Chapitre 12

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* * *

Les journées s’écoulaient et je ne voyais guère Marc. Je l’apercevais parfois le matin puis il disparaissait dans son bureau pour le reste de la journée. D’autres fois, il sortait pour des rendez-vous et je restais alors dans cette grande maison.

Je n’avais pas revu David. Ce n’était pas vraiment lui qui me manquait mais les bons moments trop brefs que j’avais connus en sa présence, en toute insouciance.

Le soleil avait presque disparu dans des couleurs chatoyantes, reflétant à la surface de la mer l’achèvement d’une autre journée douceâtre. Le ciel encore bleuté déversait des teintes orangées et dorées qui rendaient la baie ciotadenne plus extraordinaire et magique qu'elle ne le paraissait en journée. Les nuages roses et légers donnaient un air surnaturel au paysage. La colline, à gauche de la baie, s’avançait sur le large, recouverte d’une végétation importante, alors que ses côtes aux falaises saillantes se laissaient encore fouetter par les vagues. L’air devenait plus frais et le peignoir de soie que je portais manquait d’épaisseur pour ce moment.

Je sentais ce mélange d’odeurs d’iode et de pin se répandre doucement dans l’air frais du soir. La lumière de la chambre était toujours éteinte et je regardais les étoiles, me demandant si, du bout de la plage, je pourrais avoir un autre point de vue du ciel.

─ Vanessa…

Je me retournai.

Il était debout, dans l’encadrement de la chambre, comme s’il n’osait pénétrer ce lieu sacralisé par ma présence. Mais je ne faisais plus attention à ses fuites, ses absences et ses silences.

La chambre s’emplit d’un parfum sucré et fort et je reconnus celui de Marc. Lui aussi portait un peignoir, prêt à aller se coucher. Ses cheveux humides, sa barbe naissante qui disparaitrait demain matin avant le petit déjeuner et ses yeux acier attendaient là. Il était comme une statue grecque décorant un coin de ma chambre. Je le trouvais divinement séduisant et un doux foyer s’alluma dans les profondeurs de mon ventre, accueillant sa présence. Pourquoi mon corps réagissait-il malgré moi dès qu’il s’approchait?

─ Avant d’aller me coucher, je voulais savoir si tu avais besoin de quelque chose.

─ Oui.

─ Et de quoi as-tu besoin ?

─ Je voudrais que tu dormes avec moi cette nuit.

Il sourit en regardant le lit, comme si j’avais sorti la plus grosse blague de ces cent dernières années.

─ Je ne crois pas qu'il soit raisonnable que nous partagions le même lit pour ce soir.

─ S’il te plait, suppliai-je. Nous n’avons jamais dormi une seule fois ensemble depuis mon retour. Je me sens délaissée et tu m’interdis de voir d’autres personnes.

Je vis son regard s’assombrir en une fraction de seconde.

─ Je ne t’interdis pas de faire connaissance avec d’autres personnes, Vanessa. Mais je souhaite juste que tu évites de flirter.

Je m’avançais vers lui et m’arrêtais à quelques centimètres seulement, le frôlant à peine.

─ Pourquoi ? soufflais-je du bout des lèvres.

─ Parce que tu es mariée.

─ Je ne comprends pas ce que tu veux dire, murmurais-je en mentant éhontément.

Je pris sa main dans les miennes et le guidai jusqu’au milieu de la chambre.

─ Je me sens seule la nuit. Dis-moi ce qui te repousse chez moi.

─ Tu te fais des idées, Vanessa.

─ Tu sais bien que non. Si tu préfères rester seul, pourquoi as-tu insisté pour que je revienne ?

─ Ce n’est pas ça.

─ Je t’avais dit que je souhaitais partir. Mais toi, veux-tu que je parte ?

─ Non.

─ Alors, dis-moi ce que tu veux, ce qui t’empêche d’être avec moi cette nuit.

─ Je ne brusquerai rien entre nous pour l’instant, je te l’ai promis.

Je baissais les yeux, cherchant une phrase magique à prononcer pour le faire changer d’avis, mais je ne trouvais rien qui pourrait le persuader de m’écouter. Et plus je me rapprochais, plus il m’était difficile de reprendre mon souffle, comme si je basculais dans un univers empli d’une chaleur sans air, en Enfer.

─ Brusque-moi…, lâchais-je dans un murmure.

Je lisais de la surprise dans ses yeux. Et je crois qu’on pouvait y lire la même chose dans les miens. Il ne bougeait pas et j’avais peur qu’il ne quitte à nouveau cette chambre pour se cacher encore pendant des jours derrière la porte de son bureau. Je posai mes mains sur son torse et le suppliai du regard. Ses yeux changèrent à la seconde, ses pupilles se dilatèrent sans raison et il se pencha sur moi, s’arrêtant à quelques centimètres de mon visage. Je me sentais minuscule. Mon ventre s’enflammait, la chaleur qu’il diffusait remontait tout le long de mon dos comme mille terminaisons électriques et s’emparait de moi.

─ Marc… s’il te plait…

Il prit mes bras, les écarta et les plaça derrière mon dos, plaquant son corps contre le mien. Je voulais le toucher, j’avais besoin de le sentir sous mes doigts, besoin d’un contact avec son corps. Et je profitai de ce moment pour me hisser sur la pointe des pieds et déposer mes lèvres sur les siennes. Il tressaillit. Mais ne recula pas. Ne me lâcha pas non plus. Je ressentais un besoin de lui si puissant que je m’imaginais escalader littéralement son corps, grimper sur ce titan et l’embrasser jusqu’à avoir épuisé toute vie.

─ Vanessa… je ne pourrais pas rester de marbre à chaque fois. Il n'est pas dans mes habitudes de refréner quoi que ce soit. Et même si je n'étais pas ce que je suis, il serait difficile de passer à autre chose sur simple demande.

─ Je ne comprends rien de ce que tu dis. Qu'est-ce que tu es au juste ?

Je ne le laissai pas répondre et dégageai mes bras de son emprise pour me saisir de son visage et le maintenir prisonnier de mes lèvres avides. Mon cœur tambourinait dans ma poitrine, son rythme s’accélérait et mon cerveau était aux abonnés absents depuis un petit moment.

─ Non… ne fais pas ça…

Je n’écoutais pas ses avertissements illogiques, m’accrochant au col de son peignoir comme si j’essayais de fusionner avec son corps. Et je l’embrassais encore, le consumant sans pitié.

Il me souleva brusquement du sol, et me maintint contre lui alors que je l’enserrai de mes jambes, agrippant ma proie sans pitié tandis qu’il me déposait déjà sur les draps frais.

Lorsqu’il libéra mes lèvres, les siennes étaient rougies par nos baisers interminables et je sentais les miennes rouges et gonflées.

Je tirai alors sur la ceinture de son peignoir, libérant les pans de l’habit qui dévoilèrent un torse large à la pilosité légère. Je posai mes mains sur sa peau et le sentis frissonner. Quelque chose se passait en moi. Je le caressais tandis qu’il s’installait sur mes jambes, m’exposant tout son corps, ses muscles et ses hanches marquées. Mon cœur repartait de plus belle. Il me sourit, tirant la ceinture de mon peignoir à son tour. Un pan glissa sur ma peau pour dévoiler une partie de mon corps qu’il connaissait déjà et il dégagea l’autre en l’écartant lui-même. Je me mordis la lèvre pour ne pas rire, un peu gênée.

Il se pencha à nouveau sur moi, effleurant à peine mon corps du sien et posa ses mains de chaque côté de mon visage.

Mes doigts dansaient sur sa peau, caressaient son torse, je chavirais. Ses sourcils se froncèrent, ses yeux se fermèrent et je l’entendis gémir comme s’il souffrait. Glissant sur ses épaules, je fis encore descendre le peignoir le long de ses bras et il le retira complètement pour le jeter sur le sol. Je le sentais s’appuyer sur moi tandis que je parcourais ses flancs. Attirée irrésistiblement, affamée, prête à sacrifier toute ma dignité, je l’entendis gémir encore, étouffant une douleur que je ne comprenais pas. Mon cœur palpitait partout dans mon corps et à cet instant je n’aurais pas su dire dans quelle partie il se situait. Il battait dans ma gorge, ma poitrine et jusqu’au bout de mes seins, je le sentais dans mon ventre enflammé et dans mon entrejambe, il battait le rythme dans mes cuisses et dans la paume de mes mains, sur mes lèvres qu’il mordait à présent. Il se pressait contre moi, bousculant ce qui me restait de pudeur, se frottait pour calmer son désir tandis qu’il démultipliait le mien.

Ses lèvres quittèrent les miennes pour marquer ma gorge et descendre encore pour s’emparer de toutes les parcelles de mon corps. Je haletais.

─ Marc, s’il te plait…

Il leva les yeux et je pus les voir briller d’une fièvre sauvage et presque bestiale.

Je me hissais contre lui en sentant une chaleur intense nous envahir. Son souffle se transformait en plainte. Dans un désir indolent, son corps brûlait sous des milliers de flammes invisibles. Je suffoquais, je m’essoufflais, je cherchais mon oxygène sans pouvoir arrêter de vibrer sous son corps. Ma tête était sous pression, je me transformais en torche humaine. Je sentais son être me chercher pour se plonger en moi et je fermais les yeux, prête à apaiser mes tourments.

Je l’entendis gémir de nouveau et me rendis compte que mes ongles s’enfonçaient dans son dos. Sous mes doigts, sa peau perlait de sueur, comme soumise à une température élevée. Il souffrait.

Un hurlement retentit, me saisissant d’effroi. Je ne m’y étais pas attendu.

J’eus à peine le temps de le voir se relever péniblement, les yeux froncés sur moi, figé dans une grimace de douleur intense.

Je le regardais à mon tour, me demandant ce qu’il se passait. Il se redressa complètement et je pus voir l’ensemble de son corps de titan, à couper le souffle, et toute sa peau rougie. Je ne comprenais pas.

Il se recula, debout devant moi. Je l’observais, toujours tétanisée par la surprise sans trop savoir comment réagir.

─ MAIS QUI ES-TU ?!

─ Je… je suis ta femme….

─ Non !

Je me redressais à mon tour et m'assis sur le rebord du lit.

─ Non ! Ne t'approche pas ! cria-t-il en tendant sa main en guise de protection.

Il sortit de la pièce précipitamment et j’entendis la porte de l'autre chambre claquer.

Je restais assise, immobile et interloquée. Quel était le problème ? Si nous n'étions pas mariés et qu'il ne voulait pas de relation avec moi, que voulait-il alors ?

Je nouai rapidement la ceinture du peignoir et toquai à l'autre porte. Aucune réponse. Il me semblait entendre du bruit mais il ne répondait pas.

J’essayais d'entrer mais constatais la porte verrouillée de l'intérieur.

─ Marc ? Tu vas bien ? Laisse-moi entrer s'il te plait.

Quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit. Il était vêtu d'un pantalon en velours côtelé marron et d'une chemise beige à manches longues qu'il avait retroussées jusqu'aux coudes.

─ Tu comptes sortir ?

─ Oui. J'ai besoin de changer d'air.

─ J'aimerais que l'on parle de ce qui s'est passé, parce que je ne comprends pas où se situe le problème. Ça commençait plutôt pas mal non ?

─ Tu ne peux pas comprendre.

─ Alors, explique-moi.

Il me repoussa.

─ Pas maintenant. J'ai vraiment besoin de changer d'air.

─ Mais Marc…

─ Pas maintenant ! cria-t-il, me faisant sursauter de nouveau.

Ses yeux métalliques reflétaient la froideur et quelque chose d'effrayant en même temps. Une absence d'âme peut-être… Non… Son âme existait. C'était justement elle qui était effrayante. Je le regardais et y voyais le Mal. Je frissonnai et reculai, libérant le passage.

Il sortit de la chambre, me bousculant sans y faire attention et dévala les marches. Ouvrant la porte du garage bruyamment, il sauta dans la voiture et la démarra avec vacarme.

* * *

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Pensez-vous que Sidgil aurait dû réagir avec plus d'insistance pour retenir Marc?

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