Chapitre 10

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* * *

Je sortis de la Ferrari, tout juste entrée dans le garage, situé sous la maison, et enfilai la veste du costume. J’escaladai les marches extérieures deux par deux.

Assise en tailleur sur le canapé aux lignes modernes, la fille. Vêtue d’une simple robe ample bleue, elle se plongeait dans la lecture d’un gros livre relié. Sur la table basse, d’autres bouquins de la même collection s’empilaient alors que le sol était jonché d'ouvrages moins anciens.

J’aperçus l’employée de maison et lui fis un signe de tête pour lui indiquer la cuisine. Je me dirigeai discrètement dans la pièce voisine, bientôt rejoint par la vieille femme.

─ Que fait-elle ?

─ Elle lit, monsieur.

Je faillis m’étouffer. C’était quoi cette réponse ? Elle se fichait de moi ? Je lui jetai un regard plein de reproches.

─ Merci, je m'en suis rendu compte. Vous pouvez partir dans ce cas, je n'aurai plus besoin de vous pour aujourd'hui, dis-je agacé.

─ Bien, monsieur. Monsieur est trop bon.

Je regardai la vieille femme s’éloigner. J’observai ses larges fesses bouger dans tous les sens à chaque pas et grimaçai. Sur tous les niveaux, je ne supportais plus cette nouvelle domestique. Je n’avais jamais connu de personnel aussi insolent. Cette situation empirait avec les jours et j’avais parfois l’envie irrésistible d’en finir, comme maintenant. J’entendis la porte claquer.

M’approchant de Vanessa par l’arrière, je me penchai sur elle, par-dessus le dossier du sofa et l’embrassai dans le cou, jetant un rapide coup d’œil à sa lecture.

─ Qu'est-ce que tu fais ?

─ J'apprends.

─ Et tu apprends quoi ?

─ Un peu tout. C'est un livre d'Histoire.

Je lui caressais les épaules dénudées que laissait apparaitre la robe que je trouvais finalement plutôt sensuelle.

─ Tu vas devenir une grande intellectuelle alors ? lâchais-je en riant.

Elle bascula la tête et avec un mouvement de hanche, se tourna vers moi, incrédule.

─ Ne te vexe pas ma chérie mais ton joli petit cerveau n'a jamais été fait pour ce type de lecture. Tu es tellement plus fraîche et insouciante. Referme ce vilain livre…

Elle sourit et m’obéit en fermant la grosse encyclopédie. J’appréciais qu’elle ne discute pas mes ordres.

─ Voilà c'est mieux mon lapin. Tu vas t'attraper la migraine.

Je l'embrassai sur le front.

Elle reposa le livre à côté d’elle et se leva, réajustant la robe et la coiffure en jouant avec ses doigts. Un instant, je surpris une lueur dans son regard et faillis douter de sa franche soumission.

─ Tu me trouves comment ?

─ Habillée, répondis-je en souriant.

─ C'est de l'humour ?

─ Tu es très belle, toujours pleine de sensualité, rattrapais-je habilement.

Elle s’avança vers moi, glissa ses bras autour de mon cou et plongea dans mes yeux ; je plongeai dans les siens. Je me rendis compte avoir passé les bras autour de sa taille tant elle s’était rapprochée de moi. Son regard me fascinait, à la fois doux, innocent et sauvage. Je sentais son souffle chaud m’atteindre et me penchais vers elle, hésitant, comme si c’était une première fois. Nos lèvres se frôlèrent, en une caresse, sans se toucher, sans un contact. Elle dégageait un parfum de fleurs et de fruits de saison et je me sentais bien, à ma place.

Ma main effleurait son dos à la peau si douce et parfaite tandis que l’autre se saisissait de sa nuque délicate sous l’épaisse chevelure qui retombait en cascade. Je sentais ce corps insolent contre moi et de mémoire, je n’avais jamais éprouvé cette attraction tellement à contresens de ma nature profonde. Cette sensation artificielle me fascinait et m’effrayait. Une chaleur incendiaire naissait en moi et commençait à me consumer doucement de l’intérieur. La température autour de nous montait comme si quelqu’un jouait à souffler sur des braises incandescentes. Ma main descendait sur ses reins alors que j’aurais voulu la repousser, sentant mes pulsions primaires prendre le dessus. Sa robe ample, simplement attachée à la taille par une ceinture, ne laissait apparaître aucune forme et pourtant, elle débordait de féminité.

Je ne pensais plus à rien, juste à elle. Je déposais un baiser sur son épaule dénudée, puis un second, du bout des lèvres, un autre, remontais sur le cou. Marquant son corps de mes lèvres pour y graver ma propriété, je voulais la posséder et qu’elle ne soit qu’à moi, tout de suite.

Elle se mouvait sous mes baisers en une réponse inconsciente de ses envies et des miennes. Elle ondulait, se frottait et ça me rendait fou. Sa poitrine, son ventre et ses cuisses contre moi et je voulais entrer dans cette demeure.

J’embrassai sa joue, déposai un baiser effleuré sur la commissure de ses lèvres. Elle ferma les yeux. C’était une folie, une douce folie… Elle tourna son visage, caressant ma peau du bout de ses lèvres entrouvertes et j’imaginai à nouveau toutes les scènes de perdition que je pouvais créer. Elle se frottait toujours et je la serrai contre moi en la prenant par les fesses pour apaiser cette tension presque douloureuse. Je traçai un sillon brûlant jusqu’à sentir son soupir me pénétrer. J’en frissonnai. Basculant ce corps léger et gracile sur le siège du sofa, je balayai les livres d’un revers de bras. Sa crinière à pleines mains, je maîtrisais ce félin et m’apprêtais à le dompter. Mon corps recouvrant le sien, j’embrassais chastement ses lèvres pulpeuses qui frémirent. Ma main profitait de ce détournement d’attention pour caresser sa hanche et descendre encore. J’avais l’envie assassine d’être en elle alors que mon instinct me criait de fuir.

Je sentais quelque chose s’échapper de moi, aspiré par le tourbillon de chaleur qui nous entourait, cette vapeur invisible que la fille semblait ignorer. J’aurais dû la repousser mais je n’y parvenais pas. L’hémorragie vitale continuait et je me laissais vider sans retenue, conscient de la mort qui pouvait en résulter. Je m’abandonnais à mon bourreau.

Ses doigts s’emparèrent de mes cheveux, vagabondant dans l’épaisseur et brusquement sa bouche vint s’écraser contre la mienne, sans pudeur. Je répondis à son baiser chaud et humide et tellement demandeur, emporté par une passion indescriptible. Le feu qui avait commencé à me consumer, m’embrasait maintenant totalement. La tension était à son paroxysme et l’urgence que je ressentais avait pris la place du plaisir. J’étais prêt à exploser et à y laisser ma vie.

Elle déposa une main sur mon torse et me repoussa doucement.

─ Marc…

─ Oui…

─ On sort ? lâcha-t-elle en souriant.

Elle venait de me sauver la vie et de me tuer.

* * *

Nous étions assis sur la terrasse d’un restaurant, face à la mer. Le soleil chauffait doucement de ses rayons lumineux, les cigales emplissaient l’espace de leurs chants stridents et incessants. La terrasse, spacieuse, offrait une vue imparable sur la baie et la grande île boisée.

J’évitais son regard. Comment avais-je pu avoir envie d’elle à ce point ? J’étais prêt à me donner, à lui confier ma vie, mon existence et mon âme. Si j’en avais eu une. Quand elle avait mis fin brusquement à ce rapprochement, j’avais hésité entre la faire taire définitivement sous la pression de mes mains ou la violer. J’avais penché pour la seconde solution. Mais je fis quelque chose que je ne me serais pas cru capable. Je m’étais relevé pour m’éclipser dans la salle de bain pendant qu’elle se recoiffait. Comme un parfait gentleman que je n’étais pas.

Et nous étions maintenant sur la terrasse du salon de thé qui s’étalait en angle, devant des cartes plastifiées, à quelques mètres de la maison, assis en face l’un de l’autre. Sans regarder son visage, je caressais des yeux la peau de ses bras baignés de soleil et je changeai de position sur mon siège pour apaiser l’intumescence naissante. Putain !

J’avais abandonné ma cravate sur le lit avant de partir et défait les deux premiers boutons, retroussé les manches de la chemise. Il faisait chaud. Je profitais de voler quelques secondes de son visage pendant qu’elle s’attardait sur mes mains en se mordant la lèvre. Bordel ! J’avais envie d’elle, de sa bouche, ses lèvres… stop ! Je fermai les yeux pour tenter de me ressaisir et évacuer ces pensées qui n’arrangeaient pas mes affaires. Comment pouvais-je éprouver cette attirance extatique pour cette fille que je détestais tout autant ? Pourquoi réveillait-elle ces émotions contradictoires qui habitaient le plus lointain recoin de mon être et que je pensais disparues depuis longtemps ?

Le serveur apporta deux assiettes remplies d’une salade festive.

─ Je suis ravie de sortir …

─ Mmm…, approuvais-je.

Je fixai mon assiette, sans appétit. J’évitais son regard. Lui parler, échanger le moindre détail, je ne pouvais pas. Je ne savais même plus pour quelles raisons précises mais j’aurais préféré la laisser ici et partir m’isoler. Ce qui était impossible.

─ Quelque chose ne va pas Marc ?

─ Non, non. Tout va bien.

─ Tu ne me regardes plus depuis que nous avons quitté la maison, comme si tu évitais tout contact.

Je me forçai à lever les yeux sur elle et les planter dans les siens, pour la contredire, esquissant un sourire forcé, lui prouvant ainsi qu’elle se trompait, que tout était affaire à son imagination.

Mais elle avait raison. Et je n’aurais pas dû vouloir lui mentir pour me jeter dans son piège aux éclats d’or. J’observais son visage, son cou et ses épaules, me remémorant les sensations éprouvées lorsque j’étais entré en contact avec ces parcelles de corps. La rangée de dents blanches comme des perles, qui tranchaient avec sa langue rose au-dessus de cette poitrine à peine cachée…

Je voulais éviter de poser les yeux sur elle mais je la dévorais du regard. Elle était ma flamme, j’étais son papillon.

─ Je n'évite rien, ma chérie.

Elle souriait. Je la trouvais belle. Pourtant, au moment où je l’avais rencontrée, dans ce parc d’hôpital, elle m’était apparue banale, fade, sans aucune importance. Je m’étais même demandé pourquoi j’étais là. Une personne comme elle ne pouvait pas être importante. Mince, sans formes trop généreuses, petite, des cheveux et des yeux d’un marron très commun, je ne me serais même pas retourné sur elle si on ne m’avait pas envoyé la chercher.

Mais aujourd’hui, tout avait changé. J’avais même la sensation que moi j’avais changé, sans trop pouvoir définir ce changement. C’était plus une impression. Comment faisait-elle ça ?

─ J’ai des questions à te poser, Marc, commença-t-elle à brûle-pourpoint. À l'hôpital on m'a dit que j'avais des enfants. Mais étrangement je n'en vois aucun. Est-ce une erreur d'information ?

─ Des enfants ? répétai-je brusquement dégrisé.

Mon regard descendit machinalement sur son ventre.

« Ensemence-la » Ces paroles me revenaient en tête.

─ Oui, nous avons deux enfants, ils sont très jeunes et je n'ai pas voulu qu'ils restent à la maison pour ton retour. C'est pour leur bien, tu comprends ? Ça les aurait choqués de voir que tu ne les reconnaissais pas, ils sont petits et n'auraient pas compris.

─ Tu as bien fait. Quels âges ont-ils ?

─ Deux et trois ans.

─ Et où sont-ils alors ?

─ Mes parents les gardent. Le temps que ta mémoire revienne et que tout rentre dans l'ordre.

Elle prit ma main entre les siennes comme s’il s’agissait d’une chose précieuse qu’elle tentait de protéger.

─ Tu es tellement attentionné. Un père et un mari parfait, je réalise avoir beaucoup de chance, même si pour l'instant je n'ai pas de souvenirs.

Comment se sentir con et minable en deux leçons. Pourquoi éprouvai-je de la culpabilité tout d’un coup ? Ça me rendait dingue. Je devais me ressaisir.

─ Euh… oui… merci, lâchai-je en surprenant un sourire en coin fiché sur son visage, me faisant douter de l’innocence de ses paroles, une fois encore.

─ Et mes parents ? Habitent-ils loin ?

─ Tes parents… non. Ils vivent à quelques dizaines de kilomètres d'ici. Si tu le souhaites, nous irons les voir.

À quelques tables, une agitation attira mon attention. Des personnes, debout, s'agglutinaient. Des éclats de voix, de grands gestes de la main, un serveur qui renversait son plateau…

─ Regarde Marc, je crois que cet enfant est en train de s'étouffer !

─ Ah oui… répondis-je, indifférent, sans lever le moindre regard sur le gamin.

─ Aide-le.

Comme un automate, sans réfléchir, je me levai et me dirigeai vers l’attroupement. Un jeune garçon potelé, le visage tout rouge, les yeux exorbités, cherchant l’air autour de lui. Une femme criait, affolée, le tenant par les épaules. Une petite fille pleurait devant la scène, seule. Des débris de verre cassé craquaient sous les pas.

Je poussai la femme, arrachant l’enfant de ses bras, sans un mot. Je ne me sentais pas vraiment moi-même. Comme si un autre moi prenait possession de mon corps. Une entité que j’aurais connue puis oubliée, une ombre qui connaissait déjà mon corps et qui le manipulait telle une marionnette.

Je tournai l’enfant et plaquai son dos contre moi, l’entourant en un geste protecteur, puis, joignant mes mains, je les enfonçai d’un coup sec dans son plexus. Des cris étouffés parcoururent la foule. Un gros bonbon rond et bleu sortit en fusée de sa bouche et sauta trois mètres plus loin, libérant le corps et lui permettant à nouveau de respirer.

La femme se mit à crier de plus belle, pleurant en même temps, serrant l'enfant contre elle. L'homme à la grosse moustache qui s'était absenté pour téléphoner aux secours avait suivi toute la scène et me prit dans ses bras. J’eus un mouvement de recul. Lorsque la foule applaudit, je mis un certain temps à me rendre compte que ces réactions de joie m’étaient destinées. Certains me serrèrent la main comme l'on se bat pour toucher une star.

« Merci, mille mercis ! » « Bravo, monsieur ! » « Vous lui avez sauvé la vie ! » « Vous avez ma reconnaissance éternelle ! Merci ! »

Je dévisageai ces personnes que je ne connaissais pas, sortant de ma torpeur.

Qu'avais-je fait ? Avais-je vraiment sauvé un enfant ?

Je reculai, affolé.

Mais que se passait-il ?

Je guignais de l'oeil cette fille, souriante et insouciante.

Pourquoi m’avait-elle sommé d’aider ce gamin comme si la chose aurait dû être normale ? Était-ce à cause d'elle ? Était-elle une sorcière ?

* * *

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