PARTIE 2 - Marc - Chapitre 7

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* * *

Depuis la veille, le décor avait changé. Je me sentais perdue. La maison n’était pas désagréable. Plutôt spacieuse et lumineuse, la chambre possédait de grandes fenêtres à la française donnant sur la mer. J’adorais cette nouvelle vue dès le matin. Je sortis du lit en m’étirant, mes cheveux en bataille témoignant d’une nuit agitée, pleine de mes cauchemars insensés. Nus pieds, je m’enfonçai dans l’épaisse moquette et recroquevillai les orteils pour en sentir la profondeur. Cette sensation était nouvelle. Tout était nouveau. La brise matinale qui passait par la fenêtre ouverte, ondulant les voilages, également. Je sortis sur le petit balcon en me faufilant entre les fauteuils de rotin, dans la douce torpeur du soleil méditerranéen et je m'appuyai sur la balustrade. Les dalles de pierre étaient presque brûlantes sous mes pieds et je me sentais comme dans un cocon de chaleur.

Le contact d’un tissu froid glissé sur mes épaules me fit sursauter en me retournant.

Marc.

Il tenait un peignoir de soie dont il avait essayé vainement de me couvrir.

─ Vanessa…

Je ne savais pas comment réagir. Mon statut d’épouse était récent et quelque chose en moi ne semblait pas vouloir entrer dans cette case. Je me refusais à faire ce que l’on pouvait attendre de moi. Je me refusais à devenir celle que je n’étais plus. Mais la proximité de cet homme ne m’aidait pas beaucoup.

─ Tu es magnifique. Mais il serait bon de t'habiller pour aller sur le balcon. La nudité en public n'est pas bien acceptée.

J’acquiesçai d’un signe de tête. Stéphane m’avait dit la même chose, à peu de mots près. Je devais m’habiller, dans un premier temps. Et réparer ma mémoire, dans un second. Je me demandais comment j’allais pouvoir procéder et aussi comment j’allais remplir mes journées. À l’hôpital, je regardais quotidiennement la télévision, je connaissais tous les feuilletons et leurs personnages. Je lisais aussi beaucoup. La bibliothèque pour enfants, dans le service pédiatrie, m’avait permis d’apprendre à lire. Ce fut, étrangement, très rapide. Le docteur Bonan avait une théorie selon laquelle je me souvenais de tout mais qu’il fallait juste un petit déclic pour que les choses reviennent en mémoire. Alors je lisais. Des contes pour enfants. Des Oui-Oui.

Mais ma vie d’avant ne semblait pas vouloir revenir, même lorsque je me blottissais contre cet homme en fermant les yeux, comme maintenant.

Il se recula et notre bulle éclata.

─ Que dirais-tu de visiter la maison pour réveiller ta mémoire ? Nous pourrions aussi prendre le déjeuner dans le jardin ?

J’acquiesçai de nouveau. Il me sourit d’un air moqueur et quitta la chambre, me laissant moi et mon peignoir à la main. Et la pièce sembla soudainement très vide.

* * *

C’était ma première journée et même si je trouvais le fait d’être mariée très bizarre, j’avouais que cette situation ne me déplaisait pas complètement.

Marc, mon charmant époux, m’avait fait visiter la maison. Toutes les pièces de la maison. Du bureau aux trois chambres, de la salle de sport au garage, de la bibliothèque au solarium. Au début j’écoutais l’histoire de la construction de cette bâtisse qui datait de l’antiquité. Une demeure de seigneur romain si j’avais bien compris. Mais au fur et à mesure des explications, mon esprit s’échappait vers un ailleurs et je m’aperçus que mon pouvoir de concentration ne dépassait pas plus de trente minutes. Le déjeuner en tête à tête fut une toute première expérience pour moi. Et très protocolaire aussi.

Durant l’après-midi, Marc s’enferma dans son bureau.

J’en profitai pour faire le tour du jardin, qui n’était pas très grand. Ce fut rapide. Et je m’ennuyais. Je ne trouvais pas la télévision. Les livres n’étaient guère passionnants. Je marchais. Jusqu’au moment où je vis le visage souriant d’un homme par-dessus le portillon qui donnait sur l’avenue du bord de mer. Il reposait ses bras sur le tranchant du bois et son menton sur ses mains. Il me regardait. Il était jeune, blond et deux fossettes dans ses joues me firent penser à mon médecin que j’avais quitté. Je crois que ce fut pour cette raison que j’eus confiance.

─ Salut jeune fille.

Je lui répondis en souriant timidement.

─ Tu t’appelles comment ?

La question, assez anodine, me prit de court.

─ Vanessa, répondis-je du bout des lèvres.

─ C’est la maison de tes vieux ?

─ De mes… quoi ?!

─ De tes parents, dit-il en riant.

─ Pourquoi ?

─ T’as l’air de t’ennuyer, tu viens ?

Il m’offrait un large sourire aux dents blanches avec des yeux pétillants de malice et me tendit la main.

─ On est un groupe de potes sur la plage, viens avec nous.

─ Et toi tu t’appelles comment ?

─ David.

J’ouvris le portillon et sortis, accompagnée de David et de son sourire angélique. La chaleur semblait plus intense en dehors du jardin. Tandis qu’il me parlait, j’observais tout autour de moi. La rue si active, les gens qui parcouraient la promenade, ceux qui, de l’autre côté de la route, lézardaient au soleil ou sous des parasols multicolores, les véhicules qui se garaient et d’autres qui prenaient leur place. Le bleu scintillant de la mer qui se confondait avec celui du ciel. De ma chambre, je pouvais voir ce spectacle mais d’ici, il paraissait encore plus grandiose. David passa son bras autour de mes épaules tout en continuant à marcher tranquillement le long du trottoir. Il m’entraina de l’autre côté de la route et enleva ses chaussures avant de sauter sur le sable. J’hésitai un moment puis je me déchaussai à mon tour et posai le pied sur ce tapis chaud et profond qui me caressait la peau. La sensation était surprenante et agréable. J’enfonçai mes orteils plus profondément encore dans cette couverture mouvante et relaxante. David me prit la main et m’entraina plus loin, vers un groupe d’hommes et de femmes qui semblaient avoir sensiblement le même âge que lui. J’eus droit à une salutation collective, à la fois accueillante avec un sourire, à la fois indifférente car tous continuèrent leurs activités en court.

Je m’installai au milieu, là où je trouvais un peu de place et David vint se glisser juste à côté de moi.

Le reste de l’après-midi défila dans des jeux, de la musique et des bières. Lorsque le soleil commençait à décliner, les garçons plantèrent des lampes torches dans le sable, tout autour des serviettes, l’un d’eux déhoussa une guitare et commença quelques notes de musique. Les couples se rapprochaient, se tenaient dans les bras, s’embrassaient. David se leva et me tendit la main en souriant. Je me retrouvais emportée dans des élans virevoltants, au gré de la musique et des rires s’échappaient de ma gorge. Il faisait nuit, la plage était presque désertée et je tourbillonnais à en perdre toute notion d’orientation, de raison et de temps. Je fermai les yeux et me laissai retomber dans ses bras chauds, essoufflée mais heureuse.

─ Vanessa, je te cherche depuis des heures.

J’ouvris les yeux et découvris le visage de Marc, apparemment furieux. Ses sourcils froncés sur des yeux furibonds passaient de David à moi. Il croisait les bras sur une chemise gris clair et je m’aperçus qu’il dépassait d’une tête mon compagnon d’un soir. Derrière, les autres garçons s’étaient levés sans approcher. Les filles bouffaient Marc du regard mais je n’en éprouvais pas la moindre jalousie.

─ Vous êtes son père ? Elle ne faisait rien de mal, on dansait.

─ Je suis son mari, répondit-il sèchement.

Il n’adressa aucun regard au garçon à l’apparence de surfeur et continuait à me regarder.

─ A la maison, m’ordonna-t-il.

Je ne comprenais pas sa colère. Était-il interdit de s’amuser lorsque l’on était marié ? Est-ce qu’avant mon accident je m’ennuyais toujours autant avec cet homme aussi séduisant qu’antipathique ?

─ Heu… désolé monsieur, je ne savais pas. Mais nous n’avons vraiment rien fait.

─ Au revoir David et merci de cette soirée, je me suis beaucoup amusé, dis-je en lui déposant un baiser chaste sur ses lèvres.

Le beau blond fit un pas en arrière, surpris, et sourit.

─ Je le crois pas, souffla Marc.

Il me prit par le coude et m’entraina rapidement hors de la plage. Je n’eus même pas le temps de récupérer mes sandales et traversai la route sur la pointe des pieds.

─ Mais arrête ! J’ai laissé mes chaussures sur la plage !

Il s’arrêta et observa mes pieds nus sur l’asphalte, puis, brusquement, me prit par la taille et je me sentis littéralement m’envoler. J’atterris sans ménagement sur son épaule, les jambes retenues contre son torse, les bras et la tête pendant dans son dos.

─ Mais qu’est-ce que tu fais ? Fais-moi descendre tout de suite !

─ Tais-toi.

Cet homme était infect et à cet instant je le haïssais. Il ne pouvait pas être mon mari, il était impossible que je choisisse un rustre pour époux, même dans une autre vie. Je me mis à taper des coups de poing dans son dos sans qu’il ne cillât, ce qui m’énerva d’autant plus. Je lui griffais le dos à travers la chemise, lui donnais des claques par-dessus le jeans et vociférais toutes les insultes que je connaissais. Je l’entendis ricaner, ce qui entraina un redoublement de coups de ma part. Soudain, je sentis claquer sa main sur ma fesse.

─ La ferme !

Il grimpa les marches de la maison, ouvrit la porte et traversa le vestibule pour me jeter sur le sofa sans aucune autre considération. Et il n’était même pas essoufflé.

─ Je peux savoir ce qui t’a pris de sortir de la maison sans m’avertir ?

─ Et pourquoi dois-je t’avertir ?

─ Pour que je ne m’inquiète pas, par exemple, c’est la base. Pour que je sache où tu es au cas où il t’arrive quelque chose, aussi.

─ Quelque chose comme un abruti m’enlevant sur l’épaule en pleine rue ?

─ Par exemple.

Il me regardait d’un air malicieux, les bras croisés. Je m’asseyais sur le bord du sofa, ajustant les bretelles de ma robe.

─ Tu es mariée, Vanessa.

─ Je ne risque pas de l’oublier.

─ Le protocole veut que tu évites de te taper le reste des hommes de la planète.

─ Quoi ?!

Je n’avais rien compris. De quoi parlait-il ?

─ Pourquoi tu as embrassé ce gamin ?

Pourquoi cet homme était-il compliqué ?

─ Pour le remercier.

─ Et de quoi le remerciais-tu ?

Je me levais. Cette ombre de conversation me lassait.

─ De me faire rire, de m’empêcher de m’ennuyer, de me faire sentir vivante et d’être là !

Son air suffisant s’effaça. J’étais certaine qu’il était vexé. Et je n’avais même pas eu besoin de mentir. J’aurais pu dire, comme dans les films, que tous les hommes étaient des salauds. Parce que j’étais dans l’état d’esprit idéal.

Contre toute attente, Marc se pencha sur moi et plaqua brutalement ses lèvres sur les miennes, me saisissant la nuque et les cheveux. Je goûtais sa saveur tandis qu’il me serrait contre lui, sauvagement, passionnément, comme s’il voulait me dévorer. Il me donnait le tournis. Mes jambes se dérobèrent sous moi et il s’empara de ma taille comme si je n’étais qu’un fétu de paille. Lorsqu’il me relâcha, je retombai assise sur le sofa, étourdie, reprenant ma respiration, haletante.

─ Est-ce que tu te sens assez vivante pour ce soir ?

Je ne répondis pas, abasourdie. Je ne comprenais pas ce qui venait de se passer. Et le pire, c’était que j’avais adoré.

* * *

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Le comportement de Sidgil vous a-t-il paru normal pour quelqu'un qui n'a plus aucun repaire social?

Celui de Marc vous parait-il justifié ou disproportionné?

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