PARTIE 3 - Melvin - Chapitre 22

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Je remercie tous les lecteurs qui ont suivi l'histoire de Sidgil, dès son réveil, pour la voir évoluer et partir vers son destin.

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cette partie que vous en avez eu à lire les deux précédentes.

J'aime vos remarques, les pensées que vous me faites l'honneur de partager à chaque chapitre, vos commentaires et les corrections que vous m'aidez à faire. Je me rends bien compte de l'aide que chacun de vous m'apporte et je me dis en écrivant ces lignes que j'ai de la chance d'avoir eu les meilleurs lecteurs et les plus sympas. :-)))

* * *

L'odeur de sapin m'extirpa de mon sommeil. J’ouvris les yeux. La fatigue et la douleur avaient disparu presque totalement.

Allongée sur un lit, entre des draps de coton, j’avais une vue imparable sur des bois de cerfs accrochés au-dessus de moi. Des lames de pin clair recouvraient la partie basse des murs et en face, un tableau représentait un paysage de montagnes enneigées. Je pensais être dans un chalet, mais je n’avais pas la moindre idée de la manière dont j’avais bien pu arriver jusque-là. Je me redressai avec difficulté sur l'oreiller, m'appuyant sur les coudes. Ma jambe était coincée et vouloir la déplacer provoqua une douleur aigüe.

Je relevai le drap et la couverture pour voir ce qui me retenait, lorsque je découvris un bloc blanc envelopper mon membre encore sensible, m'empêchant totalement de me mouvoir.

Des pas. Quelqu'un se rapprochait derrière la porte de bois brut, entrouverte.

Je voulais partir. Mais il était impossible de me trainer hors du lit dans cet état et mes habits avaient disparu. Je balayai la chambre du regard, mais je ne vis ni le pantalon ni le débardeur. Je remontai le drap jusqu’au ras du cou lorsqu’un homme apparut dans l'embrasure de la porte.

Il était plutôt jeune et lorsque ses yeux captèrent les miens, il me sourit. Son visage lumineux, ses yeux bleus brillants et une barbe naissante le faisaient apparaitre plus vieux que ce qu’il devait être en réalité. Il n’avait pas l’air menaçant avec son mug fumant dans les mains d’où s’échappait une agréable odeur de café. Je ne pensais pas qu’il pouvait s’agir d’un de mes agresseurs.

─ Vous avez mal ?

Je ne répondis pas, continuant à l’observer comme si je pouvais deviner son identité et ses intentions juste en le fixant. J’en profitai pour contempler ses épaules à peine larges et sa taille fine, moulées harmonieusement dans un t-shirt blanc. Il n’était pas très grand et plutôt banal. Totalement différent de Marc.

─ Ne vous inquiétez pas. Vous êtes chez moi, vous avez eu un accident. Vous ramassiez probablement des champignons sur la route et je vous ai heurtée avec ma voiture, plaisanta-t-il. Juste un bras, une jambe cassée et une vilaine grosse bosse sur la tête. Vous n'aviez aucun papier sur vous, je n'ai pu contacter personne.

─ Par contre, j'avais des vêtements, ajoutai-je à ses explications.

─ J'ai dû les mettre à laver, ils étaient très sales. Et je pense que le pantalon ne s’en remettra pas. Je vous ai débarbouillée également.

Il avança vers le sommet du lit, posa la tasse encore fumante sur la table de chevet et se saisit du drap pour le soulever tandis que je le maintenais fermement entre mes doigts.

─ Même pas en rêve.

Il leva les sourcils, surpris.

─ Je veux juste vous ausculter, c'est tout.

─ Vous ne ressemblez pas à un médecin et cette chambre n'a pas l'air d'être un hôpital.

La méfiance dans ma voix était évidente, mais cet homme souriait davantage comme si cette remarque n’avait pas d’importance, ou pire, qu’elle l’amusait.

─ Vous savez, c'est moi qui vous ai déshabillée cette nuit. Je vous ai également fait des radios, une échographie, posé les plâtres et plus ou moins nettoyée. Je vous ai emmenée chez moi plutôt que vous abandonner aux urgences et je vous ai veillée tout le reste de la nuit.

─ Et vous m’avez aussi renversée en voiture. Je dois vous décerner une médaille ?

─ Alors si j'avais voulu abuser de vous, j'aurais eu des heures pour le faire, poursuivit-il sans accorder d’importance à ma remarque. Je veux juste vérifier que vous n'ayez aucune complication due à votre accident et après je pourrai vous apporter un petit déjeuner. Vous avez faim, non ?

Oui, j’avais faim, terriblement faim. Pourtant, la peur l’emportait. Pourquoi me retrouvai-je encore dans une situation analogue à mon réveil à l’hôpital ? Quel était ce lieu et qui était vraiment cet homme ? Au milieu de toutes ces questions qui me hantaient, mon seul objectif restait de quitter cet endroit.

─ Très bien, auscultez. Mais médecin ou non, je vous conseille de n’avoir aucun geste déplacé.

Il se mit à rire, illuminant son visage. Aucune noirceur ne se lisait en lui et ce détail me rassura.

─ Marché conclu, demoiselle, lâcha-t-il avec un clin d’œil.

* * *

Cela faisait plus de trois semaines que j’étais dans cette maison et je me languissais de pouvoir partir. Non pas que je me sentais mal, loin de là. La maison était confortable, agréable même. Cet homme, qui m'avait recueillie, prenait soin de moi. Chaque soir, il préparait les repas, m'aidait à m'installer sur le sofa du salon tout en me faisant la conversation. Il m'aidait aussi à me laver, me coiffer, me vêtir et me mettre au lit. Chaque matin, avant de partir pour la journée, il m’accompagnait jusqu’à la salle de bain et déposait le plateau-repas du déjeuner sur le bas du lit en me déclarant « à ce soir ». C'était un rythme sans faille, lassant, mais rassurant.

