Chapitre 8

8 minutes de lecture

N'hésitez pas à donner votre avis dans un commentaire :-)

* * *

J’avais passé tout l’après-midi dans le bureau pour rattraper le travail de cette dernière semaine. Monter sur la capitale, prendre contact avec les médecins pour montrer patte blanche et revenir, avaient ruiné l’avance que j’avais prise. Mes clients n’étaient pas du genre à aimer attendre.

Lorsque je sortis le nez de mes dossiers pour m’accorder une pause, je me rappelai qu’elle était quelque part dans la maison. Sa passivité et sa beauté insipide me rebutaient. Pourquoi j’étais allé la chercher, déjà ?

─ Vanessa ?

Dans la cuisine ouverte sur le salon et séparée par un comptoir, je me servais un café préparé depuis le matin et qui m’attendait au chaud dans la cafetière allumée. Je l’aimais noir et bien amer. Je jetai un regard sur la page faxée durant la nuit qui m’annonçait devoir livrer une centaine de pièces en Afghanistan, sans trop savoir si c’était la destination finale. Mais comme je m’en fichais, je ne posais jamais de question. Prendre les commandes, me démerder pour trouver ce que mes clients souhaitaient et leur livrer à la destination de leur choix, partout dans le monde et au plus tôt. Le business était plutôt rentable. Mais la rentabilité était un plus et certainement pas le but de toute l’affaire. Je ne faisais pas ce commerce pour l’argent. Enfin, pas que.

─ Vanessa !

Elle m’exaspérait vraiment. Je posai la feuille sur le comptoir et fis le tour de l’étage avec la tasse de café en main, finissant par la bibliothèque vide. Son absence m’inquiétait. Et si elle était partie ? Mais je me ravisai, parce qu’elle n’avait nulle part où aller et qu’il n’y avait aucune raison pour quitter cette demeure. La maison était confortable et je savais que j’étais un homme attirant. Donc, elle avait tout ce dont elle avait besoin ici. Une fille comme elle ne pouvait pas espérer mieux.

C’était avec ces pensées rassurantes que je fis tranquillement le tour de l’étage supérieur. Mais je ne trouvai personne non plus. J’entrai à nouveau dans sa chambre et me dirigeai sur le balcon pour tenter de l’apercevoir sur l’avant du jardin. Cette partie paraissait déserte. Le soleil rayonnait. Si je n’avais pas eu autant de travail à rattraper, je serais allé courir sur la plage et cette frustration me mit encore plus de mauvaise humeur.

Soudain, je fus attiré par une silhouette sur le sable. C’était elle. Au milieu d’un groupe de gamins. Un mec lui passait son bras autour des épaules et lui parlait à l’oreille. Elle se mit à rire. Qu’est-ce qu’il pouvait bien lui dire ? Le connaissait-elle ? Et puis j’ai eu un doute. Elle aurait pu simuler une amnésie pour cacher quelque chose d’important. Ce gamin par exemple ? Je les regardais tous les deux. En fait, ils avaient pratiquement le même âge.

Je posai les bras sur la balustrade, me penchant en avant, continuant à les observer en sirotant mon café chaud. Il ne la regardait pas comme un simple ami et ses gestes ressemblaient plus à des caresses. Est-ce qu’elle ressentait quelque chose à ce contact ?

Le soleil commençait à décliner et la plage à se vider. Je ne savais pas combien de temps j’étais resté là, dans cette position, comme un voyeur. Mais j’avais envie de la voir vivre sans moi, de la voir sourire à un autre, la voir réagir sans que j’en sois responsable. Et je me demandais bien où tout ceci allait la mener et si elle le connaissait. Le soleil avait quasiment disparu au large de la baie rougeoyante. Je n’y voyais plus grand-chose lorsque les gamins se levèrent et allumèrent des torches électriques pour les planter tout autour d’eux. Ils étaient apparemment bien équipés. Et je vis, je ne sais comment, au milieu de ce groupe plongé dans la pénombre, la main de ce con faire glisser la bretelle de la robe et lui embrasser l’épaule.

Je ne sais pas ce qui m’avait pris à ce moment-là mais je ressentis une profonde colère m’envahir. Il venait d’empiéter sur ma propriété.

Je traversai la chambre, descendis les marches tellement précipitamment que ce fut un miracle que je ne renverse pas ce qui me restait de café froid, posai la tasse sur le comptoir au passage et sortis en trombe. Cette tête blonde de surfeur, j’allais me le faire. Je traversai la rue et cherchai le groupe du regard, plus loin sur la plage. Comment j’avais pu voir la bretelle glisser de là où je me trouvais ? Je m’approchais doucement, calmé par la fraîcheur du soir. Quelqu’un jouait de la guitare. J’espérais que c’était le gamin entreprenant, ça lui occuperait les mains à autre chose qu’à faire dégringoler des bretelles. Et je la reconnus. Debout. Virevoltant au bras de ce con. Riant. Épanouie. Lumineuse. Et c’est là que je compris qu’elle resplendissait seulement dans les bras d’un homme qui pouvait la faire sourire. Lui avait su la rendre belle. Pas moi.

La musique cessa un instant, avant de reprendre un rythme plus lent et je la vis se blottir contre ce blondinet. Mes entrailles se tordirent à cet instant, la chaleur envahit mon cerveau et j’étais prêt à tuer tous ceux qui se mettraient entre elle et moi. Du sable entrait dans mes chaussures en cuir à chacun de mes pas, et la traversée devenait de plus en plus désagréable. Mais je me félicitais d’être resté calme. Après tout, ce n’était pas de la faute du gamin si madame mon épouse avait le feu aux fesses. J’étais ravi du self-control que j’arborais, ravi aussi de ces minettes qui me bouffaient du regard, et j’en ressentais même un plaisir physique. Si je n’avais pas eu besoin de la récupérer, j’en aurais sûrement levé une pour la nuit. Comme lisant dans mes pensées, elle plaqua sa bouche sur celle de ce gamin. Là, j’étais énervé. Et je l’avais trainé, sans réfléchir, sur le chemin du retour. Je venais d’annoncer être son mari et elle, elle placardait sa bouche sur n’importe quoi. J’avais envie de lui hurler dessus, de l’attacher, la fesser.

À force de tiraillements, elle me fit remarquer que dans la précipitation, elle n’avait même pas pu récupérer ses chaussures. Je commençais à m’en vouloir. Après tout, le médecin m’avait prévenu. Elle n’avait aucune valeur sociale, ses connaissances cognitives avaient disparu et elle n’avait pas une once de souvenirs de sa vie. C’était d’ailleurs pour cette raison que mon voyage avait été si précipité.

Il était hors de question que je retourne sur la plage pour récupérer ses chaussures. Elle en avait d’autres à la maison. Je la hissai sur mon épaule et la calai malgré ses protestations. Elle était furieuse. Elle commença à me frapper, je sentais ses petits poings me caresser le dos et ça me faisait rire. Elle redoubla ses assauts, se mit à griffer et à me gifler les reins et intérieurement j’étais mort de rire. À force de bouger, son corps glissa légèrement en arrière. Je lui claquai les fesses, ce qui n’était qu’un juste retour, pour la calmer et lui éviter une chute royale dans les escaliers que je montais. Arrivé à la maison, je me délestai de ce chaton un peu trop remuant. Elle me regardait avec des yeux écarquillés, paumée et surtout furibonde. Elle avait envie de me tuer, c’était clair.

Je la regardais remonter ses bretelles et je rêvais de les lui ôter. De lui ôter cette robe toute entière. Et cette nouvelle pensée me paraissait étrange. Mais à force de l’observer, de l’écouter répondre à mes questions sans intérêt avec des réponses tout aussi inintéressantes dont je me foutais, je la trouvais à nouveau commune. Vraiment comme les autres. Pourquoi me faisait-elle autant d’effet lorsque je me trouvais près d’elle ? Je m’étais éloigné de quelques pas pour la voir toute entière, pour profiter de cette vue sur ses jambes dans l’ouverture de sa robe, l’air de rien. Puis, je m’approchai à nouveau et elle ne le remarqua même pas. Comme par magie, son aura m’envoûta de nouveau, comme si j’avais franchi une frontière invisible où son attraction prenait naissance. C’était surnaturel. À l’inverse, j’avais l’impression que je ne lui faisais vraiment aucun effet. Ce qui était le comble. Je lui demandai pourquoi elle avait embrassé ce gamin mais je me fichais aussi de sa réponse. Je voulais plutôt lui demander ce qui lui plaisait en lui, ce qui l’attirait au point de se jeter dans ses bras comme une ado. Pourquoi lui et pas moi. Sa réponse fut sans appel. Dure, cruelle et vraie. Je le savais. Il avait juste su poser un regard sur elle et elle s’était mise à vivre. Cette fille était une fleur qui avait besoin de la chaleur du soleil. Et moi je lui faisais de l’ombre.

Je regardais ses yeux noisette aux éclats d’or, son regard arrogant et toujours furieux, ses joues rosies par la colère, ses lèvres charnues qui frémissaient de l’envie de m’insulter à nouveau. Et j'eus envie d’elle. J’avais envie d’elle tout de suite. Sa colère m’excitait. Et je voulais la faire taire en même temps. Je la bâillonnai de ma bouche pour la rendre incapable de ces invectives dont elle avait le secret, lui bloquant les bras derrière son dos d’une main, la maintenant par la nuque et les cheveux de l’autre, la rendant prisonnière de mes désirs. Le baiser était sans doute le plus violent que j’avais connu, le plus brutal aussi et il transparaissait totalement ce que j’avais envie de lui faire. Tout en l’embrassant, je m’imaginais la plaquer sous moi, la posséder comme un animal et la faire hurler. Et je la sentis tomber. La rattrapant d’une main, je continuais à torturer sa bouche, même si je devais l’étouffer ; elle ne devait plus recommencer à en embrasser d’autres. Si elle voulait éprouver du plaisir, ce serait avec moi et personne d’autre. J’étais prêt à la marquer au fer pour qu’elle m’obéisse.

Je la relâchai et elle tomba sur le sofa, essoufflée. Je l’étais aussi et je me faisais violence pour ne pas la prendre sur ce putain de canapé. Je l’épargnai cette fois. Mais cette fois seulement. Parce que je savais ce qu’il se passerait si je ne me retenais pas, si je me laissais aller avec elle comme avec les autres. Je regardais les battements de son cœur sur la veine de sa gorge, ses épaules dénudées, la naissance de sa poitrine dans l’entrebâillement de la robe dont le premier bouton s’était défait. Je ne savais pas si c’était elle ou la situation qui m’excitait. Elle me regardait la bouche entrouverte, respirant pleinement et moi j’imaginais tout ce que cette bouche pouvait me faire. Je devais m’éloigner avant qu’elle ne puisse remarquer mon excitation et qu’elle ne crie victoire trop tôt.

Je la laissai plantée au milieu du salon et je montai dans ma chambre, jubilant d’une victoire sans nom dont j’étais la victime collatérale.

* * *

N'oubliez pas de liker ce chapitre avant de quitter la page !!!! :-)

Avez-vous apprécié le point de vue du mari pour la même scène?

Ce chapitre vous a-t-il permis de mieux le connaitre?

Annotations

Recommandations

SaltyKimchi
Projet autobiographique. Camp NaNo de Juillet

Résumé : pérégrinations d'un Lyonnais dans le DongBei.

N'hésitez pas à tartiner si vous passez par là
43
73
40
58
Mélodie Or
"Le Cataclysme Vert a décimé l'humanité. Seule une poignée de survivants résiste désormais aux Sylvanos, la nouvelle race de la Terre. Soumis aux ordres de leur Roi, ils n'ont qu'un seul objectif : annihiler ce qui reste des Hommes.

Mais depuis son accident, Syl rompt peu peu l'harmonie au sein de son peuple. Entre deux tueries, elle est assaillie par des visions ou des rêves. Son chant dissonant grandit jusqu'au jour où elle fait preuve de pitié envers une humaine: Mellys. Bannie, dépouillée du lien l'unissant au reste de sa tribu, Syl sauvera de nouveau la jeune fille contre son gré en abattant un des siens.

Pourquoi son corps agit-il de lui-même dans le but de la protéger ? Une chose est sûre, le Roi ne lui pardonnera jamais cette erreur.

L'alliance inattendue entre une Sylvanos et une humaine pourrait bouleverser leur deux mondes. Pour le meilleur ou pour le pire ? "

Opus d'une terre devenue émeraude...

Réécriture du prélude (la fin) et suite pour un roman... ATTENTION: je tiens à préciser que ce premier jet est écrit vite dans le but de terminer la trame. Il y a donc beaucoup de choses à revoir et améliorer.
50
72
209
143
NM Lysias
CV !
Danser jusqu'à s'en étourdir ! Danser jusqu'à s'en briser le coeur et les os ! Danser pour atteindre les étoiles...
Sergueï est un ancien danseur aux pensées assassines. Devenu cordonnier, il exerce une magie étrange et maléfique sur les chaussons de danse qu'il confectionne. Un jour, une jeune fille lui tend trois sous pour en acheter une paire. Ensorcelée, elle devient une rabatteuse et jette en pâture deux de ces camarades, aussi vaniteux qu'orgueilleux.

Chaussons aux pieds, le contrôle s'abîme, les cauchemars s'activent, la notion du temps et de la douleur se perd...
Et la paranoïa s'invite !
10
1
45
29

Vous aimez lire Nat S. Evans ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0