Chapitre 16

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* * *


Je me réveillais par le chant des oiseaux. Je les devinais sauter de branche en branche sur le pin sylvestre devant la porte-fenêtre. Le soleil réchauffait la chambre depuis plusieurs heures et l’horloge numérique affichait déjà le début de l'après-midi. Je tentai de me lever lorsqu’une douleur lancinante m’en empêcha et je retombai sur l’oreiller, les yeux au plafond. Les souvenirs de cette matinée meurtrière se morcelaient dans mon esprit embué. Je ne me souvenais pas de tout. En fait, je ne me souvenais de presque rien. Des bribes d’images me revenaient doucement. Des flammes, des coups de poignard, des baisers, de la douleur, de la douceur. Tout se mélangeait.

Me faisant violence, je me hissais sur mes bras pour m’extirper du lit défait. La lampe cassée jonchait le sol, la table de chevet renversée à côté. Le miroir, contre le mur, affichait une toile d’araignée de mosaïques en son milieu et des débris de verre brillaient au-dessous. Sur les murs, des traces noires s’étalaient comme si des flammes avaient léché le papier peint par endroits. Les moitiés des tentures, de chaque côté de la fenêtre, avaient tout simplement disparu, avalées par un monstre mystérieux qui avait laissé derrière lui une forte odeur de brûlé. Je me retournais. Une trainée de couleur vive maculait les draps et mon cœur palpita à sa vue, retrouvant un instinct que je pensais perdu depuis les dernières heures. Je passai mes mains sur mon corps, mes bras, mes cuisses, je m’auscultais sans réfléchir, mais je ne découvris aucune blessure.

Mes pensées voulaient fabriquer des souvenirs pour m’expliquer ce qui aurait pu se passer, raccommoder des bribes d’histoire, mais elles ne le pouvaient pas. Pas encore. Je cherchais du regard celui qui m’avait donné ce que je réclamais depuis des semaines et j’aperçus une silhouette, dans le carré de lumière, lovée dans le creux d’un fauteuil en rotin. Je parcourus la moquette en évitant soigneusement les éclats de verre, combattant les tiraillements de mes jambes, mes cuisses et chaque muscle de mon corps. J’écartai les rideaux de lin qui avaient survécu et pénétrais l’étroite terrasse ensoleillée face à la mer, ignorant ma nudité pour savourer la sienne. Il était installé là, perdu dans l’horizon. Je reculais légèrement, fuyant les dalles brûlantes pour un coin d’ombre. Il se tourna enfin vers moi et me tendit la main, que je pris, et déposa ses lèvres sur chacun de mes doigts. M’attirant à lui, il marqua mon ventre d’un baiser brûlant et je l’entendis soupirer, laissant reposer son front contre moi. Il m’enlaçait et me serrait contre lui. Nous étions comme un vieux couple séparé depuis trop longtemps.

─ Désolé…

Sa voix n'était qu'un murmure douloureux. Je ressentais son âme brisée. Tout en lui paraissait étrangement calme. Et différent.

Désolé, de quoi ?

─ Pour ce que je t'ai fait.

─ Je t'aime comme tu es, Marc.

Il bascula son visage en arrière et me dévisagea, incrédule.

─ Tu n'as pas conscience de ce que tu dis.

Nous nous sommes regardés un moment, dans un échange muet. Le sien semblait lourd de sens. Quel secret pouvait-il encore me cacher ?

─ Tu es blessé ? finis-je par demander.

Il plissa les yeux comme s'il se concentrait pour mieux comprendre le sens de mes paroles. Son regard s'illumina brusquement, en phase avec mes questionnements.

─ Le sang est le tien, me répondit-il enfin.

─ Mais non…

─ Mais si.

Il me relâcha et s’adossa à nouveau contre le bois du fauteuil, le regard dans le vague, perdu dans l’immensité étincelante de la mer. Je ne comprenais pas comment ce sang pouvait être le mien si je n’étais pas blessée. Lui non plus, ne semblait pas l’être. Comment pouvais-je perdre du sang ? Comment ai-je pu en perdre ? À moins que…

─ Tu n'es pas mon mari, n'est-ce pas ?

Il se tourna vers moi et me fixa, sans un mot, stoïque.

─ Qui suis-je alors ?

─ Les gens qui t'entourent ne font pas de toi ce que tu es. L'état d'épouse ne définit pas ton identité.

─ J'ai beaucoup de questions, Marc. Je voudrais que tu y répondes.

Il se massa le front du bout des doigts en soupirant encore.

─ Je ne suis pas sûr de pouvoir t'apporter les bonnes réponses.

─ Sommes-nous mariés ?

─ Non.

Je l’avais deviné depuis longtemps, mais l'entendre de sa bouche, aussi froidement, me laissait sans voix. La canicule rendait l'extérieur difficilement supportable. Je voulais déglutir, mais ma gorge était trop serrée. Je savais que nous n’étions pas mariés, je pensais même l'avoir toujours su, que nous n’avions pas d’enfants et qu’il ne m’avait pas choisie. Et pourtant, j’avais l’impression de le découvrir à nouveau.

─ Qui suis-je, Marc ? insistais-je.

─ Aucune idée.

─ Mais pourquoi t'es-tu fait passer pour mon mari alors ?!

─ Pour découvrir ton identité justement et pour tout un tas d'autres choses liées à ça.

─ Mais pour quelles raisons ? Quelle importance pour toi ? Je ne comprends pas.

─ On m'en a donné l'ordre.

J’en restais bouche bée. Je ne m’attendais pas à ça. Qui pouvait donner un ordre pareil ? Et pourquoi ?

─ Tu as aussi reçu l'ordre de coucher avec moi ?

Il secoua la tête en soupirant puis se leva, révélant des muscles tendus de titan et un corps athlétique qui me donnait envie de me lover contre lui. De larges épaules imposantes, un corps immense. C'était un Dieu. J’étais en totale fascination. Il ne se souciait absolument pas de sa nudité alors qu'il se trouvait à l'extérieur, exposé à la vue de tous et j’avais l’impression d’être Ève ayant consommé le fruit défendu. Je voulais le consommer encore, totalement boulimique de ce corps. Je dus détourner mon regard pour me concentrer à nouveau sur ses mots.

─ Je te rappelle que tu m'allumes depuis des jours. C'est plutôt toi qui m'as piégé. Je n'arrêtais pas de te repousser, mais tu revenais à la charge. Tu en es consciente quand même ?

Je me rapprochais de lui et le touchais machinalement.

─ J’en suis consciente. Mais pourquoi cette attirance est-elle si forte et incontrôlable ?

─ J'aimerais bien le savoir aussi…

─ Est-ce que tu ressens quelque chose pour moi ?

Il m'attira contre lui et m’enlaça avec douceur, déposant un baiser sur ma tête, pour toute réponse.


* * *

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Avez-vous été surpris de trouver les deux personnages bel et bien vivants?

Les quelques explications de Marc vous apportent-elles assez de satisfaction?

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