En réalité, au bout d'une journée ni ma jambe ni mon bras ne me faisaient plus mal. La bosse avait même disparu. Mais il refusait de m’ôter « si rapidement » les plâtres. Je voulais pouvoir marcher, sortir, prendre l'air, flâner dans le jardin pendant son absence… et surtout, m'en aller pour rejoindre l'adresse où se trouvaient mes parents. Mais le truc blanc qu’il m’avait posé, me retenait prisonnière dans ma cage dorée.

Alors, chaque jour, dès mon réveil, mes pensées se tendaient vers Marc. Les premières journées, je rêvassais souvent de lui, à n’importe quel moment, sans préavis. Je me demandais où il était, ce qu’il faisait, s’il pensait à moi. Pourtant, j’étais presque certaine qu’il était passé à autre chose ou plutôt à quelqu’un d’autre. Après tout, je n’étais qu’une mission pour lui. Je l’imaginais, chaque semaine, aller faire son marché à l’hôpital pour dénicher une nouvelle amnésique à amener chez lui. Je l’imaginais l’embrasser, la découvrir, partager sa couche et peut être, à faire de l’une d’elles, sa femme. Parce que moi, je n’étais pas une personne responsable avec qui l’on voulait partager sa vie. Moi je n’étais qu’un fantasme passager. C’est ce que Stéphane m’avait fait comprendre. Et ces pensées négatives m’avaient permis, jour après jour, de tirer un trait sur les moments de vie que j’avais vécus avec Marc. Je devais tourner la page du livre de mon existence, pour entamer un nouveau chapitre. Aujourd’hui, découvrir mon identité devenait mon seul objectif.

J’entendis soudain des bruits de clefs dans la serrure qui me tirèrent de mes réflexions.

Il était là, enfin !

Je guettais, comme chaque soir, le moindre indice sonore. Il posait son trousseau tintant sur la table de l'entrée, la porte claquait. Je devinais la sacoche laissée contre le pied de la console puis il se dirigerait vers la chambre pour éclairer la pièce de son sourire.

Il apparut dans l'embrasure de la porte, souriant, les yeux brillants.

─ Enfin ! Je me languissais de votre arrivée !

Il se mit à rire.

─ Allez, je vais vous aider à aller aux toilettes.

─ Merci !

Je m'appuyai sur son bras et me hissai sur un pied. Faire deux mètres devenait le parcours du combattant avec une jambe lourde et droite comme un piquet et un seul bras pour me rattraper.

Quelques minutes plus tard, je sortis de la pièce d'eau et jetai un regard agacé à l'homme qui me regardait, appuyé contre l'encadrement d'une porte, les jambes et les bras croisés, souriant.

─ J'ai des choses à vous dire, très cher.

─ Je vous écoute.

─ D'abord, retirez-moi ces plâtres, je n'ai plus mal et ça me handicape. Ensuite, j'aimerais pouvoir me rendre aux toilettes et me laver toute seule parce que ça fait des jours que je n'ai plus d'intimité et cet état me pèse. Et pour finir, arrêtez de sourire sans arrêt c'est pénible de voir une personne de bonne humeur chaque jour alors que vous êtes clouée au lit.

Il se pinça les lèvres, probablement pour se retenir de répondre puis sourit malgré lui en regardant ses chaussures. Au bout de quelques secondes, alors que je commençais à m’impatienter, il se racla la gorge. Je savais qu’il s’empêchait de rire.

─ Ok, je vais essayer de ne plus sourire. Je ferai un peu votre tête, ça m'inspirera. En ce qui concerne votre intimité, ce n'est pas ma distraction préférée. Et pour le plâtre… il faudra attendre encore quelques semaines. Voilà, je pense avoir fait le tour de vos réclamations.

Il me sourit à nouveau.

─ Ah pardon ! lança-t-il en faisant un geste de fermeture devant sa bouche en se pinçant les lèvres pour ne pas sourire.

Ah-ah-ah, je me marre…

─ Je vous aide à vous rendre au salon ? proposa-t-il amusé.

─ Non. Vous m'enlevez les plâtres.

─ Dans cinq semaines, c'est promis.

─ Il n'en est pas question ! Cinq semaines ? Mais vous êtes fou ! Vous me les enlevez ce soir !

─ Je rêve, murmura-t-il pour lui-même. Allez, je vous conduis au sofa et je prépare le dîner.

Il me tendit le bras et je m'y agrippai en soufflant.

─ Vous prenez du plaisir à me retenir chez vous contre ma volonté ?

─ C'est une blague ?!

─ On dirait que ça vous fait plaisir que je vous attende tous les soirs et que je dépende de vous. C'est pour cette raison que vous ne voulez pas m'enlever ces satanés plâtres ?

─ Vous avez raison, je vous retiens de force et je prends plaisir à vous laver, vous emmener aux toilettes, préparer le repas deux fois par jour, écouter une râleuse et refuser toutes les invitations de mes potes à aller boire des bières. Ils croient même que j'ai une copine !

Je soufflai de nouveau en guise de réponse.

* * *

N'oubliez pas de liker ce chapitre avant de quitter la page !!! :-)

Que pensez-vous de ce nouveau personnage? Sidgil peut-elle lui faire confiance?

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