Chapitre 20

5 minutes de lecture

N'hésitez pas à donner votre avis dans un commentaire :-)

* * *

Je me ruais dans la chambre. J’avais réussi à prendre un taxi pour me rendre sur la plage de La Ciotat, à l’endroit où j’avais rencontré David et au bout d’une heure à tourner en rond, je reconnus enfin la maison de Marc. Cette destination, ce n’était pas l’idée du siècle, mais je ne savais pas où aller. Et après tout, cette idée étant la plus stupide que j’aurais pu avoir, à bien y réfléchir, je supposais que personne ne m’aurait cru capable d’une telle idiotie et donc personne ne viendrait me chercher ici. Logique. Enfin, j’espérais.

Durant cette terrible agression, j’avais la sensation étrange d’un déjà vu. Je me demandais si cette impression était en rapport avec ma vie d’avant et peut être même en rapport avec cet accident qui avait fait de moi ce que j’étais actuellement. Une fugitive. Dans un souvenir qui me faisait écho, j’entendais encore la voix de Marc m’intimer de fuir. Il connaissait mon nom. Mon vrai nom !

J’arpentais la moquette épaisse à la recherche de nouveaux vêtements plus pratiques que ma robe déchirée, jetée dans la poubelle de la salle de bain. J’en enfilais une autre à boutons lorsque la porte de la chambre s’ouvrit avec fracas, me faisant sursauter.

─ Tu n'es qu'une idiote !

Marc était debout dans l'encadrement de l’entrée. Sa peau était en partie brûlée sur le bras, des pans de chair sanguinolents ressortaient de la chemise déchirée.

─ Tu es blessé !

─ Habille-toi !!!

Ses yeux avaient gardé cet éclat de feu. C'était surnaturel et effrayant. Le jour de notre rencontre, il m’avait dit que ses yeux prenaient la couleur du ciel. Et j’en avais plaisanté en lui parlant de la couleur du crépuscule. Jamais je n'avais imaginé que cela aurait pu être vrai.

Je boutonnais la fermeture sur le devant, les doigts tremblants, sans pouvoir décrocher mon regard du sien.

─ J'ai peur…

La lueur menaçante dans ses yeux disparut aussitôt et il m’attrapa doucement par les épaules pour m’attirer contre lui. Le seul endroit où je me sentais en sécurité.

─ Je suis désolé, c'est ma faute. J'aurais dû te laisser à l'hôpital. Pardonne-moi.

Je me laissais aller, car ces mots étaient bien plus que je n’aurais pu espérer de lui quelques jours auparavant. Je reculai pour examiner ses blessures que j’avais aperçues à son arrivée, effleurant la chemise ensanglantée du bout des doigts.

─ Tu as mal ?

─ Je ne suis pas blessé. Je n'ai rien.

Je lui lançais un regard contrarié en voyant son bras intact, sa peau qui ne saignait plus et j’ouvris la chemise en tirant violemment sur les pans, faisant sauter les boutons.

─ Impatiente à ce point ? plaisanta-t-il.

Mais je ne pouvais pas rire. Sa peau était lisse et douce et malgré le soulagement que ce constat me procurait, je n’en étais pas moins bouleversée. J’avais pourtant vu… et la chemise en lambeaux, couverte de sang, témoignait de ses blessures disparues.

─ Marc, explique-moi ce qui se passe. Tu étais gravement blessé en entrant dans cette chambre. C'est irréel.

─ Sidgil… il faut que tu partes. Loin d'ici. Je ne veux pas savoir où. Tu ne devras faire confiance à personne. Pas même à moi. Les gens changent et si on se rencontrait de nouveau, je ne serais pas le même qu'aujourd'hui.

─ À cause de l'autre fou ?

─ Lui et d'autres.

─ Il n'est pas mort ? Vu ton état, j'aurais pensé que lui...

Marc me sourit en caressant ma joue d’un geste tendre.

─ Ne te fie pas non plus à la mort, elle n'est pas un état stable.

─ Tu as probablement un traumatisme crânien, dis-je, inquiète, en touchant son front comme on prend la température d’un patient. Je crois que tu délires.

Il me sourit, amusé, tout en me caressant les bras, dans un adieu silencieux. Nous ne pouvions pas décrocher nos regards l’un de l’autre. Puis, d’un geste vif, il tira sur les pans de la robe, faisant sauter tous les boutons à travers la pièce.

─ On est à égalité, murmura-t-il en me soulevant.

* * *

Je me relevais et regardais tout autour de moi. C’était un peu mon « chez-moi ». Je m’y étais habituée. Et c’était le seul endroit que je connaissais. Mais il fallait que je le quitte. Marc était sous la douche. Et moi, sur le tapis du salon. Depuis plusieurs heures, nous avions parcouru l’intégralité de la maison parce que, d’après lui, Kyros n’aurait jamais pensé à venir me chercher ici. Et Marc voulait m’offrir un adieu inoubliable, à sa façon.

Je montais rapidement l’étage pour récupérer un pantalon et un débardeur ainsi qu’une paire de baskets. Tandis que je m’habillais en hâte, j’entendais toujours l’eau couler dans la douche. Je devais partir avant qu’il ne sorte. C’était notre accord.

J’avais une adresse donnée par la vieille employée de maison qui me fit jurer de ne jamais en parler à Marc. Elle ne le supportait pas. Et c’était réciproque. À cette adresse, je devais y trouver ma famille, d’après la vieille femme. Sans ces derniers évènements, j’y serais allé en semaine, lorsque Marc se serait absenté. Mais ce matin, ce bout de papier devenait ma seule destination. J’espérais enfin pouvoir rencontrer mes parents, la seule famille que j’avais. La seule à pouvoir me rendre mon identité.

Je ne voulais pas prendre de taxi, car j’avais peur que Kyros me retrouve en interrogeant l’unique compagnie de la ville. C’est ce que j’aurais fait à sa place. Alors j’avais prévu de sortir de la commune en faisant du stop, direction Marseille, où devaient m’attendre mes parents.

Sur la table basse, une épaisse liasse de billets trainait. Marc m’avait dit que j’en aurais besoin.

Je délaissais la porte d’entrée pour passer par la fenêtre de la cuisine, donnant directement sur l’arrière du jardin. Une vingtaine de mètres plus loin, une palissade de bois se dressait contre le carré de verdure du voisin, que j’escaladais sans difficulté pour me laisser glisser de l’autre côté. Une boule de poils hirsutes se mit à aboyer dans un vacarme alarmant. Dans la panique, je le repoussai du pied de peur de me faire mordre, avant de m’élancer à travers le jardin bien entretenu, espérant ne pas avoir attiré l’attention sur moi, le chien sur mes talons.

Je sautais par-dessus la seconde palissade, identique, qui donnait sur un autre jardin plus petit d’une maison mitoyenne. Je pus traverser rapidement jusqu’au mur de pierres, coiffé de tuiles en terre cuite. J’avais enfin retrouvé la rue, le trottoir sous mes pieds, des fleurs, des haies et des micocouliers qui laissaient passer les rayons de soleil à travers leurs feuillages. J’étais fière de moi. À moitié. Si par miracle je pouvais me situer et savoir où je devais aller, j’aurais pu me sentir totalement fière. Je devais quitter la ville au plus vite. Si j’avais de la chance, je serais à Marseille à la mi-journée et sans me perdre. Si le ciel était de mon côté, je ne tomberais pas nez à nez avec ceux qui me recherchaient.

* * *

N'oubliez pas de liker ce chapitre avant de quitter la page !!!! :-)

Annotations

Recommandations

SaltyKimchi
Projet autobiographique. Camp NaNo de Juillet

Résumé : pérégrinations d'un Lyonnais dans le DongBei.

N'hésitez pas à tartiner si vous passez par là
43
73
40
58
Mélodie Or
"Le Cataclysme Vert a décimé l'humanité. Seule une poignée de survivants résiste désormais aux Sylvanos, la nouvelle race de la Terre. Soumis aux ordres de leur Roi, ils n'ont qu'un seul objectif : annihiler ce qui reste des Hommes.

Mais depuis son accident, Syl rompt peu peu l'harmonie au sein de son peuple. Entre deux tueries, elle est assaillie par des visions ou des rêves. Son chant dissonant grandit jusqu'au jour où elle fait preuve de pitié envers une humaine: Mellys. Bannie, dépouillée du lien l'unissant au reste de sa tribu, Syl sauvera de nouveau la jeune fille contre son gré en abattant un des siens.

Pourquoi son corps agit-il de lui-même dans le but de la protéger ? Une chose est sûre, le Roi ne lui pardonnera jamais cette erreur.

L'alliance inattendue entre une Sylvanos et une humaine pourrait bouleverser leur deux mondes. Pour le meilleur ou pour le pire ? "

Opus d'une terre devenue émeraude...

Réécriture du prélude (la fin) et suite pour un roman... ATTENTION: je tiens à préciser que ce premier jet est écrit vite dans le but de terminer la trame. Il y a donc beaucoup de choses à revoir et améliorer.
50
72
209
143
NM Lysias
CV !
Danser jusqu'à s'en étourdir ! Danser jusqu'à s'en briser le coeur et les os ! Danser pour atteindre les étoiles...
Sergueï est un ancien danseur aux pensées assassines. Devenu cordonnier, il exerce une magie étrange et maléfique sur les chaussons de danse qu'il confectionne. Un jour, une jeune fille lui tend trois sous pour en acheter une paire. Ensorcelée, elle devient une rabatteuse et jette en pâture deux de ces camarades, aussi vaniteux qu'orgueilleux.

Chaussons aux pieds, le contrôle s'abîme, les cauchemars s'activent, la notion du temps et de la douleur se perd...
Et la paranoïa s'invite !
10
1
45
29

Vous aimez lire Nat S. Evans ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0