Chapitre 6

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* * *

Je longeais les couloirs, perdue, et j’aperçus l’ascenseur.

─ Il est en panne, mademoiselle.

Je me retournai vers un homme en bleu de travail, ventripotent. Il me souriait tout en continuant son chemin. Interdite, je venais de réaliser qu’un homme venant de « l’extérieur » m’avait parlé. C’était en réalité mon premier contact non hospitalier et j’aurais sauté de joie si je n’étais pas si triste.

─ La foudre a tout fait sauter. Ne vous inquiétez pas, le groupe de secours a pris le relais mais certains appareils ont grillé malgré le parafoudre. Pas de chance. Prenez les escaliers !

Tout le personnel était en effervescence et courait d’une chambre à l’autre dans un affolement général.

Au loin, je distinguais un panneau vert lumineux qui indiquait la sortie. Je en évitant les soignants qui sortaient brusquement des chambres, de part et d’autre du couloir. La lumière se rétablit et je dévalai les escaliers, juste à temps pour éviter l’infirmière principale qui ne m’avait pas à la bonne.

M’orientant d’un pas décidé vers l’extérieur, des images nostalgiques des premiers jours de ma vie refirent surface et je m’arrêtai. La cafétéria était pleine de clients à cette heure. J’éprouvais un petit pincement au cœur. Je n’avais même pas dit adieu à « ma maison » que je ne reverrai certainement plus.

Après quelques secondes d’hésitation, je relâchai la porte vitrée pour me rendre lentement vers celle qui donnait sur le petit parc intérieur. Le lieu où j’avais vécu mes plus jolis moments, cet endroit où les fleurs sentaient bon le printemps toute l’année, là où j’avais embrassé Stéphane. Je devais le revoir une dernière fois.

La pluie avait cessé mais le ciel grondait encore.

D’un revers de la main, j’essuyai les dernières larmes qui inondaient mes joues et sortis dans le petit parc comme l’on faisait son deuil. Des flaques d’eau s’étalaient çà et là dans les allées de graviers tandis que quelques moineaux se risquaient à reprendre leurs gazouillis, sautillant d’un arbre à l’autre. L’odeur de la pluie se mêlait au parfum des parterres de fleurs qui embaumaient l’espace, apportant un peu de nature entre les murs des bâtiments.

Je m’arrêtai dans mon élan. Un homme était assis sur mon banc. L’idée qu’il puisse avoir le derrière trempé me fit sourire. Les coudes posés sur ses cuisses, la tête passablement enfuie dans ses mains, il attisait ma curiosité.

─ Vous avez perdu quelqu'un ?

Il sortit la tête de son nid, leva doucement les yeux vers moi. Il avait l’air fatigué, physiquement et mentalement. Je plongeai dans son regard gris acier, de la même couleur que le ciel d’aujourd’hui, éclairé par la simple lueur du soleil qui perçait timidement derrière les nuages.

─ Vanessa ?!

Il se releva de toute sa hauteur.

Il était immense.

Impeccablement rasé, il portait un costume Ungaro gris anthracite avec classe sur une chemise blanche qui lui seyait parfaitement. Une cravate sobre, qu'une pince ajustait avec perfection, apportait la touche finale à son allure impressionnante.

Et j’étais impressionnée.

Je ne m’en étais pas rendu compte immédiatement mais il avait posé ses grandes mains sur mes épaules, les recouvrant tout entières.

─ Vanessa ? C'est bien toi ?

Il me serra brusquement dans ses bras et ma tête vint se presser contre lui si naturellement que je me surprenais moi-même. Un nuage de parfum suave m’enveloppa et je fermai les yeux. Parce que j’étais bien. Au chaud. Dans les bras de ce titan que je ne connaissais pas. Le silence empli d’émotions libérées s’installa encore quelques secondes pendant qu’il me caressait les cheveux en y déposant un baiser. Je ne pouvais pas voir son visage alors je l’imaginais heureux et souriant.

Il desserra son étau et me sourit comme un ami de toujours.

─ J'avais abandonné l'idée de te retrouver un jour. Tu m'as tellement manqué. Tu nous as tellement manqué. Je pensais que tu étais partie, je ne comprenais pas...

─ Nous nous connaissons ?

Son sourire disparut comme peau de chagrin et il se raidit en passant la main dans ses cheveux puis ajusta sa cravate pour reprendre contenance.

─ Nous sommes mariés. Le docteur Armand m'a expliqué pour ta perte de mémoire. Il m'a dit aussi que ça reviendrait doucement. Mais lorsque je t’ai vue… j’ai oublié.

─ Je comprends.

─ Et si nous rentrions chez nous ?

─ Monsieur…

─ Marc.

─ Marc… euh. J'ai compris que nous étions mariés mais… vous n'êtes pas marié avec moi. Vous êtes marié avec Vanessa et je ne suis plus Vanessa. Je suis une autre. Et je n'ai pas envie de vous connaître. Vous comprenez ?

Il me regardait avec un mélange de surprise et d'incrédulité.

─ Non, je ne comprends pas.

Je ne m’attendais pas à sa réponse. Ma question n’en était pas vraiment une.

─ Je veux dire que je ne veux pas aller avec vous. Vous m'êtes étranger. D'ailleurs, avant de vous rencontrer, je m'apprêtais à quitter l'hôpital.

─ D'accord…

─ Je suis désolée pour vous, vraiment.

Lui tournant le dos, je jetai mon sac chétif sur l’épaule et ouvris la porte vitrée qui donnait sur le hall. Finalement, il n’avait pas insisté et j’avais conclu cette discussion avec une facilité déconcertante.

─ Vanessa ?

Je m’arrêtai. Pas envie de le regarder. Pas envie de plonger dans ses beaux yeux gris. Mais je pouvais bien lui accorder une moitié de seconde d’attention.

─ Où penses-tu aller ?

Aller où… C'était une bonne question. Je n'y avais pas vraiment réfléchi.

─ Je ne sais pas encore, je verrai.

─ Et tu crois qu'à Paris on peut dormir sur le trottoir et que tout se passera bien ?

─ On verra…

Je décidai de ne pas l’écouter. Je traversai le grand hall et me retrouvai devant la grosse et lourde porte d’entrée.

Lorsque j’entrai en contact avec l’extérieur, j’eus l’impression que l’air humide n’était pas le même que celui du petit parc. Il était plus grand. Plus enivrant. Il avait une odeur particulière. Celle de la liberté. Et elle me grisa.

Je sentis une pression sur mon bras. Il l’avait saisi en me forçant à me retourner.

─ Attends !

─ Je ne me souviens pas de vous !

─ Ok, ça je peux comprendre. Mais tu ne sais pas où aller, tu ne connais personne et c'est une ville dangereuse pour une femme seule. Viens avec moi. Ça ne t'engage à rien. Je te promets de te laisser tranquille. Simplement, tu t'installes chez toi. Tu prends le temps de te rétablir, de réparer ce qui a été brisé en toi et si, ensuite, tu souhaites encore partir, alors je ne te retiendrai pas. Je t'aiderai même à prendre ton indépendance.

Je le fixais, stoïque. L’accord était bon et honnête. Presque suspect. J’avais envie de le croire, d’accepter sa proposition parce qu’elle avait l’air sincère. Mais une petite voix me rappelait que je ne le connaissais pas. Elle me disait qu’il était peut-être dangereux. Me chuchotait de faire attention à la candeur qui sommeillait en moi.

─ Je veux juste te savoir en sécurité, Vanessa...

Tout en réfléchissant à la décision à prendre, je m’avançai sur le parvis de l’hôpital. C’était grand, immense, spacieux, vertigineux… Il n’y avait pas de murs pour fixer les limites et cet infini me fit tourner la tête. J’avais froid.

Je regardais à nouveau cet homme qui affirmait être mon époux. J’admirais sa carrure, son regard hypnotisant, de la même teinte que le ciel les jours de pluie. Ses épaules larges sous la veste de son costume en contraste avec une taille fine et ses cheveux épais et noirs donnaient l’impression d’une statue grecque. Je me noyais dans l’étrangeté de ses miroirs, comme si j’étais entrainée, malgré moi, dans les turpitudes de son âme. Il souriait, devinant mes pensées.

─ J'ai les yeux changeants. Ils prennent la couleur du ciel.

Je haussai les sourcils et prenai un air froid et impassible.

─ Ah… rappelez-moi de vous éviter au crépuscule alors…, lâchai-je d’un air faussement détaché.

* * *

Derrière mon bureau, je jouais avec un stylo, le faisant passer entre mes doigts. Assis dans un fauteuil en cuir, mollement adossé, mes jambes reposaient sur le set en peau tannée que j’avais reçu en cadeau par mes collègues de golf pour avoir gagné un match en stroke-play l’année dernière.

Le soleil passait entre les larges stores, me réchauffant paresseusement les épaules et le haut du crâne.

Quelqu’un frappa à ma porte, m’extirpant de mon confort.

─ Oui… lâchais-je, grognon.

La porte s'ouvrit sur une femme de haute stature, mince et rigide. Son corps semblait sec et anguleux, traînant des effluves d'un parfum dispendieux. Elle jeta un gros paquet de feuilles sur le bureau qui s'envolèrent en désordre sur toute la surface.

Une robe marron à carreaux marquait à peine sa taille et cachait ses genoux.

─ Et maintenant qui va payer ces dépenses docteur Armand ?

Je plissais les yeux pour essayer de comprendre de quoi elle parlait. J’avais arrêté de jouer avec le stylo et le balançai sur le set. Ma main passa sur ma barbe négligée et je m’étirai longuement en ramassant mes bras sur la nuque.

─ Vous parlez d'Espéranza ?

─ Oui je parle de votre protégée. De l'amnésique.

─ Je suppose que son mari paiera la totalité. Vu le prix de son costume, il ne fera pas un chèque en bois.

─ Vraiment ? Alors pourquoi personne n'a payé ? Il est parti sans faire de détour à la comptabilité.

Je soupirai et retirai mes jambes du bureau pour me redresser. Cette femme était exaspérante. Depuis le départ de cette fille, rien ne m’intéressait. Je m’ingéniais à venir à l’hôpital pour faire acte de présence, a minima. La voir partir m’avait brisé et je me consolais en me disant qu’elle aurait une vie heureuse avec un homme qui l’aimait et qu’elle avait choisi dans une autre vie. Même si c’était une maigre consolation, c’était la seule chose que j’avais pu trouver durant ma première nuit blanche.

─ Ma très chère Bernadette, envoyez-lui la facture, avec toute notre amitié. Je ne vais quand même pas m'occuper de secrétariat. Et reprenez vos… votre paperasse, dis-je en repoussant la masse de papiers qui jonchait le bureau.

─ Très cher Stéphane, si j'avais les coordonnées de ce cher monsieur, je ne serais pas venu vous voir. C'est vous qui l'avez reçu deux jours auparavant lorsqu'il s'est présenté. N'avez-vous donc pas pris ses coordonnées ?

─ Bien sûr. Il a présenté ses papiers d'identité et le secrétariat a tout noté. Je suppose qu'ils auront relevé également son adresse. De plus il devait y avoir vérification de l'identité auprès de la police avant de laisser partir la patiente. Et s'ils sont partis immédiatement c'est que tout a été fait. Maintenant si vous voulez bien m'excuser, je pense rentrer chez moi jusqu'à la fin de la semaine et annuler tous les rendez-vous. Je me sens fatigué, probablement une grippe.

─ Mais bien sûr une grippe en été. Stéphane, le secrétariat n'a rien relevé du tout. Il y a eu coupure d'électricité, c'était l'effervescence et personne ne s'est préoccupé de cet homme ni du départ de la jeune patiente. Vous comprenez ?

─ Ah oui. Je comprends. Ça va vous revenir cher pour le coup.

La femme se pencha au-dessus du bureau, rapprochant son visage du mien. Son parfum soutenu m’agressa. Elle posa ses deux mains à plat sur le bureau, dont l’une était ornée d’une large bague montée de diamants et d’une émeraude de plusieurs carats. Ses mains trahissaient son âge alors que son visage paraissait plus jeune.

─ Je veux dire que personne ne sait qui est cet homme. Il n'est pas dans l'annuaire, la police ne sait pas qui il est, nous n'avons rien sur lui. Nous ne savons même pas s'il s'agit réellement de son mari. Nous l'avons laissé partir avec un parfait inconnu.

* * *

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Que pensez-vous de ce nouveau mari, fraîchement débarqué?

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