Chapitre 15

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* * *

Je m’éveillais doucement avec la lumière du soleil qui passait au travers des voilages. Était-il rentré ? Était-il reparti ? Je soupirai. La nécessité de connaitre son état d’esprit, de pouvoir l’écouter s’il en avait besoin, alors même qu’il détestait ma présence, au point de me fuir lorsqu’il se rendait compte qu’il était avec moi, m’avait conduite jusqu’à sa chambre et son lit pour l’attendre. Je me sentais lourdement pathétique.

Subrepticement, le matelas bougea et je tournai la tête.

Il était là.

Le drap rejeté sur le côté, à cause de la chaleur estivale que je bénis, l’exposait sans pudeur. Il dormait paisiblement. Sa poitrine montait et descendait lentement, la tête à peine basculée sur le côté, un bras glissé sous l’oreiller, l’autre posé le long de sa cuisse. Je le trouvais tellement beau que j’en avais le tournis. Je ne savais pas s’il était calmé ni les raisons pour lesquelles il avait fui mes bras, mais je m’en fichais. À cet instant, je comptais bien profiter de sa présence inconsciente pour observer et mémoriser chaque centimètre de son corps comme si j’avais découvert un trésor interdit.

Je voulais le toucher, mais je savais que le moindre contact pourrait le réveiller. Et il partirait. M’accoudant, je posais la tête sur le creux de ma main, admirant la forme de ses biceps, leurs courbes harmonieuses, leurs rondeurs qui prenaient racine aux larges épaules. Son torse, clairsemé d’une fine pilosité, ravivait la braise, en sommeil au plus profond de mon intimité. J’essayais d’ignorer ce début d’incendie pour me concentrer sur ce buffet à volonté, exposé juste devant moi. Je suivais chaque détail de ses muscles abdominaux nettement marqués, ses hanches étroites, les jambes musclées, et j’avais un besoin fiévreux de le toucher. Mes lèvres s’étirèrent en un large sourire, j’observai son visage imperturbable.

J’aurais voulu l’embrasser, le parcourir d’un milliard de baisers, l’aimer, le goûter, le dévorer. Mais je n’en fis rien. La braise s’était transformée en brasier et tous mes organes se tendaient vers lui. Il représentait bien plus qu’une simple tentation, il était le Diable à lui tout seul.

Je soulevais ma main avec le désir de la poser sur lui, sans trop savoir quelle partie de son corps serait la moins sensible à ce contact. Mes doigts touchèrent sa peau à peine une seconde avant de vérifier sa respiration régulière. Je les reposais et remontais très lentement sur les flancs, me mordant encore la lèvre pour éteindre définitivement un rire nerveux. Je souriais comme une idiote, mais je m’en moquais, c’était grisant.

Mes doigts dévalèrent les collines dessinées sur son abdomen et j’effleurai le V que formaient ses muscles, me montrant la direction à prendre. Je parcourus la hanche, le sillon de l’aine pour redescendre le long de sa jambe et me rendis compte être en apnée depuis le début. Reprenant ma respiration, je vérifiais que cet apollon dormait encore, sans arrêter mon mouvement, retentant l’expérience en posant doucement toute la paume de ma main sur l’intérieur de sa cuisse. Il ne bougeait pas. Je remontais doucement la masse musculaire, admirant les traces rouges que je laissais sur mon passage, ignorant les raisons de la sensibilité de sa peau. Il bougea imperceptiblement en émettant un faible gémissement.

« Oups »

Après une poignée de secondes sans un mouvement, je continuai mon parcours maléfique en souriant béatement. Je frôlais à peine la surface de son épiderme, mais j’en sentais sa chaleur et sa douceur. Les sillons rouges que je laissais, zébraient sa peau, telles des brûlures. Il gémit du bout des lèvres et tourna la tête en fronçant les sourcils, comme si le plaisir n’était que douleur.

Ma main repartait déjà dans sa course lente et sensuelle, parcourant les courbes titanesques d’un chemin qu’elle connaissait déjà. Elle survolait délicatement le ventre qui montait et descendait plus rapidement. De larges tapis rouges se tendaient sous mon passage au moment où Marc me saisit le poignet avec brutalité.

─ Arrête, souffla-t-il.

Il resserra son étreinte, m’arrachant un gémissement plaintif.

─ Je t’ai dit d’arrêter. Tu me fais mal, insista-t-il.

Abandonnant mon bras à sa merci, je me relevais pour me placer au-dessus de lui, le chevauchant. J’étais fière, assise sur ma monture et le narguais d’un sourire espiègle.

Il passa sa main libre sur ses yeux en soupirant. À n’en pas douter, je l’exaspérais.

─ Tu ne sais pas ce que tu fais.

─ Tu crois ?

─ Nous sommes toxiques l'un pour l'autre, il ne doit rien se passer.

Je ne répondis pas et il finit par me libérer. Mes sens s’éveillaient et je sentais la chaleur de nos âmes s’emparer de moi, dans un tourbillon de désir qui m’emportait déjà trop loin. Il se cambra en grimaçant. Une brûlure dans mon ventre m’empêchait de respirer. Ses mains se posèrent sur mes hanches pour me repousser mais je savais qu’il ressentait un peu de ce que je vivais aussi.

─ Nous sommes pourtant mariés, non ? lui chuchotais-je.

Il ne me répondit pas, plongeant ses yeux dans les miens. Je me redressai, dominante, jubilant silencieusement d’avoir remporté une victoire.

