Chapitre 4

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* * *

Après quelques semaines, je pus marcher seule, sans aucune aide, même matérielle. Plusieurs médecins, des spécialistes dont j’ignorais totalement les domaines, défilèrent dans ma chambre. J’étais un cas de guérison exceptionnel. Je ne savais pas ce que cela signifiait réellement mais toutes ces visites m’épuisaient et m’ennuyaient.

Ce que je préférais, c’était me balader dans les couloirs. Ça rendait folle l’infirmière en chef qui partait dans tout le service à ma recherche. Elle n’en revenait pas de mon rétablissement « hors normes » et je la soupçonnais parfois de regretter ma brève période en chaise roulante.

Cependant, je n’étais pas totalement guérie. Par exemple, je ne connaissais pas mon nom. Et je ne savais pas non plus pourquoi je m’étais retrouvée à moitié morte dans cet hôpital. J’avais surpris une conversation, trois jours auparavant, entre la directrice et un homme en costume. Elle disait que j’avais été cliniquement morte durant quelques minutes. Ce détail avait l’air d’être important pour elle et celui avec qui elle s’entretenait alors que pour moi, le temps n’avait aucun intérêt.

Pour m’aider à retrouver la mémoire et dénouer les nœuds de mes cauchemars, je consultais un psychiatre, plusieurs fois par semaine. Le vieux bonhomme était gentil et mon cas le fascinait. Il n’avait encore jamais eu de patient atteint d’amnésie, même partielle. Mais moi, j’étais spéciale. J’avais dû apprendre à manger, comme un enfant. À m’habiller, me coiffer, me laver. Des journées d’apprentissage. À ce qu’il paraissait, j’aurais effacé mon expérience cognitive ou quelque chose comme ça. Mon esprit était vide. Ou plutôt, il était neuf.

J’avais repensé plusieurs fois au jour de mon réveil. Enfin, de mon « vrai » réveil. Lorsque je me suis retrouvée dans les bras de mon beau docteur Armand. Je ne savais pas trop pourquoi je m’étais levée du lit. J’avais eu besoin de bouger, me sentant vraiment pleine d’énergie. J’avais même voulu partir, quitter cet endroit, comme si quelque chose de plus important m’attendait ou si j'avais dû être ailleurs. Mais j’avais eu du mal à tenir debout, l’épreuve avait été plus difficile que je ne l’avais imaginée. Et il m’avait prise dans ses bras, m’avait juste enlacée pour ne pas que je tombe. C’était un geste simple, banal pour la plupart des gens. Mais pour moi, il avait su faire pulser mon cœur qui s’était mis à battre à toute allure. Je l’avais senti partout. Pas seulement dans ma poitrine. Il avait tambouriné aussi dans ma gorge, ma tête, mes mains, mon ventre… Son parfum enivrant… Ce fut une sensation nouvelle, comme si tout s’était agité et que mon cerveau n’avait pu se fixer, tourbillonnant partout comme un papillon affolé. Et j’avais adoré. Je m’étais sentie vivante. Malgré le carrelage froid sous mes pieds, une vague de chaleur était remontée de mes reins, tout le long de mon dos, avait enveloppé mon ventre, ma gorge tandis que mon visage avait pris un coup de chaleur. Je ne savais toujours pas si ces effets étaient dus à mon état de santé ou au contact de cet homme, parce que lui, s’était perdu en moi pendant un long moment.

Plus les jours passaient, plus je m’attachais à mon sauveur comme un naufragé se raccrochait à une bouée. Je ne savais pas s’il éprouvait la même chose, s’il avait besoin d’être sauvé lui aussi.

Peu à peu, nous avions créé des habitudes. Chaque soir, nous nous retrouvions à la cafétéria et nous prenions un verre. Lui, un café et moi, un jus de fruits. C’était l’unique moment rien qu’à nous. Je préférais lui parler en dehors des murs de la chambre où je commençais à étouffer. L’hôpital restait ma maison. Les couloirs, la cafétéria, la dame de la boutique et le petit parc formaient mon univers. J’y avais trouvé mes repères et c’était les seuls que je connaissais.

Ce soir-là, comme les soirs précédents, nous étions face à face. J’avalais une gorgée de jus d’orange pendant que Stéphane écrasait ce qui restait de sa cigarette dans le cendrier en métal, posé sur la table, dégageant une odeur brute et chaude de tabac. De la fumée blanche s’échappait de sa bouche et s’élevait en dansant sensuellement. Il se laissa tomber contre le dossier en bois de la chaise. Je l’observais, faisant tournoyer le verre froid du bout des doigts.

Stéphane semblait plus préoccupé que d’habitude, il était aussi moins souriant. Et puis il se racla la gorge et commença à parler, comme s’il avait pris de l’élan pour sauter.

─ Vous savez que l'hôpital a mis des annonces dans les journaux pour retrouver votre famille, même si, en temps normal, ce n’est pas son rôle, et que la police a largement diffusé votre photo aux quatre coins du pays ? Votre histoire est même passée aux informations télévisées.

Il n'attendit pas de réponse, inspira bruyamment et continua.

─ Personne n'est rentré en contact avec la direction. La police a enquêté mais n'a même pas pu retrouver l'homme qui vous a déposée ici ce jour-là.

Comme je ne trouvais rien à dire, il poursuivit.

─ Il est entré dans le hall d'accueil, vous dans ses bras, complètement inconsciente. Il vous a posée sur le sol en criant que vous alliez mourir. Les témoins ont surtout retenu qu’il était couvert de sang, le vôtre probablement. Il savait peut-être ce qui vous était arrivé. La police n'ayant répertorié aucun accident de la route avec une femme disparue ni de témoignage d'agression avec enlèvement, elle en a conclu que cet homme pouvait être responsable de votre état. Et c'est probablement pour cette raison qu'il s’est enfui. Les témoins l'ont décrit comme un vagabond mais la description qu’ils en ont faite n’a abouti à rien.

Je penchai la tête sur le côté en plissant les yeux. Je ne voyais pas où il voulait en venir.

─ La direction de l'hôpital souhaitait attendre que nous retrouvions votre famille. Elle l'espérait. Cela fait longtemps maintenant.

Je pris les mains de Stéphane entre les miennes. J’avais besoin de le toucher pour me rassurer. Il parlait d’une voix grave et j’étais angoissée sans trop en connaitre les raisons. Ses mains étaient douces, chaudes et rassurantes.

─ J'aime beaucoup votre compagnie, Stéphane. J'adore être près de vous. Chaque jour j'attends ces instants pour vous voir, sans personne autour, seulement vous et moi.

Ses pommettes rosirent et lorsqu’il sourit, des fossettes apparurent. Il semblait gêné, mais heureux. J’adorais voir se dessiner ces creux malicieux sur ses joues.

─ Moi aussi Espéranza. Mais ce que j'essaie de vous dire c'est que la direction estime que… cela fait longtemps maintenant, presque six mois et… comment dire ? Elle voudrait que vous commenciez votre vie.

─ Comment ? Qu'est-ce que cela veut dire ? Je dois partir ? Mais pour aller où ? Je ne connais personne ! Je n'ai que vous !

─ Non, je vous en prie, laissez-moi finir. J'avais préparé mon discours, mais lorsqu’il s’agit de vous, je perds tous mes moyens et je marmonne. Je sais que vous n'avez personne. Pour l'instant. Alors en attendant que la mémoire vous revienne je vous propose de venir vous installer chez moi.

Mon cœur se mit à danser comme un fou dans ma poitrine. Il faisait des sauts périlleux alors que mon cerveau avait déjà perdu connaissance. Ma bouche demeurait bêtement ouverte et mes yeux s’écarquillaient. Je pensais être restée longtemps dans cet état. Tellement longtemps que Stéphane fronça les sourcils, l’air inquiet. Mais aucun son n’arrivait à sortir de ma bouche, tout mon corps, en état de choc, était paralysé. Je n’aurais même pas pu bouger un doigt ni émettre un battement de cil. Pourtant, à l’intérieur, c’était la grande fête, une vraie boum avec des stroboscopes partout et de la musique à s’en faire griller les neurones.

─ Avec vous ? Chez vous ? Mais vous ne vivez pas ici ? balbutai-je finalement.

Son visage s’illumina et il se détendit en m’offrant son plus merveilleux sourire.

─ Non, j'ai un appartement pas très loin. Il est suffisamment confortable pour vous recevoir.

─ Comme si nous étions mariés ?

─ Heu… non, pas vraiment. Pour l'instant, je pensais que nous pourrions pallier la situation d'urgence afin que vous ne soyez pas livrée à vous-même et j’habiterai ailleurs. Dans un second temps nous aurons tout l'avantage de mieux nous connaître sans toutefois brusquer les choses.

─ Quelles choses pourrions-nous brusquer selon vous ?

─ Je ne souhaite pas heurter votre innocence Espéranza, répondit-il.

Il posa sa main en creux sur ma joue et son pouce glissa sur ma lèvre en la caressant. J’étais à deux doigts de la rupture d’anévrisme.

C'était la première fois que le médecin avait un geste amical. Je me sentais heureuse. Entourée d’un nuage douillet de bonheur. Mon rêve se réalisait enfin.

Stéphane se leva en m’entrainant par la main.

─ Je vous raccompagne Espéranza et nous en reparlerons demain.

─ Mais Stéphane, je veux dormir avec vous ce soir.

Je le vis rougir plus que d’habitude puis jeter un regard furtif autour de lui, gêné. Les derniers clients attablés étaient loin et ne prêtaient aucune attention à la scène qui se jouait.

─ Non, pas ce soir, mais dans quelques jours. Je dois auparavant terminer votre dossier médical, attendre les derniers résultats de vos examens et d'ici la fin de la semaine vous pourrez sortir de l'hôpital.

─ Promis ?

─ Oui, je vous promets, si vous le souhaitez encore.

Je ne pus retenir un sourire qui fendit mon visage.

─ Venez Stéphane, je voulais vous montrer quelque chose.

─ Vraiment ? Et qu'est-ce que c'est ?

─ Venez, vous verrez bien.

Je l’entrainai à mon tour hors de la cafétéria et nous passâmes la porte vitrée qui reliait le hall d’entrée au petit parc. L’air frais extérieur me fit frissonner. Tout autour, le soleil n’éclairait plus autant les arbres. L’obscurité tentait de s’emparer des couleurs. Je reconnus l’odeur du soir, mêlée de senteurs et d’humidité. Quelques massifs de fleurs gardaient leurs pétales encore ouverts et s’étalaient derrière les bancs de métal quadrillés.

Depuis plusieurs jours, après avoir vu chaque après-midi une liste honteuse de séries télévisées, je ne pensais qu’à ça. Et ce soir, après cette proposition de vie presque commune, c’était vraiment l’occasion.

─ Que souhaitiez-vous me montrer ?

─ Fermez les yeux, c'est une surprise !

Stéphane s’exécuta en souriant.

Je tremblais de stress, entre l’envie de me lancer et celui de m’enfuir en courant. Finalement, je me relevai doucement sur la pointe des pieds et déposai mes lèvres sur les siennes, savourant cette partie de lui aussi douce que la soie. C’était une sensation étrange qui me chatouilla le ventre. J’étais euphorique et honteuse.

Il eut un mouvement de recul, je l’avais surpris. Ma conscience me dit de prendre mes jambes à mon cou. Ma tête m’affirma que ce n’était pas possible car la communication avec les autres parties de mon corps était rompue temporairement.

Après une poignée de secondes qui me parurent éternelles, il glissa ses mains autour de mes hanches et déposa à son tour ses lèvres chaudes dans la plus douce des caresses, répondant à tous mes fantasmes. C’était comme dans les films. Mais en mieux. Je me consumais et renaissais de mes cendres pour me consumer encore, dans une répétition qui dura autant que sa bouche emprisonnait la mienne. J’en voulais plus encore et mes mains glissèrent à leur tour sur son torse, à la rencontre de son corps, sa peau et un tourbillon de chaleur m’envahit brusquement. Il gémit et grogna sur mes lèvres. Je devenais plus entreprenante, lui aussi.

Un feu d’artifice explosa en moi, dans un bouquet multicolore et ma tête cogna, sembla se contracter de l’intérieur puis se relâcher comme un cœur qui battait. J’avais de plus en plus mal. Tout devint noir. Je me sentais glisser le long du corps de mon médecin et quelqu’un me rattrapa. Au loin, une voix d’homme hurla mon nom et mon cœur s’emballa, comme s’il l’avait reconnu.

─ Espéranza ! Vous m'entendez ? Pas encore ! Réveillez-vous ! Est-ce que vous m'entendez ? Espéranza !

J’ouvris les yeux, étourdie.

─ Je crois que je m'appelle Sidgil.

* * *

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Que pensez-vous de la relation étrange qui se crée entre Espéranza et son médecin?

La dernière phrase vous intrigue-t-elle?

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