Chapitre 19

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* * *

Nous sortîmes du restaurant, main dans la main, souriant comme des idiots. Il m’avait fait découvrir des saveurs que je ne connaissais pas et qu’il appelait épices. Mais ce que je préférais, c’était l’assortiment de petits desserts à base de miel.

De ce coin de béton, dans le silence du soir, j’entendais les vagues venir s’échouer sur une plage dissimulée. Régulièrement, comme un lent battement de cœur, une langue gourmande venait lécher le sable et s’en allait, pour repartir, et revenir. Au loin, j’apercevais la statue qui portait le même nom que le garçon de la plage, celui que je ne reverrai jamais. Mais déjà, nous arrivions à sa voiture. Marc posa délicatement la main sur mon dos dénudé et je frissonnai.

─ Tu as froid ?

─ Si je te réponds oui, tu me réchaufferas comment ? demandais-je d’un air lubrique.

Il secoua la tête en souriant.

─ Tu es infernale.

Je me tournai alors vers le parc que nous longions et dans la clarté d’un réverbère, j’aperçus une installation de jeux d’enfants. Lâchant la main de Marc, je m’élançai par-dessus le muret, dans l’obscurité du chemin sablé. Je l’entendis peu après me rejoindre, en colère, et me fit faire volte-face.

─ Ne pars pas sans moi !

─ Tu as peur que je te manque ? riais-je.

Avant qu’il n’ait eu le temps de répondre, je me jetai à son cou et l’embrassai. Il tenta de défaire le collier que formaient mes bras, mais renonça rapidement pour m’entourer des siens. Sa peau chaude et son odeur sucrée me rappelait le poison, cet effluve velouté et si doux, gourmand et mortel. J’aimais être avec lui, le sentir sourire contre mes lèvres, rire et vibrer même si, sans aucune explication logique, ce ne fut plus jamais comme la première fois. Ce feu que j’avais éprouvé, cette chaleur qui m’avait emportée vers un autre monde, entre le désir et les tourments, m’avait propulsée vers un univers de sensations pures. Depuis, je n’avais plus jamais revécu la même chose.

Je me laissai tomber sur un pneu accroché au bout de trois chaines à gros maillons et me balançai doucement. Il se mit à genoux devant moi, déposant ses lèvres sur les miennes.

─ Il faut partir, murmura-t-il contre ma peau.

Je gémis pour seule réponse, me nourrissant de ses baisers qui provoquaient en moi des pensées presque honteuses.

A cet instant, des ombres apparurent de derrière les buissons et fendirent la nuit dans notre direction. J’eus à peine le temps de me relever lorsque des mains m’agrippèrent par les épaules. Marc fut plaqué contre un pilier de bois d'une structure de jeu et nous fûmes séparés. Mon cœur battait à tout rompre, surpris par le silence mortel qui enveloppait l’arrivée de ces êtres.

Le vent s'engouffrait dans mes cheveux, apportant une odeur d’herbes coupées que je n’avais pas remarquée jusqu’alors. J’entendais des murmures tout en me débattant lorsque, brusquement, je sentis le bout d'un canon sur mon front. Un cercle froid, menaçant, d'à peine un centimètre. Lui assénant, de toutes mes forces, un coup de genou. J’entendis l'homme étouffer un cri et un bruit sourd me laissa penser qu'il était tombé à terre. Je me mis alors à courir dans la direction opposée, sans trop savoir où j’allais. Quelque chose me retint par la robe qui émit un craquement et je tombai de tout mon long, plaquée contre l'herbe humide et froide. Alors que je me mis à hurler, une main écrasa ma bouche avec une telle pression que ma nuque en était raidie, prête à céder. La terre humide s'étalait sur mon visage, l'herbe dans mes yeux. Je ne voyais rien, la nuit était trop profonde. Aucune voix. Aucun bruit. Si ce n'était celui des coups qui provenaient de la direction où se trouvait Marc. Peu à peu, le silence retomba complètement. Mon cœur tambourinait si fort que je m’attendais à le voir exploser de ma cage thoracique devenue trop étroite. Je n’entendais plus Marc. Comme s’il n’existait plus. J’avais peur. Silence. Obscurité. Et puis… des gémissements étouffés. Quelqu’un. Et un souffle régulier à l'arrière de ma tête. Un homme assis à califourchon sur mon dos. Je l’avais presque oublié. Il se penchait sur mon crâne, m’écrasait sous son poids. L'odeur de tabac froid passait sur ma joue. Pourquoi s'en prenaient-ils à nous ? Pour de l'argent ? Ça n'avait aucun sens. Je dirigeai mon regard vers des éclats de voix. Je reconnus celle de Marc. Il n’était pas seul.

Et je le distinguai. Il était là, debout, à plusieurs dizaines de mètres, dans la clarté pâle d'un réverbère et je crus, un instant, croiser son regard. Un homme plus corpulent se tenait derrière lui. Aucun des deux ne bougeait. Pourquoi ne venait-il pas m'aider ? Pourquoi les laissait-il faire ?

─ Marc… aide-moi…

Il ne bougeait pas.

