─ Oui, je sais…

Je ne savais ni quoi faire ni où poser mon regard comme si mon cerveau avait foutu le camp !

─ Je vais dénicher des outils pour vous ôter les plâtres, bredouillais-je en sortant de la chambre.

J’appelai l’un de mes collègues. Je ne savais pas s’il était de garde ce soir, mais il pourrait me dépanner de quelques accessoires, ce qu’il me confirma. L’ensemble de mes amis se rongeaient de curiosité depuis ma quasi-disparition des sorties nocturnes. J’aurais voulu ne mêler personne à cette histoire, mais cette fois, il me fallait de l’aide. Je n’avais pas le choix. Et je savais que je pouvais compter sur Thomas.

Je retournai auprès de cette fille, avec mon sourire à deux mille watts qu’elle ne supportait pas.

─ Un ami va venir m'apporter des outils. Nous pouvons en profiter pour dîner en attendant. Et cette chemise vous va très bien, dis-je en constatant qu’elle en avait revêtu une autre, à carreaux cette fois.

─ Merci, Melvin, répondit-elle en souriant.

─ C'est la première fois que je vous vois sourire.

Elle se mordit la lèvre et je bloquai dessus un moment. C’était une enfant dans un corps de femme. Il y avait des instants, comme maintenant, où j’avais envie de mordre dans cette lèvre à sa place. Et l’instant d’après, elle avait une réaction de gamine et ça me rebutait. Le plus raisonnable restait de garder une bonne distance avec elle. Elle était trop immature et je n’aimais pas ça.

─ Laissez-moi vous aider…

Je lui proposai mon bras et la conduisis vers le salon.

Pendant que je continuais la préparation du repas sabordé, je la sentais m’épier. Mais lorsque je cherchais son regard, elle détournait le sien. Et ça me faisait marrer. J’avais l’impression de me retrouver des années en arrière, à l’époque du lycée. Cette fille respirait le mystère et je ne savais pas si la curiosité qui me bouffait à son égard était un mal ou un bien. Dans tous les cas, elle ne me laissait pas indifférent.

Après le repas, j’avais eu le temps de faire la vaisselle et de tout ranger avant que la sonnette retentisse. C’était probablement Thomas. Lui aussi voulait se spécialiser dans l’homéopathie, mais pas pour les mêmes raisons que moi. Là où il voyait la médecine d’avenir pour les patients les plus fortunés, je voyais une façon de se soigner plus naturelle qui renouait avec nos racines. J’avais l’impression qu’en exerçant cette passion, je faisais un pas dans les portes du temps. Et j’adorais !

* * *

J’attendais patiemment sur une chaise en bois que l’ami de Melvin débarque enfin. Je supposais qu’il faisait les mêmes études médicales que lui et qu’il partageait donc la même religion. Celle qui consistait à croire que la seule vérité était la science et qu’aucune autre forme de pensée ou de désaccord n’y aurait eu sa place. Jamais. Je ne donnais pas mon avis face à cette foi inébranlable. Après tout, ce n’était pas ma doctrine.

« La vérité n’est jamais définitive, une autre viendra prendre sa place ».

J’aimais lorsque Melvin semait des phrases dont je ne comprenais pas tout le sens.

Je le vis réapparaitre dans l’espace salle à manger, accompagné d’un homme du même âge que lui. Il débita de brèves présentations protocolaires. Je me sentis tout de suite mal à l’aise avec ce nouvel invité qui me lorgnait de biais.

─ Tu veux que je t'aide, Melvin ? demanda-t-il sans me lâcher du regard.

─ Oui volontiers, Tom. Mais il faut faire doucement, pas sûr que les fractures soient réparées. Le plâtre date de trois semaines.

Son ami finit par se tourner vers lui.

─ Trois semaines seulement ?! Pourquoi tu le lui enlèves déjà ?

─ Elle est tombée dans l'eau. Pas le choix. Il faut le remplacer. Ne bougez surtout pas Sidgil, ajouta-t-il en bloquant mon bras.

Il démarra une petite scie. Le plâtre tomba en une pâte molle, laissant une épaisseur blanche, gluante et une odeur assez désagréable.

J’étais gênée et en même temps je voulais me ruer dans la douche pour frotter sur ce bras qui me démangeait.

À l'aide de tissus et d'une bassine d'eau déjà préparés, Melvin et Tom enlevèrent toute trace de plâtre.

Ils calèrent ensuite la jambe immobilisée sur une seconde chaise et se positionnèrent de chaque côté. Tandis que Melvin découpait celui-ci lentement et consciencieusement, son ami tenait la jambe, l'empêchant de bouger, puis, au fur et à mesure de l'avancée, il écartait l'ouverture de la fente. Ça chauffait un peu et la pâte au-dessous faisait un drôle de bruit.

Quelques minutes plus tard, après plusieurs pauses, la coque blanche tomba et la jambe se retrouvait à son tour sous une épaisse couche blanche nauséabonde.

Après avoir changé l'eau de la bassine, les deux collègues commencèrent à nettoyer mon membre blanchi.

─ Change encore l'eau Melvin.

─ Pas la peine, c'est presque terminé.

─ On termine à l'eau propre, regarde, on s'en met partout là.

Melvin acquiesça, prit la bassine et disparut dans la salle de bain.

Tom continuait à nettoyer la jambe avec un chiffon humide. Ses gestes étaient plus lents et je m’aperçus qu’il me fixait en souriant. Je n’aimais pas son regard.

─ Thomas !

Melvin revenait avec la bassine qu’il posa sur la table, le regard dur, comme le ton de sa voix.

─ C'est bon Tom, merci. Rentre chez toi, on se voit demain, je vais finir.

Mais Thomas ne l'entendait pas. Melvin lui attrapa le poignet, le sortant de sa transe. Son ami le fixa, l’air étonné.

─ Thomas…, casse-toi.

Le jeune homme se leva, déstabilisé, saluant du bout des lèvres. Il sortit sans un mot et Melvin claqua la porte d'entrée derrière lui, faisant trembler les murs. C’était ma faute. Je le sentais. Sans trop savoir pourquoi.

─ Je suis désolé, marmonna Melvin en revenant dans le séjour.

Il s’installa face à moi, calant ma jambe sur sa cuisse, et gardait un air contrarié peu habituel tout en continuant à nettoyer avec des gestes mécaniques.

─ Vous n'êtes pas responsable du comportement de vos amis. Vous avez été génial au contraire.

Il leva les yeux, me dévisagea et finit par sourire, s'arrêtant d'astiquer la peau en gardant le chiffon à la main.

─ Vous savez, Tom n'est pas comme ça d'habitude. Je ne sais pas ce qu'il lui a pris. Il ne fait pas ce genre de choses normalement.

─ Ah, c'est plutôt un homme comme vous ? Respectueux, poli et têtu ?

─ Non, ce n'est pas un rabat-joie comme moi, déclara-t-il en riant. Il a un tableau de chasse très conséquent. Ce n'est pas un homme très sérieux. Mais il n'aurait jamais touché une fille comme ça. C'était bizarre à voir.

J’adorais son rire. Il ne riait pas souvent. J’aimais aussi son regard moqueur, ses sourires narquois, son flegme. Mais moi j’attirais les hommes comme Marc, comme Kyros, comme Tom, mais pas comme Melvin. Pas les gentils. Et je n’en connaissais pas les raisons.

─ Voilà, c'est fini.

─ Super ! Possible de m'aider à me lever ?

Il se mit à rire franchement.

─ Vous êtes sérieuse ? Non, je vais vous mettre un autre plâtre. Je vous ai dit cinq semaines de plus et vous pourrez l'enlever. Je vais chercher des bandages, ne bougez pas.

Il posa le chiffon sur la table, se leva et il se dirigea dans la cuisine récupérer les bandes de plâtre qu'il avait déjà préparées sur le comptoir.

─ Mais vous êtes folle ?! hurla-t-il.

Je le surveillais du coin de l’œil, debout sur mes deux jambes. Je n’avais plus mal et il était hors de question d’attendre cinq semaines supplémentaires. Je repoussai la chaise d’en face et avançai mon membre encore engourdi.

Je vis Melvin lâcher le plateau et se précipiter vers moi au moment où cette traitresse de patte flancha sous mon poids, précipitant ma chute de côté. Je tentai de me retenir à une chaise, aussi mobile que moi et elle m’accompagna dans ma dégringolade, tout comme Melvin qui avait eu à peine le temps de me rattraper. Il réussit habilement à se placer entre le sol et moi et, je ne sais par quel miracle, je me retrouvai sur lui. Nous nous sommes longuement regardés. Tandis que je me faisais violence pour chasser des pensées étranges, il repoussait la chaise de bois retombée sur mon dos.

─ Sidgil…

─ Melvin ?

─ Vous êtes chiante.

* * *

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