Il m’attrapa brusquement le visage entre ses mains et m’attira à lui, écrasant mes lèvres contre les siennes. Son corps se mouvait sous moi, je sentais son désir grandir et je me retrouvai bientôt sous son corps, sans trop savoir comment.

─ Arrête de bouger, souffla-t-il en tentant de se libérer.

Je m’agrippais à mon tour, sans l’écouter, sentant mon propre corps onduler contre le sien, comme s’il ne m’appartenait plus, et tandis qu’une vague de chaleur prenait possession de tout mon être, je me tendais et me cambrais vers lui, réclamant ce qu’il ne voulait pas me donner.

Je m’accrochai à son dos en y enfouissant mes ongles alors que mes jambes s’enroulèrent autour de ses hanches pour le garder prisonnier. Il s’arc-bouta, retenant un cri et je vis les traces rouges laissées sur le chemin de son épiderme. Ses yeux brillèrent si vivement que j’eus l’impression qu’ils s’étaient éclairés l’espace d’un instant, me laissant entrevoir une partie de son âme diabolique.

─ Ne fais surtout pas ça…

Mais je ne l’écoutais plus et me préparais déjà pour une autre attaque. Il attisait mon désir si violemment que j’en avais presque mal. Pourtant, j’en voulais davantage, comme si cet aspect ne pouvait plus me suffire. Comme si je cherchais autre chose en lui.

Mes doigts s’agrippèrent à sa chevelure épaisse, descendirent entre ses omoplates et lacérèrent sa peau dans toute la longueur, libérant une trainée de sang. Il poussa un cri rauque qui ressemblait plus au rugissement d’une bête qu’à la voix d’un être humain, les yeux brillants de cette lueur de l’Enfer. J’y voyais le rouge de la braise, la noirceur du péché originel et la lueur de la mort. La mienne.

Dans un grognement, il attrapa mes poignets et les plaqua au-dessus de ma tête.

À cet instant, je comprenais les papillons de nuit, attirés par les flammes funestes : fi du danger, voir une dernière fois la lumière et je dégageais ma main pour la glisser entre nos deux corps, telle une tigresse inconsciente.

Il hurla en se redressant et, je ne sus comment, d’un mouvement brusque et tellement rapide, je me retrouvai plaquée contre le papier peint, à côté de la table de chevet, de larges doigts puissants m’écrasant la gorge, l’autre main me maintenant à sa hauteur. La lampe de chevet tournoya un instant puis s’écrasa au sol.

Ses yeux avaient pris une teinte étrange, comme si le crépuscule se mélangeait à l'acier. Je sentis son corps se mouvoir contre le mien, lentement, étrangement lentement. Je gémissais, suffocant sous cette pression meurtrière. Le dos élimé par le frottement contre le papier peint me brûlait la peau. Je ne parvenais pas à reprendre mon souffle. Ma vue se floutait. J’avais peur. Ses mains m'enserraient tandis que je repoussais ce corps qui s'écrasait contre moi, transpirant. Ses lèvres pincées libérèrent un gémissement retenu par des muscles tendus et une longue plainte s’échappait de lui. Je peinais à respirer. Notre combat silencieux dura encore quelques secondes. Comme si l’un de nous devait mourir ou si aucun ne pouvait survivre. L’atmosphère avait pris un aspect inquiétant. La chambre basculait dans des températures infernales, j’avais l’impression que tout aurait pu prendre feu instantanément.

Brusquement, mes entrailles semblèrent subir l’assaut de mille poignards, m’arrachant des hurlements. Et je hurlai longtemps, de toutes mes forces, de toute ma douleur. Je sentis l'étreinte se desserrer lentement et je retombai contre le large torse humide et brûlant, me permettant de reprendre mon souffle peu à peu. Je ne comprenais pas ce qui se passait.

Maintenant, il me caressait les cheveux avec douceur, dégageant de mon visage des mèches qui collaient au front et me plaqua de nouveau contre le mur tout en me maintenant par le fessier. Il respirait rapidement, essoufflé. Je sentais son odeur sucrée qui m’enveloppait et sondais ses yeux comme l'on prenait la température d'un malade. La lueur était toujours présente, mais la haine ne se lisait plus à l'intérieur. J’avais mal au plus profond de moi et je savais que rien n’avait commencé.

─ Supplie-moi de t’épargner…

─ Jamais !

Il fronça les sourcils en pinçant les lèvres, retenant probablement toute une série de jurons et me jeta violemment au milieu des draps froids en se ruant sur moi.

─ Tu voulais consommer ton mariage ?

Sa question m’apparut alors plus comme une menace. Sa main se plaqua sur mon bas-ventre et je sentis mes entrailles se fendre de l’intérieur, comme si elles étaient déchiquetées par des lames de rasoir que l’on remuait dans tous les sens. Je hurlais de toutes mes forces, sans pouvoir bouger sous ce corps qui me maintenait prisonnière. Des spasmes me parcouraient. Mon corps se convulsait.

─ Supplie-moi…

Le goût du sang envahit ma bouche et avant que je puisse prononcer un mot, une vague de chaleur s’empara de moi, me coupant le souffle. Dans un instinct de survie, je libérai une main pour la plaquer contre lui et le repousser. Et là, tout se déchaina. J’avais l’impression de voir, à travers mes paupières à peine entrouvertes, la chambre baignée d’une vapeur rouge. Je hurlais à nouveau alors qu’un tourbillon de flammes se mit à tourner tout autour de nos corps. J’entendis au loin la voix de Marc qui me criait quelque chose et les ténèbres s’abattirent sur moi, avec une telle violence, que j’en perdis connaissance.

* * *

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