L'homme, derrière lui, le contourna et s'avança vers moi, la démarche assurée.

─ Mmmm… je comprends qu'elle te rende dingue. Elle a une descente prometteuse.

Le géant se mit à rire d'une voix rauque. Il tenait un long bâton dont la pointe me parcourait le dos en égratignant ma peau et descendit le long de l'échancrure de la robe déchirée, m’arrachant un sanglot de douleur.

─ Simple agression qui tourne mal ? tonnait-il d’une voix grave. Vol à l'arraché ou agression sexuelle ? Je te laisse le choix, Marc. Moi, je préfère l’agression sexuelle.

Je ne comprenais pas. Cet homme connaissait Marc ?

─ Arrête Kyros, ne joue pas à ça…

─ Jouer… ouais t'as raison. Je vais jouer à la poupée. Tire-toi, ordonna-t-il à l'homme qui me maintenait au sol.

Il plaça son pied sur mon dos dénudé et je sentais la semelle rugueuse de sa chaussure écraser mes vertèbres tout en élimant mon épiderme. Son seul poids m'empêchait de bouger. Je ne pouvais plus respirer à pleins poumons, harassée par ce bulldozer. Il devait peser une tonne. Le géant s'accroupit à côté de moi, libérant mon dos. Lorsqu’il me saisit le poignet, je voulus en profiter pour tenter une fuite désespérée. Par réflexe, il resserra la pression sur l'articulation avec une telle violence que je me mis à crier. Il avait autant de force que Marc pendant ses crises et il ne forçait même pas, comme si je n'étais qu'une chose inexistante, une particule de rien.

─ Ma belle, on va jouer à un jeu tous les deux, me susurra-t-il contre ma joue. Si tu survis à notre nuit d'amour, je te laisse partir.

Il se mit à rire aux éclats comme s’il avait sorti la plus grosse blague de l’année. Je ne savais pas ce que pouvait annoncer « survivre à notre nuit d'amour », mais je me fichais de la signification qui pouvait s'y rattacher. Rien de bon n'était à envisager dans tous les cas. Mon instinct de survie se réveilla brusquement et je commençai à m’agiter, me débattre de toutes mes forces, m’agrippant à la pelouse pour tenter de m’éloigner de cet homme qui ne cillait pas. Les cris étaient inutiles. Personne ne viendrait m'aider. Pas même Marc qui ne bougeait pas d'un pouce et qui restait là, spectateur de ma souffrance.

Il me souleva par la taille d’une seule main, pour me rejeter sauvagement au sol devant lui puis m’écarta les jambes d’un violent coup de genou, m’arrachant un nouveau cri de douleur. Il se saisit de mes hanches et me tira violemment vers lui lorsqu’un bruit de craquement retentit. Je me demandais si mes articulations avaient rendu l’âme. Je n’en aurais pas douté une seule seconde si on me l’avait affirmé. Mais le bruit semblait venir de plus loin.

Le réverbère en panne devant moi prenait une drôle de forme, digne d’une œuvre de Dali, comme victime d'une chaleur intense.

─ Putain Marc ! Fais pas ça !

Le géant se releva, ne faisant plus attention à moi et me laissa retomber au sol sans ménagement. J’en profitais pour me relever lentement, en essayant de ne pas attirer l’attention sur moi.

Je voyais Marc bouger au loin et brusquement, un vacarme métallique retentit en échos dans la nuit, comme si un géant d’acier venait d’exploser. Des éclats rouges s’envolèrent tout autour de lui, dans un formidable feu d’artifice. Un morceau tomba à mes pieds. Je me baissais pour le ramasser. Une chaîne. Un morceau de chaîne brisée, à gros maillons. Je laissais retomber le métal brûlant sur l’herbe en secouant mes doigts rapidement. Tout s’enchainait très vite. Trop vite. Je ne comprenais plus. Marc était attaché depuis le début ? C’était uniquement pour cette raison qu’il n’avait pas réagi ? Mais comment avait-il pu briser ces chaînes ?

─ Marc ! Contrôle-toi bordel ! C'est juste une pute, elle n'a aucune importance !

─ Ne la touche plus !

Je ne reconnus pas la voix de Marc. Elle était sombre et profonde, comme un écho lointain, une vibration sonore et j’avais peur. Je ne voyais que ses yeux briller comme si l’enfer y logeait. J’étais effrayée, horrifiée et je n’arrivais plus à réfléchir. Je ne savais même plus de quoi je devais avoir peur.

─ Sidgil, va-t’en !

Sa voix ne tonnait plus. Je ressentais encore ses sentiments pour moi à travers elle. Il voulait me protéger. Mon cœur palpita à nouveau, gorgé d’amour et d’espoir, et je partis à travers la nuit, car je savais que rien ne pourrait m’arrêter.

─ Ah putain, on va s'en mettre plein la gueule, je crois, mon pote. Je ne sais pas comment tu en es arrivé à cet état, mais si c'est la fille, il va me la falloir.

Le géant jeta le bâton à terre et se préparait à combattre. Le prix à gagner était la vie.

* * *

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