Chapitre 23

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* * *

Je la libérai au-dessus du sofa et me dirigeai dans la cuisine, séparée par un comptoir. Les briques rouges des murs assombrissaient la pièce, malgré la lumière apportée par la fenêtre au-dessus de l’évier. Je n’aimais pas beaucoup cette décoration. Mais c’était avant tout la maison de mes parents, enfin de ma mère. Même s’il n’y avait que moi qui y habitais.

Je plaçai une casserole d’eau au-dessus du feu et jetai quelques légumes dans l’évier pour les nettoyer, avant de préparer une planche à découper en bois et un couteau juste à côté. C’était des gestes assez mécaniques. J’avais l’habitude de manipuler les légumes et les herbes en tous genres et j’espérais bien terminer mes études avec de bons résultats pour me spécialiser en homéopathie. Intérêt génétique paternel probable.

─ Vous savez, vous êtes ici depuis vingt-deux jours exactement et vous refusez toujours de me dire votre nom. Enfin non, vous m'avez dit vous appeler Martine, Marguerite, Germaine, Mississipi et je ne me souviens plus du reste. Je ne comprends pas que vous en fassiez un secret. Vous avez peur de quoi ? Je veux juste savoir comment vous appeler.

Je commençais à découper les légumes tout en regardant au travers des stores vénitiens entrouverts sur l’avant de la maison.

« La haie a besoin d'être taillée ».

─ Je ne vous l'ai pas dit, poursuivis-je sur le ton de la confidence, mais bon... en réalité, si je vous ai emmenée ici, c'était pour une raison très égoïste de ma part… Je n'étais pas à jour de mon assurance. Oui je sais, c'est nul. Mais je me suis quand même assuré que vous ne soyez pas grièvement blessée en vous emmenant à l'hôpital ! Bon après je me suis arrangé avec des collègues pour vous ramener chez moi. Je leur dois plusieurs séances de ciné du coup. En plus, vous n'aviez pas de papiers, c'était plus facile. Mais bon, c'est quand même vous qui étiez au beau milieu de la route en pleine nuit. D'ailleurs, je me suis toujours demandé ce que vous faisiez là, à pied ?

J’entendis le chien aboyer.

Un bruit d'eau, comme si quelque chose était tombé.

Je regardai la casserole dont le contenu ne bouillait pas encore.

Je me retournai. La baie vitrée était grande ouverte. Le sofa vide.

La piscine !

Les morceaux de légumes et le couteau volèrent dans l’évier et je courus vers l’extérieur, sautant les trois marches qui menaient à la terrasse. Elle était déserte. Le petit chien aboyait. L’eau de la piscine s'agitait, mais personne n’était dedans.

Je m’avançais doucement, balayai le jardin du regard, mais là encore, personne ne s’y trouvait non plus. Une brise fraîche annonçait le début de soirée malgré le chant entêtant des cigales.

Le chien beuglait toujours.

Je m’approchai de l’eau. Et la vis.

Mes chaussures sautèrent et je plongeai sans réfléchir.

Elle était tout au fond, calme, la tête à peine levée vers moi qui me regardait. Et c’est là que je remarquais l’angoisse dans ses yeux. Je m’étais toujours dit qu’on ne pouvait pas percevoir les émotions d’un être humain sous l’eau. C’était faux. Elle avait peur et je le voyais.

J’eus beaucoup de mal à la remonter, à cause du plâtre à la jambe. Mais je finis par y parvenir, la hissant sur les lattes de bois. A bout de souffle, je me laissai retomber à côté d’elle, trempé, les yeux dans le ciel. Je l’entendis tousser, recracher de l’eau, reprenant peu à peu sa respiration. L’odeur de chlore était omniprésente et ma gorge et mes sinus brûlaient. Mes yeux piquaient. J’avais l’impression que d’autres organes non identifiables étaient aussi en feu à cause du produit irritant.

Je roulai vers elle, me hissai au-dessus de son visage et dégageai ses cheveux, plaqués devant ses yeux. Elle était dans un sale état.

─ Ça va ?!

Elle toussait encore, le visage toujours livide. Ses vêtements trempés lui collaient à la peau et les plâtres étaient définitivement foutus. Du bout des doigts, je tournai son visage vers moi.

─ Hey ! Ça va ? répétai-je.

Elle bougea enfin la tête pour acquiescer et je me sentis soulagé, m’autorisant à respirer de nouveau. Ma tête se posa sur son ventre glacé et je sentais sa respiration qui provoquait des mouvements de plus en plus réguliers, rassurants et qui me berçaient. Je pensais l’avoir perdue pour de bon cette fois.

Nous restâmes dans cette position. Elle ne fit aucun mouvement pour me repousser. Je n’en fis aucun pour m'en éloigner. Nous étions juste là. Elle, allongée sur du bois, moi, sur l’océan de sa respiration, humant l’air piquant aux odeurs chimiques, séchant doucement dans la chaleur estivale de fin de journée. Et notre immobilité continua un long moment.

─ Bon sang, mais vous êtes complètement folle ! m’exprimai-je enfin en me redressant sur un coude.

Je la vis tressaillir. C’était la première fois depuis son arrivée que je n’affichais pas le fameux sourire qu’elle ne supportait pas. Et je continuais sur le même ton en la sermonnant. Mais elle ne m’écoutait pas. Elle ne m’écoutait jamais.

─ Vous vouliez vous suicider ou quoi ?

Elle se redressa sur son bras valide pour me faire face. Nous n’étions plus qu’à quelques centimètres l’un de l’autre. J’étais contrarié par son silence, sa désinvolture, sa candeur.

─ Non monsieur ! Je voulais tremper le plâtre dans l'eau pour le défaire parce que vous ne vouliez pas me l'enlever. Et votre débile de chien s'est mis à aboyer, j'ai eu peur, j'ai glissé et je suis tombée au fond de l'eau.

─ Et avec le plâtre, vous n'arriviez plus à remonter…, marmonnai-je.

─ D'autant que je ne sais pas nager, rajouta-t-elle en riant.

─ Sérieux ?!

─ Ça vous étonne ?

─ On habite proche de la mer quand même alors oui, ça m'étonne.

Elle continua à me fixer et moi je me sentais emprisonné dans ses yeux marron aux éclats d’or. Je n’avais jamais vu cette couleur.

─ Sidgil.

─ … quoi ?!

─ Je m'appelle Sidgil.

Je l’observais sans rien dire, les sourcils froncés. Elle était vraiment étrange, complètement illogique et imprévisible.

─ C'est mon vrai nom cette fois.

─ Je vous crois. Et moi, Melvin, lui confiai-je en retour alors que je lui avais volontairement caché cette information depuis trois semaines.

─ Melvin ? C'est un prénom de la région ?

─ Non, c'est un prénom celte. Plus ou moins comme le vôtre.

Nous nous regardions encore, comme si l’on se connaissait depuis toujours, mais que l’on se voyait pour la première fois.

─ Je crois que vous allez pouvoir me retirer les plâtres…

─ Je crois que la casserole va prendre feu…

* * *

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