Chapitre 21

8 minutes de lecture

N'hésitez pas à laisser vos impressions et votre avis dans un commentaire :-)

* * *

J’entrais dans la maison. Des hommes armés étaient déjà là. Ce n’était pas les miens, mais ils feraient l’affaire. Dès que j’avais franchi le seuil, je sentis le pouvoir que j’exerçais sur eux. Et j’aimais le pouvoir.

─ Cachez-moi ça, dis-je en désignant les armes.

Des heures que je cherchais cette garce, à tourner en rond dans ce putain de parc toute la nuit et à me faire le bord de mer en allers-retours jusqu’au lever du soleil. Marc, ce con, que j’avais pris sous mon aile, et dont accessoirement je me servais, m’avait trahi pour sauver cette fille qu’il connaissait à peine. Mais qu’avait-elle de spécial ? Comment pouvait-elle le rendre fou à ce point ? Ça me les brisait.

J’avais envoyé rapidement mes hommes surveiller la baraque, mais ils ne m’avaient signalé que l’arrivée de Marc dont je me foutais royalement. C’était cette connasse que je voulais. Comment une gamine pouvait me filer entre les doigts comme ça ? C’était moi le chasseur, c’était moi qui traquais, qui capturais et tuais. Il fallait que je lui rappelle les règles du jeu quand je lui tomberais dessus. Et en parlant de tomber, quand je l’avais eu sous moi, dans ce parc, tellement minuscule et fragile, j’en avais ressenti une concupiscence instantanée. Rien que d’y penser, l’appétence sexuelle revenait en raz-de-marée. Ouais, fallait que je me la fasse. Juste pour le principe.

Je cherchais ce con du regard, à travers la pièce, et je le trouvais à demi allongé sur le canapé, un sac de glace sur la tête.

─ Migraine ?

─ Ouais.

Je regardais tout autour de moi, observant les coussins disséminés sur le sol, les tableaux de peinture à l’huile, d’artistes régionaux, à moitié décrochés des murs, des pots-pourris renversés au pied des étagères. On aurait dit qu’une bagarre avait dégénéré.

─ Je vois… mes hommes m'ont dit qu'ils n'ont vu personne entrer ni sortir depuis ton arrivée.

─ Tu me fais suivre ?

─ Non, bien sûr que non. Enfin, sauf cette nuit.

─ Je croyais qu'on était potes.

─ C'est vrai, on l'est. Mais j'ai eu un doute quand tu m'as tiré une balle dans la tête, répondis-je.

─ Et bien, t'en es pas mort.

─ Pas faux.

Je retournais nonchalamment sur mes pas, les mains derrière le dos, passant par-dessus une flaque d’eau laissée par un vase brisé. Je regardais ces abrutis en costume, un à un. On aurait dit des clones. Je ne connaissais même pas leurs noms, ils étaient tous pareils. Je m’approchai de celui près de la porte d’entrée.

─ J'avais dit « pas de violence », il me semble.

─ Il n'y en a pas eu, monsieur.

─ Et c'est quoi ce bordel ?

─ C'était déjà comme ça à notre arrivée.

Interloqué, je retournais dans le salon, fis le tour du canapé et pénétrai dans la bibliothèque que je connaissais déjà. Les livres n’étaient pas tous rangés et certains trônaient sur un vieux secrétaire d’époque napoléonienne. L’un d’eux, en lin, probablement vieux d’une trentaine de siècles, affichait des pages fraîches comme s’il avait été fabriqué récemment. Ce qui était un exploit en matière de conservation. Mais les livres, je les connaissais déjà tous. Marc adorait ce genre d’antiquité. Pour moi, ce n’était que des ramasse-poussière.

Je sortis de la pièce sans intérêt et gravis les marches de l’escalier qui menait à l’étage. En haut, tout était aussi chaotique. Mais qu’est-ce qui s’était passé ici ?

J’entrai dans la première chambre, m’agenouillai et vérifiai sous le lit si, à tout hasard, un objet compromettant ne m’aurait pas donné un indice improbable. Mais il n’y avait rien. Rien non plus sur le lit. Je tirai les draps pour découvrir un matelas maculé de sang. Qu’est-ce que ce con avait branlé dans cette chambre ? J’aurais pu me faire des tas de scénarios pour m’expliquer l’énorme tâche marron de sang séché, mais j’étais déjà suffisamment tendu pour éviter de me faire plus de mal pour l’instant. Il avait bien dû s’amuser ici. Je visitai la petite salle de bain. Le bac à douche était encore humide. Quelqu’un avait dû y passer depuis moins de trois heures. Ce qui ne correspondait pas à l’arrivée de Marc dans la maison, d’après mes hommes.

Je sortis de là pour m’occuper de la chambre suivante que je trouvais dans un état similaire de bordel. Sur la moquette, une chemise tachée de sang. Celle que Marc portait hier soir. À côté, quelque chose, une tâche, du liquide peut-être. Je passais mes doigts dessus. La texture aqueuse était un peu collante. Je le portais à mon nez pour la sentir et déterminer son origine et j’eus un mouvement de recul. Putain ! Je me mis à secouer ma main frénétiquement puis m’essuyai à plusieurs reprises sur mon jeans.

« Dégueulasse ! Merde ! »

Je me précipitai dans la salle de bain et commençai à me laver les mains avec le pain de savon à la lavande, posé sur le rebord du lavabo. La poubelle attira mon attention. Du tissu noir occupait le fond du panier en osier. Je m’essuyais les mains sur une petite serviette-éponge, sans lâcher le tissu du regard. Je l’attrapais du bout des doigts et l’examinai. La robe noire ! Déchirée sur l’arrière ! Cette pute avait réussi à passer par là. Je jetai un dernier regard à la chambre et redescendis à l’étage inférieur, traversai le bordel général qui prenait maintenant tout son sens et me postai devant le traitre.

─ Une aspirine ?

─ Non. Ça passera.

─ Ça a dû être chaud pour foutre un bazar pareil. Y'a un endroit qui a été épargné ?

Il me fixa sans répondre, le regard impassible avec la tronche d’un déterré.

─ C'est ce qu'il me semblait, ajoutais-je. En fait, vous êtes deux gros dégueulasses. Putain ! Je t'ai déjà vu faire et je me demande ce qui la branche chez toi. Sans déconner. T'es bestial, sans pitié, une mise à mort à toi tout seul.

Marc se mit à rire et grimaça de douleur en gémissant. C’était clair, il allait mal. Et je me demandais bien pourquoi. En fait, je n’avais que des questions depuis que j’avais pénétré cette baraque. Où était la fille ? Pourquoi restait-elle volontairement avec ce con ? Pourquoi ne l’avait-il pas tuée au pieu, comme les autres ? Pourquoi semblait-il au bord de l’agonie ? Comment avait-elle pu entrer et sortir de la maison sans que personne la voie ? Ça me rendait dingue ! Je voulais des réponses. Je les voulais maintenant. La patience ne faisait pas partie de mes qualités. Et ce traitre allait me donner toutes ces putains de réponses! Je savais comment le faire parler, crier, hurler. Il me dirait ce que je voulais savoir, de gré ou de force.

─ Comment elle a fait pour vivre celle-là ? Je comprends pas…

Il ne répondait toujours pas et j’estimais être arrivé au taquet de ma gentillesse. J’avais envie de me barrer d’ici. J’observais son visage. Il avait l’air de souffrir un peu plus. Qu’est-ce que cette pute lui avait fait ?!

─ Qu’est-ce que t’as ?

─ Nausées…, souffla-t-il en grimaçant.

Il porta la main sur son front en gémissant et devint blême. Il haletait, transpirait.

─ Mange, ordonnais-je en lui balançant un paquet de chips que j’avais trouvé dans la cuisine. T'as dépensé les calories de trois vies cette nuit.

Marc ouvrit le paquet difficilement et le reposa sur la table basse.

─ J’ai soif…

Il se leva doucement du canapé en se tenant sur l’accoudoir, vacilla puis tomba à terre, inconscient.

Je me penchai au-dessus du corps et lui pris le pouls au poignet. Je ne sentais rien. Je recommençai en tâtant le cou cette fois. Aucun battement cardiaque.

Je récupérai le paquet de chips sur la table et piochai dedans. Sur l’un des avant-bras, une tache sombre attira mon attention. Je soulevai la manche pour mieux voir, puis le bas de la chemise pour confirmer ma découverte. Le dos était couvert de grandes taches rosées.

« Putain je le déteste. Je les hais tous les deux.»

─ Qu'est-ce qu'il a ? demanda l'un des hommes qui avait observé la scène.

─ Empoisonnement au cyanure.

Je jetai un regard sur l’un des clones qu’on m’avait envoyé en renfort, celui qui m’avait posé la question. Le mec paniquait. Peut-être pensait-il que l’un d’eux allait être accusé de l’avoir empoisonné. Il manquait d’expérience.

─ Il s'est suicidé au cyanure, expliquais-je. Pour laisser assez de temps à la fille de s'enfuir.

Je me tenais le front entre le pouce et l’index pour m’aider à réfléchir. Soit, cet enfoiré savait où elle était allée et voulait gagner du temps. Soit, il n’en avait aucune idée et aura voulu me mener en bateau.

J’assénai un coup de poing dans le mur de parpaings qui éclata sous la force de l’impact.

─ Merde ! Chier !

* * *

J’étais parvenue à l’entrée de la ville, non sans mal. Plusieurs fois perdue. Plusieurs fois tourné en rond. C’était résumé. Journée pourrie.

La nuit était tombée depuis plus d’une heure. Je n’avais pas bu une goutte d’eau depuis mon départ parce que je n’avais rien prévu. J’avais faim. Et j’en avais marre.

J’imaginais que les hommes qui me poursuivaient ne me rechercheraient plus dans cette ville. Parce qu’une personne normalement constituée aurait pu s’éloigner de plusieurs centaines de kilomètres en une journée. Mais moi, j’en avais parcouru à peine trois.

J’étais fatiguée et agacée contre moi-même. Je pensais à Marc chaque seconde et je voulais savoir ce qu’il était devenu. Continuait-il sa vie comme avant mon arrivée ? Le fou s’était-il acharné sur lui pour se venger ?

Perdue dans mes pensées, une lumière m’aveugla brutalement et je me rendis compte être au beau milieu de la route. Un flash intense. Un bruit strident. La force d’un taureau. La douleur. Le froid. La nuit. Le choc.

J’ouvris les paupières péniblement. Pas m’endormir. Pas cette fois. J’avais mal à la hanche, la jambe et le bras. J’aurais voulu hurler, mais déjà la douleur s’estompait. Mes doigts touchaient la dureté granuleuse du goudron tiède et l’odeur de fer me fit comprendre que je perdais du sang. Je me sentais flotter et presque bien.

─ Ne bougez pas, vous avez une jambe cassée. Je vérifie votre bras, murmura une voix douce et calme, près de mon visage.

Cette voix me rassurait. Je fermai les yeux, juste l’espace d’un instant.

Des lumières vives au-dessus de moi défilaient rapidement et je refermai immédiatement les yeux qui souffraient de tant de clarté. La douleur se réveillait doucement et commençait à se propager. Je m’entendis gémir malgré moi. Des voix vibraient tout autour.

« Il n'y a rien de grave »

« … un plâtre et ça ira... »

« tu me dois un déjeuner... »

« on se fait un ciné ce week-end ? »

─ Marc…

* * *

N'oubliez pas de laisser un like sur ce chapitre avant de quitter la page !!! :-)

FIN de la PARTIE 2

Que pensez-vous de cette fin de partie? Vous a-t-elle surprise?

Annotations

Recommandations

SaltyKimchi
Projet autobiographique. Camp NaNo de Juillet

Résumé : pérégrinations d'un Lyonnais dans le DongBei.

N'hésitez pas à tartiner si vous passez par là
43
73
40
58
Mélodie Or
"Le Cataclysme Vert a décimé l'humanité. Seule une poignée de survivants résiste désormais aux Sylvanos, la nouvelle race de la Terre. Soumis aux ordres de leur Roi, ils n'ont qu'un seul objectif : annihiler ce qui reste des Hommes.

Mais depuis son accident, Syl rompt peu peu l'harmonie au sein de son peuple. Entre deux tueries, elle est assaillie par des visions ou des rêves. Son chant dissonant grandit jusqu'au jour où elle fait preuve de pitié envers une humaine: Mellys. Bannie, dépouillée du lien l'unissant au reste de sa tribu, Syl sauvera de nouveau la jeune fille contre son gré en abattant un des siens.

Pourquoi son corps agit-il de lui-même dans le but de la protéger ? Une chose est sûre, le Roi ne lui pardonnera jamais cette erreur.

L'alliance inattendue entre une Sylvanos et une humaine pourrait bouleverser leur deux mondes. Pour le meilleur ou pour le pire ? "

Opus d'une terre devenue émeraude...

Réécriture du prélude (la fin) et suite pour un roman... ATTENTION: je tiens à préciser que ce premier jet est écrit vite dans le but de terminer la trame. Il y a donc beaucoup de choses à revoir et améliorer.
50
72
209
143
NM Lysias
CV !
Danser jusqu'à s'en étourdir ! Danser jusqu'à s'en briser le coeur et les os ! Danser pour atteindre les étoiles...
Sergueï est un ancien danseur aux pensées assassines. Devenu cordonnier, il exerce une magie étrange et maléfique sur les chaussons de danse qu'il confectionne. Un jour, une jeune fille lui tend trois sous pour en acheter une paire. Ensorcelée, elle devient une rabatteuse et jette en pâture deux de ces camarades, aussi vaniteux qu'orgueilleux.

Chaussons aux pieds, le contrôle s'abîme, les cauchemars s'activent, la notion du temps et de la douleur se perd...
Et la paranoïa s'invite !
10
1
45
29

Vous aimez lire Nat S. Evans